Rédateurs originaux – Naomi O’Reilly
Principaux contributeurs – Naomi O’Reilly, Ewa Jaraczewska and Kim Jackson
Les conflits et les catastrophes exposent souvent les personnes à un risque accru de discrimination et/ou d’abus, en particulier les groupes vulnérables tels que les enfants, les femmes, les personnes âgées et les personnes souffrant d’un handicap ou d’une maladie chronique. IDans certains contextes, cela peut également inclure des minorités ethniques ou religieuses particulières, qui courent des risques disproportionnés en situation de catastrophe ou de conflit. [1] [2]Certains facteurs contribuant à cette vulnérabilité peuvent être intrinsèques, mais le plus souvent, ils sont dus à des facteurs environnementaux ou sociétaux antérieurs à la catastrophe et au conflit. Les professionnels de la médecine et de la réadaptation doivent être conscients de tous les facteurs qui peuvent rendre certains groupes de personnes plus vulnérables et agir en conséquence. Ils doivent reconnaître que les priorités en matière de soins de santé ne peuvent être évaluées de manière adéquate sans tenir compte des vulnérabilités spécifiques de ces groupes en situation de catastrophe et de conflit, tout en admettant que ces groupes ne sont pas homogènes et que les risques auxquels ils sont confrontés varient d’un individu à l’autre, en fonction de l’interaction des facteurs personnels et environnementaux. [2] Les professionnels en réadaptation sont susceptibles d’entrer en contact avec ces groupes dans le cadre de leurs fonctions. Ils ont les connaissances nécessaires pour comprendre les défis auxquels ces groupes sont confrontés et ont un rôle clé à jouer dans la protection de ces personnes vulnérables. À ce titre, ils doivent s’engager auprès de tous les mécanismes de protection humanitaire en place pour faire part des préoccupations qu’ils ont rencontrées. [3]
Alors que la fréquence et l’intensité des catastrophes augmentent dans le monde entier, les enfants font partie des personnes les plus exposées aux effets négatifs de la catastrophe. Ils représentent une part importante de ceux qui subissent les conséquences dévastatrices à long terme des catastrophes. [2] Les enfants constituent un groupe très vulnérable, en particulier les nourrissons et les jeunes enfants, qui sont partiellement ou totalement dépendants des adultes. Les enfants plus âgés et les adolescents sont psychologiquement et physiquement vulnérables et peuvent développer un trouble de stress post-traumatique ou autres symptômes connexes. Ils sont confrontés à la mort, aux blessures, à la maladie et à la maltraitance et doivent souvent faire face à des perturbations ou à des retards dans leur parcours scolaire au lendemain d’une catastrophe. Les systèmes qui protègent normalement les enfants et les jeunes, y compris les structures familiales et communautaires, sont souvent touchés lors de catastrophes et de conflits. Les enfants peuvent être séparés de leur famille et cette situation les expose à un risque accru de blessures, d’abus et d’exploitation, incluant le trafic ou le recrutement par des groupes armés. [4]
En tant que professionnels en réadaptation, nous devons reconnaître les différentes formes de vulnérabilité physique et émotionnelle et envisager les diverses formes de soutien physique, social, mental et émotionnel dont les nourrissons, les enfants et les adolescents peuvent avoir besoin par rapport aux adultes.[5] De plus, dans un context post-catastrophe et de conflit, les enfants ne sont pas les premiers qu’on écoute. [6] par conséquent, les droits et les besoins des enfants sont souvent sous-estimés. Ceci entraîne des conséquences négatives à long terme pour eux et leurs communautés.[7] Ces effets négatifs des catastrophes et des conflits incluent le déclin de la santé physique et du bien-être émotionnel et intellectuel des enfants, à court et à long terme. Le tableau.1 présente les types de vulnérabilités que les enfants et les jeunes subissent en situation de catastrophe et de conflit, et inclut les facteurs qui les influencent.
| Vulnérabilité physique | Vulnérabilité psychologique | Vulnérabilité éducative | |
|---|---|---|---|
| Types de vulnérabilité des enfants lors d’une catastrophe |
|
|
|
| Facteurs influençant la vulnérabilité des enfants en situation de catastrophe |
|
|
Destruction des bâtiments scolaires
Déplacement des étudiants et des enseignants Perte des dossiers essentiels Retard d’inscription Changements d’écoles multiples Instabilité familiale Environnements scolaires peu accueillants/peu favorables Mauvais résultats scolaires pré-désastre Perte d’un parent / aidant naturel Exigences de travail accrues |
La Convention relative aux droits de l’enfant des Nations unies (United Nations Convention on the Rights of the Child (UNCRC)), ratifiée par tous les pays à l’exception des États-Unis, constitue un code complet des droits qui offre les normes les plus élevées de protection et d’assistance aux enfants. L’UNCRC est un accord international juridiquement contraignant qui énonce les droits civils, politiques, économiques, sociaux et culturels de tout enfant, indépendamment de sa race, de sa religion ou de ses aptitudes. Elle s’applique à tous les enfants dans la juridiction d’un État, qu’ils soient nationaux ou non. Les organisations travaillant dans le cadre de réponses humanitaires doivent avoir mis en place des politiques de protection des enfants. Il est vital que les professionnels en réadaptation se familiarisent avec ces directives de protection des enfants et y adhèrent.
Healthcare in Danger – The Responsibilities of Health-Care Personnel Working in Armed Conflicts and Other Emergencies met en lumière les questions suivantes, qui peuvent être utilisées par les professionnels en réadaptation pour guider leur réflexion sur le soutien à apporter aux enfants et aux jeunes à la suite de catastrophes et de conflits.[8]
Les pratiques culturelles et sociales concernant le genre constituent certaines des sources les plus fondamentales d’inégalité et d’exclusion pour les femmes dans le monde. Elles se manifestent fréquemment à travers des conséquences économiques et politiques, incluant des inégalités entre les sexes dans des domaines tels que la scolarisation et la poursuite d’études universitaires, la participation au marché du travail, le contrôle des biens, combiné à une moins grande visibilité sociale, et une liberté et une mobilité réduites. Compte tenu de ce statut des femmes avant les catastrophes et les conflits, il n’est pas surprenant que les femmes soient généralement plus susceptibles que les hommes de subir des blessures ou d’être tuées lors de catastrophes et que la violence à l’égard des femmes et des filles puisse être exacerbée en situations d’urgence. Les femmes sont également confrontées à une charge accrue de tâches de soins, telles que l’approvisionnement en nourriture et en eau, et les soins aux malades et aux blessés suite aux catastrophes et aux conflits, ce qui a un impact supplémentaire sur leur participation.
La convention Elimination of All Forms of Discrimination Against Women de 1979 et le Protocole facultatif à la Convention Elimination of All Forms of Discrimination Against Women de 1999 protègent les droits des femmes en situation de catastrophe. Les nouvelles normes minimales de protection, de genre et d’inclusion en situation d’urgence, élaborées par le Comité international de la Croix-Rouge, fournissent aux professionnels en réadaptation un ensemble de normes minimales de protection, de genre et d’inclusion limitant l’exposition des personnes aux risques de violence et d’abus et garantissant que les programmes d’urgence « ne causent aucun préjudice ». En tant que professionnels en réadaptation, nous pouvons plaider pour inclure les femmes dans la planification des catastrophes à toutes les étapes, y compris le rétablissement. Cela contribuera à renforcer la résilience et l’autonomisation des femmes, et à réduire les stéréotypes et la discrimination du rôle des femmes non seulement en situation de catastrophe et de conflit, mais aussi dans l’ensemble de leur communauté.
Healthcare in Danger – The Responsibilities of Health-care Personnel Working in Armed Conflicts and Other Emergencies met en lumière les questions suivantes, qui peuvent être utilisées par les professionnels de la réadaptation pour guider leur réflexion sur le soutien à apporter aux femmes et aux filles à la suite de catastrophes et de conflits[8].
Le succès de l’industrialisation et les progrès de la médecine et des technologies modernes ont entraîné une augmentation de l’espérance de vie moyenne et, par conséquent, une augmentation du pourcentage de personnes vivant au-delà de 60 ans. Les Nations Unies définissent la personne âgée comme toute personne âgée de 60 ans et plus. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), il y avait 600 millions de personnes âgées de plus de 60 ans en 2000, et ce nombre devrait atteindre 1,2 milliard d’ici 2025 et 2 milliards d’ici 2050, le nombre de personnes touchées par des crises humanitaires étant significatif et croissant. [9] Les conditions et positions préexistantes exacerbées par la crise ainsi que les problématiques et risques spécifiques créés par l’urgence elle-même sont les principaux défis et facteurs de protection ayant un impact sur la personne âgée en situation de crises humanitaires, et on les retrouve aux niveaux individuel, communautaire et structurel. L’âge avancé aggrave souvent d’autres formes de vulnérabilité ou d’inégalité, telles que le sexe, la race, le niveau d’éducation, le revenu, l’état de santé ou l’accès à la justice, qui s’accumulent au cours d’une vie. Lorsque les personnes âgées ne jouissent pas pleinement de leurs droits en temps normal, leur vulnérabilité aux situations d’urgence risque d’augmenter : [10]
| Au niveau de l’État, des groupes armés et des acteurs internationaux | Au niveau individuel, familial et communautaire |
|---|---|
|
|
|
|
|
|
|
Structures familiales et séparation des familles :
|
|
Actuellement, il n’existe pas de Convention des Nations Unies sur les droits des personnes âgées ou de normes universellement applicables, qui pourraient servir de référence pour l’élaboration d’une législation visant à protéger ces droits. Cette situation reste inchangée malgré les appels fréquents à des actions intensifiées pour promouvoir la pleine jouissance de tous les droits de l’homme par les personnes âgées, et de ce fait, les personnes âgées restent souvent invisibles dans les cadres juridiques internationaux actuels. Les Principes des Nations Unies pour les personnes âgées de 1991 (United Nations Principles for Older Persons)[13] fournit un cadre de référence officiel pour les droits des personnes âgées, incluant l’indépendance, la participation, les soins, l’épanouissement personnel et la dignité, qui peut être appliqué en situation d’urgence et dans les contextes humanitaires. Madrid Plan of Action on Ageing,[14] est un outil pratique approuvé par l’Assemblée générale des Nations Unies en 2002 pour aider les gouvernements à aborder les problématiques liées au vieillissement de la population, notamment la protection sociale, la santé, la nutrition, l’urbanisation, les infrastructures, le logement et la formation des aidants, qui priorise également les catastrophes humanitaires comme l’un des huit domaines d’action clés, en se centrant sur l’égalité d’accès et l’inclusion. [2]
Les besoins et exigences humanitaires des personnes âgées doivent être inclus à tous les stades des interventions d’urgence et humanitaires, y compris l’engagement avec les personnes âgées pour assurer leur participation à la prise de décision, ce qui contribue à réduire leur vulnérabilité à d’autres dangers en permettant un accès plus équitable aux activités communautaires de réduction des risques, aux systèmes d’alerte précoce et aux mécanismes d’évacuation.
Les professionnels en réadaptation peuvent jouer un rôle à cet égard et soutenir ce processus en évaluant les problématiques de protection auxquelles sont confrontées les personnes âgées, en incluant les personnes âgées dans toutes les prises de décision et en défendant la cause des personnes âgées en situation de catastrophe et de conflit. Figure 1. décrit les éléments clés pour inclure les personnes âgées dans chaque phase du processus de gestion des catastrophes.
Healthcare in Danger – The Responsibilities of Health-care Personnel Working in Armed Conflicts and Other Emergencies met en lumière les questions suivantes, qui peuvent vous servir à orienter votre réflexion sur le soutien aux personnes âgées à la suite de catastrophes et de conflits.[8]
On estime que plus d’un milliard de personnes dans le monde vivent aujourd’hui avec une forme de handicap, ce qui correspond à environ 15% de la population mondiale ou à une personne sur sept. Entre 110 millions (2,2 %) et 190 millions (3,8 %) de personnes âgées de 15 ans et plus ont d’importantes difficultés de fonctionnement, tandis que quelque 93 millions d’enfants, soit un sur 20 des moins de 15 ans, vivent avec un handicap modéré ou grave. Depuis l’adoption de la Convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées (United Nations Convention on the Rights of Persons with Disabilities (UNCRPD)), le handicap a été fermement établi comme une problématique de développement et de droits de l’homme. De plus en plus de données probantes soulignent que les personnes handicapées connaissent des conditions socio-économiques et une pauvreté pires que les personnes non handicapées. L’article 11, sur les « situations de risque et les urgences humanitaires », accorde une attention particulière à l’obligation des États de prendre « toutes les mesures nécessaires pour assurer la protection et la sécurité des personnes handicapées dans les situations de risque, y compris les situations de conflit armé, les urgences humanitaires et la survenue de catastrophes naturelles »,[15] tandis que l’article 32 reconnaît l’importance de la coopération internationale pour faire face aux capacités limitées de certains États à répondre aux situations de risque et aux crises humanitaires, tous deux soulignant que les opérations d’urgence et humanitaires doivent inclure les personnes handicapées.[15]
Les personnes handicapées peuvent être affectées de manière disproportionnée par les catastrophes et les conflits, des données probantes suggérant que les taux de mortalité des personnes handicapées (2,06%) [16] sont deux fois et même jusqu’à quatre fois supérieures à celles observées dans la population générale (1,03%)[16] en situation de catastrophe.[2][17] Dans le cadre d’interventions d’urgence, les personnes handicapées peuvent également être plus susceptibles d’être laissées pour compte, de perdre des appareils fonctionnels essentiels tels que des lunettes, des aides auditives et de mobilité et/ou des médicaments, ou de ne pas bénéficier des services humanitaires en raison d’une série d’obstacles environnementaux, physiques et sociaux.[18][17] Elles peuvent également avoir plus de difficultés à accéder aux besoins de base, incluant la nourriture, l’eau, les abris, les latrines et les services de soins de santé. Elles peuvent également être confrontées à des risques plus élevés liés à la sécurité, la protection et la dignité et peuvent être particulièrement vulnérables à la violence, l’exploitation et les abus sexuels.[17] Les mécanismes traditionnels de soins au sein de la communauté sont également interrompus et la capacité des aidants et des structures de soins à prendre en charge et à soutenir les personnes handicapées est souvent réduite, ce qui accroît les vulnérabilités et les risques pour les personnes handicapées.[8]
Il est de plus en plus reconnu que l’inclusion des personnes handicapées est cruciale pour l’efficacité de l’action humanitaire et de nombreux outils politiques et directives ont été produits au niveau mondial pour soutenir l’inclusion des personnes handicapées dans l’action humanitaire, notamment les suivants : Charter on Inclusion of Persons with Disabilities in Humanitarian Action (2016), Humanitarian Inclusion Standards for Older People and People with Disabilities (2018) et Guidelines on Inclusion of Persons with Disabilities in Humanitarian Actions (2019) du Comité permanent inter-agences (IASC) Malgré ces directives, il reste encore un écart important au niveau de l’engagement des personnes handicapées dans l’action humanitaire sur le terrain et d’autres mesures doivent être prises pour renforcer l’action humanitaire incluant le handicap, notamment : [19]
L’enregistrement du webinaire suivant, organisé par l’ICVA, le PHAP et le Comité permanent inter-agences (IASC), présente les directives pour l’inclusion des personnes handicapées dans l’action humanitaire et discute de la manière dont ces directives peuvent être mises en œuvre dans la pratique.
Les besoins et exigences humanitaires des personnes handicapées, en tenant compte de la diversité des handicaps, doivent être inclus à toutes les étapes des interventions d’urgence et humanitaires. Cela inclut l’engagement avec les organisations de personnes handicapées, là où elles existent, pour assurer l’implication des personnes handicapées dans la prise de décision, qui contribue à réduire leur vulnérabilité à d’autres dangers en permettant un accès plus équitable aux activités communautaires de réduction des risques, aux systèmes d’alerte précoce et aux mécanismes d’évacuation. Les professionnels en réadaptation peuvent soutenir ce processus en incluant les personnes handicapées dans toutes les prises de décision, et en s’assurant que la planification ne se centre pas uniquement sur les personnes blessées lors de la catastrophe, mais inclut également toutes les personnes handicapées.
Healthcare in Danger – The Responsibilities of Health-care Personnel Working in Armed Conflicts and Other Emergencies met en lumière les questions suivantes, que vous pouvez utiliser pour guider votre réflexion sur le soutien aux personnes handicapées à la suite de catastrophes et de conflits.[8]