Évaluation de la force musculaire

Rédactrices originales Naomi O’Reilly et Wanda van Niekerk

Principales collaboratricesNaomi O’Reilly, Wanda van Niekerk, Jess Bell, Angeliki Chorti et Kim Jackson

Introduction(edit | edit source)

La force musculaire est définie comme la force maximale qu’un muscle ou groupe musculaire peut générer à une vitesse spécifique ou prédéterminée.(1) Il s’agit essentiellement de la capacité des muscles squelettiques à développer une force afin d’assurer la stabilité et la mobilité au sein du système musculosquelettique, ce qui est nécessaire pour accomplir des mouvements fonctionnels.(2) L’évaluation de la force musculaire fait partie intégrante de l’évaluation objective car elle fournit des informations importantes sur la force et les déficits neurologiques.

La force musculaire diminue avec l’âge, et de nombreuses pathologies peuvent entraîner une diminution de la force et du contrôle musculaires.(2) Par exemple, elle peut être réduite en raison d’une blessure, d’une infection, d’une intervention chirurgicale majeure ou de nombreuses conditions médicales, comme un accident vasculaire cérébral, l’infirmité motrice cérébrale, la dystrophie musculaire, un syndrome métabolique, une lésion médullaire, une maladie du motoneurone, la sclérose en plaque, la maladie de Parkinson, la MPOC, une insuffisance cardiaque et l’arthrite. La force musculaire peut être un facteur prédictif de la mortalité, de la durée du séjour à l’hôpital et de la réadmission à l’hôpital.

Facteurs influençant la force musculaire ( edit | edit source )

La force dépend d’une combinaison de facteurs morphologiques et neuraux, incluant : (3)

  • le type de contraction musculaire;
  • la surface transversale du muscle;
  • l’architecture musculaire;
  • la raideur de la structure musculotendineuse;
  • le recrutement des unités motrices, leur fréquence du recrutement (« rate coding ») et leur synchronisation;
  • l’inhibition neuromusculaire;
  • la vitesse de contraction.

Types de contraction musculaire ( edit | edit source )

Une contraction musculaire se produit lorsque les sites qui génèrent de la tension à l’intérieur des cellules musculaires sont activés. Le type de contraction est défini selon les changements de longueur du muscle pendant la contraction.

Contractions isométriques ( edit | edit source )

En grec, isos : « égal » et métron : « mesure »

  • Une contraction isométrique est une contraction statique produisant une résistance variable ou adaptable qui n’entraîne pas de modification de la longueur du muscle. (4) Une tension est créée dans le muscle, mais la distance entre les attaches musculaires reste la même. Lors d’une contraction isométrique, les ponts transversaux se forment, se relâchent et se reforment. Il n’y a pas de mouvement et aucun travail externe n’est effectué par le muscle.

Veuillez noter que le terme « ponts transversaux » fait référence à la liaison entre les filaments de myosine et d’actine. (5) Pour en savoir plus sur les ponts transversaux et la théorie des filaments glissants, cliquez ici : Sarcomere (page Physiopedia sur les sarcomères, en anglais original).

Contractions isotoniques ( edit | edit source )

En grec, isos : « égal » et tónos « tension »

Figure 1. Types de contraction musculaire (6)

Dans une contraction isotonique, la tension reste la même, mais la longueur du muscle change. Il existe deux types de contractions isotoniques : les contractions concentriques et les contractions excentriques.

Contraction concentrique

  • Lors d’une contraction concentrique, il y a un raccourcissement du muscle, (7) de sorte que l’origine et l’insertion du muscle se rapprochent l’une de l’autre.
  • Un muscle effectue une contraction concentrique lorsqu’il soulève une charge ou un poids inférieur à la tension tétanique maximale qu’il peut produire.
  • Le muscle se raccourcit, un mouvement se produit et un travail externe est effectué.

Contraction excentrique

  • Lors d’une contraction excentrique, le muscle s’allonge alors qu’il cède à une force extérieure supérieure à la force de contraction exercée par le muscle. (8) (9)
  • En fait, le muscle ne s’allonge pas. Il passe plutôt de sa position raccourcie à sa longueur normale.
  • Le muscle s’allonge, le mouvement se produit et un travail externe est effectué.

Longueur musculaire ( edit | edit source )

La longueur des muscles est un facteur important dans la détermination de la force et de la tension. L’amplitude complète dans laquelle un muscle peut travailler correspond à l’amplitude comprise entre la position d’étirement maximal et la position de raccourcissement maximal. Comme le démontre le tableau 1, l’amplitude complète est divisée en trois zones.(10)

Tableau 1. Les trois zones de l’amplitude de la longueur musculaire
Zone externe Zone interne Zone du milieu
  • Le muscle travaille dans une position d’étirement maximale (10)
  • Le muscle bouge entre la longueur musculaire la plus longue et le milieu de l’amplitude (10)
  • Il y a un minimum de chevauchement entre l’actine et la myosine (11)
  • Moins de ponts transversaux sont formés
  • Moins de tension est générée
  • Le muscle travaille dans une position raccourcie au maximum (10)
  • Le muscle se déplace entre la longueur musculaire la plus courte et le milieu de l’amplitude (10)
  • Il y a un chevauchement de l’actine et de la myosine
  • Il y a une diminution du nombre de sites disponibles pour la formation de ponts transversaux (11)
  • Moins de force est générée
  • le muscle travaille entre le centre de la zone externe et le centre de la zone interne (10)
  • Il y a un chevauchement optimal de l’actine et de la myosine
  • Il y a un nombre optimal de sites pour la formation de ponts transversaux
  • Un maximum de tension est généré (11)

Types de fibres musculaires ( edit | edit source )

  • Il existe trois types de fibres musculaires.
    • Elles peuvent être classées en fonction de la vitesse à laquelle les fibres se contractent en comparaison avec les autres fibres et de la façon dont les fibres régénèrent l’adénosine triphosphate (ATP) (c’est-à-dire la source d’énergie des muscles).
    • Le type de fibre musculaire peut également être influencé par l’entraînement.
      • Les personnes qui pratiquent des sports d’endurance ont tendance à avoir un plus grand nombre de fibres à contraction lente.(12)
      • Les personnes qui sont meilleures dans les épreuves de sprint ont tendance à avoir un plus grand nombre de fibres musculaires à contraction rapide.(12)
Tableau 2. Types de fibres musculaires (13)
Type I / contraction lente / oxydation lente Type IIa / contraction rapide / oxy-glycolytique Type IIb / contraction rapide / glycolytique
  • contractions relativement lentes
  • utilisent la respiration aérobie (oxygène et glucose) pour produire de l’ATP
  • produisent des contractions de faible puissance sur de longues périodes et ne se fatiguent que lentement
  • capacité aérobie élevée, efficaces lors du travail isométrique, utiles pour le maintien de la posture et la stabilisation des articulations
  • contractions rapides
  • utilisent principalement la respiration aérobie
  • réagissent plus rapidement que le type I mais se fatiguent aussi plus rapidement parce qu’ils peuvent passer à la respiration anaérobique (glycolyse)
  • contractions rapides
  • utilisent principalement la glycolyse anaérobie
  • la réponse la plus rapide, mais se fatiguent rapidement et récupèrent relativement lentement.

Pour en savoir plus : Muscle Fibre Types, Sliding Filament Model of Contraction et The Muscle Contraction Process (pages Physiopedia sur les types de fibres musculaires, le modèle de contraction par filaments glissants et le processus de contraction musculaire, en anglais original).

Facteurs neuraux ( edit | edit source )

  • Les facteurs neuraux influencent la capacité du muscle à développer une tension, ce qui détermine l’ampleur de l’activation d’un muscle.
  • La tension est influencée par l’entrée neuronale par le biais de deux mécanismes(14) :
    • le recrutement des unités motrices;
    • la modification de la fréquence de décharge des unités motrices.

Intégrité du tissu conjonctif ( edit | edit source )

  • Pour qu’une personne contracte intentionnellement un muscle, elle doit générer un signal dans son cerveau. Ce signal part du cerveau, passe par les cellules nerveuses du tronc cérébral et de la moelle épinière pour atteindre les nerfs périphériques et le muscle.
  • Divers facteurs peuvent avoir un impact sur l’intégrité des tissus conjonctifs à n’importe quel endroit sur ce trajet et, par conséquent, affecter la production de force et la force musculaire globale.
    • Il a été démontré que la douleur affecte la production de force musculaire.
      • La douleur réduit la contraction volontaire maximale et l’endurance pendant les contractions sous-maximales.(15)
    • Il existe une corrélation entre l’intensité de la douleur et la réduction de la force musculaire chez les personnes souffrant de douleurs chroniques.
      • Une augmentation de l’intensité de la douleur entraîne une diminution de la force musculaire et de la production de force.(16)
    • L’inflammation peut avoir un impact sur la production de force.
      • La recherche suggère que des niveaux plus élevés de marqueurs inflammatoires sanguins sont significativement associés à une force et une masse musculaires squelettiques plus faibles.(17)
    • De nombreuses affections, notamment les troubles neuromusculaires, le cancer, les maladies inflammatoires chroniques et les maladies graves aiguës, sont associées à une atrophie des muscles squelettiques, à une faiblesse musculaire, à une fatigue musculaire générale, à une augmentation de la morbidité et de la mortalité et à une diminution de la qualité de vie.(18)

Âge(edit | edit source)

  • Avec l’âge, les muscles changent progressivement. Ces changements entraînent principalement une réduction de la masse et de la force musculaires.
  • La masse musculaire diminue d’environ 3 à 8 % par décennie après l’âge de 30 ans. Ce taux est encore plus prononcé après l’âge de 60 ans. (19) (20)
  • Le nombre total de fibres musculaires diminue avec l’âge, à partir d’environ 25 ans et de plus en plus rapidement à partir de cet âge. Cela entraîne une réduction de la surface de la section transversale des muscles et une diminution de la puissance musculaire.(21)
  • On observe également une diminution du nombre d’unités motrices fonctionnelles. (22) Ce phénomène est associé à un élargissement des unités motrices restantes (ces unités restantes subissent également une « réduction de la stabilité de la transmission à la jonction neuromusculaire »). (23)
  • Globalement, ces modifications de la masse musculaire, des fibres musculaires et de la section transversale des muscles au cours du processus de vieillissement sont importantes sur le plan clinique, car elles entraînent une diminution de la force musculaire.

Pour en savoir plus : Muscle Function: Effects of Ageing (page Physiopedia sur la fonction musculaire et les effets du vieillissement, en anglais original).

Contre-indications(edit | edit source)

L’évaluation de la force musculaire est généralement contre-indiquée lorsqu’une contraction musculaire ou un mouvement de la partie du corps évaluée risque de perturber le processus de guérison, de provoquer une blessure ou d’aggraver l’état du patient.(10) Voici quelques cas où une évaluation de la force musculaire peut être contre-indiquée (10) :

  • fracture non consolidée;
  • luxation ou articulation instable;
  • situations où la mobilité active ou l’effort contre résistance sont contre-indiqués (par exemple, protocoles post-opératoires, etc.)
  • présence de douleur pouvant fausser le résultat de l’épreuve musculaire;
  • inflammation grave;
  • ostéoporose grave;
  • hémophilie;
  • problèmes cognitifs ou diminution de la capacité à réaliser l’épreuve.

Précautions(edit | edit source)

Lors de l’évaluation de la force musculaire, il convient de respecter la douleur du patient et à s’assurer de son confort. Les précautions spécifiques comprennent :

Évaluation de la force musculaire ( edit | edit source )

Le bilan musculaire manuel est utilisé pour déterminer la capacité d’un muscle ou d’un groupe musculaire à produire de la force. Il fournit des informations utiles pour le diagnostic différentiel, le pronostic et la prise en charge des troubles neuromusculaires et musculosquelettiques. (24) Bien qu’il existe de nombreuses méthodes d’évaluation de la force musculaire, trois approches principales sont décrites dans la littérature et utilisées en clinique (voir le tableau 3) : les épreuves isocinétiques, isotoniques et isométriques.

Tableau 3. Approches principales pour l’évaluation de la force musculaire
Isotonique Isocinétique Isométrique
  • évalue la force musculaire en utilisant une résistance externe constante (25)
  • implique l’utilisation de poids libres ou d’appareil offrant une résistance (25)
  • des techniques d’évaluation telles que la charge maximale pour une répétition (1-RM) sont utilisées: (25)
    • 1-RM = le poids maximal qu’un patient peut soulever contre la gravité dans toute l’amplitude du mouvement.
    • le poids est ajusté, lors d’essais répétés, jusqu’à ce que l’on identifie le poids que le patient ne peut plus soulever qu’une seule fois
    • un repos suffisant est nécessaire entre les tentatives pour éviter la fatigue
    • méthode d’évaluation qui prend beaucoup de temps
    • il s’agit d’une évaluation musculaire globale visant les groupes musculaires plutôt que les muscles individuels
    • Pour en savoir plus sur le 1-RM (paragraphe d’une page Physiopedia, en anglais original)
  • évalue la force musculaire à l’aide d’équipements spécialisés (dynamomètres isocinétiques) où la vitesse du mouvement reste constante pendant la contraction musculaire (25)
  • le dynamomètre isocinétique génère une courbe de couple isocinétique
  • le point le plus élevé de la courbe indique la force du muscle ou du groupe musculaire évalué
  • permet une évaluation objective et quantitative de la force musculaire
  • Les appareils isocinétiques permettent : (25)
    • l’isolement d’articulations spécifiques – cela permet d’évaluer de manière ciblée des groupes musculaires spécifiques
    • l’évaluation de la force musculaire à des vitesses et des amplitudes de mouvement différentes
    • la comparaison entre les côtés gauche et droit
    • des évaluations fiables (si les protocoles d’évaluation sont respectés), mais le coût des équipements peut être prohibitif
    • il s’agit d’une évaluation musculaire globale visant les groupes musculaires plutôt que les muscles individuels
  • type d’évaluation musculaire dans lequel le muscle génère une force (à un angle articulaire spécifique) contre une résistance fixe, de sorte que la longueur du muscle reste la même pendant toute la durée de l’épreuve (25)
  • méthodes les plus couramment utilisées pour l’évaluation musculaire isométrique: (25)
    • bilan musculaire manuel (BMM)
    • bilan musculaire quantitatif (BMQ) par dynamométrie manuelle
    • les deux sont peu coûteuses et facilement transportables, le BMM ne nécessitant pas d’autre équipement que les mains de l’évaluateur

Bilan musculaire manuel (BMM) ( edit | edit source )

  • Le BMM permet de déterminer l’étendue et la gravité de la faiblesse musculaire résultant d’une maladie, d’une blessure ou de l’inactivité, afin de fournir des informations de base pour la planification des procédures thérapeutiques.
  • Il est utilisé pour évaluer la fonction et la force d’un muscle individuel ou d’un groupe musculaire, basé sur l’exécution réussie d’un mouvement en relation avec les forces de gravité ou la résistance manuelle dans l’amplitude de mouvement disponible.(10)
  • Une large gamme d’échelles est disponible pour la réalisation du BMM, notamment :
Tableau 4. Échelle du « Medical Research Council » (Échelle MRC) – (Échelle d’Oxford) (26)
Grade Description
0 Pas de contraction
1 Contraction musculaire éphémère sans mouvement
2 Mouvement actif complet lorsque l’effet de la gravité est éliminé* (minimisé)
3 Mouvement actif complet contre la gravité
4 Mouvement actif complet contre la gravité et une résistance minimale
5 Mouvement actif complet contre la gravité et une résistance maximale

*Il convient de souligner que nous essayons désormais d’éviter l’expression « gravité éliminée », car cela n’est possible qu’en apesanteur; nous utilisons donc l’expression « gravité minimisée ».

Selon l’ouvrage de Daniels et Worthington intitulé « Muscle Testing : Techniques of Manual Examination and Performance Testing », deux méthodes différentes sont utilisées pour le bilan musculaire manuel : (27)

  1. « Break test » : la résistance contre la partie du corps est appliquée alors que le patient la maintient à ou près de la fin de l’amplitude de mouvement disponible, ou au point de l’amplitude de mouvement où le muscle est le plus mis à l’épreuve. Cette méthode est appelée « break test » parce que le patient essaie d’empêcher le thérapeute de « briser » la position en appliquant une résistance.
  2. Test de résistance active : une résistance est appliquée à la partie du corps pendant toute l’amplitude du mouvement disponible. Ce type de bilan musculaire manuel nécessite un savoir-faire et de l’expérience et n’est pas la méthode recommandée.

Dynamométrie(edit | edit source)

La dynamométrie est une mesure plus précise et objective de la force qu’un muscle peut produire. Elle permet à l’évaluateur de comparer la force entre les deux côtés et de mesurer les changements dans la force au cours d’un programme de réadaptation. Elle utilise généralement le même positionnement que le bilan musculaire manuel, mais fournit des données plus quantifiables.(28)

Avantages de la dynamométrie :

  • plus sensible que le bilan musculaire manuel;
  • des normes sont disponibles.

Principes pour l’évaluation ( edit | edit source )

Voici quelques principes directeurs généraux pour l’évaluation de la force musculaire (29) (30):

  • Comparaison entre le côté sain et le côté atteint
    • Dans la mesure du possible, il faut d’abord évaluer l’amplitude articulaire active du membre sain.
      • Cela permet de connaître la volonté du patient de se mobiliser et d’obtenir une valeur de référence pour les mouvements normaux de l’articulation évaluée.
      • Cela permet également au patient de savoir ce qui est attendu, ce qui accroît sa confiance et réduit son appréhension lorsque l’on évalue le côté affecté.
  • Tout mouvement douloureux doit être évalué en dernier . Cela permet de minimiser le risque que les symptômes douloureux se répercutent sur les mouvements suivants. (29) (30)
  • Préparation
    • Identifier s’il y a des contre-indications ou des précautions, et déterminer les articulations, les muscles et les mouvements qui doivent être évalués.(10)
    • Planifier le déroulement de l’évaluation en fonction de la position du corps afin de réduire au minimum les changements de position.
  • Communication
    • Expliquer brièvement au patient la procédure de bilan musculaire manuel.(2)
    • Expliquer et démontrer le mouvement à effectuer, et/ou mobiliser passivement le membre du patient dans l’amplitude du mouvement de l’épreuve.(2)
    • Expliquer et démontrer les rôles de l’évaluateur et du patient, et confirmer que le patient comprend et consent à participer.(2)
  • Dénudement de la zone
    • Expliquer et démontrer les repères anatomiques et les raisons pour lesquelles ils doivent être dénudés.
    • Dénuder la zone adéquatement et draper le patient comme il se doit.
  • Positionnement
    • Le positionnement adéquat du patient permet d’assurer que l’on évalue le muscle souhaité. Cela permet également d’éviter que d’autres muscles n’effectuent des mouvements et actions de substitution.(2)
    • Il faut viser à isoler l’action d’un muscle spécifique afin de minimiser l’influence des autres muscles lors des épreuves.
      • Installer le patient dans la position de départ.
      • S’assurer que le patient est confortable et adéquatement supporté.
      • Le muscle ou le groupe musculaire évalué peut être positionné en toute fin d’amplitude du mouvement lors de l’évaluation de la force, lorsque l’on évalue la force en fonction de l’amplitude.(2) (10) (29) Dans les cas où la force est évaluée de manière isométrique, le muscle ou le groupe musculaire doit être positionné dans la position d’épreuve appropriée.(10) Cette position est souvent à la moitié de l’amplitude de mouvement, de manière à ce que le patient puisse produire une force maximale pendant l’épreuve. Lors des épreuves isométriques, il faut savoir que la force varie en fonction de l’amplitude du mouvement.(10) Une meilleure appréciation de la capacité du muscle sera obtenue si le muscle est évalué de manière isométrique dans la zone interne, la zone du milieu et la zone externe.(10) Quelle que soit la position ou la méthode utilisée, il est essentiel d’être constant dans les épreuves lors des réévaluations. La documentation du type d’évaluation et des positions est indispensable.
      • Si la position du patient diffère des positions d’évaluation standardisées décrites dans nos vidéos présentant les techniques, il convient de le noter dans la documentation.
        • Par exemple, si un patient ne parvient pas à étendre complètement son coude, il faut noter l’angle de départ avant d’évaluer la force des fléchisseurs du coude.
    • Les tableaux 5 et 6 fournissent des informations sur le positionnement du patient pour les épreuves :
Tableau 5. Guide pour le positionnement des membres supérieurs lors du bilan musculaire manuel
Région du corps Fonction musculaire Position du patient selon le grade évalué
Grades 0 et 1 Grade 2 Grade 3, 4 et 5
Épaule Extension Décubitus ventral Décubitus latéral Décubitus ventral
Flexion Décubitus dorsal Décubitus latéral Décubitus dorsal
Abduction Décubitus dorsal Décubitus dorsal Décubitus latéral ou debout
Adduction Décubitus dorsal Décubitus dorsal Décubitus latéral ou debout
Rotation externe Décubitus ventral Décubitus dorsal Assis – Hanches et genoux à 90°
Rotation interne Décubitus dorsal Décubitus dorsal Assis – Hanches et genoux à 90°
Coude Extension Décubitus ventral Décubitus latéral ou assis Décubitus ventral ou assis
Flexion Décubitus dorsal Décubitus latéral ou assis Décubitus dorsal ou assis
Supination Décubitus dorsal ou assis Minimisation de la gravité dans toute l’amplitude du mouvement difficile Décubitus dorsal ou assis. Grade 3 – Difficile d’effectuer le mouvement dans toute son amplitude contre la gravité
Pronation Décubitus dorsal ou assis Minimisation de la gravité dans toute l’amplitude du mouvement difficile Décubitus dorsal ou assis. Grade 3 – Difficile d’effectuer le mouvement dans toute son amplitude contre la gravité
Poignet Extension Décubitus dorsal ou assis Décubitus dorsal ou assis. Avant-bras en position neutre Décubitus dorsal ou assis. Avant-bras en pronation
Flexion Décubitus dorsal ou assis Décubitus dorsal ou assis. Avant-bras en position neutre Décubitus dorsal ou assis. Avant-bras en supination
Inclinaison ulnaire (aussi appelée « déviation ulnaire ») Décubitus dorsal ou assis Décubitus dorsal ou assis.Avant-bras en pronation Décubitus dorsal ou assis. Avant-bras en pronation
Inclinaison radiale (aussi appelée « déviation radiale ») Décubitus dorsal ou assis Décubitus dorsal ou assis. Avant-bras en pronation Décubitus dorsal ou assis. Avant-bras en position neutre
Tableau 6. Guide pour le positionnement des membres inférieurs lors du bilan musculaire manuel
Région du corps Action musculaire Position du patient selon le grade évalué
Grades 0 et 1 Grade 2 Grades 3, 4 et 5
Hanche Extension Décubitus ventral Décubitus latéral Décubitus ventral
Flexion Décubitus dorsal Décubitus latéral Décubitus dorsal
Abduction Décubitus dorsal Décubitus dorsal Décubitus latéral ou debout
Adduction Décubitus dorsal Décubitus dorsal Décubitus latéral ou debout
Rotation externe Décubitus ventral Décubitus dorsal Assis – Hanches et genoux à 90°
Rotation interne Décubitus dorsal Décubitus dorsal Assis – Hanches et genoux à 90°
Genou Extension Décubitus dorsal Décubitus latéral Position assise
Flexion Décubitus ventral Décubitus latéral Décubitus ventral ou debout
Cheville Flexion plantaire Décubitus ventral Décubitus latéral Décubitus ventral ou debout
Flexion dorsale Décubitus dorsal Décubitus latéral Décubitus dorsal ou assis
Éversion Décubitus dorsal Décubitus dorsal Décubitus latéral
Inversion Décubitus dorsal Décubitus dorsal Décubitus latéral
  • Stabilisation (27)
    • Le patient doit être dans une position stable, et l’articulation sur laquelle le muscle agit doit être fermement maintenue en place.
    • L’effet de la gravité et le poids du patient sur la table ou la chaise de traitement assurent une partie de la stabilisation. Le positionnement des mains du thérapeute sur le membre du patient assure une stabilisation supplémentaire aux articulations proximales tandis que la résistance est placée distalement.
    • Des mouvements de substitution à d’autres articulations peuvent se produire si la stabilisation n’est pas adéquate, ce qui peut fausser les résultats. Les professionnels de la réadaptation doivent connaître les mouvements de substitution possibles à chaque articulation et les identifier s’ils surviennent afin d’accroître l’exactitude des résultats.
  • Application de la résistance (27)
    • Muscles monoarticulaires : la résistance doit être appliquée en fin d’amplitude pour assurer la constance de l’épreuve.
    • Muscles bi-articulaires : la résistance doit être appliquée en milieu d’amplitude, car la relation longueur-tension est plus favorable à cette amplitude.
    • Il faut viser à évaluer les muscles et les groupes musculaires dans une position où la relation longueur-tension est la meilleure possible. Toutefois, dans certaines situations, il n’est pas possible de distinguer une force de grade 5 d’une force de grade 4, à moins de désavantager le patient sur le plan mécanique.
    • Il faut appliquer une résistance lente et progressive à l’extrémité distale du membre. La résistance doit être appliquée dans le sens inverse de la force de traction du muscle évalué. En règle générale, la prise lombricale est la plus confortable pour le patient.
  • Grades
    • Il faut toujours commencer les épreuves du bilan musculaire manuel dans une position contre gravité (grade 3 de l’Échelle MRC) pour déterminer si le patient peut compléter le mouvement dans toute son amplitude contre la gravité. Il faut isoler le muscle ou le groupe musculaire évalué.
    • Si le patient ne peut effectuer une partie du mouvement contre gravité, on doit le repositionner de manière à minimiser l’effet de la gravité pour cette épreuve (c’est-à-dire que le patient effectue le mouvement dans le plan horizontal).
    • Dans ce cas, il peut être nécessaire de supporter le poids du membre sur une surface relativement sans friction ou manuellement.(2)
  • Documentation
    • La documentation relative au bilan musculaire manuel doit comporter les éléments suivants : (10)
      • le muscle évalué;
      • le grade attribué;
      • les symptômes ressentis qui ont pu avoir un impact sur les résultats du patient;
      • les modifications apportées au positionnement pour réaliser l’épreuve (exemple : quadriceps fémoral droit 4/5 avec douleur, évalué en décubitus dorsal).

Importance clinique ( éditer | éditer la source )

L’évaluation de la force musculaire peut aider à identifier une éventuelle perte de force musculaire. Une approche rigoureuse et constante est importante pour assurer l’exactitude et la reproductibilité des résultats. Il est également important de comprendre les facteurs qui peuvent avoir un impact sur la force musculaire afin de déterminer les raisons de la perte de force d’un individu. L’Échelle MRC est l’échelle de classement la plus couramment utilisée. Le bilan musculaire manuel est rapide à effectuer et ne nécessite pas d’équipement particulier. Bien qu’il s’agisse d’une mesure subjective, il possède une fiabilité interjuges acceptable. Des méthodes de mesure plus précises, telles que la dynamométrie, sont moins subjectives et fournissent une mesure quantifiable qui peut être suivie dans le temps. Cependant, elles peuvent être plus longues à appliquer et nécessiter l’accès à des équipements plus coûteux.

Résumé(edit | edit source)

  • La constance dans les techniques est importante pour obtenir des résultats valides et fiables.
  • Une bonne compréhension des facteurs qui influencent la force musculaire améliore les compétences en matière de raisonnement clinique.
  • Le bilan musculaire manuel est une compétence clinique qui doit être pratiquée sur une variété de patients afin d’acquérir les compétences et l’expérience nécessaires.

Références (edit | edit source)

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