Évaluation et traitement de la longueur des muscles dans les douleurs fémoro-patellaires

Rédacteur original – Stacy Schiurring d’après le cours de Claire Robertson

Contributeurs principauxStacy Schiurring, Jess Bell et Kim Jackson

Introduction(edit | edit source)

La douleur fémoro-patellaire résulte souvent d’une charge cumulative. Elle se manifeste par une activité prolongée ou répétitive ou par le maintien de certaines positions. Des changements subtils de la mise en charge peuvent s’additionner au fil du temps pour créer une charge importante (1). Une évaluation approfondie et l’examen subjectif fourniront des indices sur les facteurs de causalité de la douleur fémoro-patellaire du patient.

Pour un examen du cycle de la marche, veuillez lire cet article.

Ischio-jambiers(edit | edit source)

Les ischio-jambiers in situ. Notez leur relation avec le genou.

Pourquoi est-il mécaniquement pertinent d’évaluer ce muscle ?

  • Des ischio-jambiers raides, tendus et raccourcis peuvent entraîner le genou dans une flexion excessive. Pendant le cycle de marche, cela peut se traduire par un moment de flexion du genou plus important lors du contact initial ou de la frappe du talon.
  • Toute augmentation de la flexion du genou qui en résulte augmentera les pressions de contact fémoro-patellaire. Il est donc important d’éviter la situation où le tibia est tiré en arrière et où la flexion du genou est accrue.(1)

Comment évaluer et tester la longueur des muscles ?

  • Il est important d’évaluer la longueur des ischio-jambiers en même temps que la longueur de la foulée.
  • Examens cliniques au chevet du patient : test de flexion avant du tronc, Straight leg raise (SLR).
  • Il est important d’évaluer et de comparer la longueur musculaire des deux ischio-jambiers. Le professionnel en réadaptation doit également tenir compte de la souplesse relative du patient, c’est-à-dire : le corps de ce patient est-il globalement souple ou raide. Cela permettra de déterminer la norme de longueur musculaire du patient, de sa souplesse.
  • Autres groupes musculaires à évaluer : fessiers
  • Des indices tirés de l’examen subjectif avec le patient ou de ses antécédents médicaux : un patient peut déclarer qu’il s’étire régulièrement mais qu’il n’a pas remarqué de changement dans sa souplesse ; des antécédents de blessures répétées sur un groupe musculaire peuvent signifier qu’il présente davantage de cicatrices dans la matière intramusculaire dûes aux blessures répétées régulièrement.(1)

Quels traitements pouvons-nous proposer ?

  • La littérature donne peu d’indications sur la durée ou la fréquence des étirements.(1)
  • Des étirements constants et réguliers que le patient est capable d’effectuer sont essentiels. Renseignez-vous sur l’emploi du temps et le mode de vie du patient et aidez-le à élaborer un programme d’exercices qu’il pourra respecter et exécuter fidèlement. Créez des exercices faciles et pragmatiques que le patient est susceptible de réaliser.(1)
  • Types d’étirements des ischio-jambiers : (1) étirement statique debout, (2) étirement dynamique, (3) Résisté-Relâché (Contract-Relax).
  • Certaines publications indiquent que les étirements dynamiques sont légèrement plus efficaces.(1) Chez les patients présentant des ischio-jambiers inflexibles, l’étirement dynamique des ischio-jambiers a amélioré le temps d’activation du muscle et les résultats cliniques par rapport à l’étirement statique des ischio-jambiers, lorsque les deux étaient associés à des exercices de renforcement.(2) Les étirements de type « Résisté-Relâché (Contract-Relax) » ont tendance à diminuer le tonus musculaire, ce qui permet d’approfondir l’étirement. Cependant, il est important de créer un programme d’exercices qui soit le mieux adapté au patient.(1)

Étirement statique debout

étirements de type Résisté-Relâché (Contract-Relax)

Pour en savoir plus sur les types d’étirements et sur la façon dont les étirements affectent l’anatomie et la physiologie des muscles, veuillez lire cet article. Pour des démonstrations des différentes méthodes d’étirement des ischio-jambiers, veuillez visionner la vidéo facultative dans la section des ressources supplémentaires au bas de cette page.

Quadriceps(edit | edit source)

Quadriceps in situ. Veuillez noter sa relation avec la rotule et les adducteurs de la hanche.

Pourquoi est-il mécaniquement pertinent d’évaluer ce muscle ?

  • Recherchez des indices dans l’examen subjectif du patient et dans ses antécédents médicaux.
  • Si le patient signale une douleur au genou lors d’une position assise prolongée (c’est-à-dire avec le genou fléchi), il est important d’exclure les éléments suivants : (1) des problèmes de force du quadriceps, (2) des problèmes de force des fessiers, (3) des problèmes de posture du pied, (4) des problèmes de mise en charge considèrant les problèmes de longueur des quadriceps.
  • Ainsi, lorsque nous sommes assis pendant une période prolongée avec des quadriceps raides, nous avons un grand vecteur de compression à travers notre articulation fémoro-patellaire. Cela peut être toléré pendant un court moment, mais après un certain temps, la pression dans l’os sous-chondral peut continuer à augmenter. Finalement, la personne atteint un point où la seule façon de soulager la douleur due à la pression est d’allonger sa jambe.(1)

Comment évaluer et tester la longueur des muscles ?

  • Examen clinique au chevet du patient : le test de Thomas modifié.
    • Si le patient présente une certaine tension des quadriceps, le genou conservera une flexion de 45 à 60 degrés. Cela indique que le genou est suspendu par tension du quadriceps. Et lorsque le genou est déplacé passivement jusqu’à 90 degrés de flexion, l’examinateur peut sentir le niveau de résistance du muscle.
    • Lors de ce test, si, lorsqu’on fléchi le genou, la hanche fléchie plus, une partie de la tension provient du droit fémoral (droit antérieur) ; si la hanche ne fléchit pas, alors il y a plus de tension dans les muscles vastes.
  • Le signe du cinéma (également appelé signe du théâtre ou du cinéphile) : La douleur au genou résulte d’une compression de l’articulation fémoro-patellaire causée par un quadriceps raide lors d’une position assise prolongée en flexion du genou.(1)

Quels traitements pouvons-nous proposer ?

  • Les étirements des quadriceps sont nécessaires, mais peuvent être modifiés en fonction du niveau de raideur du patient.
    • Si le patient souffre actuellement d’une douleur de l’articulation fémoro-patellaire, l’exécution d’un étirement classique des quadriceps en position debout exacerbera très probablement sa douleur. Cet étirement peut être modifié en se tenant debout avec le pied appuyé sur une chaise derrière soi. Les indices verbaux suivants sont fournis : « Tenez-vous droit et imaginez un ballon d’hélium attaché à votre sternum, qui vous tire vers le haut. » (1)
    • Si le genou du patient n’est pas irrité par cet étirement, il peut effectuer un résisté-relâché (rontract-relax) dans la même position modifiée décrite ci-dessus. Demandez-leur de pousser le pied vers le bas sur la chaise et d’effectuer un maintien isométrique pendant 10 secondes.(1)
  • Le patient peut également tenter d’améliorer sa souplesse par des exercices excentriques. Cependant, les patients souffrant de douleurs fémoro-patellaires ne tolèrent souvent pas les exercices qui les amènent en excentrique jusqu’à la fin de l’amplitude.(1)
  • Il existe un petit nombre de preuves émergentes indiquant que le traitement par aiguilles sèches des zones gâchettes (points trigger) dans les muscles vastes est préférable au traitement par acuponcture simulée pour la gestion de la douleur fémoro-patellaire. Une étude réalisée en 2020 par Ma et al. (3) a révélé que le traitement par aiguilles sèches du quadriceps, lorsqu’associé à des étirements, peut réduire la douleur, améliorer la fonction et la coordination du vaste interne oblique (VMO) et du vaste externe (VL) chez les patients souffrant du syndrome de douleur fémoro-patellaire.
  • Massage sur rouleau de mousse (1)

Étirement modifié des quadriceps en position debout

Étirement classique des quadriceps en position debout

Que dit la littérature ?

  • Bethel et al. (4) ont étudié les effets d’un programme d’étirement de 7 semaines sur des adultes en bonne santé. Ils ont constaté que la réalisation de trois séries d’un programme de trois étirements, trois fois par semaine, entraînait une diminution significative de l’angle des fibres musculaires dans le VMO et le VL (4). Pour en savoir plus sur la modification de l’architecture musculaire du quadriceps, veuillez lire cet article.
  • Torrente et al. (5) ont étudié les effets de l’auto-libération myofasciale (myofascial release) à l’aide d’un rouleau en mousse sur l’hypertrophie des quadriceps. L’étude a révélé qu’un programme de 7 semaines d’auto-libération myofasciale (myofascial release) a entraîné une diminution statistiquement significative des angles de pennation du VMO et du VL chez des hommes adultes en bonne santé.(5)

La bandelette Ilio-tibiale ( éditer | source d’édition )

Pourquoi est-il mécaniquement pertinent d’évaluer cette structure ?

La bandelette ilio-tibiale (BIT) peut être une structure anatomique controversée. Elle est très solide et épaisse, et n’est pas capable de changer de longueur.(1)

« Gratz a étudié les propriétés de traction du muscle tenseur du fascia lata (TFL) humain et a trouvé des similitudes avec celles de l’acier doux, basé sur sa structure histologique semblable à celle d’un tendon, composée d’un nombre imperceptible de fibres élastiques. » (6)

La bandelette ilio-tibiale in situ. Veuillez noter la relation entre le tenseur du fascia lata et le grand fessier.

Les origines de la BIT sont contractiles : le tenseur du fascia lata (TFL) et le grand fessier. S’il existe une raideur ou une hypertrophie musculaire entraînant un raccourcissement des structures des tissus mous, elle rapprochera la BIT en proximal. Cela peut provoquer deux problèmes peuvant irriter l’articulation fémoro-patellaire : (1) une inclinaison latérale de la rotule et (2) par le biais de son attache tibiale au-delà d’environ 60 degrés de flexion du genou, une rotation externe du tibia. Finalement cela peut créer un moment fonctionnel de valgus au genou, un grand angle Q, qui peut surcharger la partie latérale de l’articulation fémoro-patellaire (1).

  • Le patient peut révéler qu’en plus de sa douleur fémoro-patellaire, il ressent une douleur sur le côté du bassin lorsqu’il marche. Cela peut indiquer qu’ils ont également un TFL serré et hyperactif.
  • Ils peuvent avoir un signe de cinéma positif, mais celui-ci est plus accentué lorsque leurs jambes sont croisées.(1)

Comment évaluer et tester la longueur des muscles ?

  • Examen clinique au chevet du patient : Test d’Obers (cependant, il peut s’agir d’une position difficile à maintenir pour les patients et pour le clinicien afin d’évaluer pleinement tous les angles nécessaires) (1).

Que dit la littérature ? Kwan et al. (7) ont étudié la relation entre l’adduction de la hanche et la position de la rotule comme alternative au test d’Obers. Une adduction excessive de la hanche peut entraîner un valgus du genou et une augmentation de l’angle Q qui prédispose le patient au déplacement de la rotule. Ce phénomène est causé par le resserrement de la BIT pendant l’adduction de la hanche, qui exerce une contrainte sur le rétinaculum latéral et entraîne un mouvement latéral de la rotule. Cette étude a montré que l’adduction de la hanche produisait systématiquement une distance rotule-condyle plus petite que la position neutre. Cela indique un déplacement latéral de la rotule qui pourrait augmenter la charge relative sur l’articulation fémoro-patellaire latérale et provoquer des douleurs. Cette étude a également démontré que l’échographie était un outil d’évaluation fiable du déplacement de la rotule.(7)

Pour réaliser ce test: le patient en décubitus dorsal avec les jambes en position neutre, évaluez l’inclinaison initiale de la rotule. Déplacez la jambe à tester en adduction de hanche et réévaluez l’inclinaison de la rotule.(1)

  • Si l’inclinaison rotulienne n’est entraînée que par le rétinaculum, elle ne changera pas beaucoup avec l’adduction de la hanche.
  • Si l’inclinaison provient des structures latérales qui traversent également la hanche, elle changera radicalement avec l’adduction de la hanche (1).

Quels traitements pouvons-nous proposer ?

  • Thérapie manuelle pour la libération myofasciale des tissus contractiles de la BIT.
  • Libération des tissus mous assistée par instrument, à l’aide d’une boule à massage avec pics, en particulier sur le TFL.
  • S’appuyer contre le mur pour exercer une pression sur les tissus contractiles de la BIT.
  • Essayer une variété d’étirements qui ont un impact sur les tissus contractiles et évaluer ceux qui procurent le meilleur soulagement. Les plus efficaces peuvent être ajoutés au programme d’exercices à domicile du patient.(1)

Étirement du TFL debout

Triceps sural (gastrocnémien et soléaire) ( éditer | source d’édition )

Triceps sural (gastrocnémien et soléaire) in situ. Veuillez noter leur relation avec le genou.

Pourquoi est-il mécaniquement pertinent d’évaluer ces muscles ?

  • Au cours du cycle de marche, le talon est frappé lors du contact initial, puis le tibia doit se translater sur le pied au milieu de la mise en charge. Une tension dans les muscles du mollet peut empêcher cela. Pour compenser, les patients dont les muscles du mollet sont raides vont : (1) se déplacer en pronation excessive ou (2) faire une élévation précoce du talon dans le cycle de marche. Ces deux compensations ont des effets négatifs sur l’articulation fémoro-patellaire, provoquant respectivement une rotation tibiale et une douleur fémoro-patellaire, et une augmentation de la pression de contact fémoro-patellaire.(1)
  • Une étude réalisée en 2015 a montré que les personnes souffrant d’arthrose fémoro-patellaire présentent davantage d’œdème osseux dans leur articulation fémoro-patellaire si elles ont une flexion accrue du genou à la fin de leur cycle de marche.(8) Cela peut être causé de deux façons : (1) une raideur des muscles du mollet ou (2) une raideur des fléchisseurs de la hanche qui limitent la capacité d’extension de la hanche. Ainsi, le patient devra fléchir le genou pour décharger la hanche.(1)
  • Le patient peut révéler qu’il s’étire souvent, mais que les muscles de ses mollets ne cessent d’avoir des crampes ou sont toujours raides. Dans ces cas, il est important d’évaluer l’endurance des fléchisseurs de la hanche. Le patient pourait pousser dans les muscles du mollet pour compenser le manque de capacité de traction des fléchisseurs de la hanche.(1)

Comment évaluer et tester la longueur des muscles ?

  • Il est important de faire la distinction entre le gastrocnémien (jumeaux interne et externe) et le soléaire.
  • Évaluez le gastrocnémien avec un genou droit, le soléaire avec un genou fléchi. Le test peut être effectué en décubitus dorsal pour l’un ou l’autre des muscles ou le test du genou au mur en position debout peut évaluer le soléaire (1).

Quels traitements pouvons-nous proposer ?

  • La thérapie manuelle pour la libération myofasciale ou la libération des tissus mous assistée par des instruments.
  • Massage sur rouleau en mousse
  • Étirements dynamiques (1)

Ressources(edit | edit source)

Visionnement facultatif :

Veuillez regarder cette courte vidéo (en anglais) pour des démonstrations de différents types d’étirements des ischio-jambiers.

(9)

Pages Physiopedia suggérées en option :

Lecture facultative supplémentaire :

Références(edit | edit source)

  1. 1.00 1.01 1.02 1.03 1.04 1.05 1.06 1.07 1.08 1.09 1.10 1.11 1.12 1.13 1.14 1.15 1.16 1.17 1.18 1.19 1.20 1.21 1.22 1.23 1.24 Robertson, C. Patellofemoral Joint Programme. Muscle Length Assessment and Treatment Related to Patellofemoral Pain. Physioplus. 2022.
  2. Lee JH, Jang KM, Kim E, Rhim HC, Kim HD. Effects of static and dynamic stretching with strengthening exercises in patients with patellofemoral pain who have inflexible hamstrings: a randomized controlled trial. Sports health. 2021 Jan;13(1):49-56.
  3. Ma YT, Li LH, Han Q, Wang XL, Jia PY, Huang QM, Zheng YJ. Effects of trigger point dry needling on neuromuscular performance and pain of individuals affected by patellofemoral pain: a randomized controlled trial. Journal of Pain Research. 2020;13:1677.
  4. 4.0 4.1 Bethel J, Killingback A, Robertson C, Adds PJ. The effect of stretching exercises on the fibre angle of the vastus lateralis and vastus medialis oblique: an ultrasound study. Journal of Physical Therapy Science. 2022;34(2):161-6.
  5. 5.0 5.1 Torrente QM, Killingback A, Robertson C, Adds PJ. The effect of self-myofascial release on the pennation angle of the vastus medialis oblique and the vastus lateralis in athletic male individuals: an ultrasound investigation. International Journal of Sports Physical Therapy. 2022;17(4):636.
  6. Seeber GH, Wilhelm MP, Sizer Jr PS, Guthikonda A, Matthijs A, Matthijs OC, Lazovic D, Brismée JM, Gilbert KK. The tensile behaviours OF the iliotibial band–a cadaveric investigation. International journal of sports physical therapy. 2020 May;15(3):451.
  7. 7.0 7.1 Kwan LY, Killingback A, Robertson C, Adds P. Ultrasound investigation into the relationship between hip adduction and the patellofemoral joint. Journal of Physical Therapy Science. 2021;33(7):511-6.
  8. Teng HL, MacLeod TD, Link TM, Majumdar S, Souza RB. Higher knee flexion moment during the second half of the stance phase of gait is associated with the progression of osteoarthritis of the patellofemoral joint on magnetic resonance imaging. journal of orthopaedic & sports physical therapy. 2015 Sep;45(9):656-64.
  9. YouTube. Hamstring Stretches for Tight or Sore Hamstrings – Ask Doctor Jo. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=oRdXgERlSag (last accessed 29/08/2022)


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