Les affections douloureuses qui apparaissent autour ou dans les tendons en réponse à une surutilisation sont appelées « tendinopathies ». La pathologie de la tendinopathie est multifactorielle et complexe et reste difficile à traiter.(1) Les tendinopathies sont définies comme des lésions sans rupture dans le tendon, aggravées par une contrainte mécanique. La différence entre la tendinite et la tendinopathie est que cette dernière ne présente généralement pas d’inflammation. (2) La tendinopathie se manifeste par une douleur chronique, une diminution de la fonction physique et une réduction de la participation aux activités. Elle représente jusqu’à 50 % de l’ensemble des troubles musculosquelettiques. (3)
La gestion thérapeutique des tendons peut être difficile. (4) Les personnes qui souffrent de tendinopathie ou de douleurs liées aux tendons ont souvent essayé plusieurs stratégies de traitement et consulté plusieurs professionnels de la santé. Si une personne a déjà consulté plusieurs cliniciens et recueilli différentes idées, opinions et options de traitement, la meilleure chose à faire est parfois de commencer par une évaluation subjective et objective approfondie.
Un bon diagnostic est la pierre angulaire de la prise en charge de toute pathologie. En cas de tendinopathie, le diagnostic différentiel est extrêmement important. Lorsqu’on envisage le diagnostic de tendinopathie, l’objectif n’est pas de déterminer si le tendon présente un changement pathologique, mais plutôt de déterminer si le tendon est ou non la source de la douleur. (5) Ce n’est pas parce qu’un tendon présente des modifications pathoanatomiques sur les examens d’imagerie qu’il est à l’origine des symptômes. (6) Si un patient se présente avec un diagnostic de tendinopathie, il faut vérifier que sa présentation clinique correspond aux critères caractéristiques de la tendinopathie. Les signes caractéristiques, telles que la douleur localisée au tendon et augmentant en fonction de la sollicitation, doivent être présentes. La tendinopathie classique se manifeste le plus souvent par un phénomène d' »échauffement », c’est-à-dire que la douleur s’améliore pendant une activité spécifique, mais s’aggrave le lendemain d’une activité à forte sollicitation. (7) Certaines tendinopathies présentent des signes caractéristiques, telles que la raideur matinale dans le cas d’une tendinopathie d’Achille (8) ou une douleur en position assise dans le cas d’une tendinopathie des ischiojambiers. (5)(9)
Si les signes et symptômes cliniques présentés par les patients ne correspondent pas aux signes et symptômes cliniques de la tendinopathie, il peut être utile de procéder à un nouveau diagnostic différentiel afin d’obtenir un tableau clinique plus précis.
Lorsqu’un patient présente une tendinopathie d’insertion ou une douleur en plantaire du talon, il peut s’agir d’un signe de spondylarthropathie . Paul Kirwin a mis au point un outil clinique permettant d’identifier la spondylarthropathie. L’acronyme « SCREEND’EM » sert d’aide-mémoire. Le thérapeute doit poser les questions suivantes lors de l’évaluation : (10) (11)
S (« Skin ») – peau : éruption cutanée ou psoriasis
C (« Colitis ») – colite ou maladie de Crohn
R (« Relatives ») – parents : antécédents familiaux d’arthrite inflammatoire ou qui ont un HLA-B27 positif
E (« Early morning stiffness ») – la raideur matinale dure-t-elle plus de 30 minutes ? (sans lien avec l’activité)
E (« Eyes ») – yeux : le patient a-t-il eu une uvéite ?
N (« Nail ») – a y-t-il une atteinte des ongles ? Comme des dépressions punctiformes, un épaississement, une onycholyse (décollement du lit de l’ongle)
D (« Dactylitis ») – y a-t-il une dactylite ? (gonflement des doigts en forme de saucisse)
E – (« Enthesopathy ») – y a-t-il une enthésopathie ? (inflammation des enthèses, sites où les tendons ou les ligaments s’insèrent sur l’os)
M – (« Medication and Movement response ») – réactions aux médicaments et aux mouvements (amélioration avec l’activité mais pas avec le repos; réponse positive aux AINS) (10) (11)
La sollicitation et la capacité du tendon est un concept important à comprendre dans la tendinopathie. La capacité de charge d’un tendon ne dépasse jamais que légèrement la charge qui lui est appliquée. Les blessures surviennent lorsqu’un tendon est soumis à une charge excessive et que la charge dépasse la capacité de charge. Cela est encore plus évident en cas de forces de compression, car celles-ci sont particulièrement provocatrices pour les tendons. (12) Lors de la prise en charge d’un patient souffrant d’une tendinopathie réfractaire, il est important d’identifier soigneusement la sollicitation initiale en cause et toutes les sollicitations qui continuent à irriter les tendons.
Cela varie considérablement d’un patient à l’autre. Un athlète de haut niveau souffrant d’une tendinopathie du tendon d’Achille peut continuer à pratiquer de nombreuses activités pliométriques, ce qui représente une force de traction très élevée pour le tendon d’Achille. Ou peut-être qu’il effectue ses exercices en position de flexion dorsale, ce qui maintient une charge compressive sur le tendon. Un patient âgé et sédentaire souffrant d’une tendinopathie des ischiojambiers peut avoir débuté un programme de rééducation mais continue à s’asseoir pendant des périodes prolongées sur des surfaces dures, comprimant le tendon des ischiojambiers contre les tubérosités ischiatiques. Lorsqu’une personne suit activement le programme de rééducation ADÉQUAT et ne constate aucun changement, le reste de sa journée et ses programmes d’entraînement doivent être soigneusement examinés afin de déterminer s’il existe d’autres éléments susceptibles de provoquer des sollicitations provocatrices sur le tendon.(13)
Dans le cadre d’une évaluation, le dépistage des signaux d’alarme (« red flags ») et de l’état de santé général devrait être la règle. Une personne souffrant d’une tendinopathie qui ne répond pas aux soins standards devrait faire l’objet d’un dépistage minutieux de toute maladie ou problème de santé systémique. Certaines affections, comme le diabète ou la polyarthrite rhumatoïde, peuvent prédisposer une personne au développement de tendinopathies. La tendinopathie ne peut se résorber que lorsque l’affection systémique est prise en charge de manière appropriée.(14)
La sollicitation progressive fait référence à l’augmentation graduelle de la charge, de la fréquence ou du nombre de répétitions dans un programme individuel d’entraînement musculaire. Outre l’entraînement musculaire, elle peut être appliquée à différentes formes d’activités physiques, y compris les exercices d’endurance cardiovasculaire.
Une personne souffrant d’une tendinopathie qui ne s’améliore pas peut ne pas avoir reçu le traitement approprié. Le repos complet d’un tendon n’est pas la stratégie de prise en charge privilégiée dans la tendinopathie, et une sollicitation appropriée et une modification de la sollicitation sont les meilleures pratiques basées sur des données probantes.(15)(16) La sollicitation progressive vise à produire une stimulation mécanique qui provoque les réponses biochimiques et mécaniques du tendon. Cela est censé engendrer des adaptations du tendon à la sollicitation et à l’exercice. (17)
La rééducation des tendinopathies, lorsqu’elle est effectuée correctement, est très efficace pour la prise en charge les tendons. Il convient de vérifier si la prise en charge d’un patient souffrant d’une tendinopathie n’a pas consisté jusqu’à présent en une approche plus passive qu’en une approche active de la rééducation.
Les sollicitations rapides et compressives sollicitent les tendons. Les sollicitations lentes et lourdes ne sont pas provocantes pour les tendons. Un tendon qui ne s’améliore pas peut ne pas être soumis à une sollicitation suffisante pour atteindre la capacité à laquelle il est censé fonctionner. (12) À l’inverse, il peut également être soumis à des contraintes supplémentaires, par exemple dans le cadre du programme d’échauffement ou d’étirement, qui continuent à l’exacerber même avec un bon programme de sollicitation.
Lors de la prescription d’un programme de sollicitation progressive pour la prise en charge de la tendinopathie, il est important de prescrire de la sollicitation en unipodal pour le côté symptomatique et le côté asymptomatique. Cette sollicitation doit être proportionnelle à la capacité d’un côté spécifique, c’est-à-dire que le côté asymptomatique doit être soumis à des contraintes plus importantes. Les exercices avec les deux jambes ne doivent pas constituer la base du programme, car la jambe la plus forte peut aider la jambe la plus faible.(12)
Une chaîne cinétique est un système mécanique par lequel un individu accomplit les tâches complexes requises pour les activités quotidiennes ou sportives. Un dysfonctionnement sur la chaîne cinétique peut entraîner les conséquences suivantes :
Des facteurs intrinsèques peuvent avoir contribué au développement d’une sollicitation excessive sur ce tendon. L’évaluation de l’ensemble de la chaîne cinétique à la recherche d’éventuels « maillons faibles » permet d’identifier les facteurs qui y contribuent. La prise en charge de ces problèmes peut contribuer à réduire la charge sur le tendon et, par conséquent, à réduire les symptômes du tendon.
Si leur programme était tout à fait approprié pour la tendinopathie en question qui leur a été diagnostiquée, il peut être important de vérifier que leur diagnostic était, en fait, correct ou qu’il n’y a pas de comorbidités impliquées. La prise en charge de la tendinopathie implique une sollicitation progressive et, en cas de diagnostic erroné, ce traitement peut potentiellement aggraver l’affection. Par exemple, une personne souffrant d’une paraténonite du tendon d’Achille due à des forces de cisaillement excessives sur la gaine du tendon d’Achille pourrait voir son état aggravé par la pratique du cyclisme. En comparaison, le cyclisme serait un exercice à faible sollicitation tout à fait approprié pour une tendinopathie d’Achille.(18)
Les patients souffrant de tendinopathie peuvent avoir des attentes qui vont au-delà de la réalité de la physiopathologie de leur affection. La guérison des tendinopathies prend souvent beaucoup de temps, et le fait d’en informer le patient peut l’aider à gérer ses attentes. S’il s’agit d’un athlète ou d’une personne dont plusieurs personnes sont impliquées dans la prise en charge, tout le monde doit savoir ce qui est provocant pour ce tendon et quelles sollicitations doivent être éliminées et remplacées. Un programme de rééducation progressive parfaitement exécuté peut être compromis par une sollicitation excessive dans d’autres sphères de la vie du patient.
Il est important d’utiliser des mesures de résultats standardisées afin de pouvoir suivre objectivement les progrès d’une personne. Souvent, les gens n’ont pas l’impression d’aller mieux, mais sur le plan fonctionnel, ils se sont considérablement améliorés. La mesure du résultat doit être spécifique à la blessure et au niveau de fonctionnement de la personne. Par exemple, l’évaluation de la douleur lors d’un saut peut être utile pour un coureur souffrant d’une tendinopathie d’Achille, mais n’est pas aussi appropriée pour une personne sédentaire. La douleur et la raideur matinales pourraient être une mesure de résultat plus appropriée pour elle.
Les résultats de performance couramment utilisés sont les suivants :
La douleur à la palpation ne doit pas être utilisée comme mesure de résultats de la tendinopathie. Les tendons peuvent rester douloureux pendant une longue période, même en cas d’amélioration clinique et fonctionnelle significative. (23) La revue systématique d’Escriche-Escuder et al. (17) a conclu que les critères basés sur la douleur pour déterminer la progression de la sollicitation dans les tendinopathies des membres inférieurs ne sont pas étayés par des preuves solides et qu’ils doivent être utilisés « avec prudence et de manière critique ».(17)
Des exemples de mesures des résultats pour les tendinopathies comprennent :