Éditeur original – Adiyta Vats et Jordan Awale dans le cadre du PREP Content Development Project
Principaux contributeurs – Naomi O’Reilly, Jess Bell, Stacy Schiurring, Wanda van Niekerk et Ewa Jaraczewska
Toute personne ayant recours aux services d’un interprète ou d’un traducteur doit connaître la différence entre les deux, ainsi que le rôle qu’ils jouent pour faciliter la communication. Souvent appelés interprètes communautaires ou sociaux, les interprètes et les traducteurs ne se contentent pas d’interpréter ou de traduire des informations, ils bâtissent également des ponts entre des cultures et des sociétés très différentes.
Les interprètes, y compris les interprètes en langue des signes et les interprètes sourds-aveugles, sont des professionnels qualifiés et entraînés qui convertissent des « informations orales ou par signes » dans une autre langue incluant celle des signes. Les traducteurs sont des personnes qualifiées et entraînées qui convertissent des « informations écrites » dans une autre langue. (1)
Le rôle des interprètes et des traducteurs est d’assurer une communication claire entre le professionnel de la santé et la personne déplacée qui parlent ou signent des langues différentes. Leur objectif est de convertir les informations orales, signées ou écrites « sens pour sens » et non purement « mot pour mot ». (1) Cela signifie que l’interprétation et la traduction doivent être effectuées en tenant compte du contexte du message transmis, ainsi que des émotions et des expressions exprimées lors de la transmission. Si la « méthode de transmission » (orale, signée ou écrite) peut différer entre les deux professions, toutes deux doivent refléter les termes, expressions et idiomes culturels qui donnent un sens au contenu. Les deux doivent saisir toute expression ou nuance dans le sens du contenu original. Dans certains cas, les concepts n’ont pas d’équivalent linguistique, mais le travail de l’interprète et du traducteur consiste à trouver un moyen équivalent de transmettre le message avec précision et exhaustivité.
De plus, les interprètes et les traducteurs peuvent alerter le créateur du message original pour lui suggérer une approche différente. Par exemple, si un professionnel de la santé utilise des termes médicaux complexes qui n’ont pas d’équivalent dans la langue de la personne déplacée, l’interprète ou le traducteur peut demander au professionnel de la santé d’utiliser des termes moins techniques et s’assurer ainsi de la compréhension du message transmis.
L’interprétation consécutive est de loin le type d’interprétation le plus courant dans le contexte des personnes déplacées, en particulier lors d’un entretien visant à déterminer le statut de réfugié. L’interprète écoute un segment de discours ou regarde un segment dans une suite de signes, puis répète ce qu’il a entendu dans la langue du destinataire. L’orateur reprend ensuite sa déclaration, avant de marquer une nouvelle pause pour permettre à l’interprète d’interpréter. L’interprète alterne ainsi avec l’orateur (2) (contrairement à l’interprétation simultanée décrite plus loin). La durée de ce qu’un interprète peut retenir avant de rendre son interprétation dépend de la complexité de la déclaration faite et de son expérience en matière d’interprétation. Un nouvel interprète devra faire en sorte que les segments soient courts (pas plus d’une phrase ou deux). Un interprète plus expérimenté pourra gérer des segments plus longs.
L’interprétation de synthèse est une forme condensée de l’interprétation consécutive, qui requiert une expérience et des compétences considérables. L’interprète écoute ou regarde attentivement une longue déclaration, prend des notes et fournit ensuite un résumé dans la langue de l’auditoire. Cela implique de faire preuve de discernement quant à ce qui doit être dit et de le reformuler de manière plus concise, voire de modifier l’ordre des points soulevés par l’orateur. Il peut être nécessaire de recourir à ce type d’interprétation lors d’une discussion entre deux ou plusieurs personnes, qui ne peut être interrompue (exemples : réunion ou conférence). Elle est beaucoup moins précise que l’interprétation consécutive (décrite ci-dessus). Elle n’est pas appropriée pour un entretien avec un réfugié ou lorsque des informations détaillées sont importantes.
L’interprétation mot pour mot implique une interprétation mot à mot ou signe à signe ou signe à mot après chaque phrase. L’interprète donne donc une traduction exacte des mots ou des signes de l’orateur, plutôt que d’interpréter le sens de l’orateur. Ce type d’interprétation est principalement utilisé dans les tribunaux. Dans les entretiens avec les réfugiés, l’interprétation mot pour mot, ou in extenso en latin, est utile pour transmettre des procédures précises ou une déclaration factuelle. (3) Par exemple, une traduction mot pour mot est utile pour transmettre la définition d’un réfugié. Le « suivi » est étroitement lié à l’interprétation mot pour mot, mais implique un texte écrit. Dans ce cas, l’interprète traduit simultanément une déclaration lue à haute voix à partir d’un texte. Par exemple, lorsque l’interviewer relit l’enregistrement de la déclaration du demandeur. En même temps, l’interprète traduit mot pour mot le texte, ce qui permet au demandeur de vérifier l’exactitude de la déclaration écrite. Ce type d’interprétation est choisi afin d’exclure tout malentendu possible de part et d’autre.
Dans le cas de l’interprétation simultanée, l’interprète écoute l’orateur ou regarde le signeur et traduit en même temps. Pour ce faire, il peut avoir besoin d’équipements tels que des cabines insonorisées, des microphones et des casques d’écoute, ainsi que de personnel d’assistance technique. Ce type d’interprétation est utilisé dans le cadre d’une conférence multilingue, mais s’applique rarement à l’interprétation sur le terrain. (4) Le « chuchotage » est un autre type d’interprétation simultanée, mais pour lequel aucun équipement technique n’est nécessaire. L’interprète traduit une déclaration pendant que l’orateur continue à parler. Pour ce faire, l’interprète doit être proche de l’oreille de l’auditeur et utiliser un ton bas et régulier (« sotto voce »). (5) Pour des raisons évidentes, le chuchotement ne convient qu’aux situations d’interprétation pour un ou deux auditeurs. Par exemple, le chuchotement peut être utilisé lors d’une cérémonie, d’un rassemblement public ou d’une réunion de groupe. L’interprétation simultanée est une technique difficile qui requiert un haut degré de concentration, une bonne mémoire à court terme et un niveau élevé de compétences linguistiques. Une bonne expérience et une pratique intense sont nécessaires pour maîtriser cette technique.(4)
Le type d’interprétation ou de traduction choisi dépendra des circonstances, par exemple la traduction de documents juridiques ou l’interprétation pour des entretiens (statut de réfugié), des cérémonies, des réunions, etc. Dans de nombreuses situations, une combinaison de plusieurs types d’interprétation peut être nécessaire.
Voici un bon exemple d’utilisation de différents types d’interprétation :
Le ministre de la santé est venu de la capitale pour rencontrer un groupe de responsables de réfugiés dans un grand camp. Des inquiétudes ont été exprimées par les responsables des réfugiés. À son arrivée, le ministre de la santé fait une déclaration générale sur laquelle l’interprète prend des notes et fournit des interprétations consécutives. Le ministre invite ensuite les responsables à exprimer leurs préoccupations. L’interprète se tient à côté du ministre et chuchote simultanément la traduction des différentes déclarations et questions. Avant de quitter la réunion, le ministre fait une déclaration finale. L’interprète revient à l’interprétation consécutive et parle à nouveau à haute voix.
Les interprètes communautaires peuvent faciliter l’interaction entre le clinicien et le patient de plusieurs façons. Lors de toute visite entre un prestataire de soins de santé et des membres de la famille, un interprète qualifié peut : (6)
Pour une personne déplacée qui s’adapte à un nouveau pays, l’acquisition de compétences linguistiques n’est qu’une des nombreuses préoccupations majeures. Les personnes déplacées doivent faire face au stress de la construction d’une vie dans leur nouveau pays avec potentiellement peu ou pas de systèmes de soutien, et peuvent également être confrontées aux traumatismes et aux épreuves qu’elles ont subis dans leur pays d’origine et au cours du voyage pour atteindre leur nouveau domicile.(6)
De nombreuses personnes déplacées peuvent avoir des difficultés à s’adapter au changement de perspective souvent nécessaire pour vivre dans une nouvelle culture. Les coutumes, le langage et le comportement peuvent être très différents de ceux du pays d’origine de la personne déplacée. S’il n’y a personne pour interpréter ce que les personnes déplacées voient et entendent, il peut devenir difficile de répondre à leurs besoins les plus élémentaires.(6)
Les personnes déplacées doivent avoir accès à l’éducation, aux soins de santé, aux services d’urgence et aux services juridiques, comme tout autre citoyen. En ce qui concerne l’accès aux services de santé, la présence d’interprètes médicaux certifiés à l’hôpital et d’interprètes téléphoniques dans les centres de répartition des urgences ou les centres de soins de santé communautaires contribuerait grandement à fournir aux personnes déplacées une aide efficace et opportune. En utilisant des services d’interprétation, les prestataires de soins de santé seraient en mesure de mieux communiquer et d’administrer le meilleur traitement possible.
Les raisons pour lesquelles les personnes déplacées peuvent être contraintes de fuir leur pays d’origine sont nombreuses. Les catastrophes, les conflits, les guerres, la pauvreté, la famine et les bouleversements politiques, entre autres, entraînent souvent le déplacement d’un grand nombre de personnes et les obligent à chercher refuge dans un pays d’adoption. De tels événements peuvent laisser une personne avec de graves traumatismes psychologiques et émotionnels, qu’elle n’est peut-être pas en mesure de gérer seule. Mais pour que les prestataires de soins de santé puissent apporter leur aide et leur soutien, ils doivent d’abord surmonter toute barrière linguistique existante.(6)
Les prestataires de soins de santé, et en particulier les professionnels en santé mentale, ont besoin d’obtenir autant d’informations que possible pour pratiquer les meilleurs soins. Faire appel aux services d’un interprète professionnel peut contribuer à garantir que les lignes de communication restent ouvertes pendant les séances de traitement, afin que le prestataire de soins de santé puisse déterminer au mieux la marche à suivre dans le processus de guérison.
Pour les personnes déplacées, le sentiment d’être pleinement impliquées dans la communauté dans laquelle elles vivent peut constituer une étape importante dans le processus d’adaptation à leur pays d’adoption.(6) Devenir un membre actif de la communauté peut permettre à une personne déplacée de retrouver un sentiment de confiance mutuelle et de dignité.
De nombreuses personnes déplacées choisissent de vivre parmi les membres de leur propre groupe ethnique. Le sentiment de déplacement peut souvent être atténué si une personne est entourée de personnes avec lesquelles elle partage un héritage linguistique ou culturel. Mais certaines personnes déplacées ne peuvent ou ne veulent pas vivre parmi des personnes de même origine. Naturellement, si tel est le cas, il peut s’en trouver que les voisins de la personne déplacée parlent une langue différente de celle de la personne déplacée elle-même.
Les autorités locales ou les organisations de quartier peuvent aider à franchir les barrières linguistiques existantes en organisant des événements d’orientation ou de renforcement de la communauté pour soutenir une population déplacée. Mais ils devront fournir des interprètes pour que les personnes déplacées puissent se familiariser avec leurs nouveaux voisins sans avoir à communiquer dans une langue qui ne leur est pas familière.
Pour de nombreuses personnes déplacées, les ressources sont rares et il peut être difficile de trouver des interprètes. (7) C’est pourquoi les amis ou les membres de la famille qui parlent la langue du nouveau pays d’une personne déplacée sont souvent sollicités pour leur capacité d’interprétation et de traduction. Mais il ne suffit pas d’utiliser les membres de la famille ou de la communauté comme interprètes pour faciliter le dialogue, en particulier dans le domaine de la santé. Ces personnes, même si elles sont bien intentionnées, n’ont pas l’expertise nécessaire pour fournir des services d’interprétation complets et précis. Les interprètes professionnels sont formés pour maintenir leur précision et leur neutralité, en se concentrant uniquement sur l’exactitude du message et en ne laissant pas les émotions colorer l’interprétation.(6)
Bien entendu, de nombreuses personnes déplacées n’auront pas les moyens de se procurer un interprète par elles-mêmes. Les agences gouvernementales et à but non lucratif pourraient devoir aider les personnes déplacées en leur fournissant des services d’interprétation. En effet, jusqu’à ce que les compétences linguistiques d’une personne déplacée s’améliorent, l’utilisation d’un interprète est l’un des meilleurs moyens de s’adapter à son nouveau domicile.
Les questions linguistiques/communicationnelles, culturelles et émotionnelles sont considérées comme trois des principaux défis pour les interprètes. La recherche montre que de nombreux professionnels de la santé estiment que les barrières linguistiques peuvent avoir un effet et un impact négatifs sur la qualité des soins qu’ils prodiguent et conduire à un environnement de travail plus stressant. Le niveau de stress des professionnels de la santé est considérablement réduit lorsqu’ils travaillent avec des interprètes pour résoudre les problèmes liés aux barrières linguistiques. Cela montre à quel point les interprètes sont importants pour le travail des prestataires de soins de santé ; ils peuvent faire la différence entre des soins de qualité médiocre et des soins de qualité supérieure pour les patients. Assurez-vous de bien apprécier l’utilité de interprètes qui travaillent avec vous ; ils peuvent vous faciliter la tâche et réduire le stress lié à la barrière linguistique. (8) (9)
La recherche a montré que le stress peut avoir un impact sur la productivité et le bien-être des interprètes, et peut éventuellement conduire à l’épuisement professionnel. Il peut être mentalement épuisant de traduire des questions, des événements ou des déclarations qui pourraient être considérés comme moralement répréhensibles, offensants, controversés, traumatisants ou tabous, et de se demander comment ou si l’on doit traduire de telles choses. N’oubliez pas que la traduction des expériences de vos patients aura également un impact psychologique sur les interprètes. Veillez à ce que les interprètes soient bien soutenus et ne s’épuisent pas.(10)
De nombreuses personnes fournissant des services d’interprétation pendant les procédures de demande d’asile et pour les personnes déplacées dans les milieux de soins médicaux et psychosociaux sont elles-mêmes des personnes déplacées. Elles peuvent souffrir d’un syndrome de stress post-traumatique, avoir subi un traumatisme primaire ou avoir une expérience directe d’événements traumatisants. Certains peuvent également avoir vécu une traumatisation secondaire ou avoir été exposés aux expériences traumatisantes d’autres personnes lorsqu’ils fournissaient des services d’interprétation et de traduction. Il convient donc de se rappeler que les interprètes avec lesquels vous travaillez peuvent avoir déjà subi des traumatismes et risquent d’en vivre d’autres lorsqu’ils interprètent et traduisent les expériences d’autrui. Il a été constaté que les facteurs associés à une meilleure résilience chez les interprètes et les traducteurs sont : le sexe masculin, le sentiment de cohérence et le soutien social. Les femmes et les personnes qui ne bénéficient pas d’un grand soutien social sont les plus exposées aux problèmes de résilience liés aux traumatismes.(11)
Les interprètes et les traducteurs jouent un rôle important dans l’intégration des personnes déplacées à chaque phase du processus migratoire. Ils peuvent apporter leur soutien de plusieurs manières, en apprenant aux personnes déplacées à s’adapter et à socialiser au sein de leur nouvelle communauté. Ils apportent un sentiment d’acceptation sociale et permettent aux personnes déplacées de parler de leurs expériences. Leur rôle et leur importance devraient donc être priorisés dans les services de soins de santé destinés aux personnes déplacées. On ne devrait pas mettre la responsabilité de servir d’interprètes sur le dos des membres de la famille, en particulier des enfants et des jeunes.
Série de vidéos de Clarity Interpreting, qui fournit des conseils au sujet de l’interprétation.