Rédateurs originaux – Naomi O’Reilly
Principaux contributeurs – Naomi O’Reilly et Olajumoke Ogunleye
Les catastrophes et les conflits entraînent souvent des dommages aux infrastructures et des perturbations des systèmes de santé et se produisent souvent dans des régions éloignées et mal desservies. Dans de nombreux cas, les gens sont déplacés ou vivent dans des abris temporaires avec des dispositions limitées pour les personnes souffrant de blessures invalidantes, surtout lorsqu’elles ont une mobilité réduite. [1] Les professionnels en réadaptation sont confrontés à des défis uniques lorsqu’ils travaillent dans de tels contextes caractérisés par des traumatismes complexes, une recrudescence des blessures et une pénurie de ressources en termes d’équipement, d’infrastructure et de main-d’œuvre se produisant à une échelle sans précédent, dépassant les ressources disponibles. Les professionnels en réadaptation sont bien placés pour relever ces défis et peuvent ajouter une valeur considérable aux soins des patients. En aidant à la planification des libérations et en identifiant les prestataires locaux pour les soins continus, les professionnels en réadaptation peuvent contribuer à assurer un flux de patients approprié et efficace. Il est essentiel que les professionnels en réadaptation comprennent et reconnaissent ces défis afin de pouvoir répondre aux exigences de l’intervention médicale d’urgence en situation de catastrophe et de conflit. [2]
Une catastrophe est une perturbation grave dans le fonctionnement d’une communauté ou d’une société, qui implique des impacts humains, matériels, économiques ou environnementaux étendus dépassant la capacité de la communauté ou de la société affectée à y faire face en utilisant ses propres ressources.[3] Au lendemain d’une catastrophe ou d’un conflit, les infrastructures et le personnel de santé peuvent souvent être débordés, en particulier dans les premiers jours de l’intervention d’urgence après une catastrophe soudaine, lorsque les intervenants doivent faire face à un afflux massif de victimes se présentant aux services de santé, ou dans les situations de conflit et de crise prolongée, lorsque les patients se présentent sur de longues périodes, avec le défi constant d’équilibrer les besoins des nouveaux patients nécessitant une réadaptation anticipée et ceux ayant des besoins de réadaptation continus.[4] Cette affluence pose également d’autres problématiques pouvant avoir un impact supplémentaire sur les besoins de réadaptation, incluant la séparation des familles, les enfants non accompagnés et les maisons détruites entraînant un déplacement.
Ces deux situations entraînent des défis importants pour l’équipe médicale et le professionnel en réadaptation, car il n’est pas toujours possible de traiter tout le monde de manière optimale, et la capacité à établir des priorités devient vitale étant donné les énormes déséquilibres entre l’offre et la demande de soins.[5] Les professionnels en réadaptation doivent à la fois prioriser les personnes qu’ils traitent et réfléchir à leurs interventions afin de maximiser le temps limité qu’ils ont avec les patients, et assurer le meilleur transfert possible considérant les contraintes de l’environnement. Le guide de terrain intitulé Early Rehabilitation in Conflicts and Disasters (Réadaptation précoce en situation de conflit et de catastrophe) suggère les priorités suivantes pour la prestation de réadaptation précoce afin de permettre les meilleurs résultats possibles et de minimiser les complications :
Il est désormais reconnu qu’une réadaptation précoce peut faciliter la libération plus rapide des hôpitaux, améliorant ainsi la capacité globale à traiter un plus grand nombre de patients. Les interventions les plus utiles pour répondre aux besoins d’un grand nombre de patients incluent l’éducation des patients et des aidants sur la gestion de l’affection, la reconnaissance des complications et les mesures à prendre en cas de complications, afin que les patients puissent s’occuper d’eux-mêmes dès leur libération. Les traitements actifs incluant le positionnement, les exercices et les activités fonctionnelles sont les interventions clés pour soutenir également une prise en charge centrée sur la capacité à effectuer les activités de la vie quotidienne.
Si l’aide internationale a souvent un rôle à jouer, elle peut créer des difficultés pour les intervenants locaux, le manque de coordination avec et entre les organisations de gestion des catastrophes étant courant.[6] Ceci peut priver la réponse locale de temps et de ressources, surtout si les intervenants internationaux ne restent que pour de courtes périodes.[4] Selon Cranmer et Biddinger, « les intervenants mal préparés et mal équipés ont parfois fini par épuiser les ressources nécessaires plutôt que d’apporter des solutions. Lors de précédentes interventions d’urgence, certains travailleurs de la santé travaillaient en dehors de leur champ de pratique et de leur permis d’exercer. Nombre d’entre eux ont été déployés sans nourriture, sans eau, sans chaînes d’approvisionnement médical, ou même sans moyens de transport. Leur incapacité à prendre des dispositions logistiques de base pèse sur des systèmes locaux déjà stressés et fragmentés qui tentent de fournir des nécessités de base à la population locale affectée. L’absence de coordination avec les autorités d’intervention locales ou avec les organismes de secours internationaux entraîne soit la duplication des capacités existantes, soit des occasions manquées de combler les lacunes dans la livraison. » [7][8]
Un individu ne doit se rendre dans une zone sinistrée qu’en tant que membre d’une organisation internationale établie ou d’une équipe médicale d’urgence enregistrée auprès de l’Organisation mondiale de la Santé et connaissant les normes techniques minimales de réadaptation en cas d’urgence. Il ne doit se rendre dans une zone sinistrée qu’à la demande d’une organisation locale. Les équipes médicales d’urgence sont désormais considérées comme un aspect essentiel du personnel de santé mondial. Elles fournissent des soins cliniques directs aux personnes touchées par les catastrophes et les conflits et soutiennent les systèmes de santé locaux, en particulier dans les situations de catastrophe et de conflit où le personnel de santé local a été décimé et les infrastructures de santé considérablement endommagées ou détruites. [1][9]
Le type et la répartition des blessures causées par les catastrophes et les conflits varient considérablement en fonction du type de danger et d’une série d’autres facteurs. En général, cependant, les polytraumatismes complexes sont courants, incluant une série de blessures telles que les fractures, l’amputation d’un membre, les lésions de la moelle épinière, les lésions cérébrales traumatiques, les lésions des nerfs périphériques et les brûlures, qui doivent souvent être prises en charge simultanément, ce qui peut compliquer à la fois votre évaluation et votre intervention de réadaptation. [4]
Équipes médicales d’urgence : normes techniques minimales et recommandations pour la réadaptation (de l’OMS) énoncent les recommandations suivantes concernant la complexité des blessures en situation d’urgence.
- Norme technique minimale :
- Les professionnels en réadaptation dans une équipe qui arrive sur place doivent t posséder une expérience en traumatologie et en réadaptation médicale et/ou une formation pour travailler dans des environnements austères.[1]
Les spécialistes en traumatologie ayant une grande expérience des traumatismes majeurs, et autres spécialistes cliniques des conditions complexes telles que les lésions de la moelle épinière, les lésions cérébrales traumatiques et les brûlures tendent à se faire rares dans ces contextes. Compte tenu de la complexité des blessures observées en situation de catastrophe et de conflit, et du nombre important de patients présentant des polytraumatismes, les professionnels en réadaptation qui vont travailler dans ces contextes doivent être compétents dans plusieurs domaines cliniques pour gérer cette complexité. Ils doivent avoir suivi une formation adéquate pour s’assurer qu’ils possèdent les compétences cliniques de base leur permettant de gérer un large éventail de présentations dans un environnement difficile.[4][8] Des équipes de soins spécialisées pour les lésions de la moelle épinière, les brûlures et l’orthoplastie, par exemple, peuvent également être nécessaires afin d’augmenter la capacité de réadaptation locale et de fournir des soins de réadaptation spécialisés.
Les professionnels en réadaptation possédant une expertise spécifique peuvent jouer un rôle dans la formation et le perfectionnement des professionnels en réadaptation locaux. Cela ne doit être envisagé que si une supervision et un soutien adéquats sont disponibles pour les aider à développer et à intégrer ces nouvelles compétences dans leur pratique. Blanchet et Tataryn [10] ont déjà signalé que les volontaires à court terme n’ont pas contribué à améliorer la formation, les connaissances ou la pratique clinique du personnel local. En raison du taux de rotation élevé des volontaires et du manque de continuité des pratiques entre les différentes organisations, il y avait peu d’assimilation de nouvelles compétences ou techniques. Par conséquent, le personnel local a eu recours à ce qu’il connaissait déjà pour éviter la confusion entre les approches disparates des équipes de volontaires éphémères. » Ainsi, lorsque le personnel expérimenté en matière de traumatismes majeurs est impliqué dans la formation, il devrait être basé au sein d’équipes médicales d’urgence spécialisées qui passent plus de temps sur le terrain afin d’assurer la continuité dans la pratique.[8]
Équipes médicales d’urgence : normes techniques minimales et recommandations pour la réadaptation (de l’OMS) énoncent les recommandations suivantes concernant l’expertise clinique en situation d’urgence.
- Recommandations pour des soins optimaux :
- Les professionnels en réadaptation intégrés dans une équipe qui arrive sur place doivent posséder une expérience en traumatologie et en réadaptation médicale et/ou une formation pour travailler dans des environnements austères.
- Les professionnels de la réadaptation doivent satisfaire aux mêmes critères d’exercice que dans leur pays d’origine et doivent travailler dans les limites du champ de leur exercice. [1]
Lors de catastrophes à grande échelle, en particulier lorsque les infrastructures ont subi des dommages importants, les patients sont souvent traités dans une grande variété d’endroits, et il n’est pas inhabituel de traiter des patients aigus en dehors des services d’urgence, y compris dans les couloirs de l’hôpital, dans des tentes de débordement sur des parkings ou dans des camps formels ou informels. Le soutien de l’équipe multidisciplinaire (EMD) est susceptible d’être plus limité dans ces situations, et les risques pour les patients sont encore amplifiés s’ils font face à une surveillance limitée, ou à une absence de lit approprié. Le traitement et l’éducation des patients doivent être adaptés, en particulier pour les patients pris en charge à même le sol, et la manutention manuelle doit être adaptée pour protéger les patients, les aidants et le personnel. [4] [11]
Les technologies d’assistance essentielles, telles que les fauteuils roulants, les béquilles, les attelles et les orthèses, font souvent défaut lors de l’intervention immédiate et peuvent limiter considérablement les interventions en réadaptation. Ce manque de technologie d’assistance touche non seulement les personnes souffrant de nouvelles blessures, mais aussi celles dont la technologie d’assistance a été déplacée ou endommagée à la suite de la catastrophe ou du conflit, pouvant ainsi créer des engorgements dans les centres de soins aigus, entraîner un alitement prolongé, limiter la mobilisation rapide ou retarder la libération à domicile, ce qui se répercute sur la capacité de réadaptation. [1][4][11]
Dans de nombreux cas, les professionnels en réadaptation peuvent être impliqués dans la fourniture d’appareils de mobilité, lorsqu’ils sont disponibles, pour permettre une libération en toute sécurité. Parfois, des dispositifs de mobilité temporaires sont nécessaires à des fins telles que la facilitation d’une libération en douceur et en temps voulu. Dans ces situations, les appareils doivent être configurés en fonction des besoins de l’utilisateur, de manière à ce qu’ils lui conviennent le mieux possible, qu’ils puissent être autopropulsés (si la personne en est capable) et qu’ils puissent être utilisés sur le terrain local. Une politique de retour devrait être développée dans la mesure du possible pour minimiser la mise au rebut des appareils lorsqu’ils ne sont plus nécessaires. Lorsqu’un patient doit utiliser une orthèse, une prothèse ou un fauteuil roulant à long terme, il est important que ces dispositifs soient sécuritaires, durables, abordables et faciles à entretenir dans le pays d’utilisation et qu’ils répondent aux besoins et à l’environnement de l’utilisateur, avec un ajustement, un alignement et un soutien appropriés et respectant des principes biomécaniques solides. Comme pour toute technologie d’assistance, les appareils de mobilité doivent toujours être accompagnés d’une réadaptation et d’une formation appropriées, et pour ceux qui nécessitent une utilisation à long terme, les services locaux doivent être impliqués dans la prescription afin qu’ils puissent les adapter au contexte local et rester disponibles pour le suivi, incluant l’entretien et/ou le remplacement. [9][1]
Pour les équipes médicales d’urgence, tant nationales qu’internationales, les normes minimales pour la réadaptation mettent en évidence les équipements essentiels et non essentiels mais recommandés pour le déploiement initial ; toutefois, ces normes sont minimales et destinées aux hôpitaux de campagne et ne sont donc pas toujours directement transférables aux installations fixes de traumatologie ou de réadaptation.
Équipes médicales d’urgence : normes techniques minimales et recommandations pour la réadaptation (de l’OMS) énoncent les recommandations suivantes concernant les technologies d’assistance en situation d’urgence.
- Norme technique minimale :
- Les équipes médicales d’urgence doivent apporter les équipements et consommables indispensables correspondant à leur type quand elles se déploient, de manière à être autosuffisantes au moins pendant les deux premières semaines d’intervention. Sinon, elle doivent être en mesure de produire un accord signé avec une organisation pour la fourniture rapide du matériel en cas de déploiement.
- Recommandations pour des soins optimaux :
- Les équipes médicales d’urgence ne doivent pas s’attendre à ce que les équipements soient fournis par le pays hôte.
- Le matériel de réadaptation doit être soigneusement choisi en fonction des besoins anticipés, des capacités de l’équipe, des besoins locaux et du nombre de cas attendus.
- Les fauteuils roulants, les orthèses et les prothèses pour une utilisation à long terme doivent être obtenus auprès d’un fournisseur local, s’il existe; sinon, l’équipe médicale d’urgence doit se tourner vers le ministère de la santé ou la cellule de coordination du pays hôte pour se faire conseiller.
- Les équipes médicales d’urgence doivent tenir à jour un inventaire des équipements et consommables, et un plan de réapprovisionnement sur la base du nombre de cas pris en charge et de la durée de leur séjour.[1]
La coordination des libérations et des soins de suivi reste l’un des plus grands défis en situation de catastrophe et de conflit, surtout lorsque les patients ont été transportés depuis des régions éloignées ou déplacés à la suite de la destruction de leur maison. Compte tenu de l’afflux de patients au cours de la réponse rapide, il est souvent nécessaire de déplacer les patients hors du milieu aigu dès que possible, en prenant en compte les éléments suivants :[4][8]
Une réadaptation réussie est donc intrinsèquement liée à une libération efficace, qui permet au patient de fonctionner de manière optimale dans son environnement, avec les outils nécessaires à une bonne gestion et à l’auto-prise en charge à domicile, inhérente à la qualité de vie et à l’autonomisation du patient. La planification des libérations est un élément important dans la prévention des événements indésirables après la libération. En impliquant le patient et sa famille dans la planification de sa libération, les résultats pour le patient peuvent être améliorés et les risques de réadmission réduits.
Équipes médicales d’urgence : normes techniques minimales et recommandations pour la réadaptation (de l’OMS) énoncent les recommandations suivantes concernant la libération et l’orientation en situation d’urgence.
- Recommandations pour des soins optimaux :
- Les EMU doivent planifier la sortie d’hôpital et l’orientation des patients dès le début de leur prise en charge afin d’identifier les lacunes au niveau des services, lesquelles doivent être rapidement communiquées au ministère de la santé ou à la cellule de coordination du pays hôte.
- Pour garantir une gestion efficace de l’orientation des patients pour la réadaptation, le patient et l’EMU concernée doivent tous deux conserver une copie du document d’orientation du patient, qui doit contenir au minimum les informations suivantes :
- les aides techniques fournies au patient;
- ’état fonctionnel du patient, notamment concernant la mobilité et les précautions à prendre; et
- le suivi nécessaire avec l’équipe qui sera chargée du patient (par exemple contrôle chirurgical, retrait d’un fixateur externe ou radiographie de contrôle).
- Les équipes médicales d’urgence doivent s’efforcer de ne laisser sortir les patients que lorsqu’ils peuvent rejoindre sans risque la destination vers laquelle ils sont orientés (avec ou sans assistance) et qu’ils disposent du soutien adéquat.
- Les patients qui nécessitent des soins après le départ de l’équipe médicale d’urgence qui les a pris en charge doivent être orientés vers une autre équipe médicale d’urgence, un établissement de soins de transition ou un prestataire de services local. Les EMU doivent tenir à jour une liste de tous les patients qui nécessitent un suivi de la réadaptation après leur sortie d’hôpital ou après le départ de l’EMU, et communiquer cette liste au ministère de la santé ou la cellule de coordination du pays hôte à leur demande. Cette liste doit indiquer au minimum le nom du patient, un numéro de téléphone (si disponible), le diagnostic, la destination du patient après sa sortie de l’hôpital et le motif du suivi.
- Pour leur suivi, les patients doivent être orientés vers une structure aussi proche que possible de leur domicile.
- Les équipes médicales d’urgence doivent faire tout leur possible pour préparer les patients, leurs familles et les soignants à la sortie d’hôpital par l’éducation et la réadaptation fonctionnelle.[1]