Considérations relatives au traitement en situation de catastrophe et de conflit

Bienvenu au projet de développement de contenu pour le cours La réadaptation dans des situations de catastrophe et de conflit. S’il vous plaît, n’éditez pas à moins que vous ne soyez impliqué dans ce projet, en revanche, revenez dans un avenir proche pour vérifier les nouvelles informations ! Si vous souhaitez vous impliquer dans ce projet et obtenir une accréditation pour vos contributions, veuillez prendre contact avec nous!

Rédacteurs originaux –   User Name

Principaux contributeursNaomi O’Reilly et Kim Jackson      

Introduction[edit | edit source]

La réadaptation est « un ensemble de mesures qui aident les personnes souffrant d’un handicap ou susceptibles d’en souffrir à atteindre et à maintenir un fonctionnement optimal en interaction avec leur environnement ». Lorsqu’elle est fournie en temps opportun, elle peut entraîner de meilleurs résultats en matière de santé, réduire les séjours à l’hôpital et la probabilité d’un handicap à long terme, prévenir une perte de fonction ultérieure et améliorer la capacité d’une personne à fonctionner dans son environnement. [1][2][3] De la première guerre mondiale à des catastrophes plus récentes, telles que le tremblement de terre au Népal en 2015 et l’explosion de 2020 à Beyrouth, au Liban, l’importance d’intégrer la réadaptation aux réponses d’urgence dans les catastrophes et les situations de conflit est devenue de plus en plus claire. Les normes et recommandations de l’Organisation mondiale de la santé relatives aux équipes médicales d’urgence pour la réadaptation, lancées en 2016, ont signalé des progrès importants dans la reconnaissance du rôle que jouent les professionnels de la réadaptation et la nécessité d’un accès rapide aux services de réadaptation. [4]

Les professionnels de la réadaptation sont confrontés à des défis uniques liés aux traumatismes complexes, à l’augmentation des blessures et à la rareté des ressources, que beaucoup n’ont jamais rencontrés auparavant. Des conseils pratiques pour dispenser une réadaptation de qualité dans ces contextes sont essentiels si on veut que la réponse aux catastrophes et aux conflits évolue au-delà de son mandat de sauver des vies et des membres afin de fournir des soins qui maximisent les résultats pour les patients. Les professionnels de la réadaptation doivent être dotés des connaissances et des compétences nécessaires pour répondre aux besoins des patients et faire face aux exigences de l’intervention médicale d’urgence. Dans les situations d’urgence humanitaire telles que pendant ou après une catastrophe soudaine et les situations de conflit, les besoins en services de réadaptation fonctionnelle de base sont criants et essentiels pour prévenir les handicaps et améliorer la vie des personnes handicapées.

Il est désormais reconnu que la réadaptation fait partie intégrante du rétablissement d’un patient dans les situations de catastrophe et de conflit dès les soins aigus, il a été démontré que l’accès à la réadaptation aide à prévenir les complications, à accélérer le rétablissement, à permettre une sortie précoce et à contribuer à la continuité des soins. Les professionnels en réadaptation doivent posséder des compétences dans un large éventail de domaines cliniques et, en situation de catastrophe et de conflit, ils doivent être en mesure de gérer des défis tels que de fortes augmentations du nombre de patients, un équipement limité et des présentations cliniques complexes, et doivent être conscients de l’impact de ces éléments lorsqu’ils envisagent les options de traitement et la priorisation des interventions utilisées[5]

En tant que tel, il est essentiel de voir au-delà des méthodes de traitement spécifiques comme l’amplitude des mouvements ou la force, et de considérer les éléments plus larges du traitement devant sous-tendre tout ce que nous faisons, en reconnaissant que dans les situations de catastrophe et de conflit, il faut prendre en compte également l’impact du traumatisme. Le modèle de soins tenant compte des traumatismes (Trauma-informed Care Model) est un cadre qui implique la compréhension de l’impact du traumatisme sur l’individu et ses structures de soutien, et qui intègre des moyens de répondre au traumatisme en améliorant la sécurité physique, psychologique et émotionnelle des patients et de leurs aidants, tout en offrant au patient la possibilité de retrouver la maîtrise de soi et l’autonomie. Appliquer les principes de soins tenant compte des traumatismes à votre approche thérapeutique consiste à reconnaître les nombreuses façons dont une expérience traumatique peut avoir un impact sur tous les aspects des soins, de la communication au raisonnement clinique. Les principes de base des soins tenant compte des traumatismes peuvent être résumés comme suit :

  1. Sécurité
  2. Fiabilité et transparence
  3. Soutien par les pairs
  4. Collaboration et réciprocité
  5. Autonomisation, voix et choix
  6. Problématiques culturelles, historiques, de genre et de handicap [6]

Éducation et autogestion[ edit | edit source ]

L’éducation du patient a été définie comme « tout ensemble d’activités planifiées visant à améliorer les comportements de santé d’un patient, son état de santé, ou les deux. » [7] Ces activités visent à faciliter la base de connaissances du patient afin de l’aider à donner un sens à son état et à le guider vers une autogestion efficace et continue en développant des compétences telles que la résolution de problèmes, la prise de décision, l’utilisation des ressources, la planification des actions, l’auto-adaptation, l’auto-surveillance, ce qui nécessite un partenariat positif entre le patient et le professionnel en réadaptation.

L’autogestion est un modèle de soins dans lequel les patients sont des participants actifs dans leurs propres soins de santé, encouragés à utiliser des stratégies et à acquérir des compétences pour gérer leurs propres besoins de santé, et à assumer la responsabilité de leurs propres comportements vis-à-vis de leur santé [8] [9]. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) définit l’autogestion comme « la capacité des individus, des familles et des communautés à promouvoir la santé, à prévenir les maladies et à maintenir la santé….. à faire face à la maladie et au handicap avec ou sans le soutien d’un prestataire de soins de santé ».[1] L’autogestion, qui comprend l’implication active du patient et de ses réseaux de soutien dans les décisions concernant le traitement et le partage des responsabilités, est devenue un aspect reconnu de toute réadaptation et constitue un aspect vital du traitement en situation de catastrophe et de conflit, étant donné que les patients ont souvent moins accès aux professionnels en réadaptation ou n’ont pas le temps de les rencontrer, et que le suivi est souvent limité ou retardé en raison des systèmes de santé restreints et des infrastructures sanitaires et communautaires endommagées. [10][11][12]

Éduquer les patients et les aidants à l’autogestion, leur fournir des indications claires sur les restrictions et les signes de complications, des conseils et des exercices, et leur expliquer comment progresser et ce qu’il faut faire s’ils ne progressent pas, est extrêmement important dans les situations de catastrophe et de conflit. Cela peut être encore plus important lorsque les patients sont en attente d’une prise en charge définitive, car l’éducation préopératoire peut rendre les soins postopératoires beaucoup plus faciles.

Promouvoir l’indépendance[ edit | edit source ]

Après une blessure traumatique, les personnes ont besoin d’une évaluation et d’interventions de réadaptation qui tiennent compte de toute condition préexistante et qui sont centrées sur le retour à une fonction et une indépendance optimales aussi rapidement que possible dans l’environnement dans lequel elles seront renvoyées. La capacité d’une personne à participer aux activités quotidiennes dans son environnement familial et communautaire peut être considérablement perturbée, que ce soit en raison de la blessure spécifique, ou en raison de la catastrophe ou du conflit lui-même, avec des infrastructures endommagées et détruites, un faible accès aux services essentiels et des conditions de vie surpeuplées, ce qui peut l’obliger à modifier ses routines ou à réapprendre ou gérer différemment ses activités quotidiennes, ou encore à demander l’aide d’autres personnes pour les tâches personnelles telles que la douche, l’habillage et la toilette, ainsi que pour les tâches domestiques et communautaires. Ce qui est considéré comme une meilleure pratique peut être différent étant donné l’impact du cadre sur l’individu, et vous devez toujours vous assurer de prendre en compte non seulement leurs blessures spécifiques mais aussi l’environnement dans lequel ils doivent vivre.

Soutien psychologique[ edit | edit source ]

Pendant et après les catastrophes et les conflits, de nombreuses personnes ont de fortes réactions émotionnelles ou physiques. Pour la plupart, ces réactions disparaissent en quelques jours ou semaines, mais pour certains, cela peut prendre beaucoup plus de temps. Certains peuvent être préoccupés par des problématiques pratiques, ou avoir besoin de recommandations simples sur des sujets tels que comment parler de la catastrophe ou du conflit avec les enfants, ou soutenir les amis et les membres de la famille qui ont été touchés, et ont tendance à bien réagir au soutien, au réconfort et à la résolution de problèmes.

Les premiers secours psychologiques constituent une réponse humaine et positive à un autre être humain qui souffre et qui peut avoir besoin de soutien.[13][14], est utile en tant que première chose que vous pouvez faire avec des individus ou des familles à la suite d’une catastrophe et est largement utilisé dans les premières heures, jours et semaines suivant un événement. Ils reposent sur la compréhension du fait que les personnes touchées par une catastrophe vont éprouver une série de réactions initiales (physiques, psychologiques, émotionnelles), toutes normales et compréhensibles étant donné l’expérience des gens, mais qui ont le potentiel d’interférer avec la capacité d’une personne à faire face à la situation. [15]Un objectif important des premiers secours psychologiques est de renforcer la capacité des personnes à se rétablir en les aidant à identifier leurs besoins immédiats ainsi que leurs forces et leurs capacités à répondre à ces besoins.

Les premiers secours psychologiques abordent les thèmes suivants[13][14]:

  • fournir des soins et un soutien pratiques, qui ne constituent pas une intrusion ;
  • évaluer les besoins et les préoccupations ;
  • aider les gens à répondre à leurs besoins fondamentaux (par exemple, de nourriture et eau, d’information) ;
  • écouter les gens, mais sans les pousser à parler ;
  • réconforter les gens et les aider à se sentir calme ;
  • aider les gens à se connecter aux sources d’information, aux services et aux soutiens sociaux ;
  • protéger les personnes contre tout nouveau préjudice

Pour en savoir plus sur les premiers secours psychologiques, consultez :

Soutien psychosocial[ edit | edit source ]

Les catastrophes et les conflits exercent un stress psychologique et social important sur les individus, les familles et les communautés, et peuvent imposer un stress et des difficultés considérables. Le terme « psychosocial » fait référence à la relation dynamique entre la dimension psychologique d’une personne, incluant ses processus internes, émotionnels et de pensée, ses sentiments et ses réactions, et la dimension sociale d’une personne, qui inclut ses relations, son réseau familial et communautaire, ses valeurs sociales et ses pratiques culturelles.

Selon l’Unicef, le bien-être psychosocial peut être considéré comme l’état d’être ou de bien se porter d’un individu dans différents aspects de la vie, incluant des relations sociales favorables, l’accès aux besoins de survie de base et des ressources économiques et environnementales ainsi que des besoins physiques, intellectuels, émotionnels et de développement adressés. [18]

Le « soutien psychosocial » désigne donc les actions qui répondent aux besoins psychologiques et sociaux des individus, des familles et des communautés et qui les aident à faire face à la situation dans laquelle ils se trouvent, à renforcer leur résilience et à reconstruire leur vie. Il implique une série d’interventions de soins et de soutien offertes par les aidants, les membres de la famille, les amis, les enseignants, les professionnels en réadaptation et les membres de la communauté sur une base quotidienne. Il peut également s’étendre aux soins et au soutien offerts par des services psychologiques et sociaux spécialisés, si nécessaire.

Le rôle de l’évaluation psychosociale dans le cadre de l’entretien médical ne devrait jamais être sous-estimé. Une évaluation psychosociale approfondie fournira une vision holistique du patient et de son état et ainsi, aidera le clinicien à concevoir un plan de gestion complet. De plus, le fait de cibler correctement les aspects psychosociaux du patient renforce l’alliance thérapeutique et améliore la compliance du patient en tant que participant actif au processus de traitement et de réadaptation.

Soutien par les pairs[ edit | edit source ]

Le soutien par les pairs se produit lorsque des gens partagent leurs connaissances personnelles, leur expérience, leur aide émotionnelle, sociale ou pratique, les uns avec les autres. Il est fourni par des personnes qui ont été confrontées au même type d’expérience, de traumatisme ou de blessure. Le soutien par les pairs offre un environnement dans lequel une personne peut sentir qu’elle est écoutée en tant que personne et non en tant que patient et peut offrir une perspective différente de celle des médecins et professionnels de la réadaptation, car les pairs ont cette “expérience vécue”, qui peut leur permettre de s’identifier à la personne d’une manière que seule une autre personne “ayant été là et l’ayant vécu” puisse.

Le soutien par les pairs est couramment utilisé dans les situations où une personne a subi une blessure qui a changé sa vie, comme une lésion de la moelle épinière, une lésion cérébrale traumatique ou une amputation. Il peut prendre plusieurs formes, y compris le mentorat par les pairs, l’écoute réflexive (réflexion sur le contenu et/ou les sentiments) ou le conseil, et peut être offert face à face, individuellement ou en groupe, ou dans certains cas, par le biais de la télésanté.[14] Il peut être utilisé non seulement pour la personne qui a subi la blessure, mais aussi pour les membres de la famille et les soignants.

Résumé[edit | edit source]

En tant que professionnel en réadaptation, vous devez tenir compte d’un large éventail de facteurs lorsque vous décidez des traitements à utiliser en situation de catastrophe et de conflit, tout en étant conscient des implications de la catastrophe et du conflit sur les systèmes de santé, l’accès aux services de santé, le patient et ses structures de soutien. Assurez-vous d’établir un environnement où le patient se sent en sécurité, connecté, valorisé, informé, habilité et plein d’espoir de guérison. Appliquez toujours le savoir sur les traumatismes et les voies de guérison de ceux-ci à vos pratiques, politiques et procédures. Reconnaissez les signes et symptômes de traumatisme chez les patients, les aidants, les membres de l’équipe pluridisciplinaire et les autres personnes impliquées dans le système. Travaillez délibérément avec les personnes, les aidants et les autres organismes pour promouvoir et protéger l’autonomie du client. Comprenez le concept de retraumatisation et appliquez ces connaissances à vos prestations au niveau des pratiques, des politiques et des procédures et veillez à être conscient de l’environnement dans lequel vous travaillez et à pratiquer des politiques, procédures et pratiques culturellement compétentes et non discriminatoires.

Ressources[edit | edit source]

Réadaptation précoce lors des conflits et des catastrophes

Rehabilitation in Sudden Onset Disasters

IASC Guidelines on the Inclusion of Persons with Disabilities in Humanitarian Action

Références [edit | edit source]

  1. 1.0 1.1 World Health Organization. World Report on Disability. 2011 Available from: https://www.who.int/teams/noncommunicable-diseases/sensory-functions-disability-and-rehabilitation/world-report-on-disability [Accessed: 03/03/2022]
  2. von Groote PM, Bickenbach JE, Gutenbrunner C. The World Report on Disability–implications, perspectives and opportunities for physical and rehabilitation medicine (PRM). Journal of Rehabilitation Medicine. 2011 Oct 1;43(10):869-75.
  3. Mousavi G, Ardalan A, Khankeh H, Kamali M, Ostadtaghizadeh A. Physical rehabilitation services in disasters and emergencies: A systematic review. Iranian Journal of Public Health. 2019 May;48(5):808.
  4. Lathia C, Skelton P, Clift Z. Early rehabilitation in conflicts and disasters. HI. Accessed from Humanity–Inclusion-Clinical-Handbook.
  5. WHO. Early rehabilitation in conflict and disasters
  6. Substance Abuse and Mental Health Services Administration. SAMHSA’s Concept of Trauma and Guidance for a Trauma-Informed Approach. HHS Publication No. (SMA) 14-4884. Rockville, MD: Substance Abuse and Mental Health Services Administration,2014.
  7. Louw, A, Puentedura, E. (2013). Therapeutic Neuroscience Education. Teaching patients about pain. A guide for clinicians. Minneapolis. Orthopedic Physical Therapy Products.
  8. Oliveira VC, Ferreira PH, Maher CG, Pinto RZ, Refshauge KM, Ferreira ML. Effectiveness of self‐management of low back pain: Systematic review with meta‐analysis. Arthritis care & research. 2012 Nov;64(11):1739-48.
  9. Harding V, Watson PJ. Increasing activity and improving function in chronic pain management. Physiotherapy. 2000 Dec 1;86(12):619-30.
  10. Mudge, S. et al, Who is in Control? Clinicians’ View on their Role in Self-management Approaches: A Qualitative Metasynthesis , BMJ Open, 2015
  11. Jones, F. Chapter 19: Self-management , in Stokes, M. &s Stack, E., Physical Management for Neurological Conditions, Churchill Livingstone, 2013.
  12. Lorig KR, Holman HR. Self-management education: history, definition, outcomes, and mechanisms. Annals of behavioral medicine. 2003 Aug 1;26(1):1-7.
  13. 13.0 13.1 International Federation of Red Cross and Red Crescent Societies (IFRC) 2009, Psychosocial Handbook, International Reference Centre for Psychosocial Support, Copenhagen, Denmark.
  14. 14.0 14.1 14.2 Inter-Agency Standing Committee (IASC) 2007, IASC Guidelines on Mental Health and Psychosocial Support in Emergency Settings, IASC, Geneva, Switzerland.
  15. Brymer, M, Jacobs, A, Layne, C, Pynoos, R, Ruzek, J, Steinberg, A, Vernberg, E & Watson, P 2006, Psychological First Aid – Field Operations Guide, 2nd edn, National Child Traumatic Stress Network & National Center for PTSD, USA.
  16. Australian Psychological Society
    . The Recovery – Helping After Natural Disasters. Available from: https://youtu.be/a4uoGr1P_hQ[last accessed 10/03/22]

  17. svenskarodakorset. Psychological first aid – look, listen, link. Available from: https://youtu.be/kly45u9ml_A[last accessed 10/03 /]
  18. Unicef. Key Practice: Psychosocial Support. Available from: https://www.unicef.org/uganda/key-practice-psychosocial-support (Accessed 2 March 2022).
  19. British Red Cross. Understanding Psychosocial Support #PowerOfKindness Available from: https://youtu.be/h8PHvxVmC0I[last accessed 28/02/22]
  20. Hamanitarian Capacity Building..Psychosocial Support. Available from: https://youtu.be/_h0L6u68tbI[last accessed 28/02/22]


Développement professionnel dans votre langue

Rejoignez notre communauté internationale et participez à des cours en ligne pour tous les professionnels en réadaptation.

Voir les cours disponibles