Comment bien se concentrer pour apprendre

Rédactrice originale Robin Tacchetti basé sur le cours de Michael Rowe
Principales collaboratricesRobin Tacchetti , Jess Bell et Kim Jackson

Introduction(edit | edit source)

L’attention, ou la capacité à se concentrer, est un catalyseur de l’apprentissage. Il s’agit d’un processus cognitif qui nécessite un état de vigilance mentale. Lorsque nous sommes dans un état de concentration, notre esprit peut se concentrer, nous pouvons acquérir des informations et apprendre. (1) (2)

« La capacité à apprendre rapidement de nouvelles choses est une caractéristique essentielle des personnes qui se distinguent dans leur domaine. »(3)

L’apprentissage exige que nous nous concentrions sur les tâches ou les détails qui sont importants. Cependant, nous étudions la plupart du temps dans des environnements qui ne favorisent pas l’attention exclusive nécessaire à l’apprentissage.(3) Le travail multitâche, les médias sociaux, les notifications constantes sur les téléphones et d’autres distractions créent des environnements dans lesquels « l’apprentissage se fait malgré nos actions et non grâce à elles. »(3) En outre, grâce aux nouvelles technologies, il est possible d’accéder à des informations partout et à tout moment, et il a été avancé que notre capacité à accéder si rapidement à l’information a en fait un impact négatif sur « notre capacité d’apprentissage, de compréhension et d’interaction les uns avec les autres. »(4) Ainsi, dans le cadre de l’apprentissage, nous devons nous efforcer de créer des environnements qui réduisent les distractions et soutiennent notre besoin d’attention exclusive.(3)

Cette page explique comment se concentrer en situation d’apprentissage. Cependant, pour atteindre cet objectif, nous devons également adopter de bonnes habitudes d’apprentissage, ce qui est abordé ici.

Travail intense et travail superficiel ( edit | edit source )

Le travail intense fait référence aux activités d’apprentissage réalisées dans un état de concentration sans distraction. (3) (5)

  • Ce type de travail pousse les capacités cognitives de l’individu à leur limite.
  • Il est exigeant sur le plan cognitif et procure le sentiment de travailler durement.
  • Des exemples incluent la synthèse d’informations provenant de sources multiples, la résolution de problèmes complexes, la lecture attentive de documents difficiles, etc.

Le travail superficiel décrit souvent des tâches de type logistique qui peuvent être effectuées même en cas de distraction. (3) (5)

  • Ce type de travail n’est pas exigeant sur le plan cognitif.
  • Des exemples incluent la rédaction de courriels, la mise en forme de notes de cours, la programmation d’activités d’apprentissage dans son calendrier et l’identification de concepts nécessitant un développement plus approfondi.

Le travail intense et le travail superficiel sont tous deux nécessaires à l’apprentissage. Cependant, il est bénéfique de se concentrer sur un travail intense lorsque l’on se sent plein d’énergie et sur un travail superficiel en cas de fatigue mentale.(3)

Travail multitâche(edit | edit source)

Le travail multitâche, parfois appelé « alternance rapide de l’attention », est le fait pour une personne de tenter d’effectuer simultanément plusieurs tâches nécessitant de l’attention. L’apprentissage multitâche ou l’apprentissage en situation de distraction peut avoir un impact négatif sur l’apprentissage. Les étudiants qui effectuent plusieurs tâches à la fois ont en fait besoin de plus de temps pour les terminer : (6)

  • Ils doivent constamment se refamiliariser avec un travail ou une tâche après avoir changé de tâche, ce qui augmente le temps total nécessaire à l’accomplissement de la tâche.
  • Le fait de passer d’une tâche à l’autre entraîne une fatigue mentale, ce qui allonge le temps nécessaire pour terminer les tâches.
  • La rétention à long terme des informations est fragilisée lorsque l’attention est divisée au cours du processus d’encodage.
  • Lors d’un apprentissage en situation de distraction, le cerveau « traite et stocke les informations de manière différente et moins utile, ce qui se traduit par des connaissances beaucoup moins susceptibles d’être étendues et extrapolées à de nouveaux contextes (diminution du transfert).» (6)

Types d’attention ( edit | edit source )

Le « modèle neuropsychologique de l’attention » identifie 5 types d’attention : (7)

  1. Attention exclusive (aussi appelée « attention focalisée ») :
    • la capacité de répondre directement à des stimuli auditifs, visuels ou tactiles spécifiques (7)
  2. Attention soutenue :
    • appelée « concentration » (2)
    • « la capacité à maintenir des réponses comportementales constantes au cours d’activités continues ou répétitives.» (7)
    • soutient des formes plus complexes d’attention (divisée, sélective) et d’autres sphères cognitives (mémoire, apprentissage)
    • par exemple, lire un livre (2)(7)
  3. Attention sélective : (7)
    • la capacité à maintenir une concentration cognitive ou comportementale face à des stimuli qui peuvent tous attirer notre attention dans leur direction propre ou qui sont distrayants
    • les stimuli peuvent être externes ou internes
      • parmi les exemples de stimuli externes, on peut citer les sons, les activités, les paysages, etc.
      • parmi les exemples de stimuli internes, on peut citer les pensées, les inquiétudes ou les contemplations
  4. Alternance attentionnelle : (7)
    • la capacité de passer d’une tâche à l’autre alors qu’elles ont des exigences cognitives différentes
    • cette forme d’attention est courante chez les étudiants puisqu’ils alternent entre l’écoute des cours et la prise de notes
  5. Attention divisée : (7)
    • la capacité de réaliser simultanément des tâches multiples
    • l’attention alterne rapidement et continuellement
    • par exemple, préparer un repas et parler à la famille en même temps (7)

Attention soutenue ( edit | edit source )

Comme indiqué ci-dessus, l’attention soutenue est ce à quoi nous pensons lorsque nous évoquons l’attention ou la concentration. « L’attention soutenue désigne la capacité à maintenir la concentration et l’engagement sur les objectifs d’une tâche dans le temps, en particulier dans des conditions de monotonie et de répétition. »(2)

En situation d’attention soutenue, les performances tendent à diminuer avec le temps, et l’attention fluctue d’un moment à l’autre ou s’affaiblit et s’épuise. L’attention soutenue est déterminée par l’interaction dynamique de facteurs émotionnels, motivationnels, cognitifs et d’état d’éveil. Un déficit dans l’un de ces aspects peut amener l’individu à se désinvestir de la tâche.(2)

La capacité d’attention soutenue se développe au cours de l’enfance. Les enfants ont besoin de cette compétence pour réussir à l’école. Cependant, de nombreux enfants ont des difficultés à maintenir une attention soutenue. De plus, un certain nombre de troubles de l’apprentissage et d’affections neurodéveloppementales sont caractérisés par des perturbations de l’attention soutenue. (2) Des études montrent que les problèmes d’attention à l’école peuvent : (2)

  1. prédire l’ampleur de la réussite en lecture et en mathématiques
  2. saper les interventions académiques traditionnelles
  3. prédire les taux de diplomation

Améliorer l’attention soutenue ( edit | edit source )

Bien qu’il soit admis que l’attention et la concentration sont importantes pour l’apprentissage, il peut être difficile de les mettre en pratique. Nous avons souvent du mal à nous concentrer parce qu’il est inconfortable d’être investi dans une tâche exigeante sur le plan cognitif (c’est-à-dire vivre de l’inconfort cognitif). Cependant, nous devrions considérer « l’apprentissage comme un programme d’entraînement » pour notre cerveau.(3)

Souvent, nous remettons à plus tard ou ne commençons pas une activité pour éviter ce sentiment d’inconfort cognitif. Les boucles de l’habitude, qui se composent de signaux, de routines et de récompenses, peuvent aider à adopter de nouvelles habitudes d’apprentissage.(8)(9) Cependant, même quand nous commençons une tâche d’apprentissage, il est difficile de maintenir notre concentration ou notre attention.(3)

Slattery et al. (2) décrivent deux approches qui peuvent contribuer à améliorer l’attention soutenue : l’entraînement cognitif et l’entraînement pour l’état.

  1. Entraînement cognitif : (2)
    • également appelé « entraînement cérébral »
    • effectuer une tâche cognitive de manière répétitive afin d’exercer les réseaux neuronaux associés à l’attention
    • l’entraînement consiste généralement à pratiquer des tâches d’attention de type jeu vidéo, à l’aide d’ordinateurs ou de tablettes dotés de procédures d’adaptation
      • le niveau de difficulté est automatiquement adapté au niveau de performance de l’individu
      • les systèmes de récompense sont motivants
  2. Entraînement pour l’état : (2)
    • exécuter une tâche pour développer un état cognitif qui, semble-t-il, exerce une influence sur l’attention et sur d’autres réseaux
    • n’implique pas de tâches cognitives
    • place le cerveau et le corps dans un état optimal pour se concentrer de façon soutenue
    • exemples : méditation et activité physique
      • la méditation / médiation pleine conscience
        • être attentif intentionnellement
        • être dans le moment présent et ne pas porter de jugement sur les pensées internes
        • l’individu choisit un objet d’attention (par exemple la respiration) et y porte son attention
        • l’individu le réalise si son esprit s’égare et ramène son attention sur le point d’attention (2)
        • Pour plus d’informations, voir Mindful Learning in the Digital World (une page Physiopedia sur l’apprentissage en pleine conscience dans le monde numérique, en anglais original)
      • l’activité physique
        • l’exercice physique stimule les neurotransmetteurs, ce qui peut améliorer les fonctions cognitives
        • la norépinéphrine et la noradrénaline régule les facteurs d’éveil
        • les activités physiques plus exigeantes sur le plan cognitif (par exemple les sports d’équipe) ont un plus grand impact sur l’état d’éveil et sur la concentration que les activités physiques peu exigeantes sur le plan cognitif (par exemple la course à pied) (2)

Les interventions les plus courantes en milieu scolaire pour améliorer la concentration sont l’entraînement cognitif, la méditation et l’activité physique.(2)

Stratégies générales pour améliorer sa capacité de concentration ( edit | edit source )

Michael Rowe propose les stratégies suivantes pour améliorer sa capacité de concentration : (3)

  • Imprimer un mantra personnel pour se rappeler le type de personne que nous sommes (par exemple, écrire « Je peux faire des choses difficiles »)
  • Développer un état d’esprit dans lequel vous pouvez retarder la récompense à un moment ultérieur (également appelé « contrôle cognitif »)
    • Faire quelque chose maintenant qui n’aboutira qu’à une récompense dans le futur est une compétence importante pour l’apprentissage
  • Utiliser le « bloc de temps » pour se consacrer à certaines tâches
  • Devenir confortable avec la période d’inconfort cognitif qui incite souvent à vouloir se distraire :
    • Cette sensation ne dure généralement que 10 minutes
    • L’utilisation de la technique Pomodoro peut aider
      • La technique Pomodoro est une méthode de gestion du temps qui consiste à effectuer 25 minutes d’un travail spécifique avant de prendre une pause de 5 minutes. (10)
  • Utiliser l’écriture pour se concentrer
    • Il peut être utile d’ajouter des questions directrices en haut de la page sur laquelle nous travaillons :
      • Quel est le problème que j’essaie de résoudre au cours de cette séance ?
      • À quelle question est-ce que j’essaie de répondre ?
  • Essayer la méditation pleine conscience
    • Il est prouvé que la méditation pleine conscience peut aider à développer la capacité de concentration pendant de plus longues périodes. (3)(11)
  • Déterminer l’heure à laquelle arrêter de travailler
    • Il est important de prendre des pauses pour plusieurs raisons, mais surtout parce que votre cerveau a besoin de temps pour intégrer ce que vous avez appris et pour relier ces nouvelles connaissances aux modèles existants dans votre modèle mental du monde
    • Les temps de repos permettent de faire émerger de nouvelles idées et de recharger sa capacité de concentration.

Sources de distraction et solutions ( edit | edit source )

Il existe trois sources principales de distraction : (3)

  • Environnement
    • Organiser son environnement de travail pour qu’il soit plus facile de se concentrer :
      • Désactiver les notifications du téléphone et de l’ordinateur ou laisser le téléphone dans une autre pièce
      • Considérer les extensions de navigateur ou les applications qui vous permettent de verrouiller votre appareil pendant un certain temps
        • Les applications mobiles qui peuvent être utiles comprennent le minuteur Pomodoro, Headspace, Waking Up, 10% Happier (méditation), Forest (pour éviter son téléphone) et le mode avion (pour arrêter les notifications). (3)
    • Travailler dans un endroit calme (par exemple, une bibliothèque), éteindre la télévision et éviter d’écouter de la musique (pour le travail intense)
    • Se questionner pour savoir si nous travaillons mieux tôt le matin ou tard le soir
  • Tâche
    • Une tâche peut être une forme de distraction. En particulier, notre niveau de distraction peut être influencé par la « charge perceptuelle » d’une tâche. La théorie de la charge suggère que « les stimuli non pertinents (et potentiellement distrayants) ne peuvent être perçus que s’il reste suffisamment de capacité perceptive en réserve après le traitement de la tâche. » (12) Ainsi, la distraction liée à la tâche diminue lorsque nous entreprenons des tâches plus exigeantes sur le plan perceptuel. (12)
  • Esprit
    • Par exemple, avez-vous des problèmes relationnels ? Vous vous sentez agité ou en colère ?
    • Il est important de reconnaître ces sentiments, d’en prendre note et de lâcher prise

Application(edit | edit source)

  • Avant une session d’étude, il convient de préparer un plan de ce que nous voulons accomplir dans un laps de temps donné.
  • Avoir des collations et un verre d’eau à portée de main
  • Régler un minuteur et continuer jusqu’à la fin de la session (il est possible d’utiliser la technique Pomodoro ou d’essayer des sessions de différentes durées)
  • Mettre son téléphone en mode « Ne pas déranger »
  • Les personnes qui ne peuvent pas s’empêcher de consulter leurs courriels, d’ouvrir de nouveaux onglets, etc., peuvent essayer une application qui limite leur consultation jusqu’à la fin de la période d’étude (3)

Ressources(edit | edit source)

Références(edit | edit source)

  1. Cicekci MA, Sadik F. Teachers’ and Students’ Opinions about Students’ Attention Problems during the Lesson. Journal of Education and Learning. 2019;8(6):15-30.
  2. 2.00 2.01 2.02 2.03 2.04 2.05 2.06 2.07 2.08 2.09 2.10 2.11 2.12 Slattery EJ, O’Callaghan E, Ryan P, Fortune DG, McAvinue LP. Popular interventions to enhance sustained attention in children and adolescents: A critical systematic review. Neuroscience & Biobehavioral Reviews. 2022 Jun 1;137:104633.
  3. 3.00 3.01 3.02 3.03 3.04 3.05 3.06 3.07 3.08 3.09 3.10 3.11 3.12 3.13 Rowe M. How to Focus When Learning Course. Plus, 2023.
  4. Lodge JM, Harrison WJ. Focus: Attention science: The role of attention in learning in the digital age. The Yale journal of biology and medicine. 2019 Mar;92(1):21.
  5. 5.0 5.1 Newport C. Deep Work: Rules for Focused Success in a Distracted World. New York, Boston: Grand Central Publishing, 2016.
  6. 6.0 6.1 Schmidt SJ. Distracted learning: Big problem and golden opportunity. Journal of Food Science Education. 2020 Oct;19(4):278-91.
  7. 7.0 7.1 7.2 7.3 7.4 7.5 7.6 7.7 Lai YJ, Chang KM. Improvement of attention in elementary school students through fixation focus training activity. International Journal of Environmental Research and Public Health. 2020 Jul;17(13):4780.
  8. Rowe M. How to Create New Habits for Learning Course. Plus, 2023.
  9. Chen W, Chan TW, Wong LH, Looi CK, Liao CC, Cheng HN, Wong SL, Mason J, So HJ, Murthy S, Gu X. IDC theory: habit and the habit loop. Research and Practice in Technology Enhanced Learning. 2020 Dec;15(1):1-9.
  10. Almalki K, Alharbi O, Al-Ahmadi W, Aljohani M. Anti-procrastination online tool for graduate students based on the pomodoro technique. Interacción. 2020; 12206:133-44.
  11. Verhaeghen P. Mindfulness as attention training: meta-analyses on the links between attention performance and mindfulness interventions, long-term meditation practice, and trait mindfulness. Mindfulness. 2021:12:564-81.
  12. 12.0 12.1 Forster S. Distraction and mind-wandering under load. Front Psychol. 2013 May 22;4:283.


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