Rédacteurs originaux – User Name
Principaux contributeurs – Naomi O’Reilly
Afin de prodiguer les meilleurs soins et de planifier le meilleur traitement, une évaluation approfondie doit être réalisée. Il s’agit de l’étape la plus importante du processus de réadaptation. Elle contribue à guider notre raisonnement et nos décisions cliniques afin de prendre des décisions éclairées sur le processus de réadaptation. Johnson & Thompson (1996) ont souligné que le traitement ne peut être aussi bon que l’évaluation sur laquelle il est basé. [1]
Prendre le temps adéquat pour effectuer l’évaluation approfondie d’un patient est fort précieux pour les professionnels de la réadaptation dans un contexte d’urgence et peut permettre de gagner du temps et d’éviter les doublons par la suite, mais peut souvent être très difficile à réaliser. [2]
Bien que chaque profession, et dans certains cas chaque condition clinique, puisse avoir ses propres protocoles d’évaluation spécifiques, il existe plusieurs éléments fondamentaux à chacun d’entre eux qui sont décrits ci-dessous.
NOTE: Dans les situations de conflit, méfiez-vous de la documentation de toute information qui pourrait mettre un patient en danger.
Il est essentiel de tenir un registre central des patients que vous voyez, à la fois pour garantir qu’ils puissent être suivis, mais aussi pour informer les tendances générales de réponse aux besoins. La plupart des services travaillant en situation de catastrophe et de conflit disposent déjà d’une base de données, mais au milieu d’une urgence, celle-ci peut se trouver perturbée ou nécessiter une adaptation. L’objectif d’une base de données est de permettre un suivi efficace des patients, ainsi que la production de rapports détaillés et la contribution à une réponse coordonnée.[2] Si elle n’est pas déjà enregistrée, les exigences minimales suggérées pour une base de données de réadaptation devraient inclure :
L’évaluation subjective permet de dresser un tableau détaillé de la façon dont l’état actuel du patient affecte celui-ci. Avant de voir un patient, assurez-vous de lire toute la documentation disponible et d’obtenir toute l’informations possible à partir de son dossier médical et des collègues médecins (si possible) et documentez le tout afin que les patients n’aient pas à faire face à des questions répétées de la part du personnel médical, étant donné qu’ils peuvent avoir vécu des événements extrêmement traumatisants et des pertes importantes. Lorsqu’un patient est indisposé, les membres de la famille ou les amis peuvent également être en mesure de fournir des informations. [2]
N’oubliez pas de vous présenter et de décrire votre rôle (dans un langage simple). N’oubliez pas non plus, que certains patients peuvent ne pas savoir ce que fait un professionnel de la réadaptation. Les premières rencontres avec les patients doivent également permettre de déterminer quelles sont leurs attentes en matière de réadaptation et de rétablissement.[2]
Évitez de poser des questions inutiles, mais si un patient veut parler de son expérience, essayez de lui accorder du temps et de l’écouter, même si vous êtes sous pression. Prenez note de leur état mental, notamment des signes de confusion, de mauvaise humeur, d’anxiété ou de délire.[2]
Portez une attention particulière à tout ce qui pourrait nuire à leur rétablissement, ceci comprend (sans s’y limiter) :
Compléter l’histoire sociale peut être un défi dans les situations de catastrophe et de conflit, en particulier lorsqu’il s’agit d’obtenir des informations sensibles (par exemple, la perte de membres de la famille, la destruction de domicile). Dans la mesure du possible, ces informations doivent être extraites des dossiers des patients ou d’autres sources, afin que le patient n’ait pas à répéter ces informations à plusieurs professionnels en réadaptation. [2]
D’autres facteurs à incorporer dans une histoire sociale incluent :
Ces autres questions standard posées habituellement dans une histoire sociale devraient également être incluses :
L’évaluation objective implique la collecte de données que vous pouvez observer et mesurer sur l’état de santé de votre patient. Dans les premiers stades des catastrophes et des conflits, il peut ne pas être réaliste ou approprié d’utiliser des outils d’évaluation complets, et les évaluations objectives devront être très centrées sur les besoins spécifiques du patient et du contexte. Cependant, les conclusions de base de toute évaluation doivent toujours être documentées. [2]
Ce que vous évaluez est déterminé par la présentation clinique du patient, mais aussi par votre formation spécifique, votre rôle et les protocoles de l’organisation pour laquelle vous travaillez. Des organisations différentes adopteront des approches différentes à l’évaluation. En fonction de votre formation, les évaluations objectives communes que vous utiliserez pourraient inclure les éléments suivants :[2]
L’observation de votre patient doit inclure le comportement, y compris le niveau de détresse, la posture, les patrons de mouvement, incluant la démarche et les mouvements involontaires le cas échéant, l’œdème, les escarres, les déformations, toute fixation externe, les sites chirurgicaux ou les plaies et les pansements, et documenter les blessures et les observations sur un diagramme corporel si disponible dans le cadre de votre dossier.
Essayez de faire coïncider la réadaptation avec la vérification des pansements pour permettre l’évaluation du site de chirurgie ou l’évaluation de la plaie afin de détecter tout signe d’infection. Ne retirez pas vous-même le pansement d’une plaie, sauf si vous êtes formé pour le faire ou si un collègue est disponible pour le faire.
NOTE: Signes d’infection des plaies ou du site chirurgical
- Rougeur
- Chaleur
- Gonflement
- Écoulement purulent
- Retard de guérison
- Douleur nouvelle ou croissante
- Mauvaise odeur
Il est également essentiel d’établir le niveau de conscience de la personne avant de commencer l’évaluation et de surveiller tout changement de ce niveau de conscience. La conscience peut être mesurée à l’aide de l’AVPU (Alert, Verbally Responsive, Pain Responsive or Unresponsive) ou de l’échelle de coma de Glasgow, plus détaillée. Glasgow Coma Scale Aid peut être téléchargée dans un grand nombre de langues en cliquantici.
Les signes vitaux, notamment la fréquence cardiaque, la pression artérielle, la fréquence respiratoire ( incluant le travail respiratoire ), les niveaux de saturation en oxygène et la température ne doivent être vérifiés et interprétés que si vous êtes formé à le faire dans le cadre de vos fonctions. Ces derniers peuvent également être vérifiés à partir des dossiers médicaux disponibles pour voir les tendances des signes vitaux au cours des heures et des jours précédents, ce qui peut fournir un signe précoce de complications et déterminer si le patient est apte à participer à la réadaptation, ainsi qu’orienter les options de traitement.
NOTE: Signes de septicémie (Infection du sang) :
- Une fièvre supérieure à 38°C (101°F) ou une température inférieure à 36°C (96,8°F)
- Une fréquence cardiaque au repos supérieure à 90 battements par minute,
- Une fréquence respiratoire supérieure à 20 respirations par minute.
| Âge | Fréquence cardiaque | Fréquence respiratoire | TA systolique | TA diastolique |
|---|---|---|---|---|
| Prématuré | 120-200 | 40-80 | 38-80 | 25-57 |
| Bébé à terme | 100 – 200 | 30-60 | 60-90 | 30-60 |
| 1 an | 100-180 | 25-40 | 70-130 | 45-90 |
| 3 ans | 90-150 | 20-30 | 90-140 | 50-80 |
| 10 ans | 70-120 | 16-24 | 90-140 | 50-80 |
| Adolescent | 60-100 | 12-18 | 90-140 | 60-80 |
| Adulte | 60-100 | 12-18 | 90-140 | 60-80 |
La cognition est l’action ou le processus mental d’acquisition de connaissances et de compréhension par la pensée, l’expérience et les sens. Dans certains cas, comme lorsqu’on soupçonne une lésion cérébrale acquise, une évaluation plus détaillée de la cognition peut être nécessaire. Cependant, pour la plupart des patients, une vérification rapide de l’orientation incluant ces éléments est suffisante :
Les troubles respiratoires peuvent affecter la respiration, soit par un dommage aux poumons, soit par un excès de sécrétions. Afin de s’assurer que le traitement correct est mis en place, une évaluation respiratoire exhaustive doit être effectuée (pour autant que vous ayez les compétences nécessaires pour l’effectuer et l’interpréter). L’évaluation respiratoire doit comporter un volet subjectif et un volet objectif afin d’obtenir une compréhension complète de la fonction et de la ligne de base du patient.[5][6]Au minimum, un examen de la radiographie pulmonaire, une auscultation et une palpation doivent être effectués. Vous pouvez lire plus sur une évaluation respiratoire complète en cliquant ici.
La douleur est fréquente avec le type de blessures observées en situations de catastrophe et de conflit. Il peut être utile de comprendre le type de distribution de la douleur, pour aider à identifier la cause de la douleur et à déterminer si elle s’améliore ou s’aggrave. Un bon PQRST mnémonique permet de se souvenir des éléments d’une évaluation de la douleur :
| P | Provocation | Qu’est-ce qui provoque la douleur ? Qu’est-ce qui l’aggrave ? Qu’est-ce qui soulage ? |
|---|---|---|
| Q | Qualité | Comment qualifiez –vous la douleur ? (Aiguë, lourde, lancinante, qui serre, une pression, une brûlure, un coup de poignard, un pincement, une douleur sourde) |
| R | Région | La douleur se déplace-t-elle quelque part ? Demandez au patient de désigner les endroits où il ressent une douleur. |
| S | Sévérité | Demandez au patient d’évaluer la douleur sur une échelle – Il existe un large éventail d’échelles d’évaluation de la douleur, y compris l’échelle visuelle analogique et l’échelle numérique d’évaluation de la douleur. |
| T | Temps | Quand a-t-elle commencé ? L’apparition était-elle lente ou soudaine ? Combien de temps cela a-t-il duré ? Est-elle constante ou intermittente ? Avez-vous déjà eu cette douleur auparavant ? Est-elle similaire ou différente de la dernière fois ? |
L’amplitude de mouvement est la capacité d’une articulation à parcourir l’ensemble de son spectre de mouvements. L’amplitude de mouvement d’une articulation peut être passive ou active et nous devons mesurer les deux lors de notre évaluation en utilisant un goniomètre ou un inclinomètre le cas échéant. Les mouvements actifs doivent toujours être vérifiés en premier car ils nous permettent de voir à la fois jusqu’où et comment le patient fait bouger l’articulation par lui-même. Vous pouvez lire davantage sur l’évaluation de l’amplitude de mouvement des articulations en cliquant ici.
Le rôle de l’évaluation de la force musculaire est d’identifier toute faiblesse consécutive à une blessure, pouvant résulter d’une lésion du tendon, du muscle ou du nerf alimentant le muscle. La méthode la plus communément acceptée pour évaluer la force musculaire est l’échelle d’Oxford, également connue sous le nom d’échelle de cotation de l’évaluation musculaire manuelleproposée par le Medical Research Council (MRC) ou l’échelle MRC.
Les liens suivants démontrent le test musculaire manuel d’articulations et de mouvements spécifiques :
Le tonus musculaire est considéré comme l’état de préparation d’un muscle au repos. Ce tonus de repos nous fournit un niveau de tonus de fond à partir duquel nous pouvons fonctionner efficacement. Il est défini par la résistance au mouvement passif et est une expression de la rigidité des fibres musculaires. Il est affectée par des facteurs neuronaux et non neuronaux. Certaines affections physiques peuvent entraîner un tonus musculaire anormalement bas (hypotonie) ou élevé (hypertonie).
Il est important d’évaluer le tonus musculaire et la spasticité en raison de leur effet potentiel sur la capacité fonctionnelle. L’échelle d’Ashworth modifiée ou l’échelle de Tardieu peuvent être utilisées pour évaluer le tonus.
L’évaluation de la fonction, y compris l’équilibre, la mobilité et les transferts, ainsi que les activités de la vie quotidienne (par exemple, aller aux toilettes, se laver, faire la cuisine) est vraiment importante pour comprendre l’impact des blessures sur la vie du patient. Bien qu’il existe un certain nombre de mesures de résultats disponibles pour évaluer la fonction comme la Mesure de l’indépendance fonctionnelle, le manuel WHODAS de l’OMS, et l’ Échelle d’équilibre de Berg, en situations de catastrophe et de conflit, il est peu probable que vous ayez le temps d’utiliser une mesure formelle des résultats dans la phase initiale d’une intervention, mais ces mesures peuvent être utiles dans les phases ultérieures.
Vous pouvez également évaluer la fonction sans utiliser une échelle formelle en documentant simplement les tâches clés que le patient peut et ne peut pas effectuer, entre autres :
Pour les patients présentant un niveau de conscience altéré, des zones de sensation diminuée ou une mobilité réduite au lit, il est vital de surveiller la viabilité des tissus pendant toute évaluation. L’évaluation de la viabilité des tissus doit examiner l’intégrité de la peau et surveiller toute zone de pression ou d’ulcère. Un dépistage des facteurs de risque d’escarres doit être intégré à notre évaluation et peut être réalisé à l’aide d’un outil de dépistage comme l’échelle d’évaluation du risque de Braden (adultes) ou l’échelle d’évaluation du risque Q de Braden modifiée(enfants).
Vous pouvez lire comment réaliser une évaluation de la viabilité des tissus en cliquant ici.
En situations de catastrophes et de conflits, l’accès à une nutrition adéquate peut être limité. Il est important de bien comprendre l’impact de la malnutrition et des carences en micronutriments, notamment sur la guérison. Il est aussi important de collaborer avec d’autres membres de l’équipe, comme en diététique et en nutrition, sur la gestion et les implications pour la participation à la réadaptation anticipée.
Pouvoir évaluer l’état nutritionnel est important pour que vous puissiez souligner les individus à risque aux membres de l’équipe formés en nutrition. Vous pouvez utiliser la Circonférence moyenne du bras (MUAC) pour évaluer la malnutrition chez les enfants et les adultes ou l’outil de dépistage universel de la malnutrition (MUST) pour évaluer la malnutrition chez les adultes….
Considérez toujours l’impact élargi de la catastrophe sur l’individu. Il est peu probable qu’un patient en détresse, confus ou déprimé veuille participer activement à la réadaptation. L’évaluation de l’état psychologique doit porter sur la dépression, l’anxiété, la confusion et le délire. Les mesures de la qualité de vie peuvent être utiles : WHOQOL-100, WHOQOL-BREF, Le questionnaire de dépistage de la santé mentale en situation de catastrophe ou Le Programme d’évaluation des symptômes graves dans les contextes humanitaires (WASSS) de l’OMS et UNHCR (Version testée sur le terrain)[9] bien qu’en situation de catastrophe et de conflit, il est peu probable que vous ayez le temps d’utiliser certaines de ces mesures formelles des résultats dans la phase initiale d’une intervention, mais elles peuvent être utiles dans les phases ultérieures. Il est important de faire le lien avec les autres membres de l’équipe, comme les psychologues et les experts en traumatismes, si vous avez des inquiétudes.
Réadaptation précoce lors des conflits et des catastrophes
The Role of Physical Therapists in Disaster Management
Normes techniques minimales et recommandations pour la réadaptation