Rédactrice originale – Merinda Rodseth d’après le cours de
Bernice Saban
Principales collaboratrices – Merinda Rodseth, Jess Bell, Kim Jackson, Ewa Jaraczewska et Olajumoke Ogunleye
Le diagnostic du syndrome de la douleur en plantaire du talon (SDPT) repose principalement sur les symptômes du patient et sur la palpation manuelle du talon douloureux. (1) (2) Cependant, ce diagnostic ne peut toujours pas être confirmé à l’aide d’un test clinique fiable. Ceci est important car des outils d’évaluation valides sont nécessaires pour assurer une prise en charge optimale. Ces outils permettent non seulement aux professionnels de la santé d’évaluer l’état du patient, mais aussi de vérifier l’efficacité du traitement et de déterminer les modalités de traitement à utiliser.
Cet article propose une analyse de la littérature disponible concernant l’évaluation du SDPT.
Bien que divers tests aient été proposés pour l’évaluation et le diagnostic du SDPT, aucun test n’a été accepté comme « référence standard » (« gold standard »). (1) Il est donc nécessaire d’analyser la recherche disponible afin de déterminer lesquels des tests proposés sont fiables et valides pour évaluer le SDPT (figure 1).
Figure 1. Outils d’évaluation pour le SDPT (3)
L’ « effet de treuil » décrit la manière dont le fascia plantaire soutient le pied pendant les activités en mise en charge, tout en fournissant des informations sur les contraintes biomécaniques exercées sur le fascia plantaire. (4) Hicks (5) a décrit à l’origine le pied et ses ligaments comme une « structure triangulaire en forme d’arche », le fascia plantaire formant la « base » ou la « tige » qui s’étend du calcanéum aux phalanges. (4) Dans la phase de propulsion de la marche, le fascia plantaire s’enroule autour de la tête du premier métatarsien pendant la flexion dorsale de la cheville et l’extension de l’hallux. La distance entre le calcanéum et les métatarses s’en trouve ainsi raccourcie. Le raccourcissement du fascia plantaire qui résulte de l’extension du gros orteil simule le mécanisme de l’ « effet de treuil » (corde ou câble tendu).(4)
Le test de l’effet de treuil induit donc une tension sur le fascia plantaire par une extension forcée de l’hallux. Cette tension est associée à une augmentation de la douleur au site d’insertion de l’aponévrose plantaire chez les patients atteints d’aponévrosite plantaire. (6) Cependant, lorsque De Garceau et al. (6) ont étudié l’association entre le diagnostic d’aponévrosite plantaire et les résultats du test d’effet de treuil, ils ont constaté que même si le test est spécifique pour le SDPT, il a une sensibilité faible, ce qui limite sa valeur dans l’évaluation clinique (figure 2).
Figure 2. Relation entre le diagnostic d’aponévrosite plantaire et les résultats du test de l’effet de treuil (3) (6)
La tension induite par l’extension du premier métatarsien ne se limite pas non plus à la seule aponévrose plantaire, mais implique diverses structures du pied, dont le nerf tibial et le nerf plantaire médial. (Texte de l’encadré : Le test de l’effet de treuil est spécifique mais pas assez sensible pour être utile à des fins diagnostiques.)(7)
La palpation manuelle du talon par une pression du pouce est un outil couramment utilisé par les cliniciens pour localiser le site exact de la douleur. Il a été proposé que cela puisse aider à la fois au diagnostic et à la prescription d’un traitement chez les patients atteints d’un SDPT.(3)(8)(9)(10) Aucune étude n’a cependant quantifié la pression mécanique nécessaire pour déclencher la douleur chez les patients atteints d’un SDPT et il n’existe aucun essai clinique permettant d’affirmer qu’il s’agit d’un outil d’évaluation valable pour le SDPT.(3)(8)
Saban et Masharawi (8) ont utilisé le seuil de douleur à la pression (SDP) pour évaluer la zone et l’étendue de la sensibilité à la douleur chez les personnes souffrant ou non de douleurs au talon (figure 3). Ils ont identifié la partie antéromédiale du talon comme étant l’endroit le plus sensible du talon, mais aucune différence significative n’a été constatée entre les personnes souffrant ou non de douleurs au talon (figure 4). Cela signifie que le test n’est pas assez sensible pour le SDPT. (Texte de l’encadré : La palpation et le SDP ne sont pas recommandés comme outils d’évaluation et de diagnostic pour le SDPT.) (8)
L’imagerie est généralement utile pour obtenir des diagnostics précis, pour initier un traitement approprié et pour déterminer le pronostic.(2) Diverses méthodes d’imagerie, notamment la radiographie conventionnelle, l’échographie et l’imagerie par résonance magnétique (IRM), ont été utilisées pour évaluer les différentes structures impliquées dans la douleur en plantaire du talon (figure 5).(1)(2)(3)(11)(12)(13)
Figure 5. Modalités d’imagerie et tissus évalués (3)
Imagerie de l’aponévrose plantaire
Les personnes atteintes d’un SDPT sont 105 fois plus susceptibles de présenter un épaississement de l’aponévrose plantaire de plus de 4,0 mm que les autres, ce qui en fait un signe fiable du SDPT. (2) (12)
Mahowald et al. (14) ont ensuite étudié la corrélation entre l’épaisseur de l’aponévrose plantaire et les symptômes de l’aponévrosite plantaire afin d’évaluer l’efficacité des modalités de traitement. Ils ont constaté qu’une réduction de la douleur était fortement corrélée à une réduction de l’épaisseur de l’aponévrose plantaire. L’épaisseur de l’aponévrose plantaire est toutefois restée supérieure à 4 mm, ce qui indique encore une SDPT (figure 6). (3) (14)
Rathleff et al. (15) ont utilisé l’épaisseur de l’aponévrose plantaire comme mesure de résultat pour évaluer l’efficacité des semelles orthopédiques et des étirements spécifiques de l’aponévrose plantaire par rapport aux semelles orthopédiques et à l’entraînement musculaire à haute charge chez les patients souffrant d’aponévrosite plantaire. Ils ont également constaté une réduction de l’épaisseur de l’aponévrose plantaire dans les deux groupes, mais son épaisseur est restée supérieure à 4 mm (figure 7). (3) (15) (Texte de l’encadré : L’évaluation par imagerie de l’épaisseur de l’aponévrose plantaire est un outil de diagnostic utile pour les patients atteints de douleur au talon, mais ne permet pas de mesurer l’évolution de leur condition.)
D’autres résultats d’imagerie liés à l’aponévrose plantaire sont présentés dans la figure 8. (2) (3) (3) (12)
Figure 8. Autres caractéristiques de l’aponévrose plantaire mises en évidence par l’imagerie (3)
Imagerie d’autres structures du pied
Outre l’épaisseur de l’aponévrose plantaire, le coussinet graisseux et les épines calcanéennes sont également visibles à l’imagerie, mais, comme nous l’avons vu ici, ils ne sont pas significatifs dans le cas du SDPT. L’influence de l’électromyographie sera abordée plus en détail dans le cours d’anatomie (figure 9).
Figure 9. Imagerie des autres structures du pied (3)
Même si les études d’imagerie médicale peuvent être utiles pour détecter des anomalies aux pieds des personnes souffrant de douleurs au talon, il y a encore une controverse quant à sa capacité à identifier les personnes souffrant de SDPT et à refléter des changements significatifs dans l’état du patient. En outre, de nombreux cliniciens n’y ont pas accès directement dans leur clinique pour l’évaluation des patients. (Texte de l’encadré : L’imagerie médicale peut détecter des anomalies dans les pieds des personnes souffrant de douleurs au talon, mais ne parvient pas à refléter un changement dans l’état clinique du patient.)(1)
Le syndrome du canal tarsien est une compression du nerf tibial ou de ses branches dans le canal tarsien fibreux. Il a également été proposé comme cause de la douleur en plantaire du talon (figure 10). (16) (17) Le test de Tinel pour le canal tarsien, qui consiste à tapoter le nerf tibial au niveau du canal tarsien pour provoquer une douleur/un picotement au niveau du talon, a donc été suggéré comme outil d’évaluation du SDPT (figure 10).(3)(17) Cependant, il n’existe actuellement aucune preuve soutenant l’utilisation du test de Tinel pour le canal tarsien dans le SDPT. (Texte de l’encadré : Il n’existe pas de données probantes soutenant le test de Tinel pour le canal tarsien en tant qu’outil d’évaluation du SDPT.)
« Les données rapportées par le patient (DRP) sont directement rapportées par le patient sans interprétation des réponses du patient par un clinicien ou toute autre personne et concernent la santé, la qualité de vie ou l’état fonctionnel du patient associés aux soins de santé ou au traitement. » (18) En raison du manque de mesures objectives pour évaluer le SDPT, de nombreuses études ont utilisé les données rapportées par le patient comme moyen d’évaluer l’efficacité des modalités de traitement chez les personnes souffrant de SDPT. (1) Les deux guides de pratique clinique sur la douleur au talon de l’ « American Physical Therapy Association » (9)(19) recommandent l’utilisation de quatre DRP différents pour l’évaluation du SDPT (figure 11).
Figure 11. Données rapportées par le patient recommandées par les guides de pratique clinique de l’« American Physical Therapy Association » (3) (9) (19)
Martin et al. (20) ont proposé qu’afin d’interpréter correctement leur score, les mesures de résultats pour le pied et la cheville doivent posséder quatre qualités distinctes : la validité de contenu, la sensibilité, la validité de construit et la fidélité. Ces qualités doivent être prises en compte par les cliniciens lors de la sélection et de l’utilisation d’une mesure de résultats (figure 12).
Figure 12. Catégories de preuves pour les DRP (3) (20)
Martin et al. (20) ont ensuite recommandé l’utilisation de cinq instruments auprès des personnes souffrant de pathologies liées au pied et à la cheville, dont quatre ont également été proposés par les guides de pratique clinique de l’« American Physical Therapy Association » (figure 13). (9) (19)
Figure 13. Mesures de résultats autodéclarés pour le pied et la cheville (3) (9) (19)(20)
Dans une méta-analyse sur le pied et la cheville réalisée entre 2002 et 2011, Hunt et al. (21) ont recensé 139 questionnaires différents sur la douleur du pied. Les cinq DRP les plus utilisés comprennent l’Indice fonctionneldu pied (FFI), qui a également été inclus dans les guides de pratique clinique (figure 14). (9)(19)(21)
Figure 14. Les cinq DRP les plus populaires pour les douleurs de la cheville et du pied (3)(21)
La figure 15 présente quelques points de conclusion à prendre en compte lors de l’utilisation des DRP.(3)
Figure 15. Conclusion concernant les DRP (3)
Les DRP peuvent être idéaux pour déterminer la perception qu’a le patient de ses capacités, mais ne parviennent pas à refléter pleinement l’étendue du fonctionnement du patient. (1) Les DRP sont donc plus utiles pour évaluer une série de traitements que des traitements individuels. (1) (Texte de l’encadré : Les DRP sont d’une utilité limitée pour le clinicien et sont davantage utilisés pour évaluer une série complète de traitements ou à des fins de recherche.)
En raison du manque de mesures objectives pour évaluer le SDPT, Grieve et Palmer (22) ont mené une enquête en ligne auprès de physiothérapeutes britanniques sur leur approche actuelle de l’aponévrosite plantaire. Ils ont reçu 257 questionnaires remplis en réponse à leur enquête. Un résumé de leurs conclusions est présenté dans la figure 16. (3) (22)
Figure 16. Pratique actuelle des physiothérapeutes pour le diagnostic de l’aponévrosite plantaire (3) (22)
Cependant, chacun de ces éléments peut être critiqué en raison du manque de preuves, comme nous l’expliquons ici. Cela réitère le manque de preuves concernant les tests d’examen physique à utiliser dans l’évaluation clinique des patients atteints de SDPT et nous amène à l’objectif de cette série de cours : l’introduction d’un nouveau protocole pour les SDPT. Saban et Masharawi (1) ont identifié trois tests cliniques susceptibles de provoquer la douleur au talon correspondante chez les personnes atteintes de SDPT et, par conséquent, d’être utiles pour évaluer le SDPT. Ces tests sont les suivants :
À partir de la revue de la littérature disponible, voici les recommandations en matière d’évaluation de la douleur en plantaire du talon :