Original Editor – Tarina van der Stockt
Principaux contributeurs – Tarina van der Stockt , Kim Jackson , Jess Bell , Lauren Lopez , Robin Tacchetti , Ewa Jaraczewska , Wendy Walker, Simisola Ajeyalemi , Rucha Gadgil et Jorge Rodríguez Palomino
La cervicalgie est une affection multifactorielle, influencée par des facteurs psychologiques, sociaux, biologiques et comportementaux.(1) La recherche montre qu’une déficience de la proprioception cervicale est couramment associée à la cervicalgie, entraînant des perturbations du contrôle sensorimotrice cervical.(2)(3)(4) Le système proprioceptif du rachis cervical joue un rôle crucial dans le contrôle de l’équilibre et de la posture.(5)
Le rachis cervical possède de nombreux mécanorécepteurs responsables de l’entrée proprioceptive. Ces récepteurs ont des connexions centrales et réflexes avec les systèmes vestibulaire et visuel et le système nerveux central.(6) Les mécanorécepteurs de la région cervicale supérieure permettent de coordonner la vision et les mouvements du cou.(7) La zone sous-occipitale présente une densité particulièrement élevée de fuseaux musculaires, ce qui rend cette région particulièrement importante pour le contrôle sensorimoteur.(6)
Trois réflexes influencent le contrôle sensorimoteur :(7)
Les récepteurs cervicaux peuvent devenir dysfonctionnels à la suite d’un traumatisme cervical, tel qu’un coup de fouet cervical.(6) La sensibilité des récepteurs est affectée par des changements chimiques, tels que l’inflammation. La douleur et le stress psychosocial peuvent également altérer la sensibilité du fuseau musculaire.(7) Les déficiences et les changements dans les muscles cervicaux (par exemple, atrophie, dégénérescence, infiltration graisseuse, fatigue) affectent l’entrée afférente cervicale en modifiant la proprioception, la mécanique articulaire et la sensibilité des fuseaux musculaires.(7) Le dysfonctionnement des récepteurs cervicaux affecte « l’intégration, la synchronisation et l’accord du contrôle sensorimoteur ».(6)
Les lésions de la région cervicale supérieure entraînent davantage de dysfonctionnements sensorimoteurs que celles de la région cervicale inférieure, car la région supérieure contient plus de fuseaux musculaires, est davantage reliée aux systèmes visuel et vestibulaire et présente une plus grande activité réflexe.(7) (8)
Les changements de stabilité posturale sont dus à des modifications de l’entrée sensorielle entre le rachis cervical supérieur et les structures vestibulaires. Par conséquent, les structures vestibulaires du patient sont incapables de distinguer les informations exactes des informations inexactes. Il en résulte un décalage sensoriel qui entraîne des sensations d’étourdissement ou d’instabilité. Les patients souffrant de cervicalgie peuvent présenter une augmentation de l’activité musculaire ou une raideur, car le corps tente de compenser la perte d’équilibre.(7)
En cas de troubles associés au coup cervical (TACF) chronique, plus de 70 % des patients font état d’étourdissements et 50 % de troubles de la vision et de l’équilibre,(9) même s’ils n’ont pas de problèmes vestibulaires.(10)
La déficience sensorimotrice peut être conceptualisée comme comportant trois piliers : proprioceptif (perception), visuel (contrôle des mouvements oculaires) et vestibulaire (équilibre et stabilité posturale).(11) La recherche n’a pas trouvé d’association entre ces trois piliers et l’utilisation de médicaments, l’âge, l’anxiété ou l’état de compensation.(10)
Les modifications du contrôle sensorimoteur chez les patients souffrant de cervicalgie peuvent entraîner une série de symptômes, notamment une altération du sens de la position de l’articulation cervicale (proprioception), des modifications du contrôle des mouvements oculaires et des modifications de la stabilité posturale. Les patients peuvent ressentir un étourdissement subtil, une sensation de tête légère ou une impression de tournoiement dans la tête (et non de tournoiement dans l’environnement comme dans le cas du vertige). Certains patients font état d’une mauvaise perception de la posture tête-cou (impression que leur tête « vacille ») ou de troubles visuels tels qu’une vision floue, un champ visuel réduit, des taches grises, une cécité temporaire, une photophobie et des déficiences visuelles. Certains patients souffrant de cervicalgie ont des difficultés à lire.(6)(7)(12)
Les symptômes subjectifs sont plus importants en début de journée lorsque le cou du patient est raide, et plus tard dans la journée lorsque les muscles sont fatigués.(7) Les symptômes peuvent également être provoqués par des mouvements rapides de la tête, l’observation d’un objet en mouvement ou la marche dans l’obscurité.(7)
Erreur de position de l’articulation cervicale (JPE)(13) est considérée comme une mesure primaire de l’inadéquation de l’entrée afférente cervicale conduisant à des anomalies du contrôle sensorimoteur.(10) Elle est souvent positive chez les patients souffrant d’un coup de fouet cervical.(10)
Pour effectuer ce test, un pointeur laser est fixé à un bandeau. Le patient est assis à 90-100 cm d’un mur. La tête du patient commence au point mort. Le patient ferme ensuite les yeux, tourne la tête et revient à la position neutre. L’évaluateur mesure la différence moyenne entre la position de départ et la position d’arrivée après trois essais de chaque côté. Une différence de plus de 6,5 cm indique un dysfonctionnement (test positif), alors que les valeurs normales sont d’environ 3 à 5 cm. Les patients peuvent avoir des mouvements saccadés, « chercher » la bonne position ou dépasser (signe d’une altération du réflexe cervicocollique). Certains patients peuvent se plaindre de sensations d’étourdissement ou d’instabilité pendant le test.(7)(14)
Le test de poursuite oculaire lente évalue le contrôle des mouvements oculaires pendant le suivi d’une cible, la tête et le tronc étant en position neutre. Les résultats sont ensuite comparés aux performances obtenues lorsque le tronc est tourné.(7)(16)
Le patient est assis. Un objet (par exemple, un stylo) est déplacé lentement d’un côté à l’autre devant le patient. Le patient suit l’objet avec ses seuls yeux. Les signes à observer sont les mouvements saccadés rapides des yeux (où l’on a l’impression que l’œil essaie de rattraper l’objet, en particulier à moyenne distance) et la reproduction des symptômes du patient, tels que l’étourdissement ou la vision floue.(7)
Le test de poursuite oculaire en torsion cervicale (SPNT) surveille les mouvements oculaires pendant la poursuite d’une cible avec la tête neutre puis avec le corps tourné de 45 degrés sous la tête dans l’une ou l’autre direction.(10)(17) Un test positif montre un changement dans le contrôle des mouvements oculaires avec la rotation du tronc, en particulier une augmentation des mouvements oculaires saccadés. Ce phénomène peut être observé chez les patients souffrant de cervicalgies dues à un coup de fouet cervical.(7) Si le patient obtient de mauvais résultats au test initial de poursuite oculaire lente et que ceux-ci ne changent pas avec la rotation du tronc, il est plus probable qu’il s’agisse d’un trouble du SNC que d’une déficience sensorimotrice.(7)
Dans ce test, le patient bouge la tête tout en se concentrant sur un objet. Le patient s’assoit en regardant un point droit devant lui et continue à regarder ce point tout en tournant la tête de gauche à droite ou de haut en bas (flexion et extension). Les patients souffrant de cervicalgie peuvent avoir des difficultés à garder les yeux fixés sur un point, et présentent souvent une vitesse ou une amplitude de mouvement réduite (<45 degrés).(7)
Souvent, les patients ne se rendent pas compte que leur équilibre est affecté jusqu’à ce qu’il soit testé.(7) Parmi les tests d’équilibre utiles, citons la station debout bilatérale (position confortable et étroite, les yeux ouverts et fermés pendant 30 secondes, d’abord sur une surface ferme puis sur une surface molle, comme une mousse de 10 cm) et la station debout tandem et unipodale (sur une surface ferme, les yeux ouverts et fermés, maintenus pendant 30 secondes). Notez que la position en tandem est souvent déficiente chez les personnes âgées de 45 ans et plus.(10)(7)
Les résultats positifs comprennent un balancement important dans une position confortable, une difficulté à corriger ou à prévenir le balancement (signes de rigidité) et le maintien de la position pendant moins de 30 secondes. Des changements dans les afférences cervicales pourraient être à l’origine du balancement des personnes dans une position confortable après un coup de fouet cervical.(7)(10)
Atteinte vestibulaire périphérique(10) comprend le vertige positionnel paroxystique bénin, les lésions du sac endolymphatique ou une fistule périlymphatique.(22) Environ 35 % des patients souffrant de cervicalgie à la suite d’un incident violent peuvent présenter une lésion vestibulaire.(22) Le test SPNT permet de différencier une pathologie vestibulaire d’un dysfonctionnement des afférences cervicales dû à une cervicalgie. La coordination entre les signaux cervicaux et vestibulaires est nécessaire pour que le tronc cérébral puisse déterminer la position de la tête dans l’espace. En cas de pathologie vestibulaire périphérique, les patients ont tendance à éprouver plus de difficultés à adopter des positions difficiles, telles qu’une position étroite sur une surface molle avec les yeux fermés. Il y a également des vertiges prononcés.
Dans le cas d’un neurinome acoustique, le test SPNT est négatif. Les patients présentent davantage de troubles de la stabilité posturale lorsqu’ils se tiennent debout sur une surface molle avec une base d’appui étroite, les yeux fermés, mais ils sont plus stables dans des positions confortables qu’une personne souffrant de cervicalgie et d’une déficience sensorimotrice. Les symptômes, tels que les acouphènes, la vision floue, la confusion et la perte d’audition, sont exacerbés lorsque l’on marche dans des endroits bondés, que l’on fait des mouvements brusques ou que l’on est stressé.(10)
Une insuffisancevertébrobasilaire/dysfonctionnement artériel cervical doit être exclue. Les patients peuvent se plaindre d’une vision double, ce qui n’est pas typiquement le cas des troubles somatosensoriels.(7) La dissection de l’artère vertébrale est rare mais doit toujours être envisagée lors de l’évaluation d’un patient présentant des changements sensorimoteurs, en particulier s’il se présente avec une forte cervicalgie et une céphalée d’un côté et qu’il présente « un dysfonctionnement neurologique spécifique transitoire ou continu ».(22)
Dans le cas des troubles du système nerveux central (SNC), les symptômes restent inchangés lors du test SPNT. Un trouble du SNC doit être envisagé si le patient a reçu un coup direct à la tête.(22)
Dans le cas du vertige paroxystique positionnel bénin (VPPB), les symptômes sont épisodiques et déclenchés par des changements de position de la tête, comme le fait de bouger dans le lit ou de se pencher. Les vertiges et les étourdissements durent généralement une minute ou moins.
Pour plus d’informations sur les tests spécifiques de différenciation, veuillez consulter la page 6 de cet article.
Chez les patients présentant une déficience sensorimotrice minime, la prise en charge conventionnelle peut être suffisante.(10)
Les traitements spécifiques comprennent
Ces traitements ne peuvent à eux seuls améliorer tous les dysfonctionnements sensorimoteurs. Les patients souffrant de déficiences sensorimotrices importantes accompagnées de cervicalgies ont besoin d’une prise en charge ciblée des zones affectées pour aider à gérer les symptômes et éviter les rechutes.(10) Les approches combinées se sont avérées les plus efficaces pour ces patients.(7)
Les protocoles d’entraînement sensorimoteur (EMS), qui comprennent des exercices proprioceptifs, oculo-cervicaux, tactiles et visuomoteurs, visent à corriger les déficiences sensorimotrices. Ces protocoles se concentrent sur la proprioception des articulations, le contrôle oculomoteur et l’équilibre.(23)
Le programme doit être adapté aux symptômes présentés par chaque patient.(7) Les patients ne doivent pas ressentir une augmentation de la douleur ou des céphalées ; si c’est le cas, les exercices doivent être moins difficiles et effectués dans une position plus soutenue, comme la position allongée. Pendant les exercices vestibulaires, les patients peuvent ressentir une augmentation temporaire des symptômes, tels que des nausées, des étourdissements subtils ou des troubles visuels.
Les exercices doivent être effectués 1 à 2 fois par jour, en commençant par 3 à 5 répétitions et en progressant jusqu’à 10. Les patients doivent commencer dans une position plus facile et stable et à une vitesse permettant des mouvements précis. L’amplitude et la vitesse doivent être augmentées au fur et à mesure que le patient s’améliore, en progressant vers des surfaces plus molles ou des positions plus difficiles, telles que la position en tandem.
Lignes directrices générales
Le patient est assis devant un mur avec un pointeur laser fixé à un bandeau (comme pour l’évaluation). Le patient ramène sa tête en position neutre à partir de n’importe quelle direction, comme la rotation ou l’extension. L’entraînement doit se concentrer sur la direction la plus difficile ou la plus symptomatique en tournant vers ou à partir du côté déficient. Le patient commence par ouvrir les yeux. Ils passent ensuite aux yeux fermés, mais ouvrent les yeux pour vérifier leur position. Les progressions comprennent des arrêts à certains intervalles, tels que 20 degrés ou 40 degrés, l’exécution de l’exercice dans différentes positions debout et le traçage d’une figure en huit avec le laser.
Le patient s’exerce à la poursuite douce, c’est-à-dire qu’il suit un objet des yeux tout en gardant la tête immobile. Ils font ensuite pivoter leur tronc et répètent l’exercice.(7) Les patients peuvent s’entraîner à la maison en déplaçant leur pouce devant eux et en suivant le mouvement avec leurs yeux. Ils doivent commencer avec le corps et la tête en position neutre, avant de passer à des torsions de 30 et 45 degrés.(24)
L’entraînement doit se concentrer sur le mouvement qui provoque le plus de symptômes. Le patient fixe un point sur le mur en face de lui, puis bouge la tête tout en gardant les yeux fixés sur ce point. Le patient peut également s’asseoir sur un tabouret pendant que le thérapeute déplace le tronc du patient, ce dernier gardant les yeux fixés sur l’objet. Les progrès comprennent le changement de l’objet sur lequel le patient se concentre, le changement de l’arrière-plan par des rayures ou des carreaux, l’augmentation de la vitesse et de l’amplitude des mouvements, la restriction de la vision périphérique et le fait de se tenir debout plutôt qu’assis.(7)
L’entraînement à l’équilibre peut entraîner une augmentation des étourdissements et des raideurs musculaires. Ces deux éléments ne sont pas souhaitables pour un patient souffrant de cervicalgie, car ils augmentent les symptômes. Le thérapeute doit donc surveiller le patient et progresser lentement.(7)
L’entraînement à l’équilibre doit commencer au niveau que le patient a démontré lors de l’évaluation, avec pour objectif d’atteindre 30 secondes d’équilibre statique en position debout. Les progressions incluent le changement de position debout ou de surface et la fermeture des yeux.(7) Les épreuves fonctionnelles comprennent la marche en changeant la position de la tête (rotation, regard vers le haut ou vers le bas) tout en maintenant la même vitesse et la même direction. Les progrès ultérieurs comprennent le changement de la surface et de la vitesse de marche.(7)
Les patients peuvent pratiquer ces exercices chez eux, de préférence dans un coin de la maison où ils peuvent se rétablir s’ils perdent l’équilibre.(6) Certaines recherches ont montré que les exercices de coordination du cou améliorent l’équilibre. (34)