Rédactrice originale – Mariam Hashem d’après le cours de Marissa Fourie
Principaux collaborateurs – Mariam Hashem , Merinda Rodseth , Kim Jackson , Shaimaa Eldib , Ewa Jaraczewska , Tony Lowe , Tarina van der Stockt et Olajumoke Ogunleye
L’examen clinique est un défi à relever en matière de précision et d’importance. Les progrès de la recherche ont démontré la faible fiabilité et validité de nombreux tests cliniques, avec des taux de précision plus élevés associés à l’imagerie et aux examens diagnostics de tomodensitométrie. (1) Cependant, la perspective change lorsque le sujet est abordé du point de vue de la rentabilité et de la disponibilité. L’accès géographique restreint aux outils de diagnostic médical avancés et le manque d’accessibilité financière imposent des limites à ces technologies. Par conséquent, l’examen clinique reste un outil précieux dans la pratique clinique. Un autre problème est l’utilisation croissante de la télésanté clinique par vidéo (ou CVT pour « Clinical Video Telehealth », en anglais), qui offre la possibilité d’améliorer l’accès aux prestataires de soins de santé dans les régions moins bien desservies par les services médicaux. Pourtant, les patients s’inquiètent du fait que la CVT puisse entraver leur communication avec le médecin ou le physiothérapeute.(2)
Bien qu’ils soient la référence standard, les tests de laboratoire et l’imagerie, s’ils sont mal utilisés, peuvent être nocifs (3) en contribuant aux surdiagnostics, entraînant ainsi d’autres préjudices psychologiques et comportementaux. (4) Le pouvoir de mains consciencieuses effectuant des examens physiques systématiques surpasse encore l’ère technologique. (5)
Un examen physique approfondi et efficace est considéré comme un art qui est important pour établir un diagnostic correct et construire la relation patient-médecin. L’omission de l’examen physique donne l’impression au patient que le professionnel de la santé ne leur accorde pas suffisamment d’attention. (3) Les aspects interpersonnels et une bonne communication augmentent la satisfaction du patient. (6) Il s’agit d’une pratique essentielle qui améliore la volonté du patient à participer au traitement. (7) Une étude de Hinchliffe et Lavin (8) a montré que la communication du physiothérapeute avec le patient était un facteur clé de la satisfaction des patients et de l’observance thérapeutique.
Communiquer efficacement avec les patients améliore l’efficacité de la consultation, témoigne d’un soutien et d’une collaboration, et réduit les conflits et les plaintes. Les professionnels de la santé, y compris les physiothérapeutes, reconnaissent qu’une bonne communication peut améliorer l’adhésion thérapeutique, la confiance du patient et d’autres résultats psychosociaux. (9) Les avantages d’une bonne communication ne concernent pas uniquement les patients. La satisfaction du clinicien, sa compréhension et sa mémorisation sont également améliorées lorsque le clinicien entreprend une communication bien intentionnée. (10)
La communication est un ensemble de procédures visant à améliorer les résultats des soins. Une bonne communication est une compétence acquise plutôt qu’un trait de personnalité. (10)
Apprendre à communiquer efficacement, c’est comme devenir un joueur de tennis professionnel. Pour maîtriser le sport, il faut être spécifique et se concentrer sur certaines compétences et stratégies. Comme pour toute autre compétence, les compétences en matière de communication centrée sur le patient se détériorent si on cesse de les pratiquer. L’expérience, bien qu’elle renforce les habitudes, a tendance à ne pas faire une distinction très nette entre les bonnes et les mauvaises habitudes. (10)
Le modèle Calgary-Cambridge a été développé en 1996. (11) Il s’agit d’un modèle pratique qui intègre les aspects physiques, psychologiques et sociaux de la consultation. Le modèle encourage la prise de notes d’une manière qui n’interfère pas avec la démonstration de l’intérêt et de l’empathie. Ce modèle n’est pas un outil d’évaluation, mais un guide permettant d’évaluer des compétences de communication spécifiques et de fournir une rétroaction.(12)
Le modèle encourage également le partage des réflexions avec le patient en raisonnant à haute voix et en acceptant l’histoire du patient.
Il fournit une structure pour assurer un déroulement harmonieux de la consultation en plaçant le patient au centre pour qu’il se sente aux commandes. (13)
Étapes de la consultation selon le modèle Calgary-Cambridge :
Un communicateur efficace est « proactif, poli, imaginatif, innovant, créatif, constructif, professionnel, progressif, énergique, facilitateur, transparent et favorable à la technologie ».(14) Cinq éléments essentiels ont été décrits pour améliorer les compétences en matière de communication : (10)
Une étude de King & Hoppe (15) a décrit les meilleures pratiques en matière de soins centrés sur le patient dans le tableau suivant (adapté de l’article Patient-Centred Communication study par Naughton) : (16)
| Objectif | Responsabilité du clinicien | Compétences en communication |
| Favoriser la relation clinicien-patient | Construire une relation
Démontrer une ouverture Faire preuve de respect, de bienveillance et d’engagement Reconnaître les sentiments et les émotions |
Accueillir le patient de manière chaleureuse et appropriée
Maintenir le contact visuel Démontrer de l’intérêt Écouter activement Exprimer de l’empathie |
| Recueillir des informations | Déterminer le but de la visite – Explorer les symptômes physiologiques (maladie/ »disease »)
Comprendre le point de vue du patient (maladie/ »illness ») |
Poser des questions ouvertes – Laisser le patient compléter ses réponses (écoute)
Clarifier et résumer les informations Explorer l’impact de l’ « illness » sur le patient |
| Fournir des informations | Identifier les besoins du patient en matière d’information – Partager les informations
Surmonter les obstacles liés aux compétences informationnelles en santé |
Parler simplement et éviter le jargon – Encourager les questions
Vérifier la compréhension |
| Prise de décision partagée | Identifier les objectifs du patient – Définir un plan de traitement collaboratif | Explorer les préférences du patient – Identifier les obstacles aux choix de traitement
Négocier un accord |
| Permettre la réussite du traitement | Évaluer la capacité d’autoprise en charge du patient – Prendre des dispositions pour obtenir le soutien nécessaire
Défendre les intérêts du patient et l’aider dans ses démarches au sein du système de santé |
Résumer le plan de traitement – S’assurer de la compréhension du patient
Discuter du suivi |
Le patient joue un rôle actif lors évaluation subjective. Toutefois, son rôle change lors de l’examen physique. (1) Le clinicien peut faciliter ce processus en guidant le patient tout au long de l’examen, sachant que le patient débute celui-ci en étant quelque peu incertain. Le patient doit comprendre le processus et suivre le fil des pensées du clinicien.
Les considérations et les conseils suivants sur les bonnes techniques de communication permettent de guider l’évaluateur tout au long du processus de l’examen physique : (1)
La signalisation (« signposting » en anglais) consiste à informer le patient de ce que l’on va dire ou faire pour l’aider à se sentir moins anxieux et lui donner le sentiment d’être en contrôle de la situation. Pour ce faire, un résumé concis de la dernière étape et de l’étape suivante de l’évaluation est fourni. (17) Par exemple, après l’évaluation subjective d’une affection musculosquelettique, le clinicien peut donner une « signalisation » en disant : (1)
« Avec toutes les informations que vous m’avez données, j’ai quelques idées sur ce qui pourrait être la cause de vos douleurs. Nous allons maintenant passer à l’examen physique pour essayer d’identifier les structures sous-jacentes responsables de vos symptômes. Je veux d’abord évaluer la façon dont vous bougez en général, puis vérifier simultanément l’implication possible de vos articulations vertébrales, de vos muscles et de vos nerfs dans votre mal de dos. Je vais vous guider dans l’exécution de quelques mouvements, et chaque fois que vous ressentirez votre douleur habituelle, j’aimerais que vous me le disiez et que vous repreniez ensuite une position plus confortable. »
Cela donne un cadre au patient, en l’informant des informations que nous avons obtenues lors de l’entrevue, de ce à quoi il doit s’attendre ensuite et au retour d’information que nous attendons de lui.
Le toucher implique une sensation professionnelle et est une expression d’attention et de sympathie. (18) La palpation a toujours été considérée comme un outil de diagnostic puissant. En physiothérapie, le toucher procure un espace sécurisant et permet d’effectuer des exercices et de modifier les symptômes. Le toucher offre aux professionnels les moyens de communiquer « au-delà des mots ». (19) Il est bénéfique pour les patients en détresse, en particulier si la communication verbale est limitée, et pour certains patients, il a une signification émotionnelle et spirituelle. Cependant, le toucher peut également être source de complications s’il est perçu comme inapproprié et non professionnel, ce qui constitue un obstacle à la pratique d’une compétence clinique essentielle. (20) La palpation de zones sensibles, telles que les organes génitaux, ou de régions qui ne sont pas directement liées à la région principale de la plainte, peut mettre les patients mal à l’aise et les inciter à protéger leur espace personnel. La prudence est de mise pour respecter les sensibilités culturelles et aborder certaines populations, telles que les mineurs et les patients du sexe opposé, en particulier dans le cas d’un clinicien masculin avec une patiente. (1)
Les cliniciens doivent être attentifs à l’espace personnel de leurs patients, faire preuve de respect et rester prudents quant aux préférences du patient en termes de préférences personnelles, de culture, de sexe, d’âge, etc. Ils doivent décider si, quand et comment toucher, tout en reconnaissant les limites personnelles et professionnelles propres à chaque patient. (18)
Il faut demander la permission de toucher, même si le patient s’attend à être touché. Il est éthique et humain de respecter l’espace personnel du patient.
Si la plupart des patients se sentent à l’aise et comprennent qu’il faut se déshabiller pour procéder à l’examen physique, certains peuvent se montrer réservés. Il est conseillé d’informer les patients avant l’entrevue qu’ils devront peut-être se déshabiller pour faciliter le processus. Il est aussi indiqué d’informer les patients verbalement et d’obtenir leur accord avant de commencer l’examen physique.
Avant de demander au patient de se déshabiller, il convient de déterminer s’il est nécessaire qu’il se déshabille et quelle partie de son corps doit être exposée. Si on ressent un inconfort de la part du patient, on peut proposer une serviette ou une chemise d’hôpital pour réduire l’exposition des parties du corps. Tous les patients ont droit au respect de leur vie privée et de leur dignité (21) et ont donc le droit de refuser de se déshabiller. Dans ce cas, il n’est pas éthique de faire pression ou d’insister pour que les patients se déshabillent. Il convient plutôt de leur expliquer, avec respect, qu’une exposition insuffisante du corps peut conduire à une erreur clinique et augmente le risque d’un diagnostic erroné ou d’une prise en charge de moindre qualité. (1) Le fait de draper correctement les patients et de leur fournir des chemises ou des shorts est une bonne solution de rechange au déshabillage et aide les patients à se sentir plus à l’aise. (21)
Il convient de résumer brièvement l’hypothèse clinique préliminaire en utilisant une terminologie facile à comprendre, tout en considérant que le résumé n’est pas définitif. Après l’entrevue, il faut discuter de l’hypothèse préliminaire avec le patient pour l’informer de ce qu’il faut tester et de ce qu’il faut exclure en utilisant des phrases courtes et simples.
Les patients ont le droit d’interrompre le processus à tout moment, et c’est une bonne pratique que de les informer de ce droit. Ils peuvent jouer un rôle plus actif en posant des questions ou en apportant des informations supplémentaires au cours de l’examen physique. Il faut éviter d’utiliser le jargon technique. La consigne de mouvement spécifique doit être claire et facile à comprendre à l’aide d’instructions verbales, de démonstrations physiques, de facilitation manuelle ou d’une combinaison de ces éléments.
Le ton utilisé pour communiquer est également essentiel, et le thérapeute doit s’abstenir d’utiliser un ton parental autoritaire. Il faut donner au patient la possibilité de demander des clarifications s’il ne comprend pas la consigne. Ceci est particulièrement important pour les consultations à distance par téléphone.
Selon la « National Assessment of Adult Literacy » (évaluation nationale de la littératie des adultes), seuls 12 % des adultes ont une bonne maîtrise de l’autodidaxie en matière de santé. Autrement dit, 9 adultes sur 10 n’ont pas les compétences nécessaires pour gérer leur santé et prévenir les maladies. Les professionnels de la santé ont tendance à surestimer les connaissances des patients en matière de santé, et les informations qu’ils partagent avec eux peuvent être difficiles à comprendre. (22) Il peut être utile de supposer que tous les patients ont un faible niveau de connaissances en matière de santé, de ralentir, de parler plus lentement, dans un langage simple et non médical, et d’utiliser des techniques de communication appropriées pour être sûr d’être compris.
Il faut laisser aux patients et à leur famille le temps de poser des questions en leur demandant « Quelles sont vos questions ? » au lieu de « Avez-vous des questions ? Il convient de vérifier la compréhension du patient en lui demandant de reformuler le message avec ses propres mots, et pas seulement de le répéter, afin de s’assurer qu’il a bien compris le message. (16)
Il faut éviter la négation lorsque l’on corrige les mouvements d’un patient. Il faut éviter les formules du type « non, pas comme ça ! ». Au lieu de cela, il est préférable d’utiliser des formules positives et de donner une rétroaction. Par exemple, on souhaite qu’un patient effectue une flexion latérale lombaire, mais au lieu d’une flexion latérale, il effectue une combinaison de flexion et de flexion latérale. Pour renforcer la confiance et la motivation du patient, on peut lui dire : « Bon travail, je veux que vous répétiez le mouvement, mais cette fois en vous penchant plus sur le côté. Oui, c’est beaucoup mieux. »
L’utilisation d’une affirmation positive tout en donnant une rétroaction sans souligner l’erreur renforce la confiance du patient dans l’exécution du mouvement. (1) Il est possible de devoir reformuler la consigne ou de la décrire en termes plus simples pour que le patient comprenne mieux l’exécution correcte du mouvement. Par exemple, au lieu de dire au patient de faire un mouvement purement latéral, on peut lui demander de répéter le mouvement, en faisant glisser sa main le long de sa jambe aussi loin que possible. Cette technique est particulièrement utile pour les patients qui présentent une certaine anxiété ou un faible niveau de cognition.
Le consentement des parents est une exigence légale pour le traitement des enfants. (23) Les parents jouent un rôle inestimable en facilitant l’approche et l’application du traitement. On peut impliquer dans la séance en les encourageant à aider l’enfant et à lui expliquer les consignes pour qu’il les comprenne.
Une rétroaction continue tout au long de l’évaluation est un autre moyen de pratiquer une bonne communication. Certains patients peuvent se sentir gênés et exposés, surtout s’ils ne comprennent pas l’importance de leurs mouvements pendant l’examen. Le fait de fournir une rétroaction et d’expliquer les résultats peut atténuer la gêne du patient. C’est une bonne pratique que de partager les résultats positifs au lieu de se concentrer uniquement sur les problèmes. Cela diminue le facteur d’anxiété et donne au patient une idée positive de sa mobilité et de son corps, tout en combattant l’idée de fragilité.