Rédacteur original – Merinda Rodseth, basé sur le cours de
Shrey Vazir
Principaux contributeurs – Merinda Rodseth, Kim Jackson, Jess Bell, Tarina van der Stockt et Aminat Abolade
Au cours des 40 dernières années, les mentalités ont beaucoup évolué, passant du modèle traditionnel de soins de santé « biomédical », basé sur les tissus, à un modèle biopsychosocial.(1) (2) (3) Le modèle biopsychosocial évalue la « personne dans son ensemble », en tenant compte des interactions dynamiques entre les facteurs bio, psycho et sociaux du processus d’expérience de la douleur.(1) (4) « Comprendre que chaque pensée, chaque sentiment et chaque interaction avec l’environnement est lié à une réaction chimique dans le système neuro-immunitaire, avec de possibles conséquences structurelles et fonctionnelles, augmente la perspicacité du clinicien et intègre véritablement la pensée biopsychosociale dans la pratique« .(4)
La douleur est la raison la plus courante pour laquelle les gens consultent en services de santé. Lorsque la douleur n’est pas résolue, elle entraîne une douleur chronique (qui dure plus de trois mois), ce qui est devenue un problème majeur de santé publique dans le monde entier.(4) (5) (6) La douleur chronique pose également un défi thérapeutique important et a conduit à un changement d’orientation, de l’étude des lésions tissulaires à l’étude de la douleur elle-même.(4) (5) En concentrant notre attention sur la personne plutôt que sur les tissus, nous avons modifié le traitement, passant d’un objectif unique d’élimination de la douleur à un objectif beaucoup plus vaste d’amélioration de la qualité de vie et de réengagement des patients dans des rôles qui ont un sens pour eux.(4) Cela se retrouve dans le concept de la pleine conscience, dont l’objectif n’est pas d’éliminer la douleur ou le stress, mais plutôt d’apprendre aux patients à prendre conscience d’eux-mêmes et à réagir au stress et à la douleur de manière plus constructive et plus saine.(5) (7) Donner aux patients le pouvoir de contrôler leur propre expérience de la douleur est fondamental pour ces soins centrés sur le patient et permet aux patients de s’autogérer et de retrouver leurs rôles dans la vie.(4)
Malgré les avantages proposés, la pratique de la pleine conscience n’est pas considérée comme une panacée pour toutes les conditions, personnes et circonstances. (8) Même si la pratique de la pleine conscience serait probablement bénéfique à la plupart des individus, son impact sur un sous-ensemble plus restreint de patients pourrait être bien plus significatif. La prise en compte des effets et des avantages établis de la pleine conscience pourrait aider les physiothérapeutes à identifier les patients qui bénéficieraient potentiellement le plus d’un entraînement à la pleine conscience, et il est proposé d’inclure les sous-groupes suivants : (9)
Germer et al (13) ont conceptualisé trois voies permettant d’intégrer la pleine conscience dans le travail thérapeutique :
Lorsque l’on considère le concept de « thérapeute en pleine conscience », il est important d’être conscient que la « relation » s’est avérée être le plus fort prédicteur des résultats de la thérapie. « Les relations caractérisées par l’empathie, le regard positif inconditionnel et la congruence entre le thérapeute et le patient se sont avérées les plus bénéfiques ».(8) Thich Nhat Hanh a déclaré : « Un thérapeute doit s’entraîner à être pleinement présent et doit cultiver l’énergie de la compassion afin d’être utile ». (8) Par conséquent, l’initiation des patients à la pratique de la pleine conscience devrait réellement commencer par une attitude de pleine conscience de la part du thérapeute.(8)
La pratique de la pleine conscience peut également être utilisée dans le cadre qui soutient les concepts qu’elle cultive, c’est-à-dire la pratique éclairée par la pleine conscience. Shapiro & Carlson (8) ont mis en évidence quelques points d’exploration potentiels fondés sur des idées éclairées par la pleine conscience, qu’il peut être utile d’explorer avec les patients pendant la thérapie :
La pratique de la pleine conscience, qui trouve ses origines dans la philosophie bouddhiste, n’est souvent pas très bien acceptée dans le monde occidental. Certains patients peuvent être réfractaires à son utilisation, même si elle peut être dissociée de ses racines religieuses, ce qui peut nécessiter une mesure pour les convaincre de s’y engager. Par conséquent, l’aborder en suivant les étapes suivantes pourrait permettre une meilleure acceptation :
Le tableau cidessous (en anglais) inclut des phrases qui peuvent être utiles pour engager les patients dans la pratique de la pleine conscience pendant la thérapie (9)
La popularité de la pleine conscience combinée à l’omniprésence des téléphones intelligents a conduit à une augmentation exponentielle des applications mobiles basées sur la pleine conscience disponibles. Il a été démontré que les applications mobiles basées sur la pleine conscience réduisent efficacement le stress et améliorent le bien-être. Elles peuvent cibler un public plus large que les formations typiques à la méditation en pleine conscience, rendant la pleine conscience plus accessible au grand public.(14) (15) (16) Les applications augmentent la flexibilité en termes de temps et de lieu et offrent des fonctions de rappel et du matériel de soutien (images, vidéos), facilitant l’intégration des techniques de pleine conscience dans la vie quotidienne.(17) Les applications mobiles basées sur la pleine conscience se concentrent principalement sur les méditations guidées et commencent souvent par des exercices de respiration, demandant aux utilisateurs de concentrer leur attention sur leur corps.(15) Il existe une grande variété d’applications mobiles basées sur la pleine conscience, dont Calm, Headspace, InsightTimer, Smiling Mind et Stop Breathe Think ne sont que quelques exemples.(14)v(15)v(16) Malgré les avantages observés avec les applications mobiles basées sur la pleine conscience, il est important de noter que les applications mobiles basées sur la pleine conscience ne sont pas nécessairement bénéfiques pour tout le monde et pourraient en fait être nocifs pour certains patients, en particulier ceux qui souffrent de dépression sévère, de pathologie du stress post-traumatique, d’idées suicidaires et qui ont des antécédents de traumatisme.(9) Cela conduit au concept de la pleine conscience sensible aux traumatismes, une approche modifiée de la pleine conscience tenant compte des traumatismes qui est bien mieux placée pour faciliter la pleine conscience en toute sécurité chez les survivants de traumatismes où la pratique traditionnelle de la pleine conscience (y compris les applications de méditation) pourrait potentiellement être nuisible.(9) (18)
Le concept selon lequel la pleine conscience peut être une panacée pour toutes les maladies et tous les problèmes, y compris les traumatismes, a eu des conséquences inattendues.(18) Même si de nombreuses personnes qui pratiquent régulièrement la pleine conscience en retirent de grands bénéfices, tout le monde n’a pas cette expérience – surtout pas ceux qui ont vécu un traumatisme (« une forme extrême de stress qui peut dépasser notre capacité à y faire face »).(18) Le traumatisme et la pleine conscience, bien qu’apparemment alliés, entretiennent une relation complexe.(18) Pour de nombreuses personnes ayant vécu un traumatisme, la pleine conscience peut susciter des symptômes de stress traumatique. Ils peuvent prendre la forme de flashbacks, de réactions émotionnelles volatiles, de sensations physiques angoissantes et de dissociation – une déconnexion entre ses pensées, ses émotions et ses sensations physiques. (18) Bien que la pleine conscience puisse sembler inoffensive et bénéfique pour les survivants de traumatismes, elle ouvre souvent des blessures émotionnelles qui ont besoin de plus que la pleine conscience pour guérir. « Lorsque nous demandons à une personne ayant subi un traumatisme de prêter une attention soutenue à son expérience interne, nous l’invitons à entrer en contact avec des stimuli traumatiques – des pensées, des images, des souvenirs et des sensations physiques qui peuvent être liés à une expérience traumatique… Cela peut aggraver et intensifier les symptômes du stress traumatique, voire, dans certains cas, entraîner une retraumatisation – une rechute dans un état intensément traumatisé. » (18) Le fait de focaliser l’attention sur des blessures qui sont souvent internes et invisibles peut provoquer de la détresse, de l’anxiété et de l’humiliation chez les survivants de traumatismes, les plaçant ainsi dans un environnement « non sécurisé ».(18) Malgré cela, la pleine conscience pourrait également être une ressource inestimable pour les survivants de traumatismes – en renforçant la conscience du corps, en stimulant l’attention et en améliorant la régulation des émotions, des compétences essentielles pour la guérison des traumatismes.(18)
Ce dilemme a soulevé la question à savoir comment minimiser les dangers potentiels de la pleine conscience pour les survivants de traumatismes tout en exploitant ses avantages potentiels, ce qui a donné naissance au concept de la pleine conscience sensible aux traumatismes.(18) La pratique de base de la pleine conscience est plus sécure et plus efficace lorsqu’elle est associée à une compréhension des traumatismes.(18) Un traumatisme ne se limite pas aux survivants d’une agression ou aux vétérans militaires, et est étonnamment moins lié au contenu d’un événement qu’à son impact. Pat Ogden, vétéran spécialiste des traumatismes, a déclaré que « toute expérience suffisamment stressante pour nous laisser un sentiment d’impuissance, de peur, d’accablement ou d’insécurité profonde est considérée comme un traumatisme ». (18) Qu’il s’agisse d’être témoin de violences ou de les subir, de perdre un être cher ou d’être la cible d’oppression, les gens vivent des traumatismes de diverses manières.
Treleaven & Britton (18) ont défini la pratique sensible aux traumatismes comme suit
« Un programme, une organisation ou un système qui tient compte des traumatismes, se rend compte de l’impact généralisé des traumatismes et comprend les voies potentielles de guérison ; reconnaît les signes et les symptômes des traumatismes chez les patients, les familles, le personnel et les autres personnes impliquées dans le système ; réagit en intégrant pleinement les connaissances sur les traumatismes dans les politiques, les procédures et les pratiques, et cherche à résister activement à la re-traumatisation« .
Ils ont proposé que la tâche principale des thérapeutes réside dans les quatre R évidents de la définition : réaliser l’impact omniprésent du traumatisme, reconnaître symptômes, et répondre à ces symptômes et à y répondre habilement – tout cela dans le but de prévenir la re-traumatisation. (18)
Les 5 principes fondamentaux de la pratique de la pleine conscience sensible aux traumatismes sont les suivants : (18)
Suivant les principes définis par Treleaven & Britton (18) il existe certaines stratégies de modification sensibles aux traumatismes qui pourraient être utiles dans la pratique clinique lorsqu’on engage les patients dans la pratique de la pleine conscience. Il s’agit notamment de : (9)
Une formation avancée est nécessaire pour traiter les survivants de traumatismes graves et les praticiens de la traumatologie sont mieux placés pour fournir l’intervention nécessaire.(9) (18) Il n’est donc pas recommandé d’utiliser des applications de pleine conscience pour les patients ayant des antécédents de traumatisme et surtout pas pour ceux souffrant de syndrôme de stress post-traumatique, de dépression sévère et d’idées suicidaires, car cela peut entraîner une nouvelle traumatisation.(9)
« Ce à quoi nous résistons, persiste » (8)
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