Éditeur original – Olajumoke Ogunleye
Principaux contributeurs – Olajumoke Ogunleye, Jess Bell, Naomi O’Reilly et Chelsea Mclene
Une brûlure est une blessure de la peau ou d’un autre tissu organique principalement causée par l’exposition à la chaleur ou à d’autres agents causaux ( radiation, électricité, produits chimiques)[1][2]. Selon l’OMS, il s’agit d’un problème de santé publique mondial, responsable d’environ 180 000 décès par année. Les brûlures figurent parmi les principales causes d’invalidité dans les pays à faibles et moyens revenus et près des deux tiers d’entre elles surviennent dans les régions d’Afrique et d’Asie du Sud-Est de l’OMS. Les brûlures n’affectent pas seulement la peau, elles peuvent avoir d’autres effets sur les réseaux de tissus, d’organes et de systèmes, comme dans le cas d’inhalation de fumée, ainsi que des effets psychologiques. Les brûlures touchent tous les sexes, bien que les femmes aient un taux de mortalité par brûlure légèrement plus élevé que les hommes. Elles touchent également tous les groupes d’âge et sont la cinquième cause la plus fréquente de blessures non mortelles chez les enfants [2].
Les brûlures électriques sont causées par la chaleur générée lorsque l’énergie électrique traverse le corps, causant des lésions aux tissus profonds. L’ampleur de la blessure dépend du trajet du courant, de la résistance au flux du courant à travers les tissus, de la force et de la durée de ce flux de courant. Les différents types de courant causent divers degrés de blessures. Par exemple, un courant alternatif est plus dangereux qu’un courant continu et il est souvent associé à un arrêt cardiaque, une fibrillation ventriculaire et des contractions musculaires tétaniques. [1][3]
Les brûlures thermiques sont causées par des sources de chaleur externes (chaudes ou froides) ou des échaudures (liquides chauds), suite à un transfert d’énergie, des objets solides chauds, de la vapeur et des objets froids.
Les types de brûlures thermiques sont les suivants :
Une brûlure chimique est causée par le contact des tissus avec des agents chimiques tels que des acides forts, des alcalins ou des composés organiques. Les agents chimiques, selon la durée d’exposition et la nature de l’agent, ont des effets différents sur la peau. Par exemple, le contact avec un acide provoque une nécrose de coagulation du tissu (ce qui permet de préserver l’architecture du tissu mort), tandis que les brûlures alcalines génèrent une nécrose de liquéfaction (ce qui transforme le tissu en une masse liquide et visqueuse). L’absorption systémique de certains produits chimiques met la vie en danger, et les dommages locaux peuvent inclure toute l’épaisseur de la peau et des tissus sous-jacents [1].
La brûlure par radiation est une lésion de la peau ou d’autres tissus et organes biologiques due à une exposition prolongée aux radiations. Il s’agit de la brûlure la moins courante. Le type de brûlure par rayonnement le plus courant est le coup de soleil causé par une exposition prolongée aux rayons ultraviolets. D’autres causes sont associées à l’utilisation de rayonnements ionisants dans l’industrie, à une forte exposition à la radiothérapie, par exemple aux rayons X, et à l’énergie nucléaire. Les brûlures dues aux rayonnements sont souvent associées au cancer en raison de la capacité des rayonnements ionisants à interagir avec l’ADN et à l’endommager [1].
Les brûlures peuvent être classées en fonction de leur gravité, de leur profondeur, [1] et de la taille de la brûlure.
Brûlures d’épaisseur superficielle ou du premier degré – Les brûlures d’épaisseur superficielle sont des brûlures qui n’affectent que l’épiderme et se caractérisent par une rougeur, une douleur, une sécheresse et l’absence de cloques. Un léger coup de soleil est un exemple de brûlure d’épaisseur superficielle.
Brûlures d’épaisseur partielle ou de second degré – Ces brûlures touchent l’épiderme et une partie du derme. Les brûlures partielles sont souvent divisées en deux types : les brûlures partielles superficielles et les brûlures partielles profondes.
Brûlures partielles superficielles – Les brûlures d’épaisseur partielle touchent l’épiderme et une partie du derme de la peau. Les brûlures partielles superficielles traversent l’épiderme et descendent jusqu’à la couche papillaire, ou superficielle, du derme. Le site blessé devient érythémateux car le tissu dermique s’est enflammé. Lorsqu’une pression est appliquée sur la zone rougie, la zone blanchira, mais montrera un remplissage capillaire rapide lors du relâchement de la pression.
Brûlures partielles profondes – Ces brûlures s’étendent plus profondément dans le derme et causent des dommages au follicule pileux et au tissu glandulaire. Elles sont douloureuses à la pression, forment des cloques, sont humides, cireuses ou sèches, et peuvent avoir un aspect ivoire ou blanc nacré.
Brûlures de pleine épaisseur ou du troisième degré – Ces brûlures s’étendent à travers tout le derme et affectent souvent le tissu sous-cutané sous-jacent. L’aspect de la peau peut varier du blanc cireux au gris cuiré au carbonisé et au noir. La peau est sèche et inélastique et ne blanchit pas à la pression. Elle n’est généralement pas douloureuse en raison des dommages causés aux terminaisons nerveuses. Les peaux mortes et dénaturées (escarres) sont retirées pour favoriser la guérison et les cicatrices sont généralement sévères. Les brûlures de pleine épaisseur ne peuvent pas guérir sans chirurgie.
Brûlures sous-dermiques ou du quatrième degré – Elles impliquent une blessure des tissus plus profonds, tels que les muscles ou les os. Elles sont souvent noircies et cela conduit fréquemment à une perte de la partie brûlée.
La taille d’une brûlure est déterminée par l’une des trois techniques suivantes : La règle des neuf, la méthode Lund-Browder, la surface palmaire.
La règle des neuf – Cette méthode est également connue sous le nom de règle des neuf de Wallace car elle porte le nom du Dr Alexander Wallace, le chirurgien qui a été le premier à publier cette méthode. La règle des neuf est utilisée pour estimer la surface corporelle totale ( SCT) impliquée chez les patients brûlés. Elle est également utilisée pour estimer la réanimation liquidienne requise par un patient brûlé. L’estimation de la surface corporelle se fait en attribuant des pourcentages aux différentes zones du corps [6].
| Partie du corps | Pourcentage |
| Tête et cou | 9% |
| Tronc antérieur | 18% |
| Tronc postérieur | 18% |
| Extrémité inférieure | chacune 18% |
| Extrémité supérieure | chacune 9% |
| Entrejambe | 1% |
La Méthode Lund-Browder – Cette méthode est utilisée à la place de la règle de neuf pour évaluer la surface totale affectée chez les enfants.[7]. Des pourcentages différents sont utilisés car le rapport entre la surface combinée de la tête et du cou comparativement à la surface des membres est généralement plus important chez les enfants que chez les adultes.
Méthode de la surface palmaire – La surface palmaire peut être utilisée pour estimer des brûlures relativement petites ou des brûlures importantes. Mais pour les brûlures de taille moyenne, elle est inexacte. La surface de la paume d’un patient, incluant les doigts, est utilisée pour calculer la SCTB.
Une brûlure, selon la gravité de la blessure, peut entraîner des effets à la fois locaux et systémiques débilitants sur tous les autres organes et systèmes éloignés de la zone brûlée.
Se produit immédiatement après la blessure, et la plaie brûlée peut alors être divisée en trois zones [8][4].
Dans les cas de brûlures graves de >30% SCT, une réaction complexe se produit à la fois dans la zone de la brûlure et dans la zone éloignée de la brûlure. Des cytokines, chimiokines et autres médiateurs inflammatoires sont libérés en excès, entraînant des réactions inflammatoires étendues dans les quelques heures suivant la blessure[10]. La réponse initiale, qui dépend de la taille de la brûlure, est similaire à l’inflammation qui est déclenchée après la destruction des tissus comme lors d’un traumatisme ou d’une intervention chirurgicale majeure.[11]. Différents facteurs contribuent à l’ampleur de la réponse de l’hôte, ils incluent : la gravité de la brûlure (pourcentage de SCT et profondeur de la brûlure), la cause de la brûlure, une lésion par inhalation, l’exposition à des toxines, d’autres blessures traumatiques, et des facteurs liés au patient tels que l’âge, les conditions médicales chroniques préexistantes, l’intoxication par la drogue ou l’alcool, et le moment de la présentation à l’aide médicale.[1]. Cette réponse inflammatoire entraîne la formation rapide d’un œdème causé par une perméabilité microvasculaire accrue, une augmentation de la pression hydrostatique microvasculaire, une vasodilatation et une activité osmotique extravasculaire accrue. Ces réactions sont dues à l’effet direct de la chaleur sur la microvasculature et aux médiateurs chimiques de l’inflammation. La vasodilatation et l’augmentation de la perméabilité veineuse au stade précoce de la blessure sont provoquées par la libération d’histamine. De plus, la prostaglandine est libérée par les dommages causés aux membranes cellulaires entraînant la libération de radicaux libres d’oxygène libérés par les leucocytes polymorphonucléaires qui activent les enzymes catalysant l’hydrolyse du précurseur de la prostaglandine. Ces changements hémodynamiques entraînent une perte continue de liquide dans la circulation sanguine, provoquant une augmentation du taux d’hématocrite et une chute rapide du volume plasmatique, ce qui entraîne une diminution du débit cardiaque et une hypoperfusion au niveau cellulaire. Si la perte de liquide n’est pas rétablie de manière adéquate, l’état de choc du brûlé se produit.[12].
Outre l’état de choc, la brûlure peut entraîner d’autres types de blessures, incluant les lésions par inhalation. Les lésions par inhalation sont causées par la chaleur ou l’inhalation de fumée ou de produits chimiques de la combustion, entraînant divers degrés de dommages. Généralement, elle est présente en conjonction avec la brûlure et peut aller d’une blessure mineure à une blessure grave. Les lésions dues à l’inhalation peuvent être divisées en trois types : toxicité systémique due aux produits de combustion (monoxyde de carbone (CO) et empoisonnement au cyanure) ; lésions thermiques des voies aériennes supérieures ; et lésions chimiques des voies aériennes inférieures (bronches et distales). Dans un feu en espace clos, les patients peuvent subir conjointement toutes ces formes de lésion. L’intoxication au CO, plus précisément classée comme une intoxication systémique, est facilement diagnostiquée à partir du taux de carboxyhémoglobine sérique déterminé dans le cadre de la mesure des gaz du sang artériel à l’admission à l’hôpital [1].
De plus, une brûlure grave a des effets sur différents organes et systèmes du corps. Ces effets incluent :
La réponse initiale à une brûlure grave est caractérisée par une hypovolémie et une réduction du retour veineux. Cela entraîne concomitamment une diminution du débit cardiaque, une augmentation de la fréquence cardiaque et de la résistance périphérique. En plus du dysfonctionnement cardiaque, la résistance pulmonaire augmente, entraînant une augmentation de la charge de travail des ventricules droit et gauche.[13][14].
Après l’inhalation de fumée, des médiateurs inflammatoires sont libérés dans les poumons, entraînant une bronchoconstriction et le syndrome de détresse respiratoire chez l’adulte [4].
Le système rénal est affecté à la suite des altérations du système cardiovasculaire. Le débit sanguin rénal et le taux de filtration glomérulaire sont réduits en raison de l’hypovolémie, de la diminution du débit cardiaque et des effets de l’angiotensine, de la vasopressine et de l’aldostérone. Ces altérations se traduisent généralement par une oligurie, signe précoce d’une atteinte rénale. L’absence de gestion rapide et adéquate de ces cas peut entraîner une nécrose tubulaire aiguë, une insuffisance rénale et la mort.
On observe une déplétion substantielle des protéines hépatiques, des altérations des taux sériques de triglycérides et d’acides gras libres sont mises en évidence, tous deux étant significativement accrus en raison d’une diminution des protéines de transport des graisses, ce qui rend le foie susceptible d’infiltration graisseuse et d’hépatomégalie avec pour conséquence un risque accru de septicémie et de mortalité par brûlure.
Le métabolisme de base augmente jusqu’à trois fois son niveau original. Ceci, associé à une hypoperfusion splanchnique, nécessite une alimentation entérale précoce et agressive pour diminuer le catabolisme et maintenir l’intégrité intestinale. Cela provoque une atrophie des muqueuses, une réduction de la capacité d’absorption et une augmentation de la perméabilité de surface.
Les hormones de stress, à savoir la catécholamine, le glucagon et le cortisol, entre autres, sont activement impliquées au début des blessures par brûlure. Ces hormones affichent une augmentation exponentielle de leurs niveaux, atteignant parfois 10 fois leurs valeurs normales. L’importance d’une telle poussée réside dans son influence sur le système cardiovasculaire et les déplacements de fluides qui en découlent. Les hormones de stress sont ainsi considérées comme les initiateurs de la réponse hypermétabolique-catabolique et protéolytique.
Recommandations de l’Organisation mondiale de la santé à l’intention des particuliers, des communautés et des responsables de la santé publique sur la manière de réduire le risque de brûlure[15].
Les brûlures ont des effets physiques, socio-économiques et psychologiques, spécialement dans les cas de brûlures graves. Elles ont un impact non seulement sur la partie du corps touchée, mais aussi sur les organes et les systèmes du corps. Elles exigent une réponse précoce et rapide pour réduire l’effet des lésions. En outre, ils nécessitent une approche interdisciplinaire pour prévenir les effets néfastes de la blessure.