La santé mondiale a fait l’objet de nombreuses discussions ces dernières années, en particulier depuis la pandémie de COVID-19. Les discussions centrées sur l’équité en matière de santé mondiale et d’autres mouvements sociaux tels que la diversité, l’équité et l’inclusion, et l’équité raciale ont attiré l’attention du public. Les professionnels de la réadaptation peuvent jouer un rôle important au sein du système de santé dans la poursuite de l’équité en matière de santé, en particulier compte tenu de la transition épidémiologique actuelle vers une augmentation du fardeau des maladies non transmissibles à l’échelle mondiale.
Cette page examine de manière critique ce que signifie la santé mondiale et comment l’histoire de la santé mondiale a influencé les pratiques et les discussions actuelles. Elle vise également à illustrer l’importance de reconnaître le pouvoir, la culture et les constructions sociales comme des déterminants structurels ayant un impact sur l’équité en matière de santé.
Il existe de nombreuses définitions de la santé, dont celles-ci : (1)
« La jouissance du meilleur état de santé possible est l’un des droits fondamentaux de tout être humain, sans distinction de race, de religion, de conviction politique, de condition économique ou sociale » (2) – Constitution de l’OMS (1946)
« La santé est une question sociale, économique et politique et surtout un droit humain fondamental. L’inégalité, la pauvreté, l’exploitation, la violence et l’injustice sont à l’origine des problèmes de santé et de la mort des personnes pauvres et marginalisées. La santé pour tous signifie que les intérêts des puissances doivent être remis en question, que la mondialisation doit être contrée et que les priorités politiques et économiques doivent être radicalement modifiées. (…) La santé est le reflet de l’engagement d’une société en faveur de l’équité et de la justice. La santé et les droits de l’homme doivent prévaloir sur les préoccupations économiques et politiques » (3) – People’s Health Movement
Points essentiels :(1)
Il est également important de souligner que le pouvoir politique et les environnements socio-économiques et culturels sont structurels et déterminants pour les résultats en matière de santé. Les injustices à ces égards, telles que les inégalités liées au genre ou la discrimination fondée sur les classes sociales, contribuent directement aux inégalités observables et mesurables en matière de santé qui existent aux niveaux local, national et mondial.(1)
Pour plus d’informations, consulter le site de l’Organisation mondiale de la santé : Droits humains.
Le Cadre d’action pour la recherche en santé mondiale des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) décrit l’évolution de notre conception de la santé mondiale au fil du temps.
Pour en savoir plus sur le cadre défini par les IRSC, consulter le site suivant : Santé mondiale 3.0 : Cadre d’action pour la recherche en santé mondiale des IRSC 2021-2026.
Il n’existe pas de définition universellement acceptée de la santé mondiale. (4) (5) En 2009, Koplan et al.(6) ont tenté de créer une définition commune de la santé mondiale, distincte des concepts connexes de santé publique et de santé internationale. (4)
Il est important de reconnaître l’émergence historique de la santé mondiale en tant que discipline, de la médecine tropicale à la santé internationale, afin de comprendre la gouvernance, l’épistémologie (c’est-à-dire la connaissance) et l’hégémonie (c’est-à-dire le leadership ou la domination) actuelles.(1)
Une récente revue systématique réalisée par Salm et al. (4) a exploré les définitions actuelles de la santé mondiale. Dans cette revue, les auteurs ont tenté de déterminer si une « conceptualisation commune » de la santé mondiale a été établie et ont identifié les thèmes suivants : (4)
Pour plus d’informations, lire : Defining global health: findings from a systematic review and thematic analysis of the literature (résultats d’une revue systématique et d’une analyse thématique de la littérature sur la santé mondiale, en anglais original). (4)
Pour en savoir plus sur le pouvoir, la représentation et la visibilité, consulter : Envisioning the futures of global health: three positive disruptions (un article sur l’avenir de la santé mondiale, en anglais original). (7)
Souvent, la santé mondiale est discutée, perçue et considérée comme une priorité du point de vue du Nord global en réponse aux conditions de santé dans le Sud global. Les termes « Nord global » et « Sud global » sont couramment utilisés dans le discours public. Toutefois, il est important de reconnaître les limites de ce cadre en tant que terminologie. Les pays et les groupes minoritaires de l’hémisphère Nord ont connu une histoire coloniale, des systèmes d’oppression et des inégalités.
Parmi les autres termes utilisés, il y a « majorité mondiale » (Sud global), qui représente le groupe collectif des « groupes minoritaires » racialisés, et « minorité mondiale » (Nord global). Dans la littérature, il est également courant de voir les pays classés dans les catégories « pays à revenu élevé » et « pays à revenu faible ou intermédiaire ».(1)
Holst (8) fournit une vue d’ensemble de l’origine de la santé mondiale tout en présentant différentes approches et perspectives sur la façon dont le travail en « santé mondiale » est effectué parmi différents acteurs et sphères. Ce document nous incite à faire preuve d’esprit critique et à nous demander si la collaboration et le développement au niveau mondial s’attaquent aux déterminants structurels et aux causes profondes qui conduisent aux inégalités en matière de santé. Parmi les exemples de déterminants structurels figurent l’oppression des communautés marginalisées, la production de connaissances et l’épistémologie, le pouvoir au sein des cercles décisionnels et la poursuite d’idéologies extractives qui accentuent la pression sanitaire liée au climat.
Pour plus d’informations sur ces sujets, lire :
Comme le soulignent ces documents, la majorité de la recherche, de l’éducation et des connaissances en matière de santé mondiale sont produites dans le Nord global (minorité globale). Les professionnels de la santé doivent se demander si cette position de pouvoir, ces idéologies et ces modèles de santé unilatéraux s’attaquent aux causes systémiques des inégalités en matière de santé dans le Sud global (majorité mondiale). Est-ce que les modèles, le leadership et les partenariats mondiaux actuels en matière de santé favorisent l’avancement, la participation et l’expression des communautés souvent marginalisées ? Ou bien continuent-ils à maintenir les systèmes de pouvoir en promettant l’innovation et le développement ?(1)
Lorsque l’on s’intéresse à la santé et à la santé mondiale, il faut également explorer d’autres systèmes interconnectés.
Les nombreux facteurs interconnectés qui ont un impact sur la santé et les résultats sanitaires sont appelés déterminants de la santé. Les déterminants de la santé peuvent être, par exemple, la génétique, le comportement, l’environnement et les influences physiques, les soins médicaux, les déterminants sociaux et structurels.
Les déterminants sociaux de la santé (DSS) sont les circonstances dans lesquelles nous naissons, nous grandissons, nous vivons, nous gagnons notre vie et nous vieillissons. Les DSS comprennent les conditions économiques, le logement, la nutrition, l’environnement, les transports et l’éducation.(12)
L’OMS définit les déterminants sociaux de la santé comme « des structures sociales et des systèmes économiques complexes, intégrés et imbriqués qui comprennent l’environnement social, l’environnement physique et les services de santé; des facteurs structurels et sociétaux qui sont responsables de la plupart des inégalités en matière de santé. Les déterminants sociaux de la santé sont façonnés par la répartition de l’argent, du pouvoir et des ressources aux niveaux mondial, national et local, qui sont eux-mêmes influencés par des choix politiques. »
Les déterminants structurels sont des facteurs de causalité en amont qui influencent les déterminants en aval et les conditions de santé. Les exemples incluent, entre autres, le pouvoir, l’éducation, le système économique, les politiques foncières et les positions sociales. (1) Le Cadre conceptuel de l’OMS illustre la relation entre les déterminants structurels et intermédiaires de la santé et leur impact sur l’équité en matière de santé (voir la figure 1).
Compte tenu de la pandémie actuelle de COVID-19, des récents mouvements sociaux et des discussions toujours plus nombreuses sur les initiatives en matière de diversité, d’équité et d’inclusion dans tous les secteurs, il est essentiel de comprendre comment le racisme, la xénophobie et la discrimination sont des déterminants structurels de la santé. (1) « The Lancet » a récemment publié une série d’articles illustrant comment ces déterminants se recoupent avec des systèmes de pouvoir, tels que la politique, l’éducation et la production de connaissances scientifiques, qui continuent d’avoir un impact sur l’équité en matière de santé au sein des groupes minoritaires. En tant que professionnels de la réadaptation, il est important de reconnaître et de voir comment ces constructions sociales influencent de nombreux niveaux de notre système de soins de santé, qu’il s’agisse de la recherche en leadership, des préjugés ou du contact avec les patients.
Voir ces articles ici (en anglais original) :
Pour plus d’informations sur les asymétries de pouvoir dans le domaine de la santé mondiale, consulter les ressources suivantes (en anglais original) :
Il est important de reconnaître les progrès considérables réalisés au cours des dernières décennies dans le domaine de la santé mondiale. Cependant, nous sommes également capables de penser et de vivre au-delà d’une perspective binaire, et d’examiner les inégalités sanitaires et sociales qui continuent d’être perpétuées par les injustices structurelles envers les communautés marginalisées à travers le monde.
Cette page tente d’illustrer la complexité et l’interconnexion des nombreux systèmes qui influent sur la douleur, le handicap et les résultats en réadaptation. Il est grand temps de reconnaître que les communautés marginalisées sont les experts de leurs expériences, contrairement au flux unidirectionnel historique d’expertise, d’aide et de solutions. Une inclusion et une intégration équitable de leurs connaissances, besoins et voix dans les stratégies de santé mondiales sont impératives pour obtenir des gains transformateurs en matière d’équité sanitaire à travers le monde.