Traitement actuel des lésions du Lisfranc

Éditeur original Ewa Jaraczewska d’après le cours de Helene Simpson
Principaux contributeursEwa Jaraczewska et Jess Bell

Définition et épidémiologie ( éditer | source d’édition )

L’articulation de Lisfranc est l’endroit où les os du tarse se connectent aux os du métatarse – c’est-à-dire l’articulation tarso-métatarsienne (ATM). Une « lésion du Lisfranc » a été décrite pour la première fois en 1815 par le chirurgien et gynécologue français Jacques Lisfranc de Saint-Martin (1787-1847). Il s’agit d’une affection dans laquelle un ou plusieurs des os métatarsiens sont déplacés.(1)

Selon Ponkilainen et al, (2) l’épidémiologie des blessures du médio-pied, y compris les blessures de Lisfranc, n’est pas bien connue. Une étude menée sur cinq ans a révélé que, parmi tous les traumatismes du médio-pied, une lésion du Lisfranc se produisait dans 18,2 % des cas. Une enquête de Desmond et Chou (3) a confirmé ce type de lésion dans moins de 2% de toutes les fractures. Cependant, les statistiques suggèrent que le diagnostic n’est pas toujours adéquat. Un diagnostic tardif ou manqué survient dans 20 % des cas. (4) Il a été constaté que :

  • Les lésions du Lisfranc sont plus fréquentes chez les hommes, et le ratio rapporté est de 4,25:1(5)
  • La cause la plus fréquente des lésions traumatiques est le traumatisme à faible énergie (6) (par exemple, une chute sur un pied en flexion plantaire) (7)
  • Le traumatisme à haute énergie le plus fréquent est l’accident de voiture, suivi par l’accident de moto(5)
  • Les fractures les plus courantes concernent les deuxième et cinquième os métatarsiens, (8) suivis par celle de l’os cuboïde (5)
  • Les fractures multiples du métatarse ne sont pas rares. Dans ces cas, les fractures du troisième métatarsien sont associées à une fracture du deuxième ou du quatrième métatarsien(8)
  • Les lésions du Lisfranc sont plus fréquentes chez les athlètes(9)

Facteurs de risque ( éditer | source d’édition )

Les éléments suivants peuvent augmenter le risque d’une lésion instable : (6)

  • Fractures intra-articulaires des deux articulations tarso-métatarsiennes latérales
  • Sexe féminin
  • Une hauteur plus courte de la deuxième articulation tarso-métatarsienne

Anatomie cliniquement pertinente ( éditer | source d’édition )

Les lésions du Lisfranc impliquent un traumatisme de l’articulation tarso-métatarsienne (ATM). Les descriptions de cette blessure varient considérablement, tout comme la documentation de l’anatomie de l’articulation de Lisfranc.(10)

Le complexe articulaire de Lisfranc comprend les os du premier au cinquième métatarsien, les trois os cunéiformes, le cuboïde, les ligaments d’interconnexion, les capsules et les tendons de renforcement. Le rôle principal de cette articulation est d’assurer la stabilité du médio-pied. (11) Les bases métatarsiennes créent une structure en arc, dont le deuxième os métatarsien est le point central (c’est-à-dire la pierre angulaire). (11) Il s’articule avec le deuxième os cunéiforme et est assis entre le premier et le troisième cunéiforme. Les ligaments suivants de l’articulation tarso-métatarsienne contribuent à la solidité de l’articulation : (11)

  • Ligaments dorsaux (sens longitudinal)
  • Ligaments interosseux (direction transversale)
  • Ligaments plantaires (direction oblique)

Les trois colonnes du pied

Il existe trois systèmes d’articulation synoviale tarso-métatarsienne qui se rapportent aux trois colonnes du pied : (11)

  1. Colonne médiale (du premier os cunéiforme au premier os métatarsien)
  2. Colonne du milieu (du deuxième cunéiforme au deuxième métatarsien et du troisième cunéiforme au troisième métatarsien)
  3. Colonne latérale (de l’os cuboïde aux quatrième et cinquième os métatarsiens)

Vous trouverez ici des informations sur les os et les ligaments du pied.

Mécanisme de lésion indirecte dans les fractures-luxations de l’articulation de Lisfranc.

Mécanisme de la lésion / Processus pathologique( éditer | source d’édition )

Les lésions du Lisfranc peuvent être causées par les mécanismes suivants :

  1. Direct, à haut niveau d’énergie : lésion par écrasement de la région articulaire, accident du travail (un poids lourd atterrit sur le pied lorsque lâché d’une certaine hauteur), chute d’une certaine hauteur, accident de voiture. (9)
  2. Indirect, à faible niveau d’énergie : blessure sportive qui  » implique généralement une force longitudinale alors que le pied est en flexion plantaire avec une force de rotation médiale ou latérale « , (9) le fait de sauter d’un trottoir avec le pied en flexion plantaire forcée, (12) chute au sol.

La classification des lésions du Lisfranc comprend les types de lésions suivants : (13)

  • Luxation traditionnelle (déchirure du premier et du deuxième ligament tarso-métatarsien)
  • Luxation de la colonne médiale (déchirure du deuxième tarso-métatarsien et du ligament cunéiforme médial-moyen)
  • Luxation en extension proximale (déchirure du premier et deuxième ligament tarso-métatarsien et déchirure du ligament cunéiforme médial-moyen)

Les blessures à faible énergie incluent les lésions partielles (entorses). Dans ce type de blessure, les ligaments plantaires tarso-métatarsiens restent intacts, et la lésion est stable.(14)

Le diagnostic(edit | edit source)

Évaluation(edit | edit source)

Chaque évaluation doit inclure les éléments suivants : (14)

  • Un entretien avec anamnèse et antécédents médicaux
    • Le mécanisme exact de la blessure, y compris la position du pied, la direction de la force et l’importance de l’énergie impliquée
    • La localisation de la douleur et des structures potentiellement impliquées
  • La palpation du médio-pied
  • L’inspection des tissus mous
  • La recherche d’ecchymoses plantaires au niveau du médio-pied
  • Des manœuvres provocatrices pour évaluer l’instabilité : compression du médio-pied, pronation, supination, abduction, adduction, mise en charge unilatérale
  • L’amplitude passive des mouvements dans les plans sagittal et coronal des trois colonnes du pied

Présentation clinique ( éditer | source d’édition )

  • Douleur diffuse au milieu du pied, qui dure généralement quelques jours. La douleur se situe au niveau du troisième orteil lorsqu’une pression est exercée au niveau du milieu du pied (7)
  • Sensibilité à la palpation du médio-pied (14)
  • Reproduction de la douleur avec un mouvement passif de l’avant-pied (14)
  • Incapacité de mise en charge (14) ou difficultés à la mise en charge
  • Développement de stratégies compensatoires pour éviter la douleur et les restraindre la mobilité, y compris le port de chaussures rigides en cuir ou de bottes (7)
  • Œdème à godet (7)
  • Aplatissement de l’arche transversale (7)
  • Ecchymose plantaire au niveau du médio-pied due à une rupture ligamentaire (14)

Dislocation/rupture du Lisfranc

Procédures diagnostiques ( modifier | source d’édition )

  • La radiographie pour évaluer la diastase au niveau des articulations dde la TMT inclut : (11)
    • Films standard à trois vues du pied : antéropostérieure, oblique interne à 30 degrés et latérale
    • Le patient doit être debout pour toutes les radiographies, avec mise en charge
    • Une radiographie des deux pieds doit être effectuée à des fins de comparaison
    • Les images radiographiques réalisées en position non portante ont tendance à manquer les lésions de Lisfranc dans 20 à 50 % des cas

Selon Yan et al, (11) la précision diagnostique des radiographies est faible. Si les symptômes cliniques persistent, mais que la radiographie est négative, le patient doit être orienté vers une tomodensitométrie (CT scan) ou une imagerie par résonance magnétique (IRM).(11)

  • Tomodensitométrie (CT scan) pour détecter les fractures non déplacées et les subluxations osseuses minimes(15)
  • Imagerie par résonance magnétique (IRM) pour évaluer les anomalies ligamentaires(15)

Recommandations d’intervention (11) ( éditer | source d’édition )

  • Traitement conservateur pour :
    • Lésions de Lisfranc sans preuve d’instabilité (<2 mm de diastase)
    • Fractures extra-articulaires dont la stabilité est confirmée en mise en charge (14)
  • Traitement chirurgical :
    • Tous les types de blessures non répertoriés ci-dessus comme pouvant être considérés pour un traitement chirurgical
      • Il n’existe pas de traitement chirurgical optimal
      • Il existe également un manque de preuves concrètes à l’appui d’une modalité de traitement particulière

Traitement et interventions ( éditer | source d’édition )

Traitement conservateur (7) ( éditer | éditer la source )

  • Renforcement de la musculature intrinsèque avec résistance

    Gestion de la douleur

    • Soutien de l’arche plantaire médiale. Le type de soutien dépend du degré de la blessure et peut inclure le port d’une botte, de chaussures de soutien ou d’une orthèse personnalisée
  • Immobilisation : immobilisation dans un plâtre ou une botte pendant 6 à 10 semaines pour décharger le pied
  • Limiter les activités de mise en charge : ne pas pousser la mise en charge complète
  • Soutien de l’arche plantaire : penser au soutien de l’arche plantaire dans la botte et le plâtre
  • Programme de renforcement pour :
    • La musculature intrinsèque du pied afin d’améliorer le soutien dynamique du pied
    • Les fléchisseurs des orteils pour aider à la poussée des orteils à la marche
    • Le tibial postérieur
    • Renforcement isométrique du long péronier
  • Taping de l’arche métatarsienne afin d’améliorer la stabilité

(16)

Traitement chirurgical ( éditer | source d’édition )

Lorsque la blessure est instable, un traitement chirurgical des ligaments, de l’os ou d’une combinaison des deux est indiquée : (14)

  1. Réduction et immobilisation de toute luxation – produisant une tension dans la peau et les tissus mous(14)
  2. Fixation externe temporaire pour les blessures à haute énergie, indiquée lorsque l’attelle ne suffit pas à maintenir l’alignement(14)
  3. L’oedème au niveau des tissus doit être résolu avant que la chirurgie définitive ne soit prévue (10 à 14 jours après la blessure). (14) La règle générale pour le choix du moment de l’intervention est la suivante : « le plus tôt est le mieux, tant que l’oedème est gérable » (11)
  4. Réduction ouverte et fixation interne avec fixation par vis transarticulaire(14)
  5. Réduction ouverte et fixation interne avec arthrodèse primaire lorsqu’un modèle ligamentaire pur est présent(14)

Une bonne réduction anatomique lors de l’opération améliore considérablement le résultat. (7) Helene Simpson

Ressources(edit | edit source)

  1. Paek S, Mo M, Hogue G. Treatment of paediatric Lisfranc injuries: A systematic review and introduction of a novel treatment algorithm. Journal of Children’s Orthopaedics. 2022 May 10:18632521221092957.
  2. van den Boom NA, Stollenwerck GA, Lodewijks L, Bransen J, Evers SM, Poeze M. Lisfranc injuries: fix or fuse? a systematic review and meta-analysis of current literature presenting outcomes after surgical treatment for Lisfranc injuries. Bone & Joint Open. 2021 Oct 8;2(10):842-9.
  3. Lakey E, Hunt KJ. Patient-Reported Outcomes in Foot and Ankle Orthopedics. Foot Ankle Orthop. 2019 Jul 19;4(3):2473011419852930.

Références(edit | edit source)

  1. Moracia-Ochagavía I, Rodríguez-Merchán EC. Lisfranc fracture-dislocations: current management. EFORT Open Rev. 2019 Jul 2;4(7):430-444.
  2. Ponkilainen VT, Laine HJ, Mäenpää HM, Mattila VM, Haapasalo HH. Incidence and characteristics of midfoot injuries. Foot & Ankle International. 2019 Jan;40(1):105-12.
  3. Desmond EA, Chou LB. Current concepts review: Lisfranc injuries. Foot Ankle Int. 2006 Aug;27(8):653-60.
  4. Myerson MS, Cerrato R. Current management of athletes’ tarsometatarsal injuries. Instr Course Lect. 2009;58:583-94.
  5. 5.0 5.1 5.2 Sobrado MF, Saito GH, Sakaki MH, Pontin PA, Santos AL, Fernandes TD. Epidemiological study on Lisfranc injuries. Acta Ortopédica Brasileira. 2017 Jan;25:44-7.
  6. 6.0 6.1 Stødle AH, Hvaal KH, Enger M, Brøgger H, Madsen JE, Husebye EE. Lisfranc injuries: incidence, mechanisms of injury and predictors of instability. Foot and Ankle Surgery. 2020 Jul 1;26(5):535-40.
  7. 7.0 7.1 7.2 7.3 7.4 7.5 7.6 Simpson H. Lisfranc Injuries Course. Plus, 2022.
  8. 8.0 8.1 Petrisor BA, Ekrol I, Court-Brown C. The epidemiology of metatarsal fractures. Foot & ankle international. 2006 Mar;27(3):172-4.
  9. 9.0 9.1 9.2 Buchanan BK, Donnally III CJ. Lisfranc dislocation. InStatPearls (Internet) 2021 Jul 25. StatPearls Publishing.Last Update: February 2, 2022.
  10. DeLuca MK, Boucher LC. Morphology of the Lisfranc Joint Complex. The Journal of Foot and Ankle Surgery. 2022 Jul 25.
  11. 11.0 11.1 11.2 11.3 11.4 11.5 11.6 11.7 11.8 Yan A, Chen SR, Ma X, Shi Z, Hogan M. Updates on Lisfranc Complex Injuries. Foot Ankle Orthop. 2021 Jan 25;6(1):2473011420982275.
  12. Kalia V, Fishman EK, Carrino JA, Fayad LM. Epidemiology, imaging, and treatment of Lisfranc fracture-dislocations revisited. Skeletal Radiol. 2012 Feb;41(2):129-36.
  13. Porter DA, Barnes AF, Rund A, Walrod MT. Injury pattern in ligamentous Lisfranc injuries in competitive athletes. Foot & Ankle International. 2019 Feb;40(2):185-94.
  14. 14.00 14.01 14.02 14.03 14.04 14.05 14.06 14.07 14.08 14.09 14.10 14.11 14.12 Clare MP. Lisfranc injuries. Curr Rev Musculoskelet Med. 2017 Mar;10(1):81-85.
  15. 15.0 15.1 Sripanich Y, Weinberg MW, Krähenbühl N, Rungprai C, Mills MK, Saltzman CL, Barg A. Imaging in Lisfranc injury: a systematic literature review. Skeletal Radiology. 2020 Jan;49(1):31-53.
  16. Sandringham Sports Physio. Foot Arch Supportive Taping.2019. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=7QM41olCNS4 (last accessed 29/09/2022)


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