Rédacteurs originaux – Naomi O Reilly
Principaux contributeurs – Naomi O’Reilly
Les lésions de la moelle épinière ont un impact sur le bien-être physique, psychologique et social des individus et représentent une charge financière importante pour les systèmes de soins de santé dans le monde entier. Alors qu’historiquement, les lésions de la moelle épinière étaient associées à des taux de mortalité très élevés, le développement d’un traitement et d’une gestion efficaces incluant un meilleur positionnement, des précautions concernant la peau et la pression, la gestion de la vessie et des intestins, le taux de mortalité prévalant de 80% pour les lésions de la moelle épinière a commencé à diminuer. Avec l’augmentation des taux de survie, les résultats fonctionnels sont devenus plus importants et se sont améliorés de manière significative avec la prise en charge de la réadaptation incluant la physiothérapie, l’ergothérapie, l’orthophonie, les technologies d’assistance et des soins plus holistiques. (1) Aujourd’hui, il est possible de survivre à une lésion de la moelle épinière. Les patients sont capables de vivre et de s’épanouir après leur blessure, avec une bonne qualité de vie et une pleine contribution à la société.(1) Si cette évolution reflète l’amélioration de l’offre médicale dans les pays à revenu élevé, la situation peut être très différente dans de nombreux pays à faible revenu et en situation de catastrophe et de conflit. (2)(3)
Dans les contextes de faibles ressources, ou en situation de catastrophe ou de conflit, les lésions de la moelle épinière continuent à donner de moins bons résultats et le risque de mortalité est trois fois plus élevé (4) en phase aiguë de la gestion, les principales causes de décès étant signalées comme des dysfonctionnements respiratoires (42 %), (5)(6) (7)(8)(9) principalement l’embolie pulmonaire (22 %) et l’infection thoracique (14 %), suivies de la septicémie (28 %) et des troubles cardiovasculaires (18 %), tous plus fréquents chez les personnes tétraplégiques. (5)(10)(11) La tétraplégie et la dépendance à l’égard d’un ventilateur sont les facteurs prédictifs de mortalité les plus importants, suivis par un âge plus avancé et la présence de blessures associées à la tête, au thorax, à l’abdomen, au bassin et aux membres, courantes en situation de catastrophe et de conflit. La gestion respiratoire et la prévention des infections chez les personnes atteintes de tétraplégie en phase aiguë sont donc essentielles afin de réduire la morbidité et la mortalité.(11)
Bien que des données précises soient rares, les lésions de la moelle épinière restent l’une des blessures les plus graves et constituent une conséquence neurologique courante suite aux catastrophes et conflits, que ce soit à la suite d’une lésion par écrasement direct, ou avec traction/rotation (en particulier dans la phase de récupération pré-hospitalière lors de l’extraction d’un bâtiment ou d’un véhicule avec une compréhension limitée des précautions à prendre pour la colonne vertébrale), d’une chute de hauteur, ou de blessures par explosion impliquant une chute ou un traumatisme direct de la colonne vertébrale (par éclats d’obus ou par balles).(2)(4) Les augmentations des lésions de la moelle épinière sont fréquentes en situation de catastrophe et de conflit; on a pu le constater lors du tremblement de terre de 2015 au Népal, où, dans les trois premières semaines suivant le tremblement de terre, 62 patients supplémentaires ont été admis en plus des 38 patients déjà en réadaptation pour des lésions de la moelle épinière, sans compter les admissions quotidiennes par la suite. Ce sont les femmes qui représentent la plus grande partie des personnes atteintes d’une lésion de la moelle épinière à la suite d’une catastrophe, avec un ratio de 1,3:1,(12) alors qu’en situation de conflit, les lésions de la moelle épinière sont plus fréquentes chez les hommes, la paraplégie étant plus fréquente que la tétraplégie.(13) La fixation chirurgicale est courante, les données probantes du tremblement de terre du Népal suggérant que plus de 70 % des personnes ont subi une intervention chirurgicale pour stabiliser la colonne vertébrale après une lésion de la moelle épinière, tandis qu’en situation de conflit, 75 % ont subi une stabilisation chirurgicale.(12) (13) Des escarres s’étaient déjà développées chez 28 à 33 % des patients lors de leur admission dans un hôpital de soins primaires et, dans de nombreux cas, elles mettaient leur vie en danger. Elles étaient plus fréquentes après un tremblement de terre où il y a souvent eu un retard dans l’extraction des patients et dans l’accès aux soins médicaux.(12)(14)
Étant donné les nombreuses sources potentielles de lésions de la moelle épinière, les planificateurs de la préparation aux catastrophes et le personnel médical d’urgence sont confrontés à un défi majeur en matière de prévention et de gestion des neurotraumatismes dans ces contextes, car ils sont fréquemment compliqués par la présence de polytraumatismes, tels que des fractures fermées et ouvertes, des plaies ouvertes, des blessures internes et des blessures par écrasement. Les retards dans l’accès aux traitements et aux opérations chirurgicales peuvent être fréquents, soit en raison de la rareté des ressources (15) ou en raison du fait que les lésions de la moelle épinière sont considérées comme une faible priorité compte tenu de la diminution de la probabilité de survie, en particulier lorsqu’il s’agit d’une lésion de haut niveau, (16) ce qui peut avoir un impact supplémentaire sur les résultats après une lésion de la moelle épinière.(4)
Les personnes atteintes de lésions de la moelle épinière sont confrontées à des déficiences physiques à long terme, avec des déficits neurologiques résiduels, et présentent un risque accru de développer des complications médicales secondaires, le tout entraînant des conséquences sur leur mode de vie, ce qui nécessite une gestion interdisciplinaire complète, incluant des soins médicaux, chirurgicaux et de réadaptation, qui persisteront bien au-delà du stade aigu initial. Tous les professionnels de la réadaptation travaillant en situation de catastrophe et de conflit devraient être en mesure d’effectuer une évaluation des lésions de la moelle épinière, de fournir des informations de base sur les résultats attendus et d’être préparés à répondre aux besoins complexes des personnes atteintes d’une lésion de la moelle épinière afin d’augmenter les chances de survie et assurer des résultats fonctionnels optimaux.(17)
Les lésions de la moelle épinière sont l’une des blessures les plus graves observées en situation de catastrophe et de conflit et, à ce titre, des soins et des connaissances appropriés concernant les lésions de la moelle épinière sont essentiels dans toute intervention d’urgence. En particulier, les principes de déplacement et de manipulation incluant l’immobilisation de la colonne vertébrale sur place, et le maintien de l’alignement cervical sont particulièrement importants. De plus, une orientation rapide vers un établissement de soins pluridisciplinaire disposant de services de réadaptation appropriés est essentielle pour des résultats optimaux. Le diagnostic et le traitement précoces des lésions de la moelle épinière peuvent s’avérer difficiles dans des circonstances normales. Au lendemain d’une catastrophe ou d’un conflit, ces défis sont exacerbés en raison de l’environnement chaotique qui les entoure, y compris les dommages causés aux infrastructures, les mauvaises communications et les pénuries de personnel de santé et de réadaptation, en particulier de spécialistes en neurotraumatologie. (18) Au cours de ce stade précoce, un diagnostic et une gestion immédiats sont essentiels pour minimiser les dommages neurologiques supplémentaires et le développement de complications secondaires, qui peuvent représenter un défi considérable, en particulier dans les pays à faibles ressources où l’infrastructure médicale et la disponibilité de soins neurologiques de pointe sont déjà rares et encore plus limitées en raison de la catastrophe ou du conflit.
Compte tenu des défis posés par les situations de catastrophe et de conflit, le déploiement rapide d’équipes médicales d’urgence spécialisées, nationales et internationales, pour répondre aux besoins immédiats est souvent un élément clé de l’intervention d’urgence initiale. Une série d’initiatives de l’Organisation mondiale de la santé aident à guider ces équipes, notamment le Cadre d’action d’urgence (normes et directives), les mécanismes de coordination et le processus d’accréditation des équipes médicales d’urgence, afin que seuls des professionnels de la réadaptation, possédant l’expérience et les compétences appropriées, fassent partie des équipes médicales d’urgence. (18)(19)
Équipes médicales d’urgence Les équipes médicales d’urgence dotées de capacités spécialisées en soins de la colonne vertébrale peuvent jouer un rôle essentiel dans le soutien aux traitements des personnes souffrant de fractures de la colonne vertébrale et de lésions de la moelle épinière à la suite de catastrophes et de conflits. En général, les équipes sont requises dès la première semaine d’une catastrophe et restent pendant une longue période de temps. Toutefois, les délais d’arrivée de ces équipes peuvent varier considérablement dans les situations de catastrophe et de conflit en fonction de la sécurité de l’environnement. Les professionnels en réadaptation couvrent un éventail de professions, incluant la physiothérapie, la kinésithérapie, l’ergothérapie, l’orthétique et la prothétique, les soins infirmiers de réadaptation, la médecine de réadaptation physique, la psychologie, l’orthophonie, la nutrition et le travail social. Ces professionnels travaillent idéalement en collaboration au sein d’une équipe multidisciplinaire, chacun apportant sa spécialité pour parvenir à une prise en charge et une gestion complètes des lésions de la moelle épinière. Les équipes se déploient généralement dans les centres spécialisés dans la colonne vertébrale existants lorsqu’ils sont disponibles, dans les grands hôpitaux de référence ou, lorsque non disponibles, auprès des équipes médicales d’urgence de type 3. Ils peuvent également être utiles pour conseiller les autres hôpitaux locaux environnants et les équipes médicales d’urgence sur les normes de soins pour les fractures de la colonne vertébrale et les lésions de la moelle épinière pendant une intervention d’urgence. Une telle équipe de soins spécialisés centrée sur la réadaptation des lésions de la moelle épinière en situation de catastrophe ou de conflit devrait inclure :
| Réadaptation | Applicabilité générale des recommandations en situation de catastrophe | |
|---|---|---|
| Composition de l’équipe | Norme technique minimale :
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| Qualification et expérience | Norme technique minimale :
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| Équipement de réadaptation | Norme technique minimale :
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| Durée du séjour | Norme technique minimale :
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En phase aiguë précoce, les professionnels de la réadaptation peuvent souvent avoir un rôle à jouer avec d’autres membres de l’équipe multidisciplinaire pour déplacer et manipuler des patients présentant une suspicion ou un diagnostic de lésion de la moelle épinière. Ils doivent donc comprendre les précautions spécifiques à prendre en cas de lésion instable de la moelle épinière lors du déplacement ou de la manipulation, incluant lors de leurs évaluations et traitements, afin de protéger la colonne vertébrale de l’instabilité. Une manipulation, un positionnement et une rotation éxécutés avec soin, à chaque occasion, peuvent prévenir ou réduire de manière significative la douleur et l’inconfort du patient et réduiront également le risque de lésions cutanées et de traumatismes secondaires de la moelle épinière. (20) Pour plus d’informations, vous pouvez consulter les lignes directrices pour le déplacement et la manipulation des patients souffrant de lésions réelles ou présumées de la moelle épinière de la Multidisciplinary Association for Spinal Cord Injury Professionals (MASCIP), (en aglais) qui fournissent des directives détaillées et illustrées pour des pratiques de déplacement et de manipulation sécuritaires.
Nombre de personnes nécessaires pour retourner un patient souffrant d’une lésion médullaire instable, selon les directives du MASCIP :
- Blessure T9 et au-dessus : Un virage à cinq
- Blessure T10 et en dessous : Un virage à quatre
Dans les premières phases qui suivent une catastrophe ou un conflit, les professionnels de la réadaptation doivent également savoir que dans les situations d’hôpital de campagne, les lits et les chaises pour s’asseoir ne sont pas toujours adaptés aux personnes souffrant d’une lésion de la moelle épinière et que cela peut augmenter le risque de développement d’escarres. Pour une gestion efficace, les professionnels en réadaptation doivent collaborer avec le personnel infirmier pour s’assurer que le matériel de soulagement de la pression approprié est fourni ou adapté à vos besoins, et que des programmes de rotation et de positionnement toutes les deux heures sont mis en place, incluant une surveillance des zones de pression. Le patient et ses aidants doivent également être sensibilisés très tôt aux soins de la pression et, si possible, être impliqués dans la rotation et le positionnement. (21)
Vous pouvez lire l’article lié (en aglais) pour réviser vos connaissances sur les Lignes directrices relatives à la prévention et à la gestion des escarres.
Dans les situations de catastrophe et de conflit, l’objectif primordial de la prise en charge des lésions de la moelle épinière ne se limite plus à la survie et à la gestion des cas graves, mais inclut la mise en place de structures de réadaptation visant à réintégrer la personne atteinte d’une lésion de la moelle épinière dans son foyer et sa communauté. Les normes minimales en réadaptation de l’Organisation mondiale de la Santé pour la gestion des patients souffrant de lésions de la moelle épinière à la suite d’une catastrophe varient en fonction du niveau de l’équipe médicale d’urgence mais incluent :
Quel que soit le contexte, les principes fondamentaux et les principes de gestion de la réadaptation des lésions de la moelle épinière sont similaires et la réadaptation reste un élément essentiel du processus de traitement et de gestion des lésions de la moelle épinière en situation de catastrophe et de conflit. La réadaptation doit commencer tôt et préparer les personnes et leurs aidants à gérer les besoins permanents en mettant l’accent sur la gestion.
Vous pouvez lire les articles liés (en aglais) pour réviser vos connaissances sur l’anatomie de la moelle épinière et un aperçu des lésions de la moelle épinière.
Bien que les données probantes sur la gestion et la réadaptation des lésions de la moelle épinière soient de plus en plus nombreuses, des lacunes importantes subsistent et il est nécessaire de poursuivre les recherches afin d’améliorer la prestation des services et, surtout, les résultats pour les patients. De nombreuses directives cliniques relatives aux traitements des lésions de la moelle épinière sont centrées sur la gestion médicale, comme la prévention des lésions secondaires et l’instabilité hémodynamique. Dans l’ensemble, la plupart des directives cliniques, quelle que soit la phase de gestion, recommandent que toutes les personnes atteintes d’une lésion de la moelle épinière aient accès à des soins personnalisés tout au long de leur vie, guidés par un centre spécialisé dans les lésions de la moelle épinière. Ainsi, bien qu’il n’existe actuellement aucune directive spécifique pour la gestion des lésions de la moelle épinière en situation de catastrophe et de conflit, en tant que professionnels en réadaptation, nous devons connaître les directives cliniques pertinentes pour la réadaptation et toujours être conscients des besoins de réadaptation à long terme des personnes atteintes de lésions de la moelle épinière qui existeront longtemps après la catastrophe et le conflit.
Vous pouvez lire les articles liés (en aglais) pour réviser vos connaissances sur les directives cliniques relatives aux lésions de la moelle épinière.
La réadaptation anticipée doit se centrer sur une évaluation complète dans l’évaluation des lésions de la moelle épinière, incluant les limitations neurologiques et fonctionnelles, afin de permettre le développement d’un plan de réadaptation individualisé avec des objectifs fonctionnels spécifiques. Les principaux domaines spécifiques d’évaluation des patients souffrant d’une lésion de la moelle épinière, tant au départ qu’en cours, sont les suivants :
Veillez toujours à prendre en compte et à surveiller toute blessure, telle qu’une fracture, qui aurait pu passer inaperçue en raison de l’altération des sensations chez les personnes souffrant de lésions de la moelle épinière.
Vous pouvez lire les articles liés (en aglais) pour réviser vos connaissances sur l’évaluation des lésions de la moelle épinière en vous souvenant de l’importance de suivre une approche systématique afin d’identifier ou de surveiller toute complication spécifique aux lésions de la moelle épinière, tout en étant également conscient des autres complications qui peuvent survenir en situation de catastrophe et de conflit.
Il est essentiel que les évaluations incluent, au minimum, les Normes internationales de classification neurologique des lésions de la moelle épinière (ISNCSCI), officiellement connues sous le nom de l’évaluation ASIA, et la Mesure de l’indépendance de la moelle épinière (SCIM III), qui fournissent une évaluation de l’autonomie, de la respiration, de la gestion des sphincters et de la mobilité, toutes deux pouvant être utilisées pour guider les professionnels en réadaptation dans la détermination des buts et objectifs du traitement des patients atteints d’une lésion de la moelle épinière. (17)(23)
La prédiction précise des résultats cliniques après une lésion de la moelle épinière basée sur un examen précoce est limitée et il est très difficile pour les équipes médicales et chirurgicales de fournir un pronostic précis dans les premières semaines après la lésion. La plupart des personnes retrouvent un niveau de fonction motrice par rapport à la classification initiale de la lésion de la moelle épinière effectuée dans les 72 heures suivant la blessure, la majorité de la récupération de la fonction se produisant au cours des 6 premiers mois. Les chances de récupération marquée chez les personnes présentant une lésion complète de la moelle épinière (grade A de l’ASIA et aucune zone de préservation partielle) sont très faibles, tandis que les personnes présentant une lésion incomplète de la moelle épinière conserveront quelques chances de récupération.(24)(25)(26)
Les objectifs de la réadaptation anticipée en situation de catastrophe et de conflit sont d’améliorer les résultats fonctionnels et de restaurer autant d’indépendance que possible chez le patient, tout en minimisant les complications secondaires. L’implication du patient et de l’aidant dans la définition et la révision régulière de leurs objectifs est essentielle. Les résultats fonctionnels sont variés en cas de lésion de la moelle épinière, mais sont généralement guidés par le niveau et la complétude de la lésion. Cependant, des facteurs tels que l’âge, les complications médicales, les contractures, le dysfonctionnement cognitif, la motivation, les facteurs culturels, l’environnement, etc. peuvent tous avoir un impact sur le résultat fonctionnel réel obtenu par chaque individu. (26)
Vous pouvez lire les articles liés (en aglais) pour réviser vos connaissances sur le pronostic et la fixation d’objectifs en cas de lésion de la moelle épinière.
Les physiothérapeutes traitent un éventail de différents problèmes liés aux lésions de la moelle épinière, incluant la paralysie, les fonctions vésicale, intestinale, respiratoire, cardiovasculaire et sexuelle, ainsi que les implications sociales, financières et psychologiques. Un large éventail d’interventions thérapeutiques répondant à ces problèmes est utilisé dans la réadaptation des lésions de la moelle épinière et peut être mis en œuvre dans un grand nombre de contextes, incluant les catastrophes et les conflits. Il est essentiel de mettre l’accent sur l’éducation des patients et des aidants concernant les attentes réalistes et les stratégies d’autogestion en situation de catastrophe et de conflit, tout en tenant toujours compte de l’environnement et du contexte dans lequel la lésion de la moelle épinière s’est produite afin d’obtenir les meilleurs résultats possibles.(17)
Les interventions de réadaptation couramment utilisées en situation de catastrophe et de conflit incluent des exercices d’amplitude de mouvement, de renforcement musculaire, d’entraînement aux transferts, d’entraînement aux activités de la vie quotidienne et d’entraînement à la mobilité (y compris l’entraînement à l’utilisation d’un déambulateur et d’un fauteuil roulant) et sont soutenues par la prescription de technologies d’assistance appropriées. L’éducation était centrée sur la gestion de la vessie et des intestins, les soins de la peau et la prévention des complications. Les patients ont bénéficié d’une intervention de réadaptation pendant environ 3 mois avant leur libération dans la communauté, bien que ces délais variaient considérablement en fonction du niveau et de la complétude de la blessure, et du délai avant l’accès à la réadaptation, les personnes présentant une blessure complète et une tétraplégie nécessitant des périodes de réadaptation plus longues.(27)
Vous pouvez lire les articles liés (en aglais) pour réviser vos connaissances sur les Interventions thérapeutiques en cas de lésions de la moelle épinière et Catégorie : Lésions de la moelle épinière.
Une lésion de la moelle épinière peut avoir des conséquences dévastatrices après l’accident. Des recherches ont montré que de nombreuses personnes souffrant d’une lésion soudaine de la moelle épinière présentent des émotions extrêmement négatives qui peuvent avoir un impact sur l’intégration psychologique et sociale après la blessure.(5) L’anxiété, la dépression, le syndrome de stress post-traumatique, entre autres, peuvent également se trouver à un niveau élevé chez les personnes atteintes de lésions de la moelle épinière,(11)(1) les facteurs psychologiques et sociaux ayant un rôle à jouer à la fois dans l’incidence et la progression de ces problèmes de santé mentale.(26) Il est donc nécessaire de prêter attention à ces facteurs psychosociaux qui peuvent avoir des conséquences extrêmes sur l’atteinte des objectifs optimaux de réadaptation et l’amélioration de la qualité de vie des personnes atteintes de lésions de la moelle épinière.(5)Les professionnels en réadaptation jouent souvent un rôle clé dans ce soutien, car ils passent beaucoup de temps avec les patients et développent une relation étroite, mais ils doivent aussi savoir quand ils doivent se référer à d’autres membres de l’équipe pour fournir un soutien supplémentaire aux patients dans ce domaine.
Vous pouvez lire l’article lié (en aglais) pour réviser vos connaissances sur les Considérations psychosociales dans les lésions de la moelle épinière.
La planification de la libération d’un patient de l’hôpital est un aspect essentiel à l’efficacité des soins. Dans le cas d’une lésion de la moelle épinière, les options de libération doivent être envisagées à chaque phase du traitement. Des données probantes suggèrent que les lésions de la moelle épinière sont mieux gérées dans les centres spécialisés dans les lésions de la moelle épinière, et cela reste vrai même dans les contextes de catastrophe et de conflit, lorsque disponibles, où il a été démontré qu’un accès plus précoce aux soins spécialisés réduit les complications et la durée de séjour à l’hôpital et maximise les résultats au niveau neurologique.(26)(31)(32)(33)(34)
Pour déterminer les besoins de transfert du patient, l’équipe doit prendre en compte le degré de stabilité du patient et se demander si le risque de transport du patient au milieu d’un chaos infrastructurel et de systèmes de santé déficients l’emporte sur les avantages d’une stabilisation chirurgicale précoce. Pour les personnes présentant des lésions de la moelle épinière de niveau supérieur, en particulier celles qui nécessitent une ventilation, le transfert de ces patients vers des équipes médicales d’urgence de type 3, des établissements de santé avancés ou des unités spécialisées dans les lésions de la moelle épinière, lorsqu’elles existent, doit être organisé dès que possible. S’ils peuvent maintenir leur propre effort respiratoire, une gestion conservatrice dans un établissement offrant des soins infirmiers et de réadaptation de bonne qualité peut fournir la meilleure option à long terme, plutôt qu’un transfert rapide.(21)(31)(35)
L’un des principaux objectifs de la réadaptation est la réussite de la réinsertion dans la communauté. Dans de nombreuses situations de catastrophe et de conflit, la réalité de cet objectif est discutable. En effet, on constate un taux élevé de réadmission à l’hôpital chez de nombreuses personnes atteintes de lésions de la moelle épinière en raison d’escarres et d’infections des voies urinaires.(36) De nombreux patients libérés de l’hôpital auront des besoins en soins continus qui devront être satisfaits dans la communauté, ce qui représente souvent un défi important en situation de catastrophe et de conflit, où les infrastructures et les environnements sont souvent inaccessibles aux personnes à mobilité réduite. En planifiant la libération, les professionnels en réadaptation doivent s’assurer qu’ils disposent de registres de patients adéquats et de mécanismes de suivi permettant d’assurer le suivi, ce qui devrait inclure l’orientation vers des organisations locales de soutien et, le cas échéant, l’utilisation d’autres patients comme mentors et groupes de soutien par les pairs. Avant la libération, le développement d’un plan éducatif et/ou occupationnel avec des opportunités de formation professionnelle ont été bénéfiques pour de nombreux patients afin de retourner à l’éducation ou au travail après la libération. (37)
Sachez que la planification de la libération après une situation de catastrophe ou de conflit peut exiger plus de travail de la part des équipes de réadaptation pour s’assurer que la personne est en mesure d’obtenir les meilleurs résultats fonctionnels possibles. (38)
Les progrès actuels en matière d’intervention et de gestion des catastrophes et des situations de conflit ont permis d’améliorer les taux de survie des personnes atteintes de lésions de la moelle épinière, ce qui se traduit par une augmentation du nombre de survivants. Les lésions de la moelle épinière sont l’une des blessures les plus complexes suite à des catastrophes et à des conflits, entraînant des déficiences physiques à long terme, des déficits neurologiques résiduels, des complications médicales et des conséquences sur le mode de vie, qui nécessitent une gestion interdisciplinaire complète, et un accès à la réadaptation à long terme. (1)(2)
“La réadaptation peut augmenter considérablement le taux de survie et améliorer la qualité de vie des personnes atteintes de lésions de la moelle épinière dans les catastrophes et les conflits.”(40)
Les professionnels de la réadaptation sont désormais considérés comme des membres clés des soins de santé et, en tant que tels, ils sont impliqués dans toutes les phases suivant les catastrophes et les conflits, y compris une implication précoce dans les équipes médicales d’urgence. Les professionnels en réadaptation offrent plusieurs domaines de compétences uniques, y compris ceux de l’évaluation et du traitement des victimes de blessures en phase aiguë, et éventuellement de la prévention ou de la réduction du fardeau des déficiences chroniques chez les patients après la phase d’urgence. L’un de leurs principaux atouts est de se centrer sur les résultats fonctionnels et d’être capable d’effectuer des évaluations approfondies, souvent avec des ressources limitées. (1)(2)
Alors que les principes d’évaluation et de gestion des lésions de la moelle épinière restent les mêmes en situation de catastrophe et de conflit, les professionnels en réadaptation doivent s’assurer qu’ils ont une bonne compréhension de ces principes tout en étant conscients des implications d’un accès retardé au traitement, de la rareté des ressources et de l’inaccessibilité des environnements sur leurs interventions de réadaptation et, plus important encore, sur les implications de la planification de la libération et de la réintégration dans leur communauté, ainsi que du rôle continu de la réadaptation communautaire et des équipes mobiles de réadaptation dans le soutien des individus au sein de leur communauté.(41)
En situation d’urgence humanitaire complexe, une réadaptation efficace des lésions de la moelle épinière est possible grâce à une approche multidisciplinaire, incluant un soutien psychologique, ainsi que des partenariats avec des organisations locales et internationales disposant d’une expertise spécialisée, clé du succès.(37)
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