Réentraînement de la technique de course

Rédactrice originale – Mariam Hashem

Principaux collaborateurs – Mariam Hashem , Jess Bell , Ewa Jaraczewska , Tarina van der Stockt , Kapil Narale et Kim Jackson

Introduction(edit | edit source)

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La popularité croissante de la course de fond s’est accompagnée d’une augmentation des blessures liées à la course. On a constaté que jusqu’à 85 % des nouveaux coureurs qui s’entraînent pour une épreuve se blessent au cours d’une année donnée. (1)(2)

Le réentraînement de la technique de course est une intervention spécifique au mouvement qui vise à faciliter une nouvelle technique d’apprentissage utilisée pour corriger une biomécanique de course anormale qui contribue à une blessure. Il s’est avéré efficace pour modifier la biomécanique de la course et réduire le stress mécanique de la course. (3) (4) (5)

Si l’entraînement musculaire est efficace pour améliorer la force musculaire, il n’est pas suffisant pour améliorer la biomécanique de la course.(6) L’utilisation du réentraînement de la technique de course découle de la nécessité d’une approche spécifique du patron de mouvement qui contribue probablement à l’apparition et à la persistance des symptômes.

Cela vise à réduire le stress tissulaire en corrigeant le patron de mouvement à l’origine du stress mécanique ou en modifiant la répartition du stress entre les articulations. (6)

Cet article traite de trois techniques qui peuvent améliorer les compétences en matière de course.

Considérations(edit | edit source)

  • Il faut être spécifique au patron de mouvement que l’on souhaite aborder afin de s’assurer que l’intervention améliorera le patron de course.
  • Tenir compte de la capacité de la personne à changer et de son observance thérapeutique.
  • Il faut garder à l’esprit que l’intervention utilisée peut avoir des effets indésirables et être associée à différents risques, voire à une réduction de l’économie de la course. Cela dépend aussi de l’individu : par exemple, pour un coureur d’élite, des changements dans la biomécanique de course pourraient nuire à sa performance, alors qu’un coureur amateur souffrant de douleurs chroniques pourrait être moins affecté par une réduction de l’économie.
  • Comme pour toute autre intervention, le réentraînement de la technique de course doit être une décision partagée. Il faut discuter des aspects négatifs et positifs de l’intervention avec l’individu.
  • L’ampleur de l’intervention dépend de la capacité de l’individu à apprendre de nouvelles compétences, il doit donc être adapté à chaque personne.
  • Le concept de rétroaction qui s’atténue peut être utilisé pour enseigner les techniques de course à l’aide d’indices internes et externes. Tout d’abord, on donne des indications au patient et on s’assure qu’il exécute le patron de mouvement correctement. Ensuite, on vise à ce que le patient soit capable de courir plus longtemps tout en utilisant ce nouveau patron de mouvement. Occasionnellement, on redonne une indication au patient, lorsque cela est nécessaire, pour s’assurer qu’il maintient ce patron de mouvement. Une fois que le patron de mouvement souhaité est obtenu, il faut donner de moins en moins d’indications pour aider le coureur à le pratiquer de manière autonome(6).
  • Le réentraînement de la technique de course a démontré un effet positif sur les blessures liées à la course à pied, mais ces blessures sont multifactorielles. Des déficits de force et des mauvais dosages quant au stress mécanique des entraînements peuvent contribuer aux blessures. Si ces problèmes ne sont pas pris en charge correctement, l’intervention risque d’être inefficace

Méthodes(edit | edit source)

Les méthodes suivantes permettent d’améliorer la course à pied :

  • rétroaction visuelle la technique de course;
  • modification de la cadence ou de la fréquence des pas;
  • modification du patron de l’attaque du pied.

Rétroaction visuelle(edit | edit source)

La rétroaction en temps réel est une méthode efficace pour modifier les patrons biomécaniques de la hanche et du bassin. On a constaté qu’elle avait un effet sur la correction de l’abaissement du bassin controlatéral (« hip dip »), la réduction des angles d’adduction et de rotation interne de la hanche. Le réentraînement de la technique de course avec rétroaction visuelle s’est également avéré efficace pour réduire la charge d’impact, même lorsque les coureurs sont distraits (c’est-à-dire lorsqu’ils effectuent deux tâches). (7)

Méthode : utiliser un miroir et donner des indications verbales.

Cette technique a été utilisée chez des coureurs souffrant de douleurs fémoropatellaires et a donné de bons résultats. (8) Cette méthode est également peu coûteuse et applicable dans la pratique clinique.

Autre méthode : encourager le coureur à avoir une plus grande distance entre ses deux pieds, en utilisant un morceau de ruban adhésif sur le tapis roulant et l’encourageant à courir avec les pieds de chaque côté du ruban adhésif. Il a été démontré que l’augmentation de la distance entre les deux pieds réduisait l’adduction de la hanche et le pic d’éversion de l’arrière-pied chez les coureurs.(9) Il a également été suggéré que cela pouvait réduire la tension de la bandelette iliotibiale(10) et les forces de flexion agissant sur le tibia. (11)

Cette méthode peut s’avérer très efficace pour les coureurs dont la distance entre les pieds est étroite ou qui ont un patron de course de type « crossover », mais chez les personnes dont la la distance entre les pieds n’est pas petite, elle peut s’avérer inefficace.

Modification de la cadence des pas (edit | edit source)

Méthode : utilisation d’un métronome pour augmenter le nombre de pas par minute, en combinaison avec des indications verbales pour encourager le coureur à raccourcir ses foulées, à augmenter le nombre de pas et à faire ses pas au rythme du battement.

Une étude (12) portant sur une seule séance de réentraînement de la technique de course a étudié l’effet d’une augmentation de 10 % de la cadence de course sur la cinématique frontale de la hanche et du bassin ainsi que sur les résultats cliniques chez des coureurs souffrant de douleurs fémoropatellaires. Le nombre de pas par pied en une minute a été compté et il a été demandé aux coureurs d’augmenter ce nombre de 10 % et de synchroniser leurs pas avec le rythme d’un métronome. Une fois que les coureurs ont été en mesure d’atteindre cet objectif dans la pratique clinique, il leur a été demandé d’utiliser une application de métronome sur leur téléphone et de courir en l’utilisant pendant 2 semaines, en maintenant la même cadence. Pendant les deux semaines suivantes, on leur a demandé de vérifier leur cadence sur leur montre GPS. L’étude a démontré que les coureurs étaient capables d’apprendre la cadence de pas lors de l’évaluation initiale et dans les quatre semaines qui ont suivi, et qu’ils étaient capables de maintenir cette cadence de manière autonome. Cette technique est efficace et permet de gagner du temps.

Bramah et al. (12) font constaté que le réentraînement de la cadence peut entraîner une réduction du pic d’abaissement du bassin controlatéral, de l’adduction et de la rotation interne de la hanche. Dans le plan sagittal, le réentraînement de la cadence peut réduire l’inclinaison du pied et augmenter la flexion du genou au moment du contact initial, ce qui peut réduire la longueur de la foulée (« overstride ») et les forces de freinage et d’impact sur les articulations. u cours de la période de quatre semaines, une réduction significative de la douleur et une amélioration de la fonction à l’aide de l’Échelle fonctionnelle des membres inférieurs ont été observées chez les personnes souffrant de douleurs fémoropatellaires On a également constaté une augmentation du volume de course et une course sans douleur sur de plus longues distances.

Musgjerd et al. (13) ont également constaté que les coureurs qui ont augmenté leur cadence d’en moyenne 7% dans des environnements extérieurs avaient une diminution de la force de pointe à différents points d’un parcours de 3,86 km.

Une étude systématique et une méta-analyse réalisées par Anderson et al. a révélé que « l’augmentation de la cadence de course réduit la longueur du pas, l’angle de flexion maximal du genou , l’adduction maximale de la hanche, le moment d’extension maximal du genou et l’angle d’attaque du pied ». (14) Cependant, ils n’ont pas trouvé suffisamment de preuves pour établir une corrélation entre l’augmentation de la cadence de course et les blessures ou les performances.

Les preuves suggèrent que des changements minimes dans la rotation du genou, l’abduction et l’adduction du genou, la biomécanique en inversion et en éversion de l’arrière-pied, résultant du réentraînement de la technique de course, pourraient ne pas être cliniquement significatifs. (6)

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Modification de l’attaque du pied (edit | edit source)

Objectif : passer d’une attaque sur l’arrière-pied à une attaque sur l’avant-pied.

Méthode: en utilisant des indications verbales telles que « atterrissez sur la plante de votre pied », « ayez un contact plus léger avec votre pied » ou « faites un son moins fort lorsque vous atterrissez ».

D’après les données actuelles, la modification de l’attaque du pied n’a pas d’impact sur les paramètres biomécaniques de l’abaissement du bassin controlatéral, de l’adduction et de la rotation interne de la hanche.

Changer la biomécanique d’une longue foulée (« overstride ») en rapprochant le pied du corps favorise la flexion plantaire et la flexion du genou au moment du contact initial et peut augmenter les forces de rupture ou les forces d’impact sur les articulations. Cela se produit en déplaçant efficacement toutes les forces et tout le stress mécanique du genou vers la cheville. Des études ont démontré une réduction de 21 % des forces du quadriceps et des ischiojambiers et une augmentation significative d’environ 14 à 28 % des forces des gastrocnémiens et du soléaire. Cela peut avoir un impact sur le développement de blessures futures, en particulier au mollet, au pied et au tendon d’Achille. (6)

Passer d’une attaque du talon à une attaque sur l’avant-pied réduit la douleur fémoropatellaire et améliore la fonction. (16) Les limites de cette méthode sont qu’elle ne peut pas être utilisée avec un coureur souffrant de douleurs fémoropatellaires qui a une technique d’attaque sur l’avant-pied, sans compter les conséquences des blessures qui y sont associées. Les études qui ont utilisé cette technique avec des coureurs ont rapporté un certain nombre de patients souffrant de douleurs au tendon d’Achille, de blessures au mollet et de douleurs au pied et au fascia plantaire à la suite de la transition vers la course sur l’avant-pied.

Le recours à cette intervention peut être limité et non recommandé, sauf s’il n’y a pas d’autres options ou si vous avez épuisé les autres options cliniques.

Cette vidéo, en anglais original, présente quatre conseils pour une bonne technique de course à pied, y compris différents types d’attaque du pied, c’est-à-dire l’attaque des orteils, l’attaque du talon et l’attaque du milieu du pied :

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Ressources (dans la langue originale)(edit | edit source)

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Références(edit | edit source)

  1. ↑ Chan ZYS, Zhang JH, Au IPH, An WW, Shum GLK, Ng GYF et al. Gait Retraining for the Reduction of Injury Occurrence in Novice Distance Runners: 1-Year Follow-up of a Randomized Controlled Trial. Am J Sports Med. 2018;46(2):388-95.
  2. ↑ Sleeswijk Visser TSO, van Middelkoop M, Fokkema T, de Vos RJ. The socio-economic impact of running-related injuries: A large prospective cohort study. Scand J Med Sci Sports. 2021 Oct;31(10):2002-9.
  3. ↑ Miller EM, Crowell MS, Morris JB, Mason JS, Zifchock R, Goss DL. Gait retraining improves running impact loading and function in previously injured U.S. military cadets: a pilot study. Mil Med. 2021 Nov 2;186(11-12):e1077-e1087.
  4. ↑ da Silva Neto WC, Lopes AD, Ribeiro AP. Gait retraining with visual biofeedback reduces rearfoot pressure and foot pronation in recreational runners. J Sport Rehabil. 2022 Feb 1;31(2):165-73.
  5. ↑ Doyle E, Doyle TLA, Bonacci J, Fuller JT. The effectiveness of gait retraining on running kinematics, kinetics, performance, pain, and injury in distance runners: a systematic review with meta-analysis. Journal of Orthopaedic & Sports Physical Therapy 2022;52(4)192-A5.
  6. ↑ 6.0 6.1 6.2 6.3 6.4 Bramah, C.Running Gait Retraining: What, why and how? Course, Plus2020.
  7. ↑ Cheung RTH, An WW, Au IPH, Zhang JH, Chan ZYS, MacPhail AJ. Control of impact loading during distracted running before and after gait retraining in runners. J Sports Sci. 2018;36(13):1497-1501.
  8. ↑ dos Santos AF, Nakagawa TH, Lessi GC, Luz BC, Matsuo HT, Nakashima GY, Maciel CD, Serrão FV. Effects of three gait retraining techniques in runners with patellofemoral pain. Physical Therapy in Sport. 2019 Mar 1;36:92-100.
  9. ↑ Brindle RA, Milner CE, Zhang S, Fitzhugh EC. Changing step width alters lower extremity biomechanics during running. Gait & posture. 2014 Jan 1;39(1):124-8.
  10. ↑ Meardon SA, Campbell S, Derrick TR. Step width alters iliotibial band strain during running. Sports biomechanics. 2012 Nov 1;11(4):464-72.
  11. ↑ Meardon SA, Derrick TR. Effect of step width manipulation on tibial stress during running. Journal of Biomechanics. 2014 Aug 22;47(11):2738-44.
  12. ↑ 12.0 12.1 Bramah C, Preece SJ, Gill N, Herrington L. A 10% Increase in Step Rate Improves Running Kinematics and Clinical Outcomes in Runners With Patellofemoral Pain at 4 Weeks and 3 Months. The American journal of sports medicine. 2019 Dec;47(14):3406-13.
  13. ↑ Musgjerd T, Anason J, Rutherford D, Kernozek TW. Effect of increasing running cadence on peak impact force in an outdoor environment. Int J Sports Phys Ther. 2021 Aug 1;16(4):1076-1083.
  14. ↑ Anderson LM, Martin JF, Barton CJ, Bonanno DR. What is the Effect of Changing Running Step Rate on Injury, Performance and Biomechanics? A Systematic Review and Meta-analysis. Sports Med – Open 2022; 8(112).
  15. ↑ Skyterra Wellness Retreat. The Easiest Way to Improve Your Running Efficiency: Metronome Tips for Runners. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=kFpNS8DpFus (last access 29/01/2026)
  16. ↑ Roper JL, Harding EM, Doerfler D, Dexter JG, Kravitz L, Dufek JS, Mermier CM. The effects of gait retraining in runners with patellofemoral pain: A randomized trial. Clinical biomechanics. 2016 Jun 1;35:14-22.
  17. ↑ Proper running forefoot strike. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=–YU8YcWeUU (last access 9/2/2020)
  18. ↑ Running retraining for patellofemoral pain SMA symposium with Dr Christian Barton Available from: https://www.youtube.com/watch?v=88Dmh-1Ux9A (last access 9/2/2020)


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