Rédacteur original – Wanda van Niekerk d’après le cours de Ian Gatt
Principaux contributeurs – Wanda van Niekerk, Jess Bell, Kim Jackson et Lucinda hampton
Les blessures musculosquelettiques sont fréquentes chez les athlètes de tous niveaux. La nature de ces blessures varie d’un sport à l’autre, mais la majorité des blessures sont causées par une combinaison de facteurs, et il peut être difficile d’établir le mécanisme spécifique qui conduit à la blessure.(1) Les études épidémiologiques dans le domaine du sport montrent que le taux de blessures chez les athlètes varie de 10% à 65%.(2)(3) Pour cette raison, l’un des principaux objectifs des physiothérapeutes du sport et des autres professionnels du sport est de prévenir les blessures.(4) Une étape clé de la prévention des blessures fondée sur des données probantes consiste à identifier les facteurs de risque possibles des blessures.(5) Les facteurs de risque tels que la force, l’équilibre, la mobilité articulaire et la biomécanique sont souvent intéressants car ils sont modifiables, tandis que les facteurs de risque tels que l’âge et les blessures antérieures ne sont pas modifiables.(6) La compréhension des facteurs de risque modifiables est nécessaire à la conception de stratégies efficaces et ciblées d’atténuation des risques.(5) Cela pourrait conduire au développement de tests précis et fiables pour étudier les facteurs de risque nécessaires au dépistage des athlètes, pour suivre l’évilution au fil du temps et pour déterminer l’efficacité des programmes de prévention des blessures.(7)
En 2005, Bahr et Krosshaug (8) ont décrit les facteurs de risque de blessures et les mécanismes de blessures. Voici certains facteurs de risque internes qui peuvent prédisposer un athlète :
Lorsqu’un athlète est exposé à des facteurs de risque externes, il devient susceptible de se blesser. Les facteurs de risque externes incluent :
Lorsqu’un événement déclencheur (c’est-à-dire un mécanisme de blessure) se produit, l’athlète est blessé. Voici des exemples d’événements déclencheurs :
Modèle intégré de causalité des blessures conçu par Bahr et Krosshaug.(8)
Meeuwisse et al. (1) se sont concentrés sur les facteurs de risque intrinsèques et extrinsèques des blessures et ont développé un modèle dynamique et récursif de l’étiologie des blessures sportives. Ce modèle de prévention des blessures met en évidence le fait que « des adaptations se produisent dans le contexte du sport (tant en présence qu’en l’absence de blessure) qui modifient le risque et affectent l’étiologie de manière dynamique et récursive ».(1) Il est suggéré de regarder plus loin que les facteurs de risque initiaux précédant une blessure et de considérer comment ces facteurs de risque ont pu changer au cours de divers cycles d’entraînement ou de participation.
Modèle dynamique de l’étiologie des blessures sportives (1)
Il est évident que de multiples facteurs interviennent dans le risque de survenue d’une blessure et que l’interaction entre ces facteurs peut accroître ce risque. Herrington et al. (9) fournissent une liste détaillée de ces facteurs(9) :
Bolling et al. (10) illustrent la complexité et les multiples niveaux des facteurs associés à la survenue de blessures.
Une carte du système multi-niveaux avec des facteurs, des stratégies et des parties prenantes en relation avec les blessures et leur prévention. En partant du centre de la carte (c’est-à-dire l’athlète) et en se déplaçant vers l’extérieur ; (A) implique des facteurs de préjudice intrinsèques liés à l’artiste (ou l’athlète) ; (B) présente les facteurs de préjudice externes ; (C) décrit les principales stratégies de prévention (par exemple, la gestion de la charge, la sécurité et la préparation) qui sont déterminées par les facteurs des deux cercles intérieurs ; (D) représente les parties prenantes du système ainsi que la manière dont elles sont liées aux stratégies et aux facteurs à travers les multiples niveaux.(10)
Le mécanisme de la blessure peut également être appelé « événement déclencheur ». D’un point de vue biomécanique, compte tenu des propriétés des tissus et des caractéristiques de la charge, une blessure survient lorsque le transfert d’énergie vers le tissu et la charge mécanique dépassent la tolérance du tissu à la solicitation sur celui-ci. Le International Olympic Committee Injury and Illness Epidemiology Consensus group (groupe de consensus sur l’épidémiologie des blessures et des maladies du Comité international olympique) (11) définit la blessure comme suit
« Une blessure est une lésion tissulaire ou un autre dérangement de la fonction physique normale due à la pratique d’un sport, résultant d’un transfert rapide ou répétitif d’énergie cinétique. » (11)
Ce phénomène est différent pour chaque type de tissu et dépend du type de charge, du rythme de charge, de la fréquence de charge et de l’ampleur de la charge. Points clés à retenir lors de l’examen de la perspective biomécanique : la biomécanique doit expliquer comment la lésion est causée par une charge mécanique dépassant le seuil de tolérance des tissus, ou comment la charge mécanique a réduit le niveau de tolérance des tissus à un point tel que les charges mécaniques normales ne peuvent être tolérées.(8)
Lorsqu’on considère un modèle épidémiologique, la charge et la tolérance à la charge sont influencées par les principaux éléments du modèle – les facteurs de risque intrinsèques, les facteurs de risque extrinsèques et l’événement déclencheur.
Il est important de disposer d’une description précise du mécanisme de la blessure ou « événement déclencheur ». Ces informations peuvent être utilisées pour développer des mesures de prévention des blessures pour des types de blessures spécifiques et même pour des sports spécifiques. Selon Bahr et Krosshaug, (8) la description du mécanisme de la blessure devrait inclure des informations à différents niveaux. Ces niveaux peuvent être séparés en quatre catégories (8):
Le tableau suivant, adapté de Bahr et Krosshaug, (8) montre comment ces catégories peuvent appliquées :
| Catégorie | Éléments | Exemple de facteurs décrivant le mécanisme de la blessure :
Knock-out à la boxe |
|---|---|---|
| Situation de jeu/sport | Action de l’équipe | Uppercut, crochet |
| Compétence réalisée avant et au moment de la blessure | Contre-attaque | |
| Position du terrain | Jeu de pieds | |
| Position du joueur | Forcé dans le coin/vers les cordes
Décision de l’arbitre sur le ring Distance entre les boxeurs |
|
| Comportement de l’athlète/opposant | Performance des joueurs | Prise de conscience |
| Interaction avec l’adversaire | Agressivité | |
| Attention aux joueurs | Puissance de frappe
Vitesse de frappe Équilibre |
|
| Biomécanique du corps entier | Description grossière, souvent statique de la cinématique et de la cinétique du corps entier | Vitesse du centre de la masse
Force de frappe Direction de la frappe Répartition du poids sur les jambes |
| Biomécanique des articulations/tissus | Description détaillée de la cinématique et de la cinétique des articulations/tissus | Transfert d’énergie
Accélération de la tête Distribution et localisation de la pression |
Vous trouverez d’autres exemples dans le tableau 1 de cet article : Understanding injury mechanisms: a key component of preventing injuries in sport (Comprendre les mécanismes des blessures : un élément clé de la prévention des blessures dans le sport) (8)
Les physiothérapeutes et les professionnels du sport doivent savoir que chaque type de blessure a ses profils typiques et il en va de même pour les sports. Il est important pour les professionnels travaillant avec des athlètes dans tous les sports de rester informés en se tenant au courant de la littérature fondée sur des données probantes.
Pour en savoir plus sur le type de blessure et sa classification dans le sport
Injury Prevention Model (Modèle de prévention des blessures) de Van Mechelen (12)
Van Mechelen et al. (12) ont développé le modèle conceptuel fondamental pour la prévention des blessures sportives. Ce modèle a depuis été développé et adapté à de nombreux sports et à des types de blessures spécifiques. Les quatre étapes d’action de ce modèle sont les suivantes :
Dynamic Model of Aetiology in Sports Injury (Modèle dynamique de l’étiologie des blessures sportives) (1)
Meeuwisse et al. (1) se sont concentrés sur les facteurs de risque intrinsèques et extrinsèques des blessures et ont développé un modèle dynamique et récursif de l’étiologie des blessures sportives. Avec ce modèle, les auteurs suggèrent qu’il est nécessaire de regarder plus loin qu’un simple instantané des facteurs initiaux de prédisposition à une blessure et de considérer comment ces facteurs changent et s’adaptent dans le contexte du sport.
Translating Research Into Injury Prevention Practice (TRIPP) (Modèle d’application de la recherche à la prévention des blessures) (13)
Le modèle TRIPP de Finch (13) tient compte du contexte des interventions et des caractéristiques comportementales des athlètes et des professionnels du sport. Le cadre du modèle TRIPP est une extension du modèle Van Mechelen qui comprend deux étapes supplémentaires nécessaires pour traduire les stratégies de prévention des blessures dans la pratique réelle. Ces étapes sont : la compréhension du monde réel pour lequel l’intervention spécifique est développée et l’évaluation de cette intervention dans un contexte réel.(13)
Modèle Team-Sport Injury Prevention Cycle (TIP) (Cycle de prévention des blessures dans les sports d’équipe)
Récemment, un nouveau modèle a été proposé pour la prévention des blessures dans les sports d’équipe : le cycle de prévention des blessures dans les sports d’équipe (TIP).(14) Les trois phases clés de ce modèle sont (14):
Ce modèle reprend les principaux aspects des modèles précédents, mais ajoute également une idée des aspects de mise en œuvre. Pour en savoir plus, cliquez ici : A new model for injury prevention in team sports: the Team-sport Injury Prevention (TIP) cycle (Nouveau modèle de prévention des blessures dans les sports d’équipe : le cycle de prévention des blessures dans les sports d’équipe). (14)
Voir aussi : Injury Prevention in Sport (Prévention des blessures dans le sport)
Le dépistage musculosquelettique est couramment pratiqué dans plusieurs sports. Pendant de nombreuses années, l’objectif du dépistage était d’identifier les athlètes à risque de blessure et de mettre en place des programmes de prévention des blessures pour ces athlètes. Le dépistage ne peut pas prédire si un athlète va se blesser, (15) mais le dépistage peut aider à trouver les athlètes prédisposés. Avoir une prédisposition à une certaine blessure ne signifie pas que l’athlète se blessera. De plus, si un athlète n’a pas de prédisposition à une blessure, cela ne garantit pas qu’il ne se blessera pas. Les athlètes deviennent vulnérables aux blessures lorsqu’ils sont exposés à des charges et à des événements déclencheurs.
En savoir plus sur le dépistage des risques de lésions musculo-squelettiques
Voici des exemples où une condition, un constat spécifique est considérée comme une causalité qui crée ensuite un effet : (16)
Ainsi, le DIRG pris isolément peut ne pas être un problème, mais simplement quelque chose qui est présent lorsqu’un athlète vient pour le traitement de sa blessure. Qu’est-ce qui est venu en premier ? La blessure et ensuite la perte de rotation interne ou la perte de rotation interne et ensuite la blessure ?(16)
Les blessures sportives sont multifactorielles. Bittencourt et al.(21) ont proposé l’approche des systèmes complexes pour les blessures sportives, où l’accent est mis sur la reconnaissance des schémas de blessures plutôt que sur l’identification des facteurs de risque.(21) Les auteurs affirment qu’une vision réductionniste est adoptée dans les enquêtes sur l’étiologie des blessures sportives où « un phénomène est simplifié en unités et analysé comme la somme de ses parties de base ». (21) Avec cette approche, des analyses de corrélation et de régression sont entreprises. Cependant, malgré les efforts déployés, il est toujours difficile d’identifier ou d’isoler les facteurs prédictifs des blessures.(21)
Bittencourt et al, (21) soutiennent donc qu’il faudrait plutôt envisager une approche fondée sur les systèmes complexes. Dans cette approche, les athlètes sont considérés comme complexes (tout comme pour la majorité des problèmes de santé) et la blessure survient à la suite d’interactions complexes entre un ensemble de déterminants (biomécaniques, comportementaux, physiologiques, psychologiques). (21) Pour prévenir les blessures sportives, il faut identifier les profils à risque. Pour cela, les professionnels du sport ne doivent pas se contenter d’identifier les facteurs de risque, mais adopter une approche plus complexe de reconnaissance des patrons de risque. Les cliniciens doivent être bien informés de l’interaction entre les facteurs de risque, afin de pouvoir planifier une intervention préventive efficace.(21)
Lisez l’article complet ici : Complex systems approach for sports injuries: moving from risk factor identification to injury pattern recognition—narrative review and new concept (approche des systèmes complexes pour les blessures sportives : passer de l’identification des facteurs de risque à la reconnaissance des schémas de blessures – revue narrative et nouveau concept). (21)
Il existe différents points de vue sur le dépistage et son utilisation chez les athlètes. Le dépistage ne peut pas prédire quel athlète subira une blessure, mais il présente de nombreux avantages.
Lire la suite sur :
Un éditorial de Verhagen et al. (7) résume comment le dépistage peut être important pour un athlète :
Regardez cette vidéo dans laquelle Nicol van Dyk, le deuxième auteur de cet article, explique son raisonnement.
Les pics de charge de travail à l’entraînement et en compétition constituent également un risque de blessure. (24) Selon Windt et al., (24) cette relation entre la charge de travail et les blessures peut être analysée plus en détail par le biais de médiateurs et de modérateurs. Les médiateurs peuvent être considérés comme les étapes qui expliquent l’association entre une variable et un résultat. (« Pourquoi les changements dans la charge de travail peuvent-ils causer des blessures ? ») Par exemple : Les joueurs de rugby qui présentent des pics de charge de travail à la course (déterminés par le rapport entre la charge de travail aiguë et chronique) courent un risque accru de blessure sans contact. Le médiateur dans ce scénario peut être la fatigue neuromusculaire, car une charge de travail accrue entraîne des niveaux de fatigue plus élevés, ce qui peut prédisposer l’athlète à une blessure.(24)
Les modérateurs sont considérés comme modifiant l’effet d’une variable sur un résultat. (« Quelles sont les caractéristiques qui rendent certains athlètes plus robustes ou plus susceptibles de se blesser à des charges de travail données ? ») (24) Par exemple, une bonne condition aérobie protège contre les pics de charge de travail. Ainsi, l’aptitude aérobique modère l’effet de la charge de travail en réduisant le risque d’augmentations rapides de charge de travail.(24)
Là encore, cette approche peut sembler simplifiée, mais il faut tenir compte de la complexité des blessures et de la temporalité des facteurs de risque.