Évaluation objective de l’épaule

Rédactrice originale Carin Hunter d’après le cours de Ian Horsley
Principales collaboratricesCarin Hunter, Kim Jackson et Tarina van der Stockt

Introduction(edit | edit source)

À la suite d’une évaluation subjective satisfaisante, nous devrions être en mesure d’identifier au moins trois diagnostics différentiels principaux susceptibles d’expliquer le problème rencontré par le patient. L’évaluation objective vise à réduire le nombre de diagnostics différentiels. Un diagnostic juste nous permettra de prendre en charge et de traiter notre patient plus efficacement.

Causes de la douleur ( edit | edit source )

Shoulder conditions.jpg
Problèmes de santé graves ( edit | edit source )
  • Infection
  • Cancer/tumeur
  • Problème cardiopulmonaire
  • Maladie inflammatoire
  • Problème neurologique
Anatomopathologie(edit | edit source)
  • Fracture dans la région de l’épaule
  • Luxation
  • Arthrose
  • Tendinopathie calcifiante
Anatomopathologie non-spécifique ( edit | edit source )
  • Conflit sous-acromial
  • Instabilité
  • Dyskinésie
  • Capsulite rétractile (« épaule gelée »)
Dysfonctions non-spécifiques ( edit | edit source )
  • Neuropathique
  • Sensibilisation centrale
Dysfonctions neurologiques( edit | edit source )
  • Contrôle du moteur
  • Nerf crânien
  • Nerf local

Évaluation objective ( éditer | éditer la source )

Éliminer une origine cervicale ( edit | edit source )

Évaluation par l’approche « STAR » ( edit | edit source )

Dans un article de 2015, McClure et Michener ont proposé l’évaluation de l’épaule « STAR » (« Staged Approach for Rehabilitation Classification »). Ils proposent de poser un diagnostic de rééducation fondé sur les résultats de leur évaluation.

Pour la classification utilisée en rééducation, 3 niveaux d’irritabilité sont proposés et définis, avec des stratégies correspondantes guidant l’intensité du traitement et basées sur la théorie du stress physique (« Physical Stress Theory »).(1)

STAR shoulder Ax.png

Veuillez lire cet article pour plus d’informations : Staged Approach for Rehabilitation Classification : Shoulder Disorders (STAR-Shoulder) (en anglais original)

SIN(edit | edit source)

Il est très important d’évaluer la sévérité, l’irritabilité et la nature du problème avant de procéder à l’évaluation objective. Le SIN permet de savoir avec quelle intensité nous pouvons réaliser l’évaluation objective. Si les facteurs du SIN ne sont pas compris correctement, nous risquons de provoquer une aggravation des symptômes chez notre patient très tôt dans le processus de l’évaluation objective, ce qui nous obligera à l’interrompre et ne nous permettra pas de confirmer ou d’infirmer le diagnostic différentiel. (2) (3)

1. Sévérité ( edit | edit source )
2.Irritabilité ( edit | edit source )

L’irritabilité (4) peut être évaluée en questionnant le patient sur :

  1. l’intensité nécessaire d’une activité pour provoquer ses symptômes;
  2. la sévérité de ses symptômes;
  3. le temps nécessaire pour que ses symptômes disparaissent une fois qu’ils ont été exacerbés (c’est-à-dire la persistance de la douleur). (5)

« QUELLE activité, après QUELLE DURÉE, provoque QUELLE INTENSITÉ de douleur ? Et COMBIEN DE TEMPS cela prend-il pour s’atténuer ? »

3.Nature ( edit | edit source )

Pour savoir si leur problème est d’ordre :

  • inflammatoire;
  • traumatique;
  • dégénératif;
  • mécanique.
Classification du SIN : ( edit | edit source )
  1. élevée – plus de 7 sur 10 (et les douleurs perturbent généralement le sommeil);
  2. modérée – 4 à 6 sur 10 (et il peut y avoir une douleur intermittente durant la nuit);
  3. légère – pas de douleur au repos.

Options de prise en charge ( edit | edit source )

  • Physiothérapie
  • Référence en chirurgie
  • Éducation thérapeutique sur la douleur

Analyse des tâches significatives ( edit | edit source )

Lors de l’évaluation, la flexion, l’abduction et la rotation sont souvent évaluées de manière standard. Linda-Joy Lee et Diane Lee proposent une analyse des tâches significatives (« Meaningful Task Analysis »). Cela signifie que nous devons savoir quels sont les mouvements spécifiques que le patient effectue et qui provoquent sa douleur.

Par exemple :

  • enlever un pull;
  • attacher le soutien-gorge;
  • mettre la ceinture de sécurité.

Mobilité articulaire ( éditer | source d’édition )

  • Flexion
  • Extension
  • Abduction
  • Adduction
  • Rotation interne
  • Rotation externe
  • Adduction (flexion) horizontale
  • Abduction (extension) horizontale

Mobilité active ( edit | edit source )

  • Flexion
  • Extension
  • Abduction
  • Adduction
  • Rotation interne
  • Rotation externe
  • Adduction (flexion) horizontale
  • Abduction (extension) horizontale

Tests spéciaux ( edit | edit source )

Test de compression (« Crank Test »)

Test de Hawkins-Kennedy

Tests d’instabilité postérieure

Tests d’instabilité antérieure

Tests de conflit postérieur

Manœuvre de O’Brien

Procédure de modification des symptômes à l’épaule ( edit | edit source )

Décrit par Jeremy Lewis en 2009, (6) la « Shoulder Symptom Modification Procedure » (SSMP, une procédure de modification des symptômes de l’épaule) est une méthode fiable (7) pour l’évaluation des personnes présentant une pathologie de la coiffe des rotateurs ou une pathologie sous-acromiale. Le SSMP est un ensemble de quatre techniques mécaniques utilisées dans une séquence pendant que le patient effectue un mouvement qui reproduit ses symptômes. L’objectif est d’identifier une ou plusieurs techniques permettant de réduire leurs symptômes et/ou d’augmenter leur mobilité et leur fonction.(8) Cet outil propose une méthode d’évaluation objective de l’épaule qui met l’accent sur l’identification des mouvements et des techniques qui peuvent contribuer au mouvement symptomatique. L’objectif n’est pas de nommer la pathologie sous-jacente ni d’identifier la cause exacte de la douleur. Au contraire, ce sont ces mouvements et techniques identifiées qui serviront à guider le traitement.

Shoulder Symptom Modification Tool.png

Les techniques du SSMP (9) sont :

  1. Modifications de la cyphose thoracique – Les premières techniques du SSMP visent à déterminer l’impact de l’augmentation et de la diminution de la cyphose thoracique sur les symptômes du patient. Si la technique thoracique réduit les symptômes de 100 %, l’évaluation est terminée et le traitement commence par une combinaison de prise de conscience posturale, d’exercices (y compris d’exercices de contrôle moteur pendant l’activité qui provoque les symptômes) et de thérapie manuelle (pour assurer une bonne compliance des articulations et des tissus mous). Dans ce cas, l’objectif du traitement est d’améliorer l’extension thoracique, en particulier lors de l’activité ou des activités provocatrices identifiées.
  2. Techniques de positionnement de la scapula – Si les techniques thoraciques ne soulagent pas ou ne soulagent que partiellement les symptômes, nous évaluons la modification des symptômes avec les techniques scapulaires.
  3. Techniques de positionnement de la tête humérale – Si les techniques scapulaires ne soulagent pas complètement les symptômes, le clinicien passe à l’évaluation des effets des techniques de positionnement de la tête humérale. L’objectif est d’améliorer les symptômes du patient en utilisant des techniques qui visent à faire une dépression, une élévation ou un glissement de la tête humérale vers l’avant ou vers l’arrière.
  4. Techniques de neuromodulation de la douleur et des symptômes – Si les trois premières étapes du SSMP ne permettent pas de soulager ou de réduire complètement les symptômes, la dernière étape du SSMP (neuromodulation) consiste à évaluer l’influence des techniques manuelles, telles que les procédures basées sur la pression (visant les tissus mous et les articulations), qui peuvent moduler les symptômes de l’épaule et qui sont couramment pratiquées dans les régions cervicale, thoracique et de l’épaule.

Évaluation de la force ( edit | edit source )

  • Définition de la force : Capacité du muscle ou d’un groupe musculaire à développer une force de contraction maximale contre sa résistance lors d’une seule contraction.
  • Définition de l’endurance : Capacité d’un muscle ou d’un groupe musculaire à produire de façon répétée une force sous-maximale. Cela s’apparente donc davantage à nos mouvements répétés dans la vie de tous les jours.
  • Définition de la puissance explosive : Capacité à produire une force maximale en un minimum de temps.
  • Définition du taux de développement de force : C’est une mesure scientifique de la vitesse de production de la force. D’un point de vue sportif, c’est quelque chose que nous devons examiner.
  • Définition du délai électromécanique : Le délai entre le début de l’activité électrique et le début mesurable de la force musculaire. Un retard électromécanique peut causer une micro-instabilité.

Mesure de la force :

En ce qui concerne la force isométrique, nous pouvons standardiser la mesure en utilisant un dynamomètre numérique tel qu’Activforce 2, qui est connecté à un téléphone intelligent par le biais d’une application et fournit une valeur instantanément. Lors de l’évaluation, maintenez la contraction pendant trois secondes et notez si le patient ressent de la douleur, car la douleur inhibe la puissance musculaire.

  • Abduction
  • Rotation externe
  • Positions fonctionnelles :
    • Rotation externe avec 90 degrés d’abduction
    • Rotation interne avec 90 degrés d’abduction (évaluation de la force du trapèze moyen et du trapèze inférieur)
  • Bras de levier court et bras de levier long
  • Progressez pour évaluer dans une position fonctionnelle

Évaluation de la fonction du muscle grand dentelé (musculus serratus anterior)

Lorsque l’on évalue l’épaule, il est important d’examiner la fonction du muscle grand dentelé en tant que rotateur latéral (rotateur vers le haut) de la scapula. La façon la plus courante d’évaluer le muscle grand dentelé est par la protraction.

  • Bras du patient à environ 130 degrés de flexion
  • La main du thérapeute sur le dessus du poignet du patient
  • L’autre main du thérapeute est sur l’angle inférieur de la scapula qui repose dans l’espace entre le pouce et l’index.
  • Le thérapeute applique une force vers le bas avec la main qui est sur le poignet
  • Le thérapeute évalue ce qui cède en premier :
    • L’humérus – le bras tombe, suivi de la scapula qui fait une rotation médiale (rotation vers le bas)
    • La scapula, la scapula fait d’abord une rotation médiale (vers le bas). Cela indique une déficience du muscle grand dentelé en tant que rotateur latéral (vers le haut) de la scapula.

Proprioception(edit | edit source)

La proprioception elle-même peut être considérée comme comprenant plusieurs sous-composantes :

Proprioception (perception de la position des articulations) : La proprioception est notre capacité à percevoir le positionnement de nos articulations et de nos membres. Elle est souvent mesurée grâce à la perception de la position articulaire (« Joint Position Sense ») – la perception de la position articulaire prise de manière active (« Active Joint Position Sense ») et la perception de la position articulaire prise de manière passive (« Passive Joint Position Sense »). La perception de la position articulaire détermine la capacité d’une personne à percevoir un angle dans lequel son articulation est positionnée puis, après avoir déplacé le membre, à reproduire activement ou passivement le même angle articulaire (11) (mesuré cliniquement comme un test de reproduction d’angle).

Kinesthésie : La kinesthésie est la conscience du mouvement du corps humain (perception du mouvement). (12) Le perception du mouvement fait référence à la capacité de ressentir le mouvement des articulations, y compris la durée, la direction, l’amplitude, la vitesse, l’accélération et la synchronisation des mouvements.(11)

Perception de la force : La perception de la force (« Sense of Force » ou SoF) est également connu sous le nom de perception de l’effort musculaire. Il s’agit de la capacité à reproduire (ou à atteindre) un niveau de force désiré une ou plusieurs fois. On pense que la perception de la force provient de la rétroaction afférente des organes tendineux de Golgi situés dans nos tendons, des fuseaux musculaires situés dans nos muscles et des récepteurs proprioceptifs situés dans notre peau.(13)

Perception du changement de vitesse (« Sense of Change in Velocity » ou SoV) : Il s’agit de notre capacité à détecter les vibrations provenant d’objets oscillants placés contre la peau. (14) On pense que ces influx nerveux voyagent à travers le même type de grands nerfs afférents (Aαβ) que ceux de la proprioception. (15)

La proprioception est particulièrement importante dans la région l’épaule en raison du manque de congruence articulaire de l’articulation glénohumérale qui donne l’impression d’une balle de golf sur un tee. En raison de la prédisposition de cette articulation à l’instabilité, le traitement neuronal est essentiel pour la stabilité de la tête humérale. Par conséquent, la position de l’épaule dans l’espace est l’une des mesures les plus couramment utilisées pour évaluer la fonction sensorielle de l’épaule.

Références(edit | edit source)

  1. McClure PW, Michener LA. Staged Approach for Rehabilitation Classification: Shoulder Disorders (STAR-Shoulder). Phys Ther. 2015 May;95(5):791-800. doi: 10.2522/ptj.20140156. Epub 2014 Dec 11. PMID: 25504491.
  2. Petersen EJ, Thurmond SM, Jensen GM. Severity, Irritability, Nature, Stage, and Stability (SINSS): A clinical perspective. Journal of Manual & Manipulative Therapy. 2021 May 15:1-3.
  3. Koury MJ, Scarpelli E. A manual therapy approach to evaluation and treatment of a patient with a chronic lumbar nerve root irritation. Physical therapy. 1994 Jun 1;74(6):548-60.
  4. Sayres LR. Defining irritability: the measure of easily aggravated symptoms. British Journal of Therapy and Rehabilitation. 1997 Jan;4(1):18-37.
  5. Barakatt, E. T., Romano, P. S., Riddle, D. L., Beckett, L. A., & Kravitz, R. (2009). An Exploration of Maitland’s Concept of Pain Irritability in Patients with Low Back Pain. The Journal of manual & manipulative therapy, 17(4), 196–205. https://doi.org/10.1179/106698109791352175
  6. Lewis, J. S. (2009) Rotator cuff tendinopathy/subacromial impingement syndrome: is it time for a new method of assessment? British Journal of Sports Medicine, Vol 43, pp. 259-264
  7. Lewis JS, McCreesh K, Barratt E, Hegedus EJ, Sim J. Inter-rater Reliability of the Shoulder Symptom Modification Procedure in People with Shoulder Pain. BMJ Open Sport & Exercise Medicine. 2016 Nov 1;2(1):e000181
  8. Eleanor Richardson & Jeremy Lewis. The Shoulder Symptom Modification Procedure (SSMP). https://www.shoulderdoc.co.uk/article/1478
  9. Lewis J, Mccreesh K, Roy JS, Ginn K. Rotator Cuff Tendinopathy: Navigating The Diagnosis-Management Conundrum. Journal Of Orthopaedic & Sports Physical Therapy. 2015 N
  10. Lewis J, McCreesh K, Roy JS, Ginn K. Rotator cuff tendinopathy: navigating the diagnosis-management conundrum. Journal of orthopaedic & sports physical therapy. 2015 Nov;45(11):923-37.
  11. 11.0 11.1 Riemann, B. L., & Lephart, S.M. (2002). The sensorimotor system, part 1: the physiological basis of functional joint stability. Journal of Athletic Training, 37(1),71-79.
  12. Sherrington CS. On the proprio-ceptive system, especially in its reflex aspect. Brain. 1907;29:467–482.
  13. Hung, Y. J. (2015). Neuromuscular control and rehabilitation of the unstable ankle. World Journal of Orthopedics, 6(5), page 434.
  14. Gilman, S., Joint position sense and vibration sense: anatomical organisation and assessment.Journal of neurology, neurosurgery, and psychiatry, 2002. 73(5): p. 473-7.
  15. Shakoor, N., A. Agrawal, and J.A. Block, Reduced lower extremity vibratory perception in osteoarthritis of the knee.Arthritis and rheumatism, 2008. 59(1): p. 117-21.


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