Drapeaux roses et tendinopathie

Éditeur original Mandy Roscher Principaux contributeursMandy Roscher, Kim Jackson, Lucinda hampton, Jess Bell, Robin Tacchetti et Tarina van der Stockt

Introduction(edit | edit source)

Dans la vie, les drapeaux sont utilisés pour nous fournir des informations ou nous donner des indications sur quelque chose. Le drapeau d’un pays identifie celu-ci. Lors d’un événement sportif, un drapeau vous indique si vous en êtes au dernier tour ou si vous êtes disqualifié.

Dans le domaine médical, le système du drapeau identifie différents aspects de la personne ou du problème et les définit dans certaines sous-catégories. (1)

En physiothérapie, les drapeaux rouge et jaune sont couramment utilisés.

  • Les drapeaux rouges sont des facteurs cliniques qui signalent tout signe de pathologie grave. (2)(3)
  • Les drapeaux jaunes sont des facteurs psychosociaux, les pensées, les sentiments et les comportements. (4) Un drapeau jaune n’est pas un diagnostic, mais identifie les facteurs psychologiques ou sociaux potentiellement susceptibles d’entraîner une guérison plus lente ou différente de celle attendue. (2)

Il existe également des drapeaux orange (maladies psychiatriques et mentales), bleu (facteurs personnels affectant le lieu de travail) et noir (restrictions pour le retour au travail). (4) (5)

Le drapeau rose est un drapeau non officiel mis au point par Louis Gifford. Alors que les drapeaux jaunes mettent l’accent sur les obstacles psychosociaux à la guérison, les drapeaux roses se concentrent plutôt sur les aspects positifs.(1) Gifford estime qu’en médecine, l’accent est plus souvent mis sur les facteurs négatifs qui aggravent un état ou retardent la guérison.(1) Un drapeau jaune est un prédicteur psychosocial d’un résultat médiocre ou mauvais, tandis qu’un drapeau rose est un prédicteur psychosocial d’un résultat meilleur ou positif.(6) La tendinopathie peut être difficile à gérer et la guérison d’une tendinopathie peut être lente. Il peut être utile de se concentrer sur les drapeaux roses et de les promouvoir pour favoriser de bons résultats de guérison.

L’ABCDEFT des drapeaux jaunes et roses ( éditer | éditer la source )

De nombreux facteurs psychosociaux peuvent constituer un obstacle ou une aide à la guérison. L’acronyme ABCDEFT a été développé pour faciliter la mémorisation de ces différents facteurs (1)

  • A = Attitudes et croyances
  • B = Behaviours – Comportements
  • C = Compensations financières et autres
  • D = Diagnostic et traitement
  • E = Émotions
  • F = Famille
  • T = Travail

Un drapeau jaune peut correspondre à des comportements de catastrophisme ou d’évitement par la peur, tandis qu’un drapeau rose correspondrait à la conviction d’un patient qu’il ira certainement mieux et à une faible peur de la douleur (6)

Exemple des drapeaux roses de Louis Gifford (6)

Drapeau rose « A » : Attitudes et croyances

  • Peu de peur, peu d’inquiétude face à la douleur
  • La conviction que le fait de continuer à travailler et à mener des activités normales contribue à la guérison
  • L’espoir que le fait d’être actif conduira à une guérison plus rapide, même si des exacerbations des symptômes peuvent se produire
  • Croire que l’on va aller mieux et que l’on va reprendre toutes ses activités précédentes
  • La croyance que la douleur est tout à fait gérable et contrôlable
  • Le désir d’être impliqué dans son propre rétablissement et de ne pas dépendre d’une prise en charge médicale – que sa propre biologie fera bien mieux le travail en fin de compte et que les solutions miracles n’existent pas
  • La croyance que douleur ne veut pas dire blessure

Même si aucune recherche formelle n’a été menée sur les drapeaux roses, des recherches substantielles ont été menées sur les drapeaux jaunes. L’identification et la gestion des drapeaux jaunes ont permis d’améliorer les résultats des traitements. (1) La gestion des drapeaux jaunes est synonyme de transformation des drapeaux jaunes en drapeaux roses. On peut donc supposer que le fait de se concentrer sur les drapeaux roses et de travailler à les accroître et à les renforcer améliorera les résultats du traitement. Nous devrions nous intéresser autant au côtés positifs que présente un patient qu’aux côtés négatifs.(6)

Dans le cadre d’un traitement, le thérapeute devrait à la fois identifier les drapeaux jaunes et les drapeaux roses. Celui-ci devrait s’efforcer de renforcer et d’encourager les drapeaux roses et de transformer les drapeaux jaunes en drapeaux roses. (2) Cela peut se faire par la communication, l’éducation, un choix judicieux des mots véhiculés et l’amélioration de la confiance en soi du patient. (2)

Utilisation de la terminologie en situation de tendinopathie ( éditer | éditer la source )

La recherche montre que le diagnostic posé influe sur la prise de décision de la personne concernant les investigations et le traitement. (7) Nickel et al ont réalisé en 2017 une étude systématique sur la manière dont l’utilisation de terminologies différentes pour une même pathologie affecte cette prise de décision. Ils ont constaté que les patients s’attendaient à un traitement plus invasif (par exemple un plâtre ou une intervention chirurgicale) lorsque le terme plus médical « fracture » était utilisé, par rapport à ceux qui optaient pour une écharpe ou une approche du type « ça va guérir tout seul » lorsque le terme « fissure dans l’os » était utilisé. (7)

En ce qui concerne les tendons, la terminologie utilisée a fait l’objet de nombreux débats. Les termes tendinite et tendinose ont connu une popularité historique et sont encore utilisés par certains les professionnels de la santé.

Le consensus du symposium scientifique international sur les tendinopathies concernant la terminologie clinique « recommande aux cliniciens et aux patients d’utiliser le terme tendinopathie pour désigner une douleur persistante au niveau d’un tendon liée à une charge mécanique ». Ils n’ont pas non plus soutenu l’utilisation du terme tendinose lorsqu’une perte de microstructure a été observée sur l’imagerie, car il n’existe aucune preuve de la pertinence clinique de ce diagnostic.(8) Ils séparent les déchirures du tendon du diagnostic de tendinopathie car il s’agit d’une « discontinuité macroscopique » qui nécessitera une prise en charge clinique différente (par exemple, la rupture du tendon d’Achille).(8)

Un patient qui reçoit le diagnostic de tendinite peut être amené à croire que l’affection comporte une composante inflammatoire. (9) Un état inflammatoire implique qu’un repos est nécessaire pour permettre à l’inflammation de se résorber. Nous savons que le repos n’est pas indiqué en cas de tendinopathie et que les meilleures évidences scientifiques pour le traitement tendent vers une approche active de mise en charge progressive. (10) Un patient qui pense que son tendon est enflammé peut être réticent à l’idée d’utiliser l’exercice comme approche thérapeutique. Il est important de changer cette croyance et d’utiliser la terminologie correcte de tendinopathie.(9)

** La tendinite fait référence à un processus inflammatoire tandis que la tendinopathie fait référence à un phénomène dégénératif. (11) (12)

Imagerie et tendinopathie ( éditer | éditer la source )

L’imagerie et la tendinopathie ont fait l’objet de beaucoup de recherches au fil des ans. L’imagerie peut créer à la fois des drapeaux jaunes et des drapeaux roses. Si une échographie ou une IRM révèle que la structure du tendon est intacte et qu’il n’y a pas de modification pathologique, cela peut rassurer la personne et l’inciter à faire de l’exercice (drapeau rose). Si elles révèlent une dégénérescence du tendon, cela peut provoquer de la peur et de l’anxiété chez le patient (drapeau jaune). Il peut être beaucoup plus difficile de se défaire d’une croyance négative. Il est admis que les changements observés à l’imagerie (IRM ou échographie) des tendons ne sont pas en corrélation avec les symptômes cliniques. (13) Bien que l’imagerie puisse être utile pour exclure une pathologie, la présentation clinique du patient doit être le principal facteur déterminant les objectifs et l’évolution du traitement.

Encourager l’auto-efficacité en situation de tendinopathie ( éditer | éditer la source )

La recherche montre continuellement que l’exercice est le traitement de référence de la tendinopathie.

  • Les physiothérapeutes et tous les autres professionnels de la santé impliqués dans la prise en charge des patients atteints de tendinopathie doivent s’assurer qu’ils communiquent efficacement avec leurs patients
  • Utiliser des mots qui guérissent plutôt que des mots qui blessent, encourager une approche active de la réadaptation et donner aux patients l’information nécessaire sur la maladie afin qu’ils comprennent pourquoi l’approche active est la meilleure pour guérir une tendinopathie
  • Il est toutefois important de s’assurer que le diagnostic de tendinopathie est adéquat
  • S’il s’agit d’une péritendinite plutôt que d’une tendinopathie où le péritendon (la gaine) est irrité par des mouvements répétitifs, un programme d’exercices à faible charge peut aggraver la condition
  • Il n’y a pas de recette de traitement et celui-ci doit être adapté à chaque patient

Références(edit | edit source)

  1. 1.0 1.1 1.2 1.3 1.4 Gifford L. Red and Yellow Flags and improving treatment outcomes: or » top down before bottom up ». Summer 2006 In Touch.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 Occupational Health and Wellbeing. Psychosocial Flag System. Available from: https://www.personneltoday.com/hr/cpd-psychosocial-flags-system/ (accessed 707/05/2020)
  3. Finucane LM, Downie A, Mercer C, Greenhalgh SM, Boissonnault WG, Pool-Goudzwaard AL et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020;50(7):350-372.
  4. 4.0 4.1 Winkelmann C, Schreiber T. Using ’White Flags’ to categorize socio-cultural aspects in chronic pain. European Journal of Public Health. 2019;29:10.
  5. Post Sennehed C, Gard G, Holmberg S, Stigmar K, Forsbrand M, Grahn B. « Blue flags », development of a short clinical questionnaire on work-related psychosocial risk factors – a validation study in primary care. BMC Musculoskelet Disord. 2017;18(1):318.
  6. 6.0 6.1 6.2 6.3 Gifford L. Now for pink flags. PPA News. 2005;20:3-4.
  7. 7.0 7.1 Nickel B, Barratt A, Copp T, Moynihan R, McCaffery K. Words do matter: a systematic review on how different terminology for the same condition influences management preferences. BMJ open. 2017 Jul 1;7(7):e014129.
  8. 8.0 8.1 Scott A, Squier K, Alfredson H, Bahr R, Cook JL, Coombes B, de Vos RJ, Fu SN, Grimaldi A, Lewis JS, Maffulli N. Icon 2019: international scientific tendinopathy symposium consensus: clinical terminology. British Journal of Sports Medicine. 2020 Mar 1;54(5):260-2.
  9. 9.0 9.1 Khan KM, Cook JL, Kannus P, Maffulli N, Bonar SF. Time to abandon the “tendinitis” myth: painful, overuse tendon conditions have a non-inflammatory pathology. ((HTML) nih.gov)
  10. Cook JL, Purdam CR. The challenge of managing tendinopathy in competing athletes. Br J Sports Med. 2014 Apr 1;48(7):506-9.
  11. Loiacono C, Palermi S, Massa B, Belviso I, Romano V, Di Gregorio A, Sirico F, Sacco AM. Tendinopathy: pathophysiology, therapeutic options, and role of nutraceutics. A narrative literature review. Medicina. 2019 Aug 7;55(8):447.
  12. Leikin JB. Foreword for: Current understanding of the diagnosis and management of the tendinopathy: An update from the lab to the clinical practice. Disease-a-month: DM. 2022 Jan 3:101313-.
  13. Docking SI, Ooi CC, Connell D. Tendinopathy: is imaging telling us the entire story?. journal of orthopaedic & sports physical therapy. 2015 Nov;45(11):842-52.


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