Régions douloureuses associées aux déviances de la marche – dos, hanches et genoux

Rédactrice originale Stacy Schiurring d’après le cours de Damien HowellPrincipales collaboratricesStacy Schiurring, Kim Jackson, Jess Bell, Lucinda Hampton et Nupur Smit Shah

Introduction(edit | edit source)

Les déviances de la démarche sont probablement liées au développement et/ou associées à des syndromes de douleur musculosquelettique. C’est souvent la plainte de douleur qui amène un patient à consulter en physiothérapie. Le rôle du physiothérapeute est d’éduquer le patient sur l’étiologie de sa douleur tout en traitant et en corrigeant la déviance de la marche constatée.(1)

« Le modèle pathokinésiologique a été conçu spécifiquement pour décrire les processus mécaniques proposés comme contribuant au développement et à l’évolution de la lombalgie. L’hypothèse de base est que la lombalgie résulte de la répétition de patrons de mouvement et d’alignement spécifiques à une direction (flexion, extension, rotation, flexion latérale ou une combinaison de ces directions) et stéréotypés au rachis lombaire. Le modèle propose que l’apparition de ces patrons soit le résultat d’adaptations des systèmes musculosquelettiques et neuraux dues à l’utilisation répétée de mouvements et alignements spécifiques au cours des activités quotidiennes. La nature et le rythme des adaptations peuvent être modifiés par les caractéristiques intrinsèques et extrinsèques de l’individu, par exemple le sexe, les caractéristiques anthropométriques ou les activités typiques de la personne. Le patron typique ce phénomène est que, lors de l’exécution d’un mouvement (par exemple, se pencher en avant) ou de la prise d’une position (par exemple, s’asseoir), le rachis lombaire se déplace dans son amplitude disponible dans une direction spécifique plus spontanément que d’autres articulations, telles que les genoux, les hanches ou le rachis thoracique ». (2)

Les muscles du dos, de la partie postérieure de la hanche et de la partie supérieure de la jambe sont interconnectés.

Avec la douleur du patient comme guide, un des objectifs de la physiothérapie musculosquelettique est d’identifier les structures anatomiques associées à la douleur rapportée. Les physiothérapeutes utilisent des tests orthopédiques pour aider à identifier l’origine des symptômes. Cependant, ces tests cliniques ne sont souvent pas en mesure de déterminer avec précision la cause anatomique des symptômes du patient. En outre, la corrélation entre les résultats des examens d’imagerie et l’identification de l’origine des symptômes en l’absence de traumatisme ou de pathologie est faible. Ces deux affirmations suggèrent que la douleur musculosquelettique peut souvent être indéterminée d’un point de vue anatomique et structurel. L’approche kinésiopathologique est une alternative à ces méthodes de diagnostic plus traditionnelles. Selon cette méthode, la pratique clinique doit être guidée par l’identification et la modification des déficiences cinématiques ou du contrôle moteur au sein d’une fonction musculosquelettique. En corrigeant les patrons de mouvement déviés pour les ramener à un patron de mouvement plus optimal propre à chaque individu, il est possible d’améliorer la douleur et de rétablir la fonction.(3)

Douleurs dans la région du dos ( edit | edit source )

Déviances potentielles de la démarche associées à la lombalgie : (1)

  1. diminution de la vitesse de marche, inférieure à 1-1,4 mètre par seconde; (4)
  2. diminution de la longueur du pas; (4)
  3. diminution du nombre de pas par minute (cadence réduite);
  4. contre-rotation rigide entre le rachis thoracique et le rachis lombaire; (4)
  5. changements dans l’oscillation verticale attendue du centre de gravité;
  6. Pas bruyant
  7. augmentation ou diminution possible de la bascule du bassin;
  8. augmentation ou une diminution possible de l’extension de la hanche à la phase d’appui terminale;
  9. diminution de l’extension de l’hallux, entraînant un hallux limitus fonctionnel.

Douleur dans la région de la hanche ( edit | edit source )

Région douloureuse Diagnostics pertinents Déviances attendues de la démarche
Région de la hanche
  • Diminution de la cadence
  • Diminution de la longueur du pas ou de la foulée
  • Augmentation de la base de sustentation
  • Diminution de la contre-rotation entre le rachis thoracique et le rachis lombaire
  • Diminution de l’amplitude des mouvements dans les plans sagittal et frontal au niveau de la hanche
  • Diminution de l’extension, en particulier à la phase d’appui terminale
  • Augmentation de l’ouverture du pied vers l’extérieur
  • Augmentation de l’inclinaison latérale du tronc
  • Augmentation de l’abaissement du bassin controlatéral
  • Augmentation du déplacement latéral du centre de gravité
  • Soulèvement du talon tardif ou prolongé
  • Diminution de la force de propulsion de la cheville
Région latérale de la hanche
  • Pas trop long
  • Abaissement du bassin controlatéral
  • Déplacement latéral du centre de gravité
  • Pas bruyant
  • Diminution du « jour » ou espace insuffisant entre les genoux
  • Pied traversant la ligne médiane du corps
  • Pli cutané poplité oblique (rotation médiale excessive du fémur)
  • « Varus-thrust » (poussée en varus) ou « valgus-thrust » (poussée en valgus)
  • Déviation latérale du genou pendant la phase d’appui
  • Augmentation de la pronation du pied
Région antérieure de la hanche
  • Malheureusement, la littérature sur le conflit fémoro-acétabulaire est quelque peu ambiguë (5)
  • Certaines publications suggèrent que les personnes souffrant d’un CFA présentent des différences biomécaniques lorsqu’elles se montent les escaliers et les descendent (8)

Douleur dans la région du genou ( edit | edit source )

Région douloureuse Diagnostics pertinents Déviances attendues de la démarche
Région du genou
  • Gonarthrose
  • Peut être maintenu suite à l’arthroplastie totale du genou
  • Augmentation de l’inclinaison latérale du tronc
  • Déplacement latéral du centre de gravité
  • Diminution de l’extension du genou à la phase d’appui
  • Augmentation de la position du pied avec les orteils vers l’extérieur (plus de 10 à 15 degrés par rapport à l’angle de progression du pied)
  • « Varus-thrust » (poussée en varus), déviation latérale du genou, ou un « valgus-thrust » (poussée en valgus) possible, (le « varus-thrust » est le plus fréquent)
Région antérieure du genou Arthralgie fémoropatellaire
  • Pas trop long
  • Abaissement du bassin controlatéral
  • Augmentation de la position du pied avec les orteils vers l’extérieur ou vers l’intérieur
  • Diminution du « jour » ou espace insuffisant entre les genoux
  • Pied traversant la ligne médiane
  • Pli cutané poplité oblique (rotation médiale excessive du fémur)
  • Augmentation de la pronation du pied
  • « Fouet du talon » (« heel whip »)
  • Augmentation de l’extension de la hanche ou du genou en phase d’appui terminale
Région latérale du genou Syndrome de la bandelette iliotibiale (BIT)
  • Pas trop long
  • Abaissement du bassin controlatéral
  • Déplacement latéral du centre de gravité
  • Augmentation de l’extension du genou au moment de l’attaque du pied ou du déroulement sur le talon (« heel rocker »)
  • Pas bruyant
  • « Jour » insuffisant ou espace insuffisant entre les genoux
  • Pied traversant la ligne médiane
  • Pli cutané poplité oblique (rotation médiale excessive du fémur)
  • « Varus-thrust » (poussée en varus) ou « valgus-thrust » (poussée en valgus)
  • Augmentation de la pronation du pied
  • « Fouet du talon » (« heel whip »)

Sujets spéciaux : Dos, hanches et genoux ( edit | edit source )

Déviances de la démarche liées à la sténose lombaire ( edit | edit source )

La sténose lombaire est un diagnostic de lombalgie fréquent dans la population âgée. Un patient atteint de sténose lombaire ne se tient pas debout ou ne se déplace pas en position redressée, et a tendance à éviter l’extension lombaire pour diminuer et/ou éviter la douleur. Il peut avoir tendance à marcher avec le dos courbé et à s’appuyer sur leur panier d’épicerie ou leur cadre de marche. Il présenta probablement l’une des deux déviance de la marche pour soulager les symptômes associés à la sténose rachidienne lombaire : (9)

  1. Figure (a) : Posture en flexion du tronc avec augmentation de la longueur du pas et de l’angle d’extension de la hanche, (9) et absence de moment d’extension du rachis lombaire. (1)
  2. Figure (b) : Posture redressée du tronc avec une diminution de la longueur du pas et de l’angle d’extension de la hanche, (9) et absence de moment d’extension du rachis lombaire. (1)
  3. Figure (c) : Posture de marche optimal des personnes en bonne santé. (9)

    Les flèches bleues indiquent le vecteur de la force de réaction au sol; les flèches rouges, le moment de flexion de la hanche; et l’arc vert, le muscle psoas.

Syndrome de la tête tombante ( edit | edit source )

Le syndrome de la tête tombante (SCT) est une déformation cyphotique du rachis cervical relativement rare dont les symptômes sont les suivants : douleurs cervicales, limitation de la marche et altération de la capacité à regarder à l’horizon. En raison de la nature interconnectée du rachis vertébral, la relation entre l’alignement cervical et les autres parties du rachis vertébrale peut avoir un effet sur le bassin et les membres inférieurs lors d’activités dynamiques. Les patients atteints de ce syndrome présentent une altération de la cinétique et de la cinématique des membres inférieurs pendant la marche en raison de changements dans l’inclinaison de la tête et du tronc. Cela peut entraîner une déviance de la démarche et une altération du contrôle moteur par rapport aux personnes en bonne santé. Des résultats similaires ont été rapportés chez des personnes utilisant leur téléphone intelligent en marchant. L’augmentation de l’angle de flexion cervicale affecte : la charge cervicale, la vitesse de marche et l’activité musculaire des membres inférieurs.(10)

  1. La figure A représente un individu atteint du syndrome de la tête tombante : posture du thorax inclinée vers l’arrière, angle de flexion dorsale de l’articulation de la cheville augmenté et longueur de la foulée relativement plus courte. (10)
  2. La figure B représente la posture de marche optimale : une posture redressée avec une diminution de l’angle de flexion dorsale de la cheville, ce qui permet un mouvement plus important de la cheville pour se propulser vers l’avant et vers le haut. (10)

Les flèches noires indiquent l’inclinaison du thorax et du bassin vers l’arrière. Les flèches bleues représentent le vecteur de la force de réaction au sol. Les flèches rouges représentent le moment de flexion plantaire de la cheville.

Démarche gériatrique ( edit | edit source )

Lorsqu’ils marchent à une vitesse qu’ils choisissent eux-mêmes, les personnes âgées génèrent un moment articulaire et une force plus faibles dans leurs membres inférieurs que les jeunes adultes. Ces différences sont dues aux conséquences biomécaniques et physiologiques du vieillissement résultant de changements dans les composantes neuromusculaires sous-jacentes de la performance motrice et de la réduction des capacités motrices. (11) La douleur peut également être un facteur. (1)

Les changements spatio-temporels qui se produisent dans la démarche gériatrique : (1)

  1. diminution de la vitesse de marche, moins de 1 à 1,4 mètre par seconde;
  2. diminution de la longueur du pas;
  3. diminution du nombre de pas par minute (cadence réduite);
  4. contact du talon tardif ou prolongé;
  5. diminution de l’oscillation verticale du centre de gravité;
  6. diminution possible de l’extension de la hanche;
  7. augmentation de la flexion du tronc possible;
  8. diminution du balancement des bras possible;
  9. tendance à utiliser les moments de l’articulation de la hanche davantage que ceux de la cheville chez les personnes âgées, alors que les jeunes utilisent la cheville pour se propulser vers l’avant. (11)

Arthrose et arthroplasties totales ( edit | edit source )

Souvent, les patients souffrant de gonarthrose ou de coxarthrose présentent des déviances de la marche qui persistent par « habitude » après l’arthroplastie totale articulaire. (1) Les patients qui entreprennent une réadaptation postopératoire font état d’une amélioration de la douleur et de la raideur articulaires, mais la récupération de la fonction de la marche est souvent incomplète. (12)

Ressources(edit | edit source)

Lectures recommandées :

Mesures des résultats cliniques :

(13)

Références(edit | edit source)

  1. 1.0 1.1 1.2 1.3 1.4 1.5 1.6 Howell, D, Back and Upper Leg Regional Pain and Gait Deviations. Gait Analysis. Plus. » 2022
  2. Cholewicki J, Breen A, Popovich Jr JM, Reeves NP, Sahrmann SA, Van Dillen LR, Vleeming A, Hodges PW. Can biomechanics research lead to more effective treatment of low back pain? A point-counterpoint debate. journal of orthopaedic & sports physical therapy. 2019 Jun;49(6):425-36.
  3. Lehman GJ. The role and value of symptom-modification approaches in musculoskeletal practice. journal of orthopaedic & sports physical therapy. 2018 Jun;48(6):430-5.
  4. 4.0 4.1 4.2 Lamoth CJ, Meijer OG, Daffertshofer A, Wuisman PI, Beek PJ. Effects of chronic low back pain on trunk coordination and back muscle activity during walking: changes in motor control. European Spine Journal. 2006 Feb;15(1):23-40. (un article sur lesffets de la lombalgie chronique sur la coordination du tronc et l’activité des muscles du dos pendant la marche, en anglais original)
  5. 5.0 5.1 5.2 5.3 Harris-Hayes M, Steger-May K, Bove AM, Foster SN, Mueller MJ, Clohisy JC, Fitzgerald GK. Movement pattern training compared with standard strengthening and flexibility among patients with hip-related groin pain: results of a pilot multicentre randomised clinical trial. BMJ open sport & exercise medicine. 2020 Mar 1;6(1):e000707. (un articles détaillant les résultats d’un essai clinique randomisé pilote multicentre sur l’entraînement du patron de mouvement comparé au renforcement et à la flexibilité standard chez les patients souffrant de douleurs à l’aine, en anglais original)
  6. Harris-Hayes M, Czuppon S, Van Dillen LR, Steger-May K, Sahrmann S, Schootman M, Salsich GB, Clohisy JC, Mueller MJ. Movement-pattern training to improve function in people with chronic hip joint pain: a feasibility randomized clinical trial. journal of orthopaedic & sports physical therapy. 2016 Jun;46(6):452-61. (un essai clinique randomisé de faisabilité sur l’entraînement du patron de mouvement pour améliorer la fonction chez les personnes souffrant de douleurs chroniques de l’articulation de la hanche, en anglais original)
  7. Ranawat AS, Gaudiani MA, Slullitel PA, Satalich J, Rebolledo BJ. Foot progression angle walking test: a dynamic diagnostic assessment for femoroacetabular impingement and hip instability. Orthopaedic Journal of Sports Medicine. 2017 Jan 10;5(1):2325967116679641.
  8. Lewis CL, Sahrmann SA, Moran DW. Effect of hip angle on anterior hip joint force during gait. Gait & posture. 2010 Oct 1;32(4):603-7.
  9. 9.0 9.1 9.2 9.3 Igawa T, Katsuhira J, Hosaka A, Uchikoshi K, Ishihara S, Matsudaira K. Kinetic and kinematic variables affecting trunk flexion during level walking in patients with lumbar spinal stenosis. PLoS One. 2018 May 10;13(5):e0197228. (un article sur les variables cinétiques et cinématiques affectant la flexion du tronc lors de la marche sur surface plane chez des patients atteints de sténose spinale lombaire, en anglais original)
  10. 10,0 10,1 10,2 Igawa T, Ishii K, Suzuki A, Ui H, Urata R, Isogai N, Sasao Y, Nishiyama M, Funao H. Dynamic alignment changes during level walking in patients with dropped head syndrome: Analyses using a three-dimensional motion analysis system. Scientific reports. 2021 Sep 14;11(1):1-0. (un article présentant une analyse, supportée par un système d’analyse du mouvement tridimensionnel, du changements d’alignement dynamique pendant la marche sur surface plane chez les patients atteints du syndrome de la tête tombante)
  11. 11.0 11.1 DeVita P, Hortobagyi T. Age causes a redistribution of joint torques and powers during gait. Journal of applied physiology. 2000 May 1;88(5):1804-11.
  12. Bączkowicz D, Skiba G, Czerner M, Majorczyk E. Gait and functional status analysis before and after total knee arthroplasty. The Knee. 2018 Oct 1;25(5):888-96.
  13. YouTube. Fabers Test Hip and SIJ | Clinical Physio Premium. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=X6trjwpyjdM (last accessed 23/06/2022)


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