La douleur à l’épaule est une complication fréquente chez les patients hémiplégiques, (1) (2) et la subluxation de la tête humérale de l’épaule est l’une des causes potentielles de cette douleur. Au cours du processus de récupération après un accident vasculaire cérébral, jusqu’à trois quarts des patients souffrent d’une subluxation de l’épaule. (3) La subluxation gléno-humérale post-AVC survient généralement 2 à 3 mois après l’AVC. (4) La subluxation de l’épaule hémiplégique est plus fréquente dans les cas d’hémiplégie gauche. (4)
La subluxation gléno-humérale peut compliquer la réadaptation après un accident vasculaire cérébral car la fonction de l’épaule est nécessaire pour réussir les transferts, effectuer les activités de vie quotidienne, faire fonctionner efficacement la main et maintenir l’équilibre. De plus, les patients victimes d’un accident vasculaire cérébral aigu en réadaptation et dont la fonction motrice des membres supérieurs est faible sont plus vulnérables aux lésions des tissus mous, aux tendinites et à la douleur. Les sites les plus fréquents de lésions des tissus mous sont le biceps et le tendon sus-épineux du côté affecté. (5)
Pour une lecture plus approfondie de l’anatomie, des caractéristiques cliniques et de la présentation de la subluxation gléno-humérale, veuillez consulter cet article (en anglais).
La stabilité de l’épaule dépend des stabilisateurs statiques et dynamiques. Le labrum glénoïdien, le ligament gléno-huméral et les ligaments coraco-huméraux constituent les stabilisateurs statiques. Les stabilisateurs dynamiques permettent de maintenir la tête humérale dans la fosse glénoïde lors de l’élévation du bras et sont constitués du deltoïde et des muscles de la coiffe des rotateurs. (5)
De nombreux facteurs sont à l’origine de la subluxation chez les hémiplégiques, notamment
L’amplitude de mouvement des membres supérieurs est limitée suite à un accident vasculaire cérébral et s’aggrave progressivement après le premier mois.(4) Au cours des trois premières semaines, les patients post-AVC présentent une inclinaison latérale du tronc vers le côté hémiplégique et les muscles de l’épaule hémiplégique deviennent flasques.(5) (6) Ce faible tonus affecte les structures environnantes et entraîne une modification de l’alignement de l’omoplate et de l’humérus.(5) Les stabilisateurs dynamiques (coiffe des rotateurs, en particulier le sus-épineux) étant hypotoniques, ils ne peuvent pas maintenir l’intégrité de l’articulation gléno-humérale.(6) Les stabilisateurs statiques sont étirés en raison du poids du bras en position de dépendance.(5) Sous l’effet de l’attraction gravitationnelle sur le bras et de l’hypotonie musculaire à l’épaule, la tête humérale se déplace donc en inférieur et antérieur.(5)
Après la phase de flaccidité qui suit l’AVC, les patients hémiplégiques entrent dans une phase de spasticité. L’épaule affectée devient hypertonique, ce qui entraîne une modification de l’alignement de l’omoplate. Les muscles qui peuvent devenir particulieèrement hypertoniques sont le muscle grand dorsal, le grand et le petit pectoral, l’élévateur de l’omoplate et les rhomboïdes. (6) La sévérité de la subluxation et de la douleur à l’épaule s’aggrave lorsque la spasticité se développe. (5)
La palpation et les mesures anthropométriques sont deux moyens courants de mesurer cliniquement la subluxation gléno-humérale.
Pour déterminer s’il y a effectivement subluxation de l’épaule, les cliniciens peuvent utiliser des techniques de palpation. Deux repères osseux sont palpés : l’acromion et la tête de l’humérus, ce qui permet de déterminer combien de largeurs de doigt peuvent tenir dans l’espace entre les deux. Le nombre de doigts est corrélé à un système de classification de la subluxation(6) :
Ainsi, une échelle de 0 à 5 peut être utilisée : (7)
Les mesures anthropométriques utilisent un ruban à mesurer ou un compas pour déterminer la distance entre l’acromion et un repère osseux distal. Les cliniciens utilisent généralement l’épicondyle latéral de l’humérus ou la tête de l’humérus comme point distal. Le côté affecté est ensuite comparé au côté non affecté.(6)
Il est essentiel de manipuler et de positionner correctement le membre supérieur affecté. Une formation et de l’éducation doivent être dispensées au personnel clinique, à la famille ou aux soignants et au patient. (5) Conseils pour la manipulation d’un bras hémiplégique afin de prévenir la subluxation :
L’utilisation de planches d’appui, d’oreillers et de supports s’est avérée utile pour les patients allongés dans un lit ou assis sur une chaise ou un fauteuil roulant. Il a été constaté que l’utilisation de ces types de supports diminuait le déplacement inférieur de l’humérus, réduisant ainsi la subluxation gléno-humérale. (6) Voici quelques conseils pour le positionnement à l’aide d’oreillers :
Les écharpes à l’épaule ont plusieurs objectifs : soutenir l’avant-bras en position de flexion du coude, retrouver la symétrie de l’omoplate, améliorer l’alignement anatomique et soutenir l’épaule à l’aide d’une manchette. Les soignants ont tendance à préférer les écharpes car ils sont plus faciles à utiliser que d’autres techniques telles que le taping. (6) D’un point de vue clinique, les écharpes peuvent être utiles pour éviter la subluxation pendant les transferts. (5) Les écharpes ont tendance à être controversées parce qu’elles se prêtent à l’augmentation des schémas synergiques et du tonus en flexion. Les besoins de chaque patient détermineront si une écharpe serait bénéfique.(6)
**Des données récentes montrent que les écharpes avec attaches proximales et distales sont plus efficaces pour prévenir la subluxation.(9)
Le taping est une autre option pour prévenir et/ou traiter la subluxation de l’articulation gléno-humérale. Les avantages du taping sont les suivants
Bien qu’il y ait peu d’évidences scientifiques sur le taping pour la subluxation de l’épaule, une étude réalisée en 2020 par Deng et al. (10) a démontré que le kinesio taping était bénéfique pour réduire la subluxation de l’épaule et améliorer la fonction motrice du membre supérieur. Ils ont conclu que les avantages du taping pouvaient être dus à la stimulation sensorielle, à la limitation des mouvements et à la facilitation de l’activation musculaire.(10)
La stimulation électrique neuromusculaire est un outil qui s’est avéré efficace pour traiter et prévenir la subluxation gléno-humérale. Plus la stimulation électrique neuromusculaire est appliquée tôt après l’AVC, meilleurs sont les résultats. La stimulation électrique fonctionnelle ou la stimulation intra-musculaire peuvent être appliquées en se concentrant sur le sus-épineux, le deltoïde postérieur et le long chef du biceps. On pense que la stimulation électrique neuromusculaire dans cette population de patients prévient la fonte musculaire et favorise la récupération motrice.(5)
Voir la vidéo de Saebo UK pour une démonstration de l’utilisation de la stimulation électrique neuromusculaire après un AVC :