Introduction à la céphalée cervicogène

Rédacteur original Jess Bell Principaux contributeursJess Bell, Kim Jackson, Tarina van der Stockt, Lucinda hampton, Nupur Smit Shah et Ewa Jaraczewska

Introduction(edit | edit source)

Headache dizziness.jpg

Les maux de tête ont une forte prévalence et sont associés à un fardeau important pour l’individu et pour la communauté en général. Les céphalées sont classées au troisième rang des conditions les plus invalidantes chez les personnes âgées de moins de 50 ans dans le « Global Burden of Disease Study » (un programme de recherche régional et mondial complet sur la charge de morbidité).(1)

La prévalence mondiale des céphalées actives dans les pays à revenu élevé est de 52,0 %.(2) Entre 1,7 et 4 % de la population adulte mondiale déclare avoir une céphalée 15 jours ou plus par mois.(3) Bien qu’il existe des variations régionales, les céphalées touchent des personnes de tous âges, de toutes origines ethniques, de tous milieux socio-économiques et de toutes zones géographiques.(3) C’est en Amérique du Nord que l’on trouve les taux les plus élevés de céphalées : 85 à 90 % des personnes déclarent avoir souffert de céphalées à un moment ou à un autre.(4)

Il existe de nombreux types de céphalée qui sont abordées plus en détail ici (en anglais original).

Les maux de tête sont regroupés en trois catégories principales : (5)

  1. Céphalées primaires (par exemple, migraines, céphalées de tension et céphalées trigéminales autonomes (y compris les algies vasculaires de la flace))
  2. Céphalées secondaires (par exemple, céphalées cervicogènes)
  3. Neuropathies, douleurs faciales et autres céphalées

Céphalées de tension ( éditer | edit source )

Les céphalées de tension sont le trouble neurologique le plus courant. Elle se caractérise par une céphalée bilatérale récurrente d’intensité légère à modérée, qui ne change pas avec l’activité physique habituelle. (6) La prévalence au cours de la vie dans la population générale varie entre 30 et 78 %. (5)

La cause des céphalées de tension n’est pas connue, mais on pense que des mécanismes périphériques de la douleur jouent un rôle dans les céphalées de tension épisodiques, tandis que les mécanismes centraux de la douleur seraient impliqués dans les céphalées de tension chroniques.(5)

Le « International Classification of Headache Disorders – 3rd edition » (ICHD-3, la classification internationale des céphalées) note que la « sensibilité péricrânienne est facilement détectée et documentée par palpation manuelle. »

De plus amples informations sur la céphalée de tension sont disponibles ici (en anglais original).

Migraine(edit | edit source)

La migraine a également une prévalence élevée, ainsi qu’un fardeau socio-économique et personnel.(5)

Il existe deux grands types de migraine :

  1. Migraine avec aura
  2. Migraine sans aura

De plus amples informations sur la migraine sont disponibles ici (en anglais original).

D’autres causes plus graves de céphalées incluent: (7) ( éditer | éditer la source )

Les céphalées primaires et les causes graves à l’origine de céphalées sont expliquées dans la vidéo suivante (en anglais original).

(8)

Céphalée cervicogène ( éditer | edit source )

Muscles of the cervical region intermediate muscles Primal.png

La céphalée cervicogène est une céphalée secondaire chronique dont l’origine est le rachis cervical.(9) Elle touche 2,5 à 4,1 % de la population générale.(4) Toutefois, ce taux s’élève à 15 à 20 % chez les personnes qui déclarent souffrir de céphalées.(9) (10) Des données suggèrent qu’elle a un impact similaire sur la qualité de vie que la migraine et la céphalée de tension épisodique.(9)

Le céphalée cervicogène est décrite par l’ICHD-3 comme une « céphalée causée par un trouble du rachis cervical et de ses éléments osseux, discaux et/ou de ses tissus mous, généralement mais pas invariablement accompagnée d’une douleur cervicale. » (5) Les critères diagnostiques complets sont disponibles ici (en anglais original).

Le céphalée cervicogène débute dans la région cervicale ou occipitale et peut référer vers le visage et la tête. Les origines spécifiques de la céphalée cervicogénique sont n’importe laquelle des structures innervées par les racines nerveuses C1 à C3, y compris : (11)

Trigeminal Nerve.png

Cette référence de la douleur de la région cervicale vers la tête peut s’expliquer par la convergence (chevauchement) des afférences trigéminales et des afférences cervicales provenant des trois nerfs rachidiens cervicaux supérieurs. (9) (11) (12) .

  • Le noyau caudal trigéminal descend jusqu’à C3 ou C4. Ce noyau est situé le long de la substance grise de la corne postérieure de la moelle rachidienne (c’est-à-dire le noyau trigémino-cervical).
  • Les interneurones du noyau trigémino-cervical permettent l’échange d’informations sensorielles entre les nerfs rachidiens cervicaux supérieurs et le nerf trijumeau.
  • Par cet échange, les signaux nociceptifs provenant du rachis cervical supérieur peuvent être transmis aux zones de la tête et du visage innervées par le nerf trijumeau. (11)

La plupart de ces informations nociceptives sont échangées par la branche ophtalmique du nerf trijumeau (nerf crânien V). Ainsi, la douleur générée par le rachis cervical se répercutera probablement à la tempe, l’orbite et le front.(11)

Il existe également un échange d’informations sensorielles avec la branche maxillaire du nerf crânien V, de sorte que la douleur générée dans le rachis cervical supérieur peut également être référée au visage.

Les muscles cervicaux peuvent également être une source de douleur référée à la tête et au visage.(11)

(13)

Différencier les types de maux de tête ( éditer | éditer la source )

Malgré des critères clairs de classification des céphalées cervicogènes, il est difficile de diagnostiquer cette condition. (9) Les points suivants peuvent être utiles pour différencier la migraine, la céphalée de tension et la céphalée cervicogène. (7)

Localisation(edit | edit source)

  • Les céphalées cervicogènes sont généralement unilatérales. La douleur est plus souvent présente dans la région sous-occipitale, (14) bien qu’elle puisse également l’être dans les régions orbitale et frontale. (7)
  • Les migraines ont également tendance à être unilatérales, (15) mais elles peuvent se déplacer d’un côté à l’autre. (7) La douleur se situe plus fréquemment dans les régions frontales et temporales, (14) bien qu’elles puissent également se situer dans les régions orbitales. (7) Cela signifie qu’il y a un certain chevauchement avec la céphalée cervicogène.
  • Les céphalées de tension ont tendance à être plus diffuses et les gens les décrivent souvent comme une sensation de pression (comme un bandeau). Elles débutent à la région temporale. (7) (16) (17)

Type de douleur ( éditer | edit source )

  • Les céphalées cervicogènes ne sont généralement pas lancinantes et se débutent souvent à la région cervicale.(7)
  • Les céphalées de tension sont décrites comme une pression douloureuse ou serrement douloureux, d’intensité légère à modérée.(17)
  • Les migraines sont décrites comme des céphalées pulsatiles.(15)

Déclencheurs(edit | edit source)

Les céphalées cervicogènes sont déclenchées par les mouvements cervicaux. (18) Les céphalées de tension et les migraines ont des causes multiples, mais elles ne sont pas typiquement liées aux mouvements cervicaux. (7)

Symptômes associés ( éditer | éditer la source )

Les patients atteints de céphalées cervicogènes présenteront probablement une amplitude de mouvement limitée à la région cervicale.(7) Les céphalées de tension et les migraines peuvent être accompagnées d’une sensibilité à la lumière et au son (photophobie et phonophobie).(17) Les migraines peuvent également être accompagnées de nausées et de vomissements, ainsi que de changements visuels (aura) et peuvent être aggravées par l’activité.(5)

Le tableau suivant résume ces points.(7)

Céphalée cervicogène Céphalée de tension Migraine
Localisation Unilatérale; occipitale, orbitale ou frontale Diffuse; peut être ressentie comme un bandeau Unilatérale, mais peut changer de côté; frontale, orbitale, temporale
Type de douleur Non lancinante, elle commence généralement dans la région cervicale Tension sourde, serrement, pression Pulsatile
Déclencheurs Mouvements cervicaux Multiples Multiples
Symptômes associés Diminution de l’amplitude de mouvements cervicaux Photophobie, phonophobie Nausées, vomissements. changements visuels (aura), photophobie, phonophobie

(7)

Difficultés de diagnostic ( éditer | edit source )

Bien qu’il existe des systèmes de classification clairs pour les céphalées, il a été suggéré qu’un diagnostic de céphalée erroné pouvait être posé dans 50 % des cas. (7) (19)

Dans certains cas, les patients peuvent être diagnostiqués avec un type de céphalée (par exemple, migraine ou céphalée de tension), mais présenter également des caractéristiques de la céphalée cervicogène. Les maux de tête ne sont donc pas toujours exclusifs. (7) Les céphalées de tension peuvent parfois avoir des composantes cervicales. (7) De plus, les migraines et les céphalées de tension sont souvent associées à des douleurs cervicales (en raison de la convergence des afférences nociceptives cervicales et trigéminales dans le complexe trigémino-cervical, comme nous l’avons vu précédemment). (12)

Le diagnostic des céphalées cervicogènes est abordé plus en détail ici (en anglais original).

Drapeaux rouges ( éditer | éditer la source )

Certains drapeux rouges peuvent être associés aux céphalées, notamment : (7)

Les autres drapeaux rouges comprennent : (20)

  • l’apparition soudaine d’une nouvelle céphalée sévère;
  • une aggravation d’une céphalée préexistante en l’absence de tout facteur prédisposant évident;
  • une céphalée associée à une fièvre, à une raideur cervicale, à une éruption cutanée (« rash ») et à des antécédents de cancer, au VIH ou à d’autres maladies systémiques;
  • une céphalée associée à des signes neurologiques focaux autres qu’une aura typique;
  • une céphalée modéré ou sévère provoquée par la toux, l’effort ou le fait de se pencher;
  • l’apparition d’une nouvelle céphalée pendant ou après la grossesse.

Les drapeaux rouges liés aux céphalées et aux vertiges sont abordés plus en détail ici (en anglais original).

Si vous notez la présence d’un drapeau rouge, une évaluation médicale est nécessaire.

(21)

Résumé(edit | edit source)

  • Les céphalées sont très répandues et entraînent des handicaps importants.
  • Il existe de nombreux types de céphalées. Certains peuvent répondre à une prise en charge en physiothérapie, en particulier ceux qui sont liés au rachis cervical.
  • Malgré l’existence de systèmes de classification, il peut être difficile de classifier et de diagnostiquer les céphalées.
  • Les signaux d’alerte (drapeaux rouges) doivent être pris en compte et écartés avant le traitement.

De plus amples informations sur l’évaluation et le traitement de la céphalée cervicogènes sont disponibles ici (en anglais original).

De plus amples informations sur les céphalées sont disponibles ici et ici (en anglais original).

Références(edit | edit source)

  1. Stovner LJ, Nichols E, Steiner T, Abd-Allah F, Abdelalim A, Al-Raddadi R et al. Global, regional, and national burden of migraine and tension-type headache, 1990–2016: a systematic analysis for the Global Burden of Disease Study 2016. The Lancet Neurology. 2018; 17(11): 954-76.
  2. Stovner LJ, Hagen K, Linde M, Steiner TJ. The global prevalence of headache: an update, with analysis of the influences of methodological factors on prevalence estimates. J Headache Pain. 2022 Apr 12;23(1):34.
  3. 3.0 3.1 World Health Organisation. Headache disorders. Available from: https://www.who.int/news-room/fact-sheets/detail/headache-disorders (accessed 1/12/2020).
  4. 4.0 4.1 Stovner Lj, Hagen K, Jensen R, Katsarava Z, Lipton R, Scher A et al. The global burden of headache: a documentation of headache prevalence and disability worldwide. Cephalalgia. 2007; 27(3):193-210.
  5. 5.0 5.1 5.2 5.3 5.4 5.5 Headache Classification Committee of the International Headache Society (IHS) The International Classification of Headache Disorders, 3rd edition. Cephalalgia. 2018; 38(1): 1-211.
  6. Ashina S, Mitsikostas DD, Lee MJ, Yamani N, Wang SJ, Messina R, Ashina H, Buse DC, Pozo-Rosich P, Jensen RH, Diener HC, Lipton RB. Tension-type headache. Nat Rev Dis Primers. 2021 Mar 25;7(1):24.
  7. 7.00 7.01 7.02 7.03 7.04 7.05 7.06 7.07 7.08 7.09 7.10 7.11 7.12 7.13 7.14 7.15 Kaplan A. Introduction to Cervicogenic Headache Course. Plus , 2020.
  8. Armando Hasudungan. Headache – Overview (types, signs and symptoms, treatment). Available from https://www.youtube.com/watch?v=JMfmDAJo3qc (last accessed 2/12/2020)
  9. 9.0 9.1 9.2 9.3 9.4 Fernandez M, Moore C, Tan J, Lian D, Nguyen J, Bacon A et al. Spinal manipulation for the management of cervicogenic headache: A systematic review and meta‐analysis. Eur J Pain. 2020; 24(9): 1687-702.
  10. Page P. Cervicogenic headaches: an evidence-led approach to clinical management. Int J Sports Phys Ther. 2011;6(3):254-266.
  11. 11.0 11.1 11.2 11.3 11.4 Biondi DM. Cervicogenic headache: mechanisms, evaluation, and treatment strategies. J Am Osteopath Assoc. 2000;100(9 Suppl): S7-14.
  12. 12.0 12.1 Castien R, De Hertogh W. A Neuroscience Perspective of Physical Treatment of Headache and Neck Pain. Front Neurol. 2019;10: 276.
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  15. 15.0 15.1 Burstein R, Noseda R, Borsook D. Migraine: multiple processes, complex pathophysiology. J Neurosci. 2015;35(17):6619-6629.
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  19. Pfaffenrath V, Kaube H. Diagnostics of cervicogenic headache. Funct Neurol. 1990; 5(2): 159-64.
  20. Hall T, Briffa K, Hopper D. Clinical evaluation of cervicogenic headache: a clinical perspective. J Man Manip Ther. 2008; 16(2): 73-80.
  21. Best Doctors. When To Consult A Doctor About Headaches. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=GbMXq0TwrdM (last accessed 2/12/2020)


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