Rédactrice originale – Naomi O’Reilly
Principales collaboratrices – Naomi O’Reilly , Jess Bell et Ewa Jaraczewska
La longueur musculaire désigne la capacité d’un muscle traversant une ou plusieurs articulations à s’allonger, permettant ainsi à l’articulation ou aux articulations de bouger dans toute leur amplitude articulaire. (1) (2) La capacité d’un muscle à s’allonger est essentielle pour les activités fonctionnelles, (3) les professionnels de la réadaptation doivent donc tenir compte de la longueur musculaire lorsqu’ils évaluent et traitent les patients. Cet article présente les principes généraux d’évaluation de la longueur musculaire.
Les muscles sont reliés aux os ou aux capsules articulaires par des structures de tissu conjonctif, telles que les tendons ou les aponévroses. (4)
Les muscles squelettiques sont constitués de fibres musculaires striées. Ces fibres musculaires contiennent des unités plus petites appelées myofibrilles, qui sont constituées de myofilaments épais et fins. Ces filaments sont organisés longitudinalement en unités appelées sarcomères, qui constituent l’unité contractile de base de la fibre musculaire.(5)
Le ventre d’un muscle génère une force lorsque les sarcomères se contractent. Cela rapproche l’origine et l’insertion du complexe muscle-tendon, ce qui raccourcit le muscle. (4) Lorsque les sarcomères se contractent, le chevauchement entre les myofilaments épais et fins augmente. L’ampleur du chevauchement diminue au fur et à mesure que le muscle se détend afin que la fibre musculaire puisse s’allonger. La longueur musculaire maximale correspond donc à la plus grande extensibilité du complexe muscle-tendon.(6)
Kruse et ses collègues (4) affirment : « La force exercée activement par un muscle peut être exprimée comme une fonction de la longueur musculaire. » (4)
Pour une discussion détaillée de ces principes, consulter l’article suivant de Kruse et al. : Stimuli for adaptations in muscle length and the length range of active force exertion – a narrative review.
L’évaluation de la longueur musculaire permet de déterminer si la longueur d’un muscle est normale, diminuée ou augmentée. Cette évaluation peut aider à déterminer si les modifications de la souplesse musculaire contribuent à une déficience du mouvement et/ou à des symptômes, ou si d’autres structures sont impliquées.(7)
Pour évaluer la longueur musculaire, il faut positionner le muscle de manière à ce que la distance entre son origine et son insertion augmente, c’est-à-dire que l’on allonge le muscle dans la direction opposée à son action. (7) Par exemple, pour mesurer la longueur des fléchisseurs de la hanche, on positionne la hanche en extension.
Deux méthodes principales sont utilisées pour évaluer la longueur musculaire : les tests composites et les mesures directes.
La longueur musculaire est généralement évaluée à l’aide de tests composites (par exemple, le test d’Apley ou le test « sit and reach » ). Ces tests examinent le mouvement de plus d’un muscle ou d’une articulation. Cependant, bien qu’ils soient fréquemment utilisés, la recherche suggère qu’ils ne fournissent pas de mesures précises de la longueur musculaire parce qu’ils évaluent des combinaisons de mouvements sur plusieurs articulations et impliquent plusieurs muscles. Ainsi, ils tendent à donner une idée générale de la flexibilité plutôt qu’une mesure exacte de la longueur d’un seul muscle.(2)
Dans la méthode de mesure directe, la distance entre les segments adjacents de l’articulation est mesurée. Lors de l’utilisation de cette méthode, il faut tenir compte du fait que les muscles sont caractérisés par le nombre d’articulations qu’ils traversent, c’est-à-dire les muscles mono-articulaires, bi-articulaires et multi-articulaires.
Les muscles mono-articulaires ne traversent qu’une seule articulation. Ils permettent généralement une amplitude articulaire passive complète au niveau de l’articulation qu’ils traversent. Si un muscle mono-articulaire est raccourci et limite l’amplitude articulaire, vous remarquerez une sensation de fin de mouvement ferme causée par la tension musculaire. (2) (7) Pour déterminer la longueur d’un muscle mono-articulaire, on mesure l’amplitude articulaire passive de l’articulation qu’il croise dans le sens opposé à son action.
Exemple: Pour mesurer la longueur des muscles long adducteur, court adducteur et grand adducteur :
Les muscles qui traversent deux ou plusieurs articulations ne permettent généralement pas une amplitude de mouvement complète de toutes les articulations qu’ils traversent. C’est ce qu’on appelle « insuffisance passive ».
« L’insuffisance passive se produit lorsqu’un muscle multi-articulaire est allongé au maximum au niveau des deux articulations, empêchant ainsi l’amplitude complète du mouvement de chaque articulation qu’il traverse. » (9)
Pour évaluer et mesurer la longueur d’un muscle bi-articulaire, il faut :
Exemple n° 1 : mesure de la longueur du muscle biceps brachial par rapport à l’amplitude de mouvement d’extension du coude
Le biceps brachial traverse l’épaule et le coude. Il est un fléchisseur et un supinateur du coude et est un faible fléchisseur de l’épaule. Tester la longueur du biceps brachial :
Pour mesurer l’extension de l’articulation du coude, il faut placer l’articulation de l’épaule en position neutre afin d’éviter que l’insuffisance passive du biceps brachial n’affecte les résultats. On peut comparer les résultats pour voir la différence entre l’extension du coude lorsque le biceps brachial est complètement allongé et lorsqu’il ne l’est pas.
Exemple n° 2 : mesure de la longueur du muscle droit antérieur par rapport à l’amplitude de mouvement de flexion du genou
Le muscle droit antérieur traverse la hanche et le genou. Il permet la flexion de la hanche et l’extension du genou. Pour tester la longueur du muscle droit antérieur :
Pour mesurer la flexion de l’articulation du genou, le patient est en décubitus dorsal, et on évalue l’amplitude de la flexion du genou (activement et passivement). Dans cette position, la hanche peut fléchir pendant le mouvement, ce qui empêche une éventuelle insuffisance passive du droit antérieur d’affecter les résultats.
Nous suivons les mêmes principes lorsque nous évaluons les muscles multi-articulaires. Pour mesurer la longueur d’un muscle multi-articulaire, toutes les articulations sauf une sont positionnées avec le muscle testé en position allongée. On mobilise ensuite passivement l’autre articulation traversée par le muscle jusqu’à ce que le muscle soit complètement allongé et empêche tout mouvement supplémentaire au niveau de l’articulation. On évalue et on mesure la position finale de cette articulation pour déterminer la longueur du muscle. (2) (8)
Exemple: Mesure de la longueur du muscle fléchisseur superficiel des doigts
Le muscle fléchisseur superficiel des doigts traverse le coude, le poignet et la main et s’insère dans les phalanges moyennes des 2e à 5e doigts. Il fléchit principalement les 2e à 5e doigts au niveau des articulations interphalangiennes proximales (IPP) et métacarpophalangiennes (MCP) et est un fléchisseur du poignet. Pour évaluer la longueur de ce muscle (et des autres fléchisseurs multi-articulaires des doigts) :
Trois principaux instruments de mesure sont utilisés pour évaluer la longueur des muscles : le goniomètre universel et ses variantes, l’inclinomètre et ses variantes, et les formes de mesure linéaires telles que le ruban à mesurer.
Les goniomètres mesurent les angles. Tous les goniomètres universels ont un « corps » au centre qui comprend un rapporteur d’angle et un point central, qu’il faut centrer sur l’articulation du patient, et deux « branches » qui s’alignent sur les parties du corps du patient.(1) Il a été démontré que les goniomètres ont une fidélité bonne à excellente, en fonction du mouvement et de l’articulation mesurés, la fidélité intra-évaluateur étant supérieure à la fidélité inter-évaluateur.(10) (11) Nous pouvons améliorer la validité et la fidélité des mesures de goniométrie en :(12)(13)(14)
Un inclinomètre (ou clinomètre) est utilisé pour mesurer l’angle de pente, l’élévation ou la dépression d’un objet. La plupart des inclinomètres sont calibrés par rapport à la gravité, ce qui signifie que la position de départ de l’inclinomètre peut être identifiée et reproduite en permanence. (2) Les inclinomètres sont constitués d’un disque circulaire rempli de liquide et d’une bulle ou d’une aiguille lestée qui indique un nombre (en degrés) sur un rapporteur d’angle. (2)
Les données probantes suggèrent que l’inclinomètre manuel est un instrument valide et fiable pour évaluer la longueur musculaire. (15) (16) Boyd (15) a constaté que la fidélité intra-évaluateur de l’inclinomètre manuel pour mesurer l’élévation de la jambe tendue (« SLR ») était excellente. Romero-Franco et al. (16) ont constaté que la fidélité intra-évaluateur et inter-évaluateur était bonne lorsqu’un inclinomètre était utilisé pour évaluer le mouvement du genou.
Les rubans à mesurer sont l’un des instruments de mesure les plus simples que l’on puisse utiliser. Les mesures sont généralement prises en centimètres (cm) ou en pouces (po). Un ruban à mesurer est peu coûteux, facile à utiliser et facilement disponible dans la plupart des cliniques.(2)
Rosa et al. (17) ont étudié l’évaluation de la longueur musculaire du petit pectoral à l’aide d’un ruban à mesurer et ont constaté qu’elle présentait une bonne fidélité intra-évaluateur (ICC 0,82 – 0,87) lors d’un test effectué le même jour. (17)
Le respect de ces principes peut contribuer à améliorer la précision de votre évaluation de la longueur musculaire.(2)
Niveau de compétence : Tout clinicien doit savoir utiliser les outils de mesure pour améliorer la fidélité d’un test de longueur musculaire. Les cliniciens doivent se pratiquer à utiliser un instrument jusqu’à ce qu’ils atteignent un niveau élevé de fidélité intra-évaluateur.(2)
La communication : Les patients doivent recevoir des informations détaillées avant l’évaluation afin de comprendre ce qui va se passer et ce qu’ils doivent faire. Avant de commencer l’évaluation de la longueur musculaire, il faut expliquer ce que l’on va faire et pourquoi. On peut montrer au patient l’instrument de mesure que l’on va utiliser. Il faut éviter d’utiliser le jargon médical pour assurer la compréhension – par exemple, éviter les termes tels que décubitus dorsal et décubitus ventral ou proximal et distal. (2) (1)
Positionnement : Lors d’un test de longueur musculaire, nous mesurons la position finale, allongée du muscle – nous n’avons pas besoin de mesurer la position de départ. (1) Il faut veiller à ce que le muscle testé est allongé sur toutes les articulations qu’il traverse. (6)
Isoler le muscle : Il faut isoler le muscle testé autant que possible (sur une ou deux articulations). (2)
Stabilisation : Au cours d’un test, il faut veiller à stabiliser une extrémité (généralement le segment osseux proximal de l’articulation en mouvement) et à bouger passivement l’autre extrémité pour allonger le muscle. (6) Des mouvements de compensation au niveau d’autres articulations peuvent se produire en l’absence d’une stabilisation adéquate, ce qui peut affecter les résultats. (2)
Vitesse du mouvement : Le clinicien doit bouger lentement l’articulation dans toute l’amplitude possible afin de déterminer la longueur du muscle. De cette manière, on évite de provoquer un étirement rapide du fuseau musculaire, ce qui pourrait entraîner une contraction musculaire.(18)
Identification de la sensation de fin de mouvement : La sensation de fin de mouvement fait référence à la qualité de la résistance des tissus au mouvement à la fin de l’amplitude articulaire passive. (2) Les sensations finales courantes sont dures (osseuses), fermes (capsulaires, musculaires et ligamentaires) et molles (approximation des tissus mous). Lors de l’évaluation de la longueur musculaire, on s’attend à une sensation de fin de mouvement ferme, car le muscle doit être complètement étiré. Le patient peut également signaler une sensation de traction, d’étirement ou de douleur dans la région du muscle allongé. (2) (6)
Alignement de l’instrument de mesure : Les repères osseux sont généralement utilisés pour aligner nos instruments de mesure lors de l’évaluation de la longueur des muscles. En effet, les repères osseux sont plus stables et moins susceptibles de changer de position sous l’effet de facteurs tels que l’œdème. Il faut généralement trouver trois points de repère pour aligner un goniomètre :
Documentation : Inscrire les résultats du test de longueur musculaire (et la position du test) dans le dossier du patient.
Douleur aiguë : Si un patient souffre d’une douleur aiguë, il peut être nécessaire de reporter le test de longueur musculaire – sinon, la défense musculaire ou l’inhibition par la douleur peut avoir un impact sur les résultats. (7)
Les données probantes suggèrent que les femmes biologiques ont tendance à être plus flexibles que les hommes biologiques. (19) (20) Des recherches portant spécifiquement sur la longueur des ischiojambiers ont démontré que les femmes peuvent avoir jusqu’à 8 degrés d’amplitude de plus lors de l’élévation de la jambe tendue (« SLR ») passive (21) et 12 degrés d’amplitude de plus lors d’un test d’extension active du genou par rapport aux hommes. (22)
Nos muscles changent également avec l’âge. Les personnes âgées présentent une fibrose accrue, une sarcopénie, une diminution de la production de force et une réduction générale de la flexibilité. (23) Justine et al. (24) ont noté qu’il pourrait y avoir une association entre l’amplitude articulaire et la longueur musculaire dans le membre inférieur et la performance en matière d’équilibre chez les personnes âgées souffrant de déformations du pied. (24)
Cependant, comme l’ont souligné Reese et Bandy, (2) il n’existe pas beaucoup d’études sur les changements de longueur musculaire liés à l’âge qui utilisent des tests de mesure directe. Cependant, au moins une étude sur la longueur des ischiojambiers, qui utilise cette méthode, n’a pas trouvé de différence significative dans la longueur musculaire avec un âge plus avancé. (21) (2)
La posture peut avoir un impact sur la longueur musculaire car nos muscles et nos tissus s’adaptent à la façon dont ils sont utilisés. Par exemple, dans le cas d’une posture den protraction de la tête, il a été constaté que les fléchisseurs cervicaux et les extenseurs occipitaux se raccourcissent par rapport à une position de rachis neutre, tandis que les extenseurs cervicaux et les fléchisseurs occipitaux sont plus allongés.(25)
Une longueur musculaire suffisante permet d’optimiser les mouvements. L’évaluation de la longueur musculaire est donc une pièce importante du puzzle clinique. Lors de l’évaluation, il faut garder à l’esprit les points suivants :