Rédateurs originaux – Naomi O’Reilly
Principaux contributeurs – Naomi O’Reilly et Kim Jackson
La sûreté est l’absence de risque ou de dommage résultant d’actes non intentionnels (accidents, phénomènes naturels, maladies), tandis que la sécurité est l’absence de risque ou de dommage résultant de la violence ou d’autres actes intentionnels. Les conséquences des catastrophes et des conflits se traduisent fréquemment par l’insécurité, l’instabilité et des environnements qui changent rapidement, ce qui amplifie souvent les problèmes préexistants d’injustice sociale et d’inégalité, d’où des préoccupations accrues en matière de sûreté et de sécurité. Les professionnels de la santé et de la réadaptation sont confrontés à de nombreux défis lorsqu’ils travaillent dans ces contextes : ils doivent adapter les normes de soins aux ressources disponibles, faire face à des afflux importants de patients nécessitant une attention immédiate pour sauver leur vie, et travailler dans des environnements où les infrastructures sont endommagées ou détruites et où le personnel de santé et de sécurité est réduit.
Au-delà de ces défis professionnels et personnels se cachent souvent de graves dangers liés à la nature de leur travail, en particulier en situation de conflit où le ciblage des professionnels de la santé et réadaptation et des installations de soins de santé se poursuit malgré la résolution 2286 du Conseil de sécurité des Nations Unies de 2016 qui condamne les attaques et les menaces contre les blessés et les malades, le personnel humanitaire et médical fournissant des soins de santé, et leur équipement, leur transport et leurs installations, y compris les hôpitaux, [1] avec 3 780 attaques signalées par le Comité international de la Croix-Rouge entre 2016 et 2020.[2]Ainsi, les professionnels en réadaptation qui choisissent de travailler dans des contextes de catastrophes et de conflits doivent être conscients des risques de sécurité inhérents au travail dans des environnements peu sûrs, reconnaître qu’ils sont responsables de leur propre sécurité et, à ce titre, ils doivent s’assurer de suivre une formation adéquate pour se préparer avant de travailler dans ces environnements et ne voyager qu’avec des organisations qui fournissent des informations adéquates sur la sécurité avant le départ.[3][4]
Les professionnels en réadaptation doivent reconnaître qu’ils sont responsables de leur propre sécurité et qu’ils ont le devoir de minimiser les risques pour eux-mêmes et leurs collègues en développant leur conscience de la sécurité et en la mettant en pratique quotidiennement, quel que soit le contexte dans lequel ils travaillent. [5][6][7][4]
Responding Internationally to Disasters : A Do’s and Don’ts Guide for Rehabilitation Professionals est une ressource qui fournit des conseils à tous les professionnels de la réadaptation envisageant de répondre à une catastrophe internationale et devrait être une lecture obligatoire pour tous avant le déploiement sur le terrain.
Le travail en situation de catastrophe et de conflit peut être très difficile, physiquement et mentalement, en raison de la lourdeur de la charge de travail, des horaires longs et irréguliers, des conditions environnementales difficiles, de l’insécurité, de la vie avec des contraintes de sécurité, du manque d’infrastructures médicales, de l’exposition aux conséquences aiguës des catastrophes et des conflits, de l’exposition aux souffrances et aux traumatismes permanents, et du manque de communication avec la famille et les amis. [8]Le stress est un mot utilisé pour décrire des expériences difficiles sur le plan émotionnel et physiologique, et est une caractéristique commune du travail en situation de catastrophe et de conflit. Les symptômes du stress incluent les troubles du sommeil, la fatigue, le manque de concentration, la détresse émotionnelle, l’altération de l’appétit et les changements de comportement, notamment l’irritabilité, la mauvaise humeur, l’emportement, le repli sur soi, la prise de risques et un large éventail de réactions physiologiques, comme le montre le tableau 1.
| Système corporel | Effet physiologique | Conséquence |
|---|---|---|
| Cœur | Augmentation de la fréquence cardiaque
Dilatation des vaisseaux sanguins coronaires |
Augmentation du flux sanguin
Disponibilité accrue d’oxygène et d’énergie pour le cœur |
| Circulation | Dilatation des vaisseaux sanguins desservant les muscles
Constriction des vaisseaux sanguins desservant la digestion |
Augmentation de la disponibilité de l’oxygène pour les muscles squelettiques
Le sang est dévié vers les muscles squelettiques et le cerveau. |
| Poumons | Dilatation des bronches
Augmentation de la fréquence respiratoire |
Augmentation de la disponibilité de l’oxygène dans le sang |
| Foie | Augmentation de la conversion du glycogène en glucose | Augmentation de la disponibilité du glucose dans les muscles squelettiques et les cellules du cerveau |
| Peau | La peau devient pâle ou rougit car le flux sanguin est réduit. | Augmentation du flux sanguin vers les muscles et loin des parties non essentielles du corps comme la périphérie. |
| Yeux | Dilatation des pupilles | Permet de faire entrer plus de lumière afin d’améliorer l’acuité visuelle pour scruter les alentours. |
La réduction des possibilités de prendre soin de soi et l’augmentation du stress entraînent des problématiques de santé mentale telles que la dépression, l’anxiété et l’épuisement professionnelchez les professionnels en réadaptation travaillant dans des contextes humanitaires, et ceci peut avoir un effet négatif supplémentaire sur la capacité d’une organisation à fournir des services aux personnes directement touchées par l’urgence. Dans ces environnements, il est important de reconnaître les signes de stress, car ils peuvent souvent être les premiers signes d’alerte indiquant que vous devez privilégier les soins personnels ou d’autres formes de soutien.
Il est donc important, dans un contexte humanitaire, de donner priorité aux soins personnels et à la gestion du stress, dans la mesure du possible, pour tous les professionnels en réadaptation.[1]Les soins personnels sont d/cris comme toute activité que nous faisons délibérément, afin de prendre soin de notre propre santé mentale, émotionnelle et physique. C’est « quelque chose qui nous ravitaille, plutôt que de nous dépouiller ». [9] Il s’agit d’un vaste concept qui englobe l’hygiène (générale et personnelle), la nutrition (type et qualité des aliments consommés), le mode de vie (activités physiques, loisirs, etc.), les facteurs environnementaux (conditions de vie, habitudes sociales, etc.), les facteurs socio-économiques (niveau de revenu, croyances culturelles, etc.), les facteurs psychosociaux (relations, liens) et l’automédication [10]et doivent être intégrés à votre plan de sécurité personnel pour gérer votre santé et votre bien-être lorsque vous travaillez en situation de catastrophe et de conflit.[11][12]
Comprendre comment créer des soins personnels repose sur trois grands principes. [13]
La prise de conscience est une première étape essentielle pour déterminer vos réactions à ce qui se passe dans votre travail et votre vie (les facteurs de risque potentiels et vos propres signaux d’alarme) et ce que vous pouvez faire pour prendre soin de vous dans ces moments-là. Il est important de faire le point avec vous-même sur une base régulière :
Il est important de trouver un équilibre entre vos besoins personnels et les exigences de votre travail ; assurez-vous que chaque journée de travail inclut des pauses pour les repas et l’activité physique, et que vous prenez du temps en dehors du travail pour vous reposer et vous détendre, pour vos amis et votre famille, pour un renouveau spirituel. Il est également important que vous trouviez un équilibre entre prendre soin des autres et laisser quelqu’un prendre soin de nous. L’équilibre consiste également à trouver un juste milieu dans votre travail qui vous permettra de travailler de manière durable.
Énumérez les choses que vous faites pour faire face à ces symptômes ? Dans les domaines physique, mental et émotionnel, du comportement, des relations, et au travail. Quelles sont les activités que vous faites régulièrement ou que vous aimez faire et qui peuvent vous aider à faire face à la situation ? Laquelle vous semble la plus utile ? Et quelles sont les stratégies que vous souhaiteriez utiliser plus régulièrement ? Un outil utile à cet égard est la roue des soins personnels :
Il est important de garder un lien, autant que possible, avec les autres personnes que vous appréciez et auxquelles vous tenez. Il s’agit de maintenir un lien avec les autres personnes, et avec notre moi spirituel. Il est également important d’établir un lien avec la communauté, de se rattacher à un groupe de personnes qui se connaissent, partagent des expériences et des valeurs, et se tendent la main dans les bons moments ou dans les moments de besoin ou de détresse. Il est conseillé de se connecter à différentes communautés, car elles offrent souvent différents types de soutien.
| Emotionnel |
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|---|---|
| Physique |
|
| Interpersonnel |
|
| Spirituel |
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Les catastrophes et les conflits entraînent une surcharge sur les services de santé et de réadaptation, créant de multiples défis pour la prestation de soins de réadaptation sécuritaires et efficaces. Il est vital pour tous les professionnels en réadaptation de comprendre les risques inhérents au travail en situation de catastrophe ou de conflit afin d’assurer leur sécurité personnelle, en reconnaissant la nécessité d’analyser continuellement le contexte, les risques en matière de sécurité associés et l’importance de suivre toutes les procédures de sécurité à tout moment. Tous les professionnels en réadaptation doivent accéder à une formation humanitaire et clinique spécifique et se pré-enregistrer auprès des équipes médicales d’urgence internationales ou des organisations non gouvernementales internationales (ONGI) avant de s’impliquer dans une réponse de réadaptation en situation de catastrophe ou de conflit. Les soins personnels sont un ensemble d’activités pratiques, centrées sur la personne, que tous les professionnels en réadaptation peuvent entreprendre lorsqu’ils travaillent dans des situations de catastrophe et de conflit afin de préserver leur santé et leur bien-être et d’avoir une approche positive sur leur capacité à travailler dans ces environnements stressants.
Care International Personal Safety and Security Handbook, Care International
Safety and Security Guidelines for Humanitarian Volunteers in Conflict Areas, ICRC
Managing Stress in the Field, ICRC
Managing the Stress of Humanitarian Emergencies, UNHCR
Managing Stress in Humanitarian Workers, Antares Foundation
Guide for Occupational Therapy First Responders to Disasters and Trauma, WFOT – Appropriate for all Rehabilitation Professionals
International Self Care Foundation