Considérations sur comment travailler avec les enfants déplacés

Éditeur original – Wala’a Awwad et Kamal Khalifa du centre The Center for Victims of Torture dans le cadre du projet PREP Content Development Project

Principaux contributeursNaomi O’Reilly, Tony Lowe, Kim Jackson, Jess Bell et Kirenga Bamurange Liliane

Introduction(edit | edit source)

À la fin de l’année 2021, au moins 89,3 millions de personnes dans le monde ont été contraintes de fuir leur foyer. Parmi eux, on compte près de 53,2 millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, 27,1 millions de réfugiés et 4,6 millions de demandeurs d’asile. Les enfants et les jeunes âgés de 0 à 17 ans représentent 41 % de l’ensemble des personnes déplacées. (1) En 2021, pas moins de 30 millions d’enfants et de jeunes de moins de 18 ans ont été déplacés de force, le plus grand nombre d’entre eux étant âgés de 5 à 11 ans. Parmi ces enfants et ces jeunes, dix-sept millions ont connu la violence ou le conflit dans leur pays d’origine, et environ 13 millions étaient éligibles au statut de réfugié.(2)

Les enfants et les jeunes qui ont subi un traumatisme ou un stress extrême peuvent développer des besoins complexes en matière de santé mentale et physique. Cela peut inclure un syndrome de stress post-traumatique, une dépression ou des troubles d’anxiété. L’impact d’une expérience traumatisante et les morbidités psychologiques qui l’accompagnent peuvent entraîner des retards de développement. De plus, le défi de la vie en tant que personne déplacée peut créer des difficultés supplémentaires à s’adapter à un nouvel environnement, à une nouvelle culture, à une nouvelle école, à un système éducatif différent.

Lorsque l’on travaille avec des enfants ayant vécu un déplacement, il est important de prendre en compte l’interaction de ces différents facteurs et la manière dont ils peuvent influencer le processus de réadaptation.

Les expériences auxquelles les enfants déplacés peuvent être confrontés ( éditer | edit source )

Expériences dans le pays d’origine (avant l’émigration) ( edit | edit source )

Les expériences pré-migratoires incluent les défis et les menaces auxquels les enfants sont confrontés et qui poussent leur famille à chercher refuge dans une autre partie de leur propre pays ou dans un autre pays.(3)

  • Les enfants peuvent être : Survivants primaires de torture et peuvent avoir vécu un certain nombre d’horreurs telles qu’avoir été enlevés, battus, isolés, privés de nourriture et d’eau, menacés, violentés sexuellement Survivants secondaires de tortureLe terme « survivant secondaire » désigne les personnes dont les proches ont été torturés, faisant que le survivant secondaire est affecté par le traumatisme par personne interposée.
  • Les enfants peuvent fuir une guerre ou la violence dans leur pays d’origine. Ils peuvent avoir vécu des bombardements de leur maison ou de leur ville, des fusillades, ou avoir vu des cadavres d’amis ou de membres de leur famille à la suite d’un événement de ce genre.(4)

Expériences de transit ( éditer | edit source )

Ce processus comprend le voyage souvent périlleux entre les pays d’origine et les pays d’accueil.(5)

Dans les camps pour personnes déplacées ( éditer | edit source )

  • De nombreux enfants passeront un certain temps dans un camp pour personnes déplacées. Certains camps fonctionnent à des niveaux inférieurs aux normes acceptables en matière de santé environnementale ; la surpopulation et l’absence de réseaux d’eaux usées et de systèmes d’assainissement sont monnaie courante. L’accès à la nourriture et aux médicaments peut être limité, ce qui a souvent un impact sur la santé générale de l’enfant. La sécurité dans les camps peut être un problème majeur et le simple fait de se rendre dans les toilettes communes peut donner lieu à de la violence sexuelle.(6)

Arrestation(edit | edit source)

  • Les enfants peuvent être arrêtés et torturés lors de leur transfert vers le pays d’accueil.(7)

Détention(edit | edit source)

  • Les enfants peuvent être détenus dans des prisons, des installations militaires, des centres de détention pour immigrés, des centres de protection sociale ou des établissements d’enseignement. Pendant leur détention, les enfants migrants sont souvent privés d’une série de droits, tels que le droit à la santé physique et mentale, à la vie privée, à l’éducation et aux loisirs.(8)

Traite d’êtres humains(edit | edit source)

  • De nombreux enfants non accompagnés finissent par voyager avec des trafiquants qui peuvent tenter de les exploiter en tant que travailleurs. Les garçons déplacés ont été identifiés comme les principales victimes de l’exploitation sur le marché du travail ; les filles déplacées âgées de 13 à 18 ans ont été les principales cibles de l’exploitation sexuelle.

Expériences du pays d’accueil – Facteurs de stress post-migratoires ( éditer | edit source )

Cette étape couvre les défis auxquels sont confrontées les personnes déplacées lorsqu’elles tentent de s’intégrer dans le cadre social, politique, économique et culturel du pays d’accueil. La période post-migratoire implique l’adaptation à une nouvelle culture et la redéfinition de son identité et de sa place dans la nouvelle société.(5)

Les enfants perdent souvent leurs modèles ( éditer | edit source )

  • Dans des circonstances normales, les parents constituent le principal modèle pour leurs enfants, contribuant de manière significative au développement de leur identité et à l’acquisition de compétences et de valeurs. La séparation d’avec l’un ou l’autre des parents, très souvent le père dans les cas de fuite, peut priver les enfants d’un modèle important. Même lorsque les deux parents sont présents, la perte de leurs moyens de subsistance et de leur mode de vie habituels risque d’entraver leur capacité de continuer à servir de modèles à leurs enfants.

Les rôles des enfants changent ( éditer | modifier la source )

  • Si l’un des parents est absent, l’enfant peut être amené à assumer des responsabilités d’adulte. Lorsqu’une mère doit reprendre les tâches productives d’un père absent à l’extérieur du foyer, une fille plus âgée peut être amenée à remplacer la mère pour s’occuper des enfants plus jeunes. En conséquence, les besoins de développement de la fille peuvent être négligés en raison d’une surcharge de travail ou d’un manque d’occasions de jouer ou d’aller à l’école. De même, le fils aîné peut avoir besoin de travailler pour gagner de l’argent, ce qui l’expose potentiellement à l’exploitation sur le marché du travail.(9)

De nombreux enfants font état de difficultés à s’intégrer dans de nouvelles écoles ( éditer | edit source )

  • Le bullying des autres élèves et le sentiment d’indifférence des enseignants font que les enfants se sentent isolés et sans soutien.

Autres défis ( éditer | éditer la source )

  • Parmi les autres défis à relever, citons leur statut juridique de réfugié, la possibilité qu’ils cherchent un emploi, l’accès aux services tels que la santé et l’éducation au même titre que les citoyens du pays d’accueil.

Le traumatisme et l’enfant ( éditer | éditer la source )

Symptômes(edit | edit source)

Des millions d’enfants sont exposés à des expériences traumatisantes chaque année. Une répartition détaillée des signes et symptômes en fonction de l’âge est présentée dans les ressources optionnelles en anglais du Département des services humains de l’Etat du Victoria (Australie), auxquelles vous accéderez par liens ci-dessous : (13)

Les signes et symptômes généraux peuvent inclure les éléments suivants :

Au niveau physique(edit | edit source)

  • Fatigue
  • Douleurs corporelles telles que des maux d’estomac ou des maux de tête.
  • Augmentation de la tension musculaire
  • Changements dans la posture
  • Diminution de l’équilibre et de la coordination
  • Diminution de la fluidité et de la vitalité du mouvement

Au niveau psychologique et émotionnel ( éditer | éditer la source )

  • Peur excessive (des personnes, des lieux, des bruits, etc.)
  • Anxiété de séparation
  • Pleure facilement
  • Exprime des sentiments de tristesse ou d’inquiétude
  • Exprime des sentiments de désespoir
  • Manque de concentration (à la maison, à l’école)
  • Problèmes de sommeil, incluant des cauchemars

Au niveau comportemental(edit | edit source)

  • Irritable et prompt à la colère
  • Ne veut pas sortir dehors ou jouer avec les autres
  • Comportement agressif
  • Manque de motivation
  • Agitation ou hyperactivité
  • Agit de façon plus jeune que son âge (régression)
  • Fait pipi au lit
  • Agit de façon plus mature que son âge (impression de devoir être le parent)

Impact sur le développement de l’enfant ( éditer | éditer la source )

La réaction à un événement traumatique donné peut varier d’un enfant à l’autre ; cela dépend de la nature et de la durée des facteurs de stress traumatiques, des caractéristiques de l’enfant (âge, sexe, antécédents d’exposition au stress et présence d’aidants qui le soutiennent).(14)

Attachement et relations ( éditer | éditer la source )

Difficultés dans les relations, les limites, l’empathie et l’isolement social. Un enfant ayant subi un traumatisme peut avoir des difficultés à établir des relations saines et positives avec ses amis et les personnes qui lui sont chères. Il est important que le thérapeute reconnaisse que l’établissement d’une relation avec l’enfant peut prendre plus de temps.

Santé physique ( éditer | éditer la source )

Altération du développement sensorimoteur, problèmes de coordination, augmentation des problèmes médicaux tels que la baisse du système immunitaire et symptômes somatiques, tels l’hyperexcitation, les sensibilités alimentaires, l’énurésie, l’encoprésie. Le développement normal des enfants ayant vécu un déplacement est affecté par le fait qu’ils grandissent dans des conditions de stress constant et extrême. Leur cerveau, leur système nerveux, leur système immunitaire et leur système de réponse au stress pourraient ne pas se développer normalement. Les enfants s’adaptent à des circonstances effrayantes et accablantes grâce à la réaction de survie du corps. Ainsi, s’ils sont exposés à des niveaux de stress même ordinaires, leurs systèmes peuvent automatiquement réagir comme s’ils étaient soumis à un stress extrême. Cette réaction pourrait se traduire par une respiration rapide et une accélération du rythme cardiaque lorsqu’ils sont confrontés à une situation stressante.

Régulation émotionnelle ( éditer | edit source )

Difficulté à identifier ou à étiqueter ses sentiments et à communiquer ses besoins, incapacité à se détendre, capacité réduite à gérer ses émotions ou à se calmer. Les jeunes enfants sont moins capables d’identifier leurs émotions, de verbaliser ce qu’ils ressentent intérieurement et de gérer leurs réactions. Leurs réactions émotionnelles peuvent être imprévisibles ou explosives.

Dissociation(edit | edit source)

Altération de l’état de conscience, amnésie, troubles de la mémoire. La dissociation est un mécanisme de défense que les enfants utilisent pour se séparer d’une expérience accablante et terrifiante. Elle peut également survenir plus tard, lorsque l’enfant est confronté à des situations stressantes ou à des réminiscences de traumatismes. Les enfants peuvent alors se percevoir comme détachés de leur corps, ou comme étant ailleurs dans la pièce en train de regarder ce qui arrive à leur corps. Ils peuvent avoir l’impression d’être dans un rêve ou dans un état altéré qui n’est pas tout à fait réel, ou avoir l’impression que l’expérience se passe chez quelqu’un d’autre. La dissociation peut affecter la capacité de l’enfant à être pleinement présent dans les activités de la vie quotidienne, son comportement en classe et ses interactions sociales. Cela peut nous sembler comme si l’enfant s’éloigne, rêvasse ou n’est pas attentif.

Capacité cognitive ( éditer | éditer la source )

Problèmes de concentration, d’apprentissage, de traitement de nouvelles informations, de développement du langage, de planification et d’orientation dans le temps et l’espace.

Concepte de soi(edit | edit source)

Manque de cohérence dans la perception de soi, problèmes d’image corporelle, faible estime de soi, honte et culpabilité.

Contrôle du comportement ( éditer | éditer la source )

Difficulté à contrôler les impulsions, comportement oppositionnel, agressivité, sommeil et alimentation perturbés, reconstitution de traumatismes, hypervigilance.

Retards dans les étapes typiques du développement ( éditer | éditer la source )

Dans les domaines physique, émotionnel et comportemental

Régression des gains de développement récemment acquis ( éditer | edit source )

Les enfants peuvent recommencer à faire pipi au lit ou régresser dans leurs capacités de communication.(15)

Conditions associées ( éditer | éditer la source )

Les effets de l’exposition aux traumatismes chez les enfants sont complexes et peuvent prédisposer les enfants à un certain nombre de troubles associés :

Les principes de travail avec les enfants déplacés traumatisés ( éditer | edit source )

Les interventions auprès des enfants ayant vécu un déplacement doivent inclure un traitement pour l’enfant et certaines interventions pour les personnes qui s’occupent de lui. Les principes thérapeutiques utilisés avec les enfants sont les suivants

Approche systémique familile ( éditer | edit source )

Les traumatismes affectent toute la famille. Travailler avec la famille permet de maximiser les bénéfices thérapeutiques pour l’enfant et l’ensemble de la famille. Lorsque la famille fonctionne bien, elle offre un meilleur environnement de guérison à la maison pour que les enfants se remettent de leurs traumatismes et favorise leur bien-être.

L’habilitation de l’aidant est une priorité essentielle. L’organisation de séances d’éducation pour les aidants dans le cadre de séances de physiothérapie peut renforcer des stratégies parentales efficaces, des méthodes d’adaptation saines et donner l’occasion de renforcer leur attachement à l’enfant. Cela a également un effet curatif sur l’aidant, qui se sent plus efficace.

Approche holistique interdisciplinaire ( éditer | edit source )

Les traumatismes ont un impact sur l’ensemble de la personne, corps et esprit. La guérison des traumatismes nécessite une attention à l’esprit, au corps, à l’âme et aux relations, et s’effectue par le biais d’une approche interdisciplinaire intégrée. Le point de vue holistique est que la santé mentale est liée au bien-être physique et interdépendante de celui-ci, et vice versa. Les services de réadaptation devraient utiliser une approche biopsychosociale qui favorise la guérison émotionnelle aussi bien que physique. En veillant à ce que les patients soient orientés vers des services de conseil et d’autres services sociaux en cas de besoin, on s’assure que plusieurs domaines sont pris en compte. Dans la mesure du possible, il convient d’adopter une approche thérapeutique interdisciplinaire et holistique de la réadaptation. Cette approche permet de mieux comprendre les problèmes complexes et variés d’une personne à la suite d’un événement traumatique. Et plus important encore, les résultats de la thérapie sont supérieurs à la somme de chaque discipline mise en œuvre individuellement.

Renforcer la résilience ( éditer | éditer la source )

La résilience est la capacité de répondre à une adversité, une menace ou une perte importante d’une manière qui permette à l’enfant et à sa famille de s’adapter et de s’épanouir. Les professionnels de la réadaptation peuvent utiliser une approche fondée sur les points forts pour aider à renforcer la résilience des enfants et des familles de différentes manières.

Créer un espace sûr ( éditer | éditer la source )

De nombreux enfants ayant vécu le déplacement manquent de confiance et ont une diminution de leur sentiment de sécurité. L’intervention ne peut donc être efficace que s’il existe une relation thérapeutique positive entre l’enfant et le thérapeute. La relation thérapeutique commence dès la première rencontre avec l’enfant et continue à se construire au cours des séances de thérapie. Il est important que le professionnel en réadaptation acquière des compétences, notamment la capacité de rester présent et attentif face à la détresse et d’établir un lien authentique avec l’enfant. La création d’un environnement accueillant et prévisible dans lequel les enfants et leurs familles se sentent à l’aise est une première étape importante.

Établir des relations et soutenir l’attachement de l’enfant à ses parents ou aux personnes qui s’en occupent ( éditer | modifier la source )

Il est important d’aider les personnes qui s’occupent des enfants à comprendre les signes et les symptômes d’un traumatisme chez leurs enfants et la manière dont il peut influencer leur comportement. Il est également important d’aider les aidants à comprendre ce qu’ils peuvent faire pour aider leurs enfants.

Aider les enfants à comprendre et à gérer leurs sentiments et leurs émotions ( éditer | éditer la source )

Il est important de normaliser les signes, les symptômes et les émotions que les enfants peuvent ressentir afin de les aider à comprendre et à accepter ce qu’ils vivent et de leur apprendre des moyens simples de réguler leur corps à la maison et à l’école.

Offrir des opportunités de maîtrise et de réussite ( éditer | éditer la source )

En se fixant des objectifs et en participant à des jeux pendant la thérapie, avec ou sans la présence des aidants, les enfants reconnaissent les petites réussites d’une semaine à l’autre et en tirent une certaine fierté.(16)

Approche développementale ( éditer | edit source )

Comme les traumatismes perturbent souvent le développement, il est important d’adapter vos séances de thérapie et les exercices que vous proposez aux besoins de développement de l’enfant, pas seulement aux besoins définis par l’âge. Une évaluation approfondie est essentielle pour pouvoir identifier ces besoins. Si vous utilisez le travail de groupe, envisagez de regrouper les enfants en fonction de leurs besoins plutôt que de leur âge. Utilisez des activités adaptées à l’âge pour favoriser l’engagement et la compréhension. Par exemple, les techniques d’évaluation et les traitements basés sur le jeu avec les jeunes enfants, en utilisant des images plutôt que des mots. Utilisez des histoires et des métaphores pour faciliter l’explication.

Travailler avec les aidants ( éditer | éditer la source )

Les traumatismes liés au déplacement et aux transitions qui en découlent sont souvent très stressants pour l’enfant et les personnes qui s’en occupent. Ces tensions augmentent la charge de travail des aidants. Par contre, c’est aussi une période où les enfants, qui subissent souvent des stress similaires, ont plus que jamais besoin d’un encadrement attentif et sensible.

Parallèlement aux séances thérapeutiques destinées aux enfants, il est important d’impliquer les aidants afin qu’ils comprennent les effets des traumatismes sur les enfants et le processus de thérapie. Cela permet de renforcer l’apprentissage des séances de réadaptation à la maison, ce qui peut améliorer considérablement les résultats de la thérapie pour l’enfant. Cela peut également multiplier les effets positifs du traitement, car les autres membres de la famille (par exemple, les frères et sœurs) seront également touchés.

Prendre soin de soi(edit | edit source)

Travailler avec des enfants ayant vécu un déplacement peut être émotionnellement difficile pour un professionnel en réadaptation. La mise en œuvre d’activités de soins personnels et l’utilisation de compétences de réflexion pour aider à accroître la conscience de soi sont essentielles pour bien prendre soin de soi. Pour en savoir plus sur les soins personnels pour les professionnels en réadaptation, cliquez ici.

Considérations pratiques pour les professionnels en réadaptation ( éditer | éditer la source )

Comme pour tous les survivants de traumatismes, il est important d’utiliser une approche de soins fondée sur les traumatismes :

Conseils au sujet de l’évaluation ( éditer | éditer la source )

  • Sensibilisation à la culture : Si l’enfant est issu d’un milieu culturel différent, renseignez-vous autant que possible sur la culture de l’enfant et adaptez votre approche pour tenir compte de considérations spécifiques liées à la culture, au sexe et à l’âge. Par exemple, lorsque vous donnez des métaphores ou des exemples, assurez-vous qu’ils sont pertinents et compris dans la culture de l’enfant. Pouvoir saluer quelqu’un dans sa propre langue peut aider à briser la glace.
  • Expliquez le rôle du professionnel en réadaptation de manière simple et claire. Certaines professions spécifiques de la réadaptation ne sont pas toujours bien comprises en fonction du pays et de l’accès.
  • Langage : utilisez un langage clair et simple avec l’enfant, évitez les termes médicaux compliqués et faites appel à un interprète (si nécessaire).
  • Veillez à consacrer suffisamment de temps à l’évaluation. Les enfants qui ont subi un traumatisme peuvent avoir du mal à se concentrer et à suivre des instructions.
  • Recherchez les signes et les symptômes de traumatismes et/ou de lésions ayant un impact sur les étapes du développement dans les domaines physique, cognitif/comportemental, psychologique/émotionnel/social, qui interfèrent avec le fonctionnement.
  • Prenez le temps de rencontrer l’enfant et le parent ou la personne qui s’en occupe, séparément et ensemble, afin de comprendre les principaux problèmes. Notez également toute observation relative à la dynamique entre l’enfant et la personne qui s’en occupe. Si l’attachement est un problème, envisagez de permettre au parent ou à la personne qui s’occupe de l’enfant d’être présent pendant toute la durée de l’examen.
  • Confidentialité : Expliquez qu’un accord de confidentialité peut être négocié afin que les enfants disposent d’un espace sûr pour partager des détails en privé, tout en reconnaissant que les personnes qui s’occupent d’eux seront alertées en cas de menace pour leur sécurité.(17) Tenez compte du langage corporel de l’enfant pour comprendre s’il est à l’aise avec une demande et identifier les signes de dissociation, tels que les expressions faciales, la posture du corps et les mouvements de retrait, les changements de tension musculaire tels que les poings serrés, les changements dans la respiration, les regards vides dans la pièce, le manque de réactivité et la lenteur des mouvements.
  • Remplir l’évaluation objective pour les enfants de moins de 16 ans en présence de la personne qui s’occupe d’eux. Il convient de demander aux enfants de plus de 16 ans ce qu’ils préfèrent. L’âge auquel vous pouvez traiter un enfant sans la présence de ses parents ou de la personne qui s’occupe de lui varie d’un pays à l’autre. Veillez à respecter les politiques de protection de l’enfance propres à votre pays d’exercice ou à l’organisation concernée, en gardant à l’esprit la sécurité de l’enfant et du thérapeute.
  • Veillez à ce que les enfants soient responsabilisés en demandant leur consentement verbal pour chaque activité et en leur expliquant ce qu’elle implique.
  • Fixer des objectifs en collaboration avec l’enfant et les personnes qui s’en occupent. En reconnaissant l’impact des traumatismes sur un enfant et ses conditions de vie en tant que réfugié, il faut être prêt à fournir une cadence et une orientation et à réduire les objectifs si nécessaire.
  • Communiquer aux autres membres de l’équipe interdisciplinaire, le cas échéant, les éléments à surveiller et à modifier au cours des séances de thérapie, afin d’éviter une éventuelle retraumatisation.

Approches thérapeutiques ( éditer | edit source )

L’éducation sur les traumatismes et leurs symptômes : ( edit | edit source )

  • Pour les enfants
    • Engager une discussion avec les enfants sur leurs symptômes à l’aide d’un schéma corporel où ils peuvent colorier ou ajouter des autocollants pour identifier les zones de sensations désagréables ou de douleurs, ou utiliser des jeux de rôle ou des marionnettes peut aider à explorer et à normaliser les symptômes pour les enfants et à dissiper leurs éventuelles craintes.
  • Pour les aidants
    • Sensibiliser les aidants aux effets physiques des traumatismes chez les enfants (comme indiqué ci-dessus).
    • Expliquer qu’il s’agit de réactions normales et que les enfants en éprouveront au moins quelques-unes à un moment donné après une situation traumatisante. Insister sur le fait que chaque enfant réagit différemment en fonction de son âge, de son sexe, de son tempérament et de ses antécédents.
    • Discuter de la normalité des symptômes observés chez ces enfants en fonction de leur âge (par exemple, l’énurésie nocturne est normale chez les jeunes enfants, mais un changement significatif (augmentation de la fréquence ou de la gravité) constitue une source d’inquiétude).
    • Aider les gens qui prennent soin des enfants à comprendre leur rôle dans la création d’un environnement de guérison à la maison pour ces enfants, et renforcer l’apprentissage d’activités à la maison. Les conseils qu’un physiothérapeute peut se sentir à l’aise de donner sont les suivants : créer un environnement calme à la maison ; établir des routines ; être émotionnellement et physiquement disponible pour l’enfant ; s’occuper de soi-même en prenant soin de lui :

Les techniques de régulation du système nerveux ( éditer | edit source )

De nombreux enfants ayant vécu une expérience traumatisante perçoivent une grande partie de leur monde extérieur comme menaçant, ce qui signifie que leur système nerveux sympathique reste hyperactif. Toute stimulation du nerf vague active le système nerveux parasympathique et aide l’enfant à se détendre et à se calmer. Les techniques utiles pour y parvenir incluent la respiration contrôlée en pleine conscience, la pleine conscience des mouvements et les techniques de relaxation. Il est important de contextualiser ces interventions pour les enfants afin d’encourager l’observance. Les exercices de respiration qui peuvent être utiles sont les suivants : Le « beanbag belly », qui consiste à placer un beanbag sur l’abdomen pour favoriser la respiration diaphragmatique en position couchée ; « spaghetti dure/spaghetti mou », où les enfants apprennent les principes du contracte/relaxe en tant que technique de relaxation physique. Les mouvements de pleine conscience, tels que ceux retrouvés dans les pratiques de yoga pour enfants, encouragent une connexion corps-esprit où les enfants apprennent à explorer en toute sécurité les sensations associées à différents mouvements. Dans certains cas, les enfants peuvent éviter certains mouvements ou activités en raison des sensations désagréables qu’ils provoquent.

L’enseignement des neurosciences de la douleur ( éditer | éditer la source )

La douleur est l’un des symptômes somatiques les plus courants chez les enfants. À l’aide d’exemples simples et de métaphores, les enfants apprennent que toute douleur n’est pas forcément synonyme de dommage et que les sentiments et les pensées peuvent à la fois aggraver ou atténuer la douleur. Il a été démontré que les informations et le contexte dans lesquels les enfants perçoivent leur douleur modulent leurs attentes en matière de douleur et leur réaction émotionnelle à la douleur. Même les croyances des parents sur l’étiologie de la douleur de l’enfant influencent les effets de la douleur chez l’enfant. C’est pourquoi les parents doivent être impliqués dans l’enseignement des neurosciences de la douleur.

L’exercice aérobique ( edit | edit source )

Il a été démontré que l’exercice aérobique régulier a des effets positifs sur la santé mentale, notamment en améliorant la concentration et l’estime de soi. Il peut également réduire les symptômes de dépression et d’anxiété. En encourageant et en pratiquant différentes façons de faire de l’exercice aérobique, les enfants ressentent non seulement les bénéfices immédiats de l’exercice, mais ils apprennent également tout au long de leur vie comment et pourquoi maintenir cette pratique. Les jeux ou les activités qui augmentent le plaisir de bouger et encouragent une expérience amusante sont bien accueillis par les enfants et les incitent souvent à enseigner ces activités à leurs frères et sœurs ainsi qu’à leurs parents à la maison. Les sprints avec cônes, les courses à obstacles, les jeux de dés aérobiques, les exercices en circuit chronométrés sont des exercices populaires.

En plus de ces avantages, l’exercice aérobique reproduit un grand nombre des sensations corporelles qui provoquent souvent des réactions d’anxiété, telles que l’augmentation du rythme cardiaque, de la respiration et de la transpiration. L’exposition répétée à des stimuli interceptifs liés à l’anxiété par le biais d’exercices aérobiques « sans danger » peut donc éteindre les réactions de peur, et s’accompagner de changements dans la manière dont ces stimuli sont interprétés. (18) (19)

La posture et les émotion (approche somatique) ( éditer | edit source )

La posture est liée à l’émotion. En aidant l’enfant à identifier tout changement de posture lorsque ses émotions changent, on lui permet de reconnaître ses schémas de mouvement et de posture. Les exemples incluent une posture affaissée et arrondie lorsque l’on est triste et une posture ouverte et expansive lorsque l’on est heureux ou confiant. Reconnaître ces schémas et les utiliser activement comme stratégie peut favoriser des émotions positives au cours de la journée. Jouer ces humeurs et ces mouvements dans des jeux de rôle ou des activités de groupe est un moyen efficace de communiquer cet apprentissage.

L’ergonomie et conseils de prévention ( éditer | éditer la source )

L’éducation générale aux principes ergonomiques tels que comment s’asseoir, se pencher et soulever des charges favorise des habitudes saines pour l’avenir. Elle reconnaît également que les survivants de traumatismes ont déjà un système nerveux sensibilisé et qu’ils sont plus susceptibles de développer des comorbidités ou des conditions telles que la douleur chronique plus tard dans la vie. L’éducation à la prévention, à l’ergonomie et à la gestion des blessures aiguës dès qu’elles surviennent peut contribuer à atténuer le passage à un état de douleur chronique.

L’hygiène du sommeil ( éditer | éditer la source )

Le sommeil est souvent affecté à la suite d’une expérience traumatisante. Les conséquences d’un mauvais sommeil sont multiples. Il affecte la santé physique, le rétablissement après une maladie, la capacité à gérer la douleur, les résultats scolaires et la capacité générale à réguler son comportement au cours de la journée. Quelques conseils utiles sur l’hygiène du sommeil à l’intention des enfants et des personnes qui s’occupent d’eux les aideront à structurer leur routine quotidienne et l’heure du coucher pour favoriser le sommeil. L’utilisation d’images ou de cartes pour aider les enfants à identifier les habitudes utiles et néfastes vous permet de dialoguer avec eux sur ce sujet de manière interactive.

En général, les conseils utiles sont de :

  • Créer un bon environnement de sommeil.
    • Minimiser les perturbations telles que le bruit et les lumières vives. Éviter de regarder la télévision ou d’utiliser son téléphone avant de se coucher. Cependant, l’obscurité peut être source d’anxiété, c’est pourquoi une veilleuse de faible intensité peut être utile.
  • Instaurer une routine de coucher calme.
    • Une routine cohérente et relaxante avant le coucher envoie au cerveau le signal qu’il est temps de se détendre, ce qui facilite l’arrivé du sommeil. Celle-ci inclut de se coucher et de se lever à la même heure tous les jours. Disposer d’une heure de tranquillité. Une histoire à l’heure du coucher permet de créer des liens et de l’attachement avec les personnes qui s’occupent de l’enfant. Les conversations stressantes entre aidants ou avec les enfants doivent être évitées.
  • Éviter les produits contenant de la caféine, y compris les sodas et le chocolat, avant d’ aller se coucher et limiter la consommation de grandes quantités de liquides dans les heures précédant le coucher.
  • Pratiquer des techniques de relaxation avant de se coucher, seul ou avec l’aidant, est un excellent moyen de se détendre, de calmer l’esprit et de se préparer au sommeil. Les enfants doivent être encouragés à utiliser certaines des techniques qui leur ont été enseignées pendant leur traitement.
  • L’exercice régulier au cours de la journée contribue à créer une fatigue naturelle dans le corps. La sieste doit être évitée (sauf si elle fait partie de la routine quotidienne d’un petit enfant).
  • L’utilisation du lit pour d’autres activités doit être évitée. Cela peut toutefois s’avérer difficile en fonction de la situation de vie de l’enfant. L’idée est que le lit doit être associé au sommeil. Dans la mesure du possible, lorsqu’un enfant est réveillé pendant la nuit, il faut l’encourager à se lever, à se déplacer et à faire des exercices de relaxation ou de pleine conscience. Cela les aidera à ne pas prendre l’habitude de se retourner dans leur lit la nuit.

Ressources(edit | edit source)

Ressources sur l’hygiène du sommeil ( edit | edit source )

Respiration en pleine conscience, postures de yoga et relaxation musculaire progressive ( edit | edit source )

Blogs(edit | edit source)

The Centre for Victims of Torture provide really insightful blogs, which provide a great resource when considering effective and integrated care for children.

Finding the Most Effective Ways to Help Children Affected by War

Integrated Care for Children Brings Great Progress

Taking Extra Steps to Care for Survivors, Including Children

Références(edit | edit source)

  1. Figures at a Glance. Available from https://www.unhcr.org/figures-at-a-glance.html (last access 15.02.2023)
  2. Global Trends: Forced Displacement in 2017. The UN Refugee Agency. Available from https://returnandreintegration.iom.int/en/resources/reports/global-trends-forced-displacement-2017 (last access 15.02.2023)
  3. Moore, Will H., and Stephen M. Shellman. « Refugee or internally displaced person? To where should one flee? » Comparative Political Studies 39, no. 5 (2006): 599-622.
  4. Rasmussen, Andrew, Basila Katoni, Allen S. Keller, and John Wilkinson. « Posttraumatic idioms of distress among Darfur refugees: Hozun and Majnun. » Transcultural Psychiatry 48, no. 4 (2011): 392-415.
  5. 5.0 5.1 Bhugra, Dinesh, and Peter Jones. « Migration and mental illness. » Advances in Psychiatric Treatment 7, no. 3 (2001): 216-222.
  6. Farah, Randa. « A report on the psychological effects of overcrowding in refugee camps in the West Bank and Gaza Strip. » Prepared for the Expert and Advisory Services Fund—International Development Research Centre, Canada: IDRC (2000).
  7. Kaplan, Ida. « Effects of trauma and the refugee experience on psychological assessment processes and interpretation. » Australian Psychologist 44, no. 1 (2009): 6-15
  8. Flynn, Michael. An introduction to data construction on immigration-related detention. Graduate Institute of International and Development Studies, 2011.
  9. Anderson, Mary B., Ann M. Howarth (Brazeau) and Catherine Overholt. 1992. A Framework for People-Oriented Planning in Refugee Situations Taking Account of Women, Men and Children. Geneva: UNHCR.
  10. TEDx Talks. A refugee’s journey to safety | Mozhdeh Ghasemiyani | TEDxAarhus. Available from: http://www.youtube.com/watch?v=gLFN-Q_CZeA(last accessed 30/08/20)
  11. UNICEF Canada. Uprooted By Violence | A Toy’s Story. Available from: http://www.youtube.com/watch?v=zJSnWrNkHPk(last accessed 30/08/20)(last accessed 30/10/17)
  12. Refugee Council. Without My Mum. Available from: http://www.youtube.com/watch?v=9Ug1DmJ-VVg(last accessed 30/08/20)
  13. Child Protection Manual. Available from https://www.cpmanual.vic.gov.au (last access 15.02.2023)
  14. Perry, B. D., & Azad, I. (1999). Posttraumatic stress disorders in children and adolescents. Current opinion in pediatrics, 11(4), 310-316.
  15. Child development and trauma guide. Available from https://www.wa.gov.au/system/files/2021-11/Child-Development-And-Trauma-Guide.pdf (last access 15.02.2023)
  16. The resilience guide. Strategies for responding to trauma in refugee children: https://cmascanada.ca/wp-content/uploads/2018/02/resilienceguide.pdf
  17. Wells J, Sueskind B, Alcamo, K. Child and adolescent issues. 2017. Available from https://www.goodtherapy.org/learn-about-therapy/issues/child-and-adolescent-issues (last access 15.02.2023)
  18. Broman-Fulks JJ, Berman ME, Rabian B, Webster MJ. Effects of aerobic exercise on anxiety sensitivity. Behaviour Research and Therapy, 2004;42(2): 125-136.
  19. Motta R. The Role of Exercise in Reducing PTSD and Negative Emotional States. Psychology of Health – Biopsychosocial Approach (Internet). 2019 Oct 30; Available from: http://dx.doi.org/10.5772/intechopen.81012 (last access 15.02.2023)
  20. Smile and Learn – English. Sun Salutations & Yoga with Animals – Yoga for Kids. Available from: http://www.youtube.com/watch?v=8oGR5xucItI(last accessed 30/08/20)
  21. therapYi. Progressive Muscle Relaxation- for kids and adults!. Available from: http://www.youtube.com/watch?v=aaTDNYjk-Gw(last accessed 30/08/20)


Développement professionnel dans votre langue

Rejoignez notre communauté internationale et participez à des cours en ligne pour tous les professionnels en réadaptation.

Voir les cours disponibles