Contributeurs principaux – Stacy Schiurring, Jess Bell et Kim Jackson
La douleur fémoro-patellaire est fréquente dans la population adolescente et peut être difficile à traiter. (1) Selon Rathleff et al, (2) environ 6 à 7 % des adolescents souffrent d’une forme de douleur fémoro-patellaire, mais ce chiffre pourrait atteindre 29 % selon Fick et al. (3)
Cette douleur n’est pas autolimitée. La recherche a montré que si elle n’est pas traitée de manière adéquate, elle peut persister à l’âge adulte (1). Il est donc important de reconnaître ce diagnostic dans la population adolescente et de fournir des interventions appropriées pour leur permettre de rester au même niveau sportif que leurs pairs et de profiter de leurs sports préférés. Cet article donne un aperçu de la douleur fémoro-patellaire chez les adolescents, discute des diagnostics différentiels courants et propose des options de traitement pour cette population difficile.
« La douleur fémoro-patellaire est une affection fréquente du genou, caractérisée par une douleur rétropatellaire ou péripatellaire. Cette affection est particulièrement présente chez les personnes jeunes et physiquement actives et semble apparaître pendant la puberté. » (4)
La recherche commence à montrer que la douleur fémoro-patellaire peut persister pendant une longue période de l’adolescence à l’âge adulte. Dans la population adulte, le taux de réussite de l’amélioration des symptômes à l’aide de la thérapie par l’exercice est d’environ 60% au suivi de 12 mois (4). Selon un article de 2015 de Rathleff et al, (5) 62% des adolescents rapportent des symptômes persistants 12 mois après la fin de la thérapie par l’exercice (4).
La douleur fémoro-patellaire de l’adolescent peut affecter l’individu en termes de perte d’opportunités éducatives, de réduction du temps consacré aux sports de loisirs ou de compétition, et de diminution de la capacité à maintenir un mode de vie sain. En plus des symptômes physiques, les adolescents souffrant de douleurs fémorales peuvent développer des problèmes de santé mentale et d’estime de soi en raison des changements dans leur mode de vie. Cette douleur peut rester non résolue pendant des années après l’apparition des symptômes, et il est de plus en plus évident que la douleur fémoro-patellaire dans l’adolescence est un précurseur du développement de l’arthrose chez l’adulte.(3) Quatre adolescents sur dix souffrant de douleurs fémoro-patellaires continueront à présenter des symptômes au début de l’âge adulte, à un niveau suffisamment grave pour affecter leur qualité de vie.(6)
Des recherches récentes ont montré que la cause de la douleur fémoro-patellaire de l’adolescent est multifactorielle et comprend des altérations (1) du contrôle neuromusculaire, (2) de l’alignement du membre et (3) de l’alignement de la rotule.(3)
La prise en charge et le traitement de la douleur fémoro-patellaire chez l’adolescent sont également limités par le fait que la plupart des recherches sont basées sur la population adulte (3). L’absence de faiblesse comme symptôme principal chez les adolescents est une différence significative entre la douleur fémoro-patellaire de la population adulte et celle de la population adolescente. Les adolescents peuvent devenir moins actifs et, par conséquent, développer une faiblesse musculaire en raison de leur douleur, mais ce n’est pas le facteur principal (1). Le traitement des adolescents est compliqué de plus par leur croissance musculo-squelettique rapide et les changements dans la morphologie de leurs genoux. Les recherches mettent en évidence une association entre les douleurs fémoro-patellaires de l’adolescent et les altérations dans la forme de l’os rotulien. De même, il peut y avoir une association entre la luxation de la rotule et l’apparition de la douleur fémoro-patellaire chez l’adolescent.(3)
Lorsqu’un patient présente une douleur fémoro-patellaire, il est important d’être attentif aux diagnostics différentiels possibles que pourrait masquer un syndrome de douleur fémoro-patellaire. (1)
Pour en savoir plus sur la maladie d’Osgood-Schlatter, également appelée ostéochondrose, apophysite de la tubérosité tibiale ou apophysite de traction de la tubérosité tibiale (7) veuillez lire cet article facultatif.
La douleur fémoro-patellaire et la maladie d’Osgood Schlatter sont les deux causes les plus fréquentes de plaintes du genou chez les adolescents. Il est important de comprendre la différence entre ces deux affections pour un traitement et une gestion de la douleur efficaces.(2)
Signes et symptômes clés du diagnostic différentiel : (7)
Une étude réalisée en 2020 par Rathleff et al. (2) s’est penchée sur des adolescents âgés de 10 à 14 ans ayant reçu un diagnostic de douler fémoro-patellaire ou d’Osgood-Schlatter et a constaté qu’ils continuaient à participer à « des niveaux élevés d’activité physique vigoureuse, même en présence de douleurs de longue date au genou. » Les participants à l’étude ont fait état de difficultés à pratiquer un sport et d’une altération de la fonction du genou. Ils ont également déclaré avoir dû arrêter ou réduire leurs activités sportives en raison de douleurs au genou. Cependant, les participants ont continué à être très actifs physiquement, pratiquant environ deux heures d’activité physique intense (comme le jogging, le vélo et le football) par jour (2). Cette population de patients met une charge importante sur ses genoux. Les professionnels de la réadaptation doivent éduquer ces adolescents et leur conseiller d’être proactifs et de réduire leur activité avant que la douleur de leurs genoux ne devienne trop importante.(1)
D’autres stratégies de traitement à envisager dans le cadre d’un plan de soins de réadaptation pour les maladies d’Osgood-Schlatter comprennent la modification de la charge, le massage local à la glace, les anti-inflammatoires non stéroïdiens si nécessaire et le suivi des schémas de croissance du patient.(1)
Pour en savoir plus sur le syndrome de Sinding Larsen Johansson, veuillez lire cet article facultatif. Ce diagnostic est souvent manqué ou diagnostiqué à tort comme une tendinopathie.(1)
Signes et symptômes clés du diagnostic différentiel : (8)
Les stratégies de traitement à envisager dans le cadre d’un plan de soins de réadaptation pour le syndrome de Sinding Larsen Johansson comprennent : la modification de la charge, le massage local à la glace, les anti-inflammatoires non stéroïdiens si nécessaire, l’élimination des facteurs de risque et le suivi des schémas de croissance du patient.(1)
Pour en savoir plus sur l’ostéochondrite disséquante, veuillez lire cet article facultatif.
Signes et symptômes clés du diagnostic différentiel : (9)
L’épanchement peut être à l’origine de la douleur fémoro-patellaire car il déclenche une altération de la contraction du quadriceps. La cause la plus fréquente de l’épanchement du genou chez un adolescent est l’ostéochondrite disséquante (1) (elle peut également être connue sous sa forme juvénile, ostéochondrite disséquante juvénile) (9). Si le cartilage est instable et que l’affection a suffisamment progressé, il se détache par lamelles ou lambeaux et ceci crée un épanchement, pouvant provoquer une douleur fémoro-patellaire. Cette affection nécessite une évaluation urgente par un spécialiste en orthopédie pour consultation et intervention chirurgicales.(1)
* Tout patient présentant le symptôme drapeau rouge de douleur nocturne doit faire l’objet d’une évaluation urgente et d’un dépistage de cancer.(1)
La modification de l’activité et la gestion de la mise en charge sont essentielles à la prise en charge de la douleur fémoro-patellaire chez l’adolescent. Le Dr Michael Rathleff a constaté dans ses recherches que la charge d’exercice est très polarisée chez les patients adolescents souffrant de douleurs fémoro-patellaires : soit ils sont très sédentaires, soit ils font de l’exercice plus de cinq fois par semaine.(1) En 2019, Rathleff et al.(6) ont examiné la modification des activités et la gestion de la mise en charge chez des adolescents âgés de 10 à 14 ans souffrant de douleurs fémoro-patellaires. Les participants ont suivi 12 semaines d’enseignement en physiothérapie et d’entraînement à la modification des activités. Les semaines 0-4 impliquaient une mise en charge réduite sur l’articulation fémoro-patellaire en utilisant une « échelle d’activités » basée sur les niveaux de douleur subjectifs actuels. Les semaines 5 à 8 ont été consacrées à des exercices à domicile, et les semaines 9 à 12 à des conseils pour le retour au sport. Lors du suivi à 12 mois, 81% des participants avaient repris le sport, 90% se sont déclarés satisfaits de l’intervention et 95% la recommanderaient à un ami. Cette étude a montré qu’une intervention thérapeutique axée sur la modification de l’activité et la gestion de la mise en charge pouvait donner lieu à des taux de réussite élevés pour les adolescents souffrant de douleurs fémoro-patellaires, à court et à long terme.(6)
Fournir au patient et à sa famille un moyen de suivre leur activité peut être un moyen utile de révéler leur charge d’exercice cumulée. Cela permet également au professionnel de la réadaptation de discuter des options de modification de l’activité, par exemple : jouer dans une position différente lors d’un jeu informel qui implique moins de stress. Les vacances scolaires peuvent également mettre en évidence des différences dans la gestion de la mise en charge ; de nombreux étudiants-athlètes pratiqueront un sport/une activité minimale pendant les vacances, et reprendront une activité complète à la reprise des cours. Par conséquent, l’évaluation du volume de la mise en charge peut être utile.(1)
Un exemple de tableau d’évaluation de la mise en charge peut être trouvé et téléchargé pour une utilisation clinique dans la section des ressources supplémentaires ci-dessous.
Behera et al. (10) ont découvert qu’un programme de réadaptation incluant un entraînement à l’agilité et aux perturbations peut apporter des améliorations significatives en termes de douleur, de fonction et d’équilibre chez des sujets adultes âgés de 20 à 40 ans souffrant du syndrome de douleur fémoro-patellaire. L’évaluation du contrôle neuromusculaire est particulièrement utile en période de croissance.(1)
Ces dernières années, les preuves de la kinésiophobie se sont multipliées. Pour de nombreux athlètes adolescents, en particulier ceux qui pratiquent des sports de saut, une mauvaise technique d’atterrissage où le choc n’est pas absorbé dans la flexion de la hanche et du genou peut être davantage liée à la peur du mouvement qu’à un manque de force.(1)
La kinésiophobie est définie comme une peur excessive, irrationnelle et débilitante du mouvement ou de l’activité physique. La peur du mouvement est associée à un sentiment de vulnérabilité aux blessures en réponse au mouvement. L’évolution de la douleur aiguë vers une douleur persistante et chronique résulte d’une diminution de l’utilisation de la zone douloureuse par crainte d’une augmentation de la douleur à la suite d’un mouvement.(11)
Huang et al. (12) ont effectué une revue systématique pour comparer les interventions pour la kinésiophobie chez les personnes souffrant de douleurs musculo-squelettiques. Ils ont constaté que les protocoles multimodaux, qui incluent des perspectives physiologiques et psychologiques en plus des interventions thérapeutiques plus traditionnelles et de la thérapie par la nature, étaient plus efficaces pour traiter la kinésiophobie causée par des douleurs musculo-squelettiques, par rapport aux interventions d’exercice physique actif et d’entraînement supervisé uniquement.(12)
La prise en charge d’un patient souffrant de kinésiophobie :
La courte vidéo suivante donne un aperçu général de la gradation des exercices pour les patients souffrant de douleurs.
Les travaux du Dr Mitchell Selhorst, physiothérapeute, fournissent des informations utiles sur la manière d’éduquer les adolescents. Son travail inclut la création de ce modèle psychologique et cadre pour l’enseignement :
Selhorst et al. (14) ont créé une vidéo de huit minutes basée sur ces caractéristiques et l’ont montrée à des adolescents souffrant de douleurs fémoro-patellaires. Les auteurs ont mesuré la kinésiophobie, la catastrophisation et le score de la douleur antérieure du genou avant le visionnement de la vidéo, juste après le visionnement de la vidéo et après deux semaines. Les résultats ont été remarquables : le visionnage d’une vidéo de huit minutes a entraîné une réduction immédiate et durable (deux semaines) de la kinésiophobie, de la catastrophisation et de la douleur. Cette étude montre l’importance d’inclure ces éléments éducatifs dans nos interventions thérapeutiques pour cette population de patients en leur permettant de voir qu’ils ont un certain contrôle sur leur réadaptation (14)(1).
L’instabilité fémoro-patellaire est une présentation courante parmi la population adolescente, et environ un tiers de toutes les luxations primaires seront suivies d’une autre luxation (1).
Facteurs de risque d’instabilité fémoro-patellaire pour les luxations répétées :
Il est important que les professionnels en réadaptation soient au courant de ces informations car, si un patient adolescent présente les quatre derniers facteurs de risque, il a 88 % de chances de subir une luxation récurrente. L’ensemble de cette cohorte de patients présente un taux de récidive de 34,7 %, 97 % des récidives survenant dans les trois ans. L’âge moyen à la luxation initiale de ceux qui ont re-subi une luxation était de 12,9 ans. Ceux qui n’ont pas re-disloqué avaient un âge moyen de 13,8 ans. Cela montre l’importance de l’âge de 13 ans comme jalon dans ce domaine.(1)
Ces connaissances devraient permettre d’abaisser le seuil d’orientation vers un spécialiste en orthopédie, car cette population de patients a moins de chances d’obtenir un résultat positif avec la physiothérapie seule.(1)
Les patients adolescents souffrant de douleurs fémoro-patellaires ne manquent souvent pas de force. Cependant, les personnes qui présentent également une hypermobilité de l’articulation fémoro-patellaire peuvent bénéficier d’un programme de renforcement. Un patient dont l’articulation fémoro-patellaire est hypermobile peut subir des forces de cisaillement et une irritation des tissus mous parapatellaires, c’est-à-dire le rétinaculum et le pad graisseux. Le professionnel en réadaptation peut assurer la stabilisation de la rotule par le biais d’un entraînement en renforcement et en contrôle neuromusculaire, de techniques de taping rotulien et d’attelles de genou.
Pour une révision de l’entraînement par exercices de l’articulation fémoro-patellaire, veuillez lire cet article.
Un rappel lors de la création d’un programme d’exercices pour une population de patients adolescents : « Soyons réalistes, soyons pragmatiques et intégrons beaucoup d’éducation dans notre traitement de la douleur fémoro-patellaire chez l’adolescent. » (1)
Ressources cliniques :
Lectures supplémentaires facultatives :