Différencier les maux de dos d’origine inflammatoire des maux de dos d’origine mécanique

Éditrice originale Jess Bell Principaux contributeursJess Bell, Kim Jackson, Tarina van der Stockt, Lucinda Hampton et Ewa Jaraczewska

Introduction(edit | edit source)

Le mal de dos (y compris les douleurs cervicales, thoraciques et lombaires) est une condition fréquemment rencontrée dans la pratique de la physiothérapie. Les douleurs cervicales et lombaires ont été identifiées comme la principale cause d’invalidité globale en 2015 dans la plupart des pays. (1) La prévalence de la lombalgie au cours de la vie est estimée à 84 %, tandis que la prévalence de la lombalgie chronique est d’environ 23 %. De plus, entre 11 et 12 % de la population est considérée comme handicapée par la lombalgie.(2)

La majorité des patients présentant des maux de dos seront classés comme souffrant de maux de dos mécaniques non spécifiques(3)(4) (c’est-à-dire de douleur au niveau de la colonne vertébrale), les disques intervertébraux et les tissus mous environnants – comprenant claquage musculaire, hernie discale, spondylose lombaire, spondylolisthésis, fractures par compression vertébrale, etc.)(5) Cependant, il est essentiel de pouvoir identifier les patients qui n’entrent pas dans cette catégorie, y compris ceux qui souffrent de maux de dos d’origine inflammatoire.(3) Cette page met en évidence certaines caractéristiques clés qui peuvent aider à différencier les maux de dos d’origine mécanique des conditions inflammatoires. Elle aborde également d’autres caractéristiques qui constituent des drapeaux rouges et qui doivent toujours être prises en compte.

Drapeaux rouges ( éditer | éditer la source )

Lors de l’évaluation des patients souffrant de maux de dos, il est nécessaire d’examiner d’abord s’il existe des drapeaux rouges.(3) Seul un pour cent environ de toutes les présentations musculo-squelettiques en soins primaires sera dû à une pathologie grave (telle qu’une infection rachidienne, un syndrome de queue de cheval, une fracture vertébrale ou une tumeur maligne).(6) Toutefois, comme le souligne Finucane, ces pathologies doivent être considérées comme diagnostics différentiels lorsque des personnes se présentent avec des maux de dos, en particulier si le patient ne réagit pas comme prévu ou si son état commence à s’aggraver.(6)

Les drapeaux rouges sont définis comme suit : « des signes et des symptômes qui font suspecter une pathologie grave de la colonne vertébrale ». (7) Ils sont identifiés lors de l’évaluation subjective et objective d’un patient.

Les drapeaux rouges les plus courants sont les suivants (6)

D’autres points importants sont à prendre en considération :

Bien qu’elle s’adresse aux médecins, la vidéo suivante résume les principaux drapeaux rouges dans les situations de lombalgie.

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  • Pour plus d’informations sur les drapeaux rouges, cliquez ici.
  • Pour plus d’informations sur les tumeurs malignes de la colonne vertébrale, cliquez ici.

Évaluation subjective ( éditer | éditer la source )

Il est essentiel de procéder à une anamnèse subjective approfondie afin de s’assurer que vous êtes en mesure de faire la distinction entre les douleurs mécaniques, inflammatoires et les autres types de douleurs présentes au niveau du dos. Les éléments spécifiques qui devraient être inclus dans une évaluation subjective sont examinés ci-dessous.

La chronologie de la douleur ( éditer | éditer la source )

Comprendre la chronologie de la douleur d ‘un patient aidera le clinicien à évaluer si la douleur est inflammatoire ou mécanique. Questions spécifiques qui devraient être incluses :(3)

  • Y a-t-il eu un traumatisme récent ou la douleur est-elle apparue insidieusement ?
  • Depuis combien de temps le patient souffre-t-il de douleurs ?
  • A quel âge ses douleurs sont-elles apparues ?
  • Cette douleur est-elle récurrente ?

La douleur inflammatoire est plus susceptible d’apparaître de manière insidieuse et de durer plus longtemps (c’est-à-dire plus de trois mois), tandis que la douleur mécanique a tendance à être plus aiguë et peut souvent être liée à une blessure.(9)

L’âge d’apparition des symptômes est également un facteur très important, car la spondylarthropathie touche les jeunes adultes (c’est-à-dire les moins de 45 ans), alors que d’autres affections dégénératives (telles que les discopathies dégénératives, les modifications des facettes articulaires ou l’arthrose de la colonne vertébrale) ont tendance à s’aggraver avec l’âge. (3)

Les facteurs aggravants ou atténuants ( éditer | edit source )

Comprendre les facteurs qui aggravent ou soulagent les maux de dos d’un patient peut également vous aider à distinguer les douleurs mécaniques des douleurs inflammatoires. Questions subjectives importantes à poser : (3)

  • La douleur survient-elle au repos ou la nuit ?
  • La douleur s’atténue-t-elle avec le mouvement ?

Une réponse affirmative à ces questions indique un état inflammatoire, car la douleur mécanique a tendance, au contraire, à s’aggraver avec le mouvement et à s’atténuer avec le repos.(9)

Le shéma de douleur sur 24 heures ( éditer | éditer la source )

La douleur inflammatoire présente généralement certaines caractéristiques sur une période de 24 heures. Questions à poser : (3)

  • Avez-vous des douleurs nocturnes ?
  • Vous réveillez-vous dans la seconde moitié de la nuit ?
  • Votre douleur s’atténue-t-elle lorsque vous vous levez le matin et que vous commencez à bouger ?
  • Souffrez-vous d’une raideur associée à votre douleur qui dure plus de 30 minutes ?
    • NB : les maux de dos d’origine mécanique peuvent provoquer des raideurs, mais celles-ci tendent à s’atténuer après quelques minutes.

Des réponses positives à ces questions suggèrent une condition inflammatoire.(3)

L’histoire familiale ( éditer | éditer la source )

Une forte composante génétique a été identifiée chez les personnes atteintes de spondylarthropathie. (10) Il est donc important, lors de l’évaluation subjective, de savoir si le patient a des antécédents familiaux de spondylarthropathie.

(11)

Autres questions ( éditer | éditer la source )

Puisque les spondylarthropathies présentent d’autres manifestations extra-articulaires,(12)(13)(14)(15)(16) il est nécessaire de savoir si le patient a d’autres problèmes médicaux, notamment des problèmes intestinaux, oculaires ou cutanés.(3)

De même, les spondylarthropathies peuvent affecter d’autres articulations périphériques, des tendons et des ligaments. (17) La recherche d’autres problèmes musculo-squelettiques peut donc contribuer à la détection de la condition inflammatoire.(3) Par exemple, il est utile de demander au patient s’il souffre d’enthésite (par exemple, au niveau du talon de tendinopathie achilléenne, ou encore d’épicondylalgie latérale). Une réponse positive à ces questions peut indiquer la présence d’une situation inflammatoire systémique.(3)

NB : L’enthésite est définie comme une inflammation du site où les tendons et ligaments s’insèrent dans l’os.(18)

Le modèle biopsychosocial ( éditer | edit source )

La douleur est un processus complexe qui peut être influencé par de nombreux facteurs, notamment les différents états motivationnels, émotionnels et cognitifs.(19) Plutôt que de considérer uniquement l’état pathologique, il existe aujourd’hui un consensus général sur le fait que la santé et la maladie résultent de l’interaction entre des facteurs biologiques, psychologiques et sociaux, représentée par le modèle biopsychosocial.(20)

Essentiellement, le modèle biopsychosocial se concentre non pas sur la maladie, mais sur le comportement qui alimente les croyances ou les attitudes susceptibles de perpétuer les problèmes associés à la maladie. Par exemple, une personne peut ressentir des sensations telles que des douleurs, des nausées ou des palpitations cardiaques différemment d’une autre. Cette variation de perception doit être considérée dans le contexte psychologique et social du patient.(21)

Le modèle biopsychosocial est abordé plus en détail ici et ici. Il est utile de comprendre le contexte social, psychologique et biologique de votre patient lorsque vous cherchez à différencier les maux de dos d’origine mécanique des maux de dos d’origine inflammatoire. (3) Cela vous permettra de mieux comprendre la nature de sa douleur.

(22)

Évaluation objective ( éditer | éditer la source )

Pour plus d’informations sur l’évaluation objective des cas de lombalgie, cliquez ici. Il est essentiel de faire la distinction entre les maux de dos inflammatoires et mécaniques dès le début du processus de diagnostic, car la prise en charge et le traitement de ces deux types de maux de dos sont très différents. (23) Pour différencier les maux de dos d’origine mécanique des maux de dos d’origine inflammatoire, il est utile d’évaluer les éléments suivants :

  • Le patron de marche – est-il antalgique ou symétrique ? (24)
  • La posture – le patient présente-t-il une altération de sa posture, comme porter sa tête en avant, la perte de lordose lombaire ou une augmentation de la cyphose thoracique ? (25)
  • L’expansion thoracique – le patient présente-t-il une restriction de l’expansion au niveau de son thorax ?
  • L’amplitude des mouvements – y a-t-il une réduction de l’amplitude de mouvement au niveau de sa colonne vertébrale ou encore de la rigidité ?
  • La palpation – y a-t-il une sensibilité à la palpation de la colonne vertébrale et des articulations sacro-iliaques ?
  • Les points d’enthèse – y a-t-il des douleurs à la palpation de ces points ?

Les patients atteints de spondylarthropathie, en particulier de spondylarthrite axiale, présentent souvent des douleurs, une raideur et une perte de mobilité du dos, ainsi qu’une posture anormale, de l’enthésite et un schéma pulmonaire restrictif dû à une diminution de l’expansion de la paroi thoracique et de la mobilité de la colonne vertébrale.(17)

(26)

Comme pour toute évaluation, les résultats objectifs ne sont pas toujours concluants. Un patient peut avoir une amplitude de mouvement raisonnable ou sembler avoir une posture normale. C’est en considérant l’évaluation objective en conjonction avec l’évaluation subjective qu’il est possible d’obtenir une image plus claire de la nature de la douleur du patient.(3)

Résumé(edit | edit source)

Les maux de dos sont fréquents en pratique clinique. Bien que la majorité des patients aient tendance à souffrir de maux de dos mécaniques non spécifiques, il est important d’examiner s’il existe des signes ou symptômes associés à des douleurs inflammatoires ou d’autres drapeaux rouges.

Une évaluation subjective et objective approfondie vous permettra de mieux distinguer les maux de dos d’origine mécanique des maux de dos d’origine inflammatoire.

Les principales différences entre les maux de dos mécaniques et inflammatoires sont résumées dans le tableau suivant :

Maux de dos d’origine mécanique Maux de dos d’origine inflammatoire
Survient à tout âge Âge d’apparition < 45 ans
Début plus aigu Durée de la douleur > 3 mois
D’apparition variable – peut être causée par un événement spécifique Début insidieux
Peut s’aggraver avec le mouvement / l’exercice S’améliore avec le mouvement / l’exercice
S’améliore avec le repos Ne s’améliore pas avec le repos
Peu ou pas de raideur matinale Raideur matinale qui dure > 30 minutes
Douleur nocturne pouvant réveiller le patient

(3) (9)

Références(edit | edit source)

  1. GBD 2015 Disease and Injury Incidence and Prevalence Collaborators. Global, regional, and national incidence, prevalence, and years lived with disability for 310 diseases and injuries, 1990-2015: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2015. Lancet. 2016 Oct 8;388(10053):1545-1602.
  2. Maher C, Underwood M, Buchbinder R. Non-specific low back pain. Lancet. 2017 Feb 18;389(10070):736-747.
  3. 3.00 3.01 3.02 3.03 3.04 3.05 3.06 3.07 3.08 3.09 3.10 3.11 3.12 3.13 3.14 Martey C. Differentiating Inflammatory and Mechanical Back Pain Course. Plus2020.
  4. Gianola S, Bargeri S, Del Castillo G, Corbetta D, Turolla A, Andreano A, Moja L, Castellini G. Effectiveness of treatments for acute and subacute mechanical non-specific low back pain: a systematic review with network meta-analysis. British journal of sports medicine. 2022 Jan 1;56(1):41-50.
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  7. Finucane L, Downie A, Mercer C, Greenhalgh SM, Boissonnault WG, Pool-Goudzwaard AL, et al. International Framework for Red Flags for Potential Serious Spinal Pathologies. J Orthop Sports Phys Ther. 2020 Jul;50(7):350-372.
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