La lésion cérébrale traumatique en pédiatrie

Rédacteur original – Jayati Metha

Principaux contributeursNaomi O’Reilly, Jayati Mehta, Kim Jackson, Simisola Ajeyalemi , Admin, Vidya Acharya et Lucinda Hampton

Introduction(edit | edit source)

Les lésions cérébrales traumatiques sont une des principales causes de décès et d’invalidité chez les enfants. Bien que les enfants aient un meilleur taux de survie que les adultes atteints de lésions cérébrales traumatiques, les séquelles et les conséquences à long terme sont souvent plus dévastatrices chez les enfants en raison de leur âge et de leur potentiel de développement.(1) Elles peuvent entraîner toute une série de lésions traumatiques du cuir chevelu, du crâne et du cerveau qui sont comparables à celles des adultes, mais qui diffèrent tant sur le plan de la physiopathologie que de la prise en charge.(2) Il semble que les enfants présentent une réponse pathologique spécifique lors de lésions cérébrales traumatiques, qui s’accompage de symptômes neurologiques distincts, et des efforts considérables ont été déployés pour élucider cette physiopathologie. En outre, les récentes avancées techniques en matière d’imagerie diagnostique des lésions cérébrales traumatiques en pédiatrie ont facilité le diagnostic précis, le traitement approprié ainsi que la prévention des complications et ont permis de prédire les résultats à long terme.(2) Les coûts liés à la prise en charge d’un enfant atteint d’une lésion cérébrale traumatique grave sur toute la durée de sa vie sont importants.(1)

Incidence(2)(edit | edit source)

  • Les blessures non intentionnelles sont la principale cause de décès chez les enfants.
  • De tous les types de lésions traumatiques, les lésions cérébrales sont les plus susceptibles d’entraîner la mort ou une invalidité permanente.
  • Une étude par rapport à l’âge a révélé que les consultations d’urgence étaient les plus fréquentes chez les enfants âgés de 0 à 4 ans (1 035 pour 100 000 enfants), et que parmi ceux-ci, 80 pour 100 000 enfants étaient hospitalisés.
  • Le taux annuel de décès par lésion traumatique chez les enfants <4 ans est de 5 pour 100 000.
  • Le taux de mortalité est plus élevé chez les enfants de <4 ans que chez ceux de 5 à 14 ans.
  • Les hospitalisations pour lésions cérébrales traumatiques étaient le plus souvent observées chez les adolescents (129 pour 100 000).
  • On a constaté que les garçons étaient plus nombreux à consulter et être hospitalisés en urgence que les filles.
  • Les mécanismes les plus courants des lésions cérébrales traumatiques en pédiatrie varient selon l’âge. Les chutes sont la principale cause de lésions cérébrales traumatiques chez les enfants de moins de 14 ans. Les enfants de moins de 4 ans sont principalement blessés par des chutes, mais ils sont également touchés par des blessures violentes et des accidents de la route.

Caractéristiques de la lésion ( éditer | source d’édition )

La présentation clinique des enfants atteints d’une lésion cérébrale est extrêmement variable en fonction de la gravité du traumatisme. L’Échelle (ou Score) de Glasgow pédiatrique est couramment utilisée pour évaluer l’état de conscience et pour définir la gravité des blessures à la tête. En général, les déficits neurologiques sont constatés au moment de la blessure, et les signes cliniques nouvellement apparus peuvent indiquer une progression des changements pathologiques dus aux lésions cérébrales. Elles doivent faire l’objet d’un examen attentif. Le tableau suivant représente les caractéristiques des blessures en fonction de l’âge et du développement.(2)

Âge Type de lésion
Nouveau-nés
  • Traumatisme crânien à la naissance
  • Hémorragie intracrânienne
  • Hématome céphalique
  • Hématome sous-galéen
Nourrissons
  • Blessure accidentelle à la tête
  • Traumatisme crânien par comportement abusif
Tout-petits et écoliers
  • Traumatisme crânien accidentel
Adolescents
  • Blessures liées au vélo
  • Blessures liées aux motos
  • Traumatismes crâniens liés au sport

Classification(edit | edit source)

Les traumatismes crâniens sont classés en fonction de la nature de la force à l’origine de la blessure et en fonction de la gravité de celle-ci. Les forces qui provoquent un traumatisme crânien sont appelées forces d’impact ou forces d’inertie. Les forces d’impact résultent du choc de la tête contre une surface ou du choc d’un objet en mouvement contre la tête ; ces forces provoquent le plus souvent des fractures du crâne, des lésions cérébrales focales et des hématomes épiduraux. Les forces inertielles sont généralement le résultat d’une accélération et d’une décélération rapides du cerveau à l’intérieur du crâne, ce qui entraîne un cisaillement ou une déchirure du tissu cérébral et des fibres nerveuses.(1)

La plupart des lésions cérébrales traumatiques sont le résultat de ces deux types de forces. La gravité du traumatisme crânien est évaluée selon une échelle allant d’une commotion relativement légère à une lésion plus grave. Les dommages aux tissus du système nerveux se produisent à la fois au moment de l’impact ou de la pénétration d’un objet et à la suite, par dommages secondaires.(1)

Les lésions cérébrales traumatiques peuvent donc résulter d’une blessure primaire ou d’une blessure secondaire. La gravité d’une lésion cérébrale traumatique peut être classée comme légère, modérée ou grave, en fonction de l’étendue et de la nature de la lésion, de la durée de la perte de conscience, de l’amnésie post-traumatique (perte de mémoire des événements survenus immédiatement après la lésion) et de la gravité de la confusion lors de l’évaluation initiale pendant la phase aiguë de la lésion (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, 5th ed. (DSM-5; American Psychiatric Association, 2013); CDC, 2015).

  • La lésion cérébrale traumatique légère est une perte de conscience pendant moins de 30 minutes, un Score de Glasgow pédiatrique initiale de 13 à 15 après 30 minutes de l’apparition de la blessure, et une amnésie post-traumatique pendant au plus 24 heures (CDC, 2015; McCrory et al., 2013; Ontario Neurotrauma Foundation, 2013).
    • Non compliquée – lorsqu’aucune constatation évidente n’est observée en neuro-imagerie.
    • Compliquée – lorsque des anomalies intracrâniennes (par exemple, des ecchymoses ou une accumulation de sang dans le cerveau) sont visibles sur un scanner ou une IRM.
  • La lésion cérébrale traumatique modérée est une perte de conscience et/ou une amnésie post-traumatique de 1 heure à 24 heures et un Score de Glascow pédiatrique de 9 à 12 (CDC, 2015).
  • La lésion cérébrale traumatique sévère est une perte de conscience pendant plus de 24 heures et une amnésie post-traumatique pendant plus de 7 jours avec un Score de Glascow pédiatrique de 3 à 8 (CDC, 2015).(5)

Caractéristiques cliniques ( éditer | source d’édition )

En général, les lésions cérébrales traumatiques primaires incluent :

  • La lésion extra-parenchymateuse, qui peut comprendre un hématome épidural, un hématome sous-dural, une hémorragie sous-arachnoïdienne et une hémorragie intraventriculaire.
  • La lésion intra-parenchymateuse, qui peut comprendre une hémorragie intracérébrale, une lésion axonale diffuse (DAI) et un hématome intracérébral.
  • La lésion vasculaire, pouvant inclure une dissection vasculaire, une fistule entre l’artère carotide et le sinus caverneux, une fistule artério-veineuse durale et un pseudo-anévrisme. (2)

Signes et symptômes physiques ( éditer | source d’édition )

  • Changements du niveau de conscience, allant d’une brève perte de conscience au coma
  • Vomissements
  • Crises d’épilepsie
  • Vertiges
  • Fatigue
  • Céphalées
  • Troubles du mouvement, de l’équilibre et/ou de la coordination
  • Déficits de vitesse et de programmation motrice (Dyspraxie/Apraxie)
  • Nausées
  • Douleur
  • Réduction de la force musculaire (parésie/paralysie)
  • Modifications des fonctions intestinales et vésicales (5)

Autres signes et symptômes
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)

  • Audio-vestibulaires
  • Visuels
  • Cognitifs (attention, fonctions exécutives, traitement de l’information, mémoire et apprentissage, métacognition)
  • Parole, langage et voix
  • Alimentation et déglutition
  • Comportementals
  • Emotionnels (5)

Chez les nourrissons et les jeunes enfants ( éditer | source d’édition )

  • Changements dans la capacité d’attention
  • Changements dans les habitudes alimentaires ou d’allaitement
  • Changements dans le jeu (par exemple, perte d’intérêt pour les jouets/activités préférés)
  • Changements dans les habitudes de sommeil
  • Irritabilité, pleurs persistants et incapacité à être consolé
  • Léthargie
  • Perte du langage acquis
  • Perte de nouvelles compétences, comme l’apprentissage de la propreté
  • Sensibilité à la lumière et/ou au bruit
  • Marche instable, perte d’équilibre

Traitement médicale ( edit | edit source )

Le traitement médical des enfants souffrant de lésions cérébrales traumatiques modérées et graves comprend une surveillance et un contrôle étroits de la circulation cérébrale et de la pression intracrânienne grâce à des appareils et des systèmes de contrôle sophistiqués. Si la pression intracrânienne ne peut être contrôlée par les moyens traditionnels, une forte dose de barbiturique (par exemple, le phénobarbital) peut être administrée. Si cela ne permet pas de contrôler la pression, baisser la température corporelle peut aider.

Le sevrage des traitements aux barbituriques et à la température corporelle est difficile et peut entraîner des troubles du sommeil, des problèmes de comportement, de l’apnée et une diminution du fonctionnement intellectuel. Heureusement, la plupart des enfants qui subissent un traumatisme crânien ne présentent qu’un traumatisme cérébral léger (score de 13 à 15 sur l’échelle de Glascow). Les enfants présentant des déficits résiduels de lésions cérébrales traumatiques légères peuvent nécessiter un soutien éducatif, des modifications de leur environnement et un soutien psychologique.

Dans la plupart des cas, le pronostic pour ces enfants est très bon. Les enfants qui ont subi des lésions cérébrales traumatiques modérées ou sévères suivent généralement un schéma comportemental de retour progressif et complet à la conscience. Selon la gravité des dommages, l’individu ne répond initialement à aucun stimulus externe ou réagit de manière stéréotypée. Seul un petit nombre d’enfants reste dans le coma.

Au premier stade de la récupération, les enfants présentent une ouverture des yeux aux stimuli externes et des réponses généralisées aux stimuli nocifs. L’étape suivante du rétablissement peut être la plus difficile pour les membres de la famille car l’enfant est souvent agité et combatif mais est rarement conscient de ses actions. Au fur et à mesure que l’agitation se résorbe, l’enfant montre des réponses de plus en plus appropriées aux demandes, une capacité d’attention et de concentration de plus en plus adéquates, ainsi qu’une reconnaissance des membres de la famille. À mesure que l’enfant progresse, l’intervention devient plus fonctionnelle et orientée vers un objectif.(1) Une revue systématique des essais contrôlés randomisés suggère de meilleurs résultats avec la stimulation cérébrale non invasive chez les patients pédiatriques souffrant de lésions cérébrales. Une amélioration significative a été observée au niveau de la fonction des membres supérieurs, de l’équilibre et des paramètres de la marche.(7).

Réadaptation(edit | edit source)

Une approche interdisciplinaire est essentielle. Après la stabilisation et la prévention des complications secondaires, les patients devraient bénificier de physiothérapie, d’ergothérapie, d’orthophonie et de testing neuropsychologique. La réadaptation comprendra l’enseignement de stratégies visant à compenser les fonctions altérées ou perdues et à optimiser l’utilisation des capacités dès leur retour. Le partenariat avec l’école de l’enfant est primordial pour s’assurer que l’enfant reçoit les services nécessaires à sa réussite scolaire de manière sécuritaire et appropriée.(10)

Ressources(edit | edit source)

Working with Traumatic Brain Injury – Toolkit F : Paediatric Brain Injury Rehabilitation Resources – Ce Toolkit comprend un large éventail de ressources pertinentes pour la réadaptation des lésions cérébrales pédiatriques. Il existe plus de 180 ressources différentes.

Références(edit | edit source)

  1. 1.0 1.1 1.2 1.3 1.4 Case-Smith, J. and O’Brien, J. (n.d.). Occupational Therapy for Children. 6th ed. Mosby Elsevier, pp.167-168.
  2. 2,0 2,1 2,2 2,3 2,4 Araki T, Yokota H, Morita A. Pediatric traumatic brain injury: characteristic features, diagnosis, and management. Neurologia medico-chirurgica. 2016:ra-2016.
  3. . Arkansas Children’s. Recovering from Traumatic Brain Injury: Ryan’s Story. Available from: https://youtu.be/YpdCspyn4co(last accessed 30/09/19)
  4. Utah Neuro Rehabilitation. Living with a Child With A Brain Injury. Available from: https://youtu.be/aWfMWQIHGV4(last accessed 30/09/19)
  5. 5.0 5.1 5.2 American Speech Language Hearing Association. Pediatric Traumatic Brain Injury. Available from: https://www.asha.org/PRPSpecificTopic.aspx?folderid=8589942939&section=Signs_and_Symptoms (accessed 2 October 2019).
  6. Health Area. 6 Signs of Traumatic Brain Injury in Children. Available from: https://youtu.be/slYllgbTkC4(last accessed 30/09/19)
  7. Elbanna ST, Elshennawy S, Ayad MN. Noninvasive Brain Stimulation for Rehabilitation of Paediatric Motor Disorders Following Brain Injury: Systematic Review of Randomized Controlled Trials. Archives of physical medicine and rehabilitation. 2019 May 10.
  8. Carilion Children’s Outreach Education. Pediatric Traumatic Brain Injury. Available from: https://youtu.be/-gBiT-zOVvs(last accessed 30/09/19)
  9. OPENPediatrics. « Guidelines for the Management of Pediatric Severe Traumatic Brain Injury » by Pat Kochanek. Available from: https://youtu.be/bG5FHaFa4qI(last accessed 30/09/19)
  10. American Academy of Physical Rehabilitation and Medicine. Pediatric Traumatic Brain Injury (Moderate to Severe). Available from: https://www.aapmr.org/about-physiatry/conditions-treatments/pediatric-rehabilitation/pediatric-brain-injury(accessed 2 October 2019).
  11. Brainline. Pediatric Versus Adult Rehabilitation After Brain Injury. Available from: https://youtu.be/F8nXPYfgrHE(last accessed 30/09/19)
  12. EasyStand. Child with Traumatic Brain Injury Stands with « Proud Talk ». Available from: https://youtu.be/_PUhUX7w2Js(last accessed 30/09/19)
  13. Marisa Lucarelli. Pediatric Traumatic Brain Injury. Available from: https://youtu.be/1aty1avIYms(last accessed 30/09/19)


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