Le modèle d’interdépendance perceptuelle dans la réadaptation de la cheville

Éditeur original Ewa Jaraczewska d’après le cours de Helene Simpson

Contributeurs principauxEwa Jaraczewska, Jess Bell et Kim Jackson

Introduction(edit | edit source)

L’approche actuelle de la réadaptation des entorses de la cheville ne reflète pas les progrès réalisés dans la recherche sur l’instabilité chronique de la cheville.(1) Cette progression s’articule autour d’un modèle biopsychosocial de la fonction, du handicap et de la santé, de l’intégration de la perception et de la dynamique de l’acquisition des compétences.(2) Les approches inadéquates dans la réadaptation de la cheville, (2) l’absence de consensus sur le traitement des entorses, (3) et une méconnaissance de la gravité de ce type de blessure (1) sont autant de facteurs qui ont un impact sur la récupération et les résultats de la réadaptation après une blessure à la cheville. Selon Lin et al, (4) 46 % des personnes ayant des antécédents d’entorse de la cheville développent une instabilité chronique de la cheville.

L’instabilité chronique de la cheville entraîne de multiples complications physiques en dehors de l’articulation de la cheville. Elle peut affecter l’amplitude des mouvements, l’équilibre, le schéma de mouvement, la proprioception et la force musculaire d’une personne.(4) Ces déficiences peuvent limiter l’activité et la participation d’une personne et sont associées à des altérations de l’interdépendance perceptuelle.(2) Il est donc devenu essentiel de fonder le modèle de réadaptation de la cheville sur le cadre de l’interdépendance perceptuelle pour réussir à améliorer la fonction du patient, réduire le handicap et prévenir les complications associées à l’instabilité chronique de la cheville.(2)

Modèle biopsychosocial de la santé

Modèle biopsychosocial de fonctionnement ( éditer | source d’édition )

George Engel est le père du modèle biopsychosocial, décrit dans la littérature comme un modèle biopsychosocial de la maladie, (5) un modèle biopsychosocial du handicap, (2) ou un modèle biopsychosocial du fonctionnement.(6) C’est une approche de la maladie, du handicap ou du fonctionnement dans laquelle l’esprit, le corps et l’environnement social sont tous intégrés et influencent les résultats.(7) Le modèle biopsychosocial a été développé en réponse à un modèle biomédical qui ne reconnaissait pas les dimensions sociales, psychologiques et comportementales de la maladie.(5)

Le modèle biopsychosocial ne remplace pas le modèle biomédical. Au contraire, il le complète. En plus de la maladie (bio), il ajoute le comportement (psycho) et l’environnement (social) pour construire un modèle complet de soins de santé.(5) Ce modèle est axé sur les personnes ayant des expériences de vie et des attentes ayant acquis une maladie qui ne les a pas séparées de l’environnement physique dans lequel elles vivent, travaillent et fonctionnent, et qui influence leurs choix et leurs décisions. Par exemple, selon le modèle biopsychosocial pour les conditions de douleur chroniques, la douleur trouve son origine dans le stimulus physiologique nociceptif ou neuropathique et est régulée par la situation psychologique et socio-économique du patient. (8) Pour réussir à la gérer, les stratégies suivantes doivent être intégrées : (8)

  • Donner au patient les moyens de gérer la douleur
  • Améliorer les ressources de gestion de la douleur
  • Réduire le handicap
  • Incorporer des techniques d’autorégulation, comportementales et cognitives

L’utilisation du modèle biopsychosocial présente de nombreux avantages :

  • Selon Smith et al, (9) elle conduit à des soins centrés sur la personne
  • Weiner et al. (10) affirment qu’elle améliore les résultats des patients
  • Buchbinder et al. (11) suggèrent que l’utilisation du modèle biopsychosocial est un moyen d’aborder les attitudes sociales. Les changements d’attitudes sociales pourraient avoir un effet positif sur la maladie des patients
  • Kamer et al. (12) montrent son efficacité dans le traitement des lombalgies chroniques

Modèle de la CIF

Classification internationale du fonctionnement (CIF) ( éditer | source d’édition )

Le modèle biopsychosocial est à la base de la Classification internationale du fonctionnement (CIF) introduite par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Selon ce système de classification, la maladie doit être reconnue et traitée en fonction de l’évaluation des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.(5)

Dans le modèle biomédical, lorsqu’on examine une personne souffrant d’une entorse de la cheville, on pense à l’amplitude des mouvements, à la force ou aux déficiences de la démarche. Cette image pourrait décrire n’importe quelle personne ayant une entorse à la cheville. Dans le modèle biopsychologique, cet individu vit au deuxième étage sans ascenseur et son besoin de franchir des escaliers sera différent de celui d’un autre patient qui vit au rez-de-chaussée et n’a pas de marches à franchir. Le physiothérapeute devra évaluer plus en détails le soutien familial de cette personne et son accès à d’autres ressources de santé lorsque, par exemple, une orthèse ou un appareil d’aide à la marche sont prescrits. Dans l’approche biopsychosociale, chaque personne est unique en ce qui concerne ses besoins et ses désirs.

L’interdépendance perceptuelle(edit | edit source)

En 1965, un nouveau modèle de réadaptation de la cheville a été introduit grâce aux travaux de Freeman et ses collègues, (1) et Nagi.(13) Dans l’article de Freeman et al. de 1965, (14) le terme « instabilité fonctionnelle du pied » était utilisé pour décrire la perception qu’avait le patient de la cheville qui « cède ».(2) Ceci offrait un cadre pour le traitement de la cheville qui incluait des exercices de coordination et amorçait un changement de paradigme dans le traitement des blessures de la cheville.

Nagi a proposé le terme « pathologie active », qui définit les mécanismes de défense et d’adaptation du corps entraînant des déficiences. La conséquence de ces mécanismes est la présence de déficiences même lorsque la blessure est guérie. (2) Selon Nagi, les déficiences entraînent des limitations fonctionnelles qui affectent la capacité d’une personne à remplir ses rôles personnels et sociaux. Il ajoute que ces limitations sont affectées par la perception de la blessure par le patient, qui est l’effet final des réactions et des attentes des parties prenantes de cette personne (famille, amis, collègues, voisins, etc.). Selon le concept de Nagi, le handicap doit être reconnu dans le contexte de la perception de l’individu et de la perception de la société à laquelle il appartient.(2)

« Dans le modèle biopsychosocial (…..), le handicap est l’aboutissement de déficiences et de limitations fonctionnelles réelles et perçues, dues aux perceptions du patient et de la société ».(2)

Le modèle d’interdépendance perceptuelle dans la réadaptation après une entorse de la cheville ( éditer | source d’édition )

Le modèle actuel d’instabilité chronique de la cheville reconnaît que la pathomécanique, la sensation et le comportement du patient ont des conséquences neurologiques et influencent la perception et l’action de cette personne. Cependant, les protocoles de traitement actuels n’utilisent pas toujours ce modèle pour générer des résultats optimaux après une entorse de la cheville. (2)

Dans un nouveau paradigme de la réadaptation, la cellule, le tissu, le corps, le soi et la société sont interdépendants.

Cellule-tissu(edit | edit source)

Un exemple de connexion cellule-tissu est la mécanotransduction, qui définit la capacité d’une cellule à convertir des stimuli mécaniques en signaux biochimiques. Cette capacité entraîne des changements intracellulaires, notamment la prolifération et la différenciation des cellules. Une interaction constante entre la cellule et la matrice extracellulaire se produit au cours du développement des tissus et suite au vieillissement des tissus ou à une lésion tissulaire. Dans le cas d’une lésion tissulaire, les modifications de la matrice extracellulaire peuvent entraîner une rigidité des tissus. Un protocole de traitement axé sur limiter l’immobilisation des articulations peut diminuer la raideur des tissus.(15)

Objectifs : réduction de la douleur, restauration de l’intégrité des structures endommagées, contrôle de l’inflammation.

Tissu-corps(edit | edit source)

Une connexion tissu-corps peut être définie par la perception du tissu corporel en relation avec le mouvement du corps.(2) Dans la réadaptation de la cheville, elle associe une mise en charge appropriée, qui initie la mécanotransduction, aux informations sensorielles reçues de la peau, de l’articulation et des muscles environnants par le biais de la mobilisation articulaire, du massage plantaire, des étirements et des exercices de résistance progressive.(2)

Objectifs : améliorer l’amplitude des mouvements, augmenter la force, faciliter le contrôle neuromusculaire et améliorer la mécanique de la marche.

Corps-soi(edit | edit source)

L’auto-efficacité, le contrôle et la résilience obtenus par l’intégration des parties du corps avec la perception cognitive et émotionnelle caractérisent une connexion corps-soi. (2) Dans le traitement post-lésion de la cheville, cette connexion corps-soi est obtenue par un entraînement précoce de la coordination. Cet entraînement progresse des tâches simples aux tâches complexes, et est effectué d’abord dans un environnement prévisible avant de passer à un environnement imprévisible.(2)

Objectif : retour aux activités spécifiques au sport ou à la vie quotidienne.

Soi-société(edit | edit source)

La connection entre soi et la société est définie comme une perception de soi dans le contexte des autres. Elle se mesure par l’intégration d’un individu dans la société et les rôles qu’il y remplit. Les délais de pronostic, les attentes et les progressions dans le retour à des activités complètes sont des questions qui doivent être abordées dans le programme de réadaptation après une blessure à la cheville.(2)

Objectif : retour à la pratique sportive, retour à la participation aux activités de la vie quotidienne.

Ressources(edit | edit source)

Références(edit | edit source)

  1. 1.0 1.1 1.2 Simpson H. Paradigm Shift in Rehabilitation of the Ankle. Physiopedia Course, 2022.
  2. 2.00 2.01 2.02 2.03 2.04 2.05 2.06 2.07 2.08 2.09 2.10 2.11 2.12 2.13 2.14 McKeon PO, Donovan L. A Perceptual Framework for Conservative Treatment and Rehabilitation of Ankle Sprains: An Evidence-Based Paradigm Shift. J Athl Train. 2019 Jun;54(6):628-638.
  3. Wever GS, McCollum GA. The management of acute lateral ankle sprains: a survey of South African surgeons and best evidence available. SA Orthopaedic Journal, 2018;17: 35-39.
  4. 4.0 4.1 Lin CI, Houtenbos S, Lu YH, Mayer F, Wippert P-A. The epidemiology of chronic ankle instability with perceived ankle instability- a systematic review. J Foot Ankle Res 2021; 14(41).
  5. 5.0 5.1 5.2 5.3 Wade DT, Halligan PW. The biopsychosocial model of illness: a model whose time has come. Clin Rehabil. 2017 Aug;31(8):995-1004.
  6. Rojas M, Barrios M, Gómez-Benito J, Mikheenkova N, Mosolov S. Functioning Problems in Persons with Schizophrenia in the Russian Context. Int J Environ Res Public Health. 2021 Sep 29;18(19):10276.
  7. Kusnanto H, Agustian D, Hilmanto D. Biopsychosocial model of illnesses in primary care: A hermeneutic literature review. J Family Med Prim Care. 2018 May-Jun;7(3):497-500.
  8. 8.0 8.1 Gatchel RJ, Peng YB, Peters ML, Fuchs PN, Turk DC. The biopsychosocial approach to chronic pain: scientific advances and future directions. Psychol Bull. 2007 Jul;133(4):581-624.
  9. Smith RC, Fortin AH, Dwamena F, Frankel RM. An evidence-based patient-centred method makes the biopsychosocial model scientific. Patient Educ Couns. 2013 Jun;91(3):265-70.
  10. Weiner SJ, Schwartz A, Sharma G, Binns-Calvey A, Ashley N, Kelly B, Dayal A, Patel S, Weaver FM, Harris I. Patient-centered decision making and health care outcomes: an observational study. Ann Intern Med. 2013 Apr 16;158(8):573-9.
  11. Buchbinder R, Jolley D, Wyatt M. Population-based intervention to change back pain beliefs and disability: three-part evaluation. BMJ. 2001 Jun 23;322(7301):1516-20.
  12. Kamper SJ, Apeldoorn AT, Chiarotto A, Smeets RJ, Ostelo RW, Guzman J, van Tulder MW. Multidisciplinary biopsychosocial rehabilitation for chronic low back pain. Cochrane Database Syst Rev. 2014 Sep 2;(9):CD000963.
  13. Nagi SZ. Some conceptual issues in disability and rehabilitation. In: Sussman M, editor. Sociology and Rehabilitation. Washington, DC: American Sociological Society; 1965. p. 100.
  14. Freeman MA. Treatment of ruptures of the lateral ligament of the ankle. J Bone Joint Surg Br. 1965 Nov;47(4):661-8
  15. Huber AK, Patel N, Pagani CA, Marini S, Padmanabhan KR, Matera DL, Said M, Hwang C, Hsu GC, Poli AA, Strong AL, Visser ND, Greenstein JA, Nelson R, Li S, Longaker MT, Tang Y, Weiss SJ, Baker BM, James AW, Levi B. Immobilization after injury alters extracellular matrix and stem cell fate. J Clin Invest. 2020 Oct 1;130(10):5444-5460.


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