Formulation et mise en œuvre du plan de traitement et évaluation du plan de traitement et du processus de pratique fondée sur des données probantes

Rédactrice originale Wanda van Niekerk d’après le cours de Benita Olivier

Principales collaboratricesWanda van Niekerk et Jess Bell

Introduction(edit | edit source)

Lors de la quatrième étape du processus de pratique fondée sur des données probantes, le clinicien discute des options avec le patient. La cinquième étape consiste à formuler un plan de traitement commun, la sixième étape concerne la mise en œuvre de ce plan et la septième étape consiste à évaluer l’efficacité du plan de traitement. Si l’on considère les cinq « A » de la pratique fondée sur des données probantes, ces étapes couvrent les « A » de « Apply » (« Application » ou « Appliquer ») et « Assess/Audit » (« Analyse » ou « Évaluer »).

Pour en savoir plus sur les cinq « A » , cliquer ici : Définir le modèle de prise de décision dans la pratique fondée sur des données probantes.

Discussion des options avec le patient ( edit | edit source )

Lorsque l’on discute des options avec le patient (c’est-à-dire la quatrième étape du processus de pratique fondée sur des données probantes), il est important de se rappeler ce qui suit : (1)

  • la discussion avec le patient doit être interactive (2)
  • les préférences, les croyances, les valeurs, les circonstances et les objectifs du patient doivent être pris en compte (3)
  • les meilleures preuves disponibles qui sont applicables sont partagées (admettre également lorsqu’il n’y a pas beaucoup de preuves)
  • le patient est encouragé à s’impliquer dans cette discussion
  • le clinicien doit réfléchir à ses propres préjugés et les prendre en compte afin d’assurer son objectivité
    • Les biais cognitifs auxquels les cliniciens peuvent être enclins comprennent : (4)
      • le biais d’optimisme (attentes inexactes concernant les avantages et les inconvénients du traitement)
      • le biais des coûts irrécupérables (lorsque le clinicien a investi du temps, de la formation et des ressources dans une intervention et qu’il est réticent à interrompre ce traitement spécifique)
      • le biais de commission (« la tendance à l’action plutôt qu’à l’inaction »)
      • le biais mécaniste (l’accent est mis sur la manière dont un traitement devrait fonctionner ou sur les raisons pour lesquelles il devrait fonctionner, au lieu d’examiner les preuves qui montrent que le traitement en question fonctionne)
  • le clinicien et le patient se mettent d’accord sur la meilleure façon de procéder ( traitement, orientation)

Cette étape du processus de pratique fondée sur des données probantes est l’occasion d’établir une alliance thérapeutique avec le patient et d’améliorer l’adhésion thérapeutique et les résultats.(5)

Pour en savoir plus sur l’alliance thérapeutique et ses composantes, cliquer ici.

Éléments importants à prendre en compte lors de la discussion des options ( edit | edit source )

Soins centrés sur le patient ( edit | edit source )

Les soins centrés sur le patient sont définis comme « une approche particulière de la relation entre le professionnel de la santé et le patient qui implique la communication, le partenariat, le respect, le choix et la responsabilisation, et qui met l’accent sur le patient plutôt que sur son état clinique spécifique ». (2) Les éléments importants à prendre en compte dans cette approche comprennent : (2)

  • traiter les patients avec dignité;
  • répondre rapidement et efficacement aux besoins et aux préoccupations du patient;
  • fournir aux patients suffisamment d’informations pour leur permettre de prendre des décisions éclairées concernant leurs soins de santé.

Tous ces éléments sont essentiels à une prise de décision éclairée et partagée.

Pour en savoir plus sur les soins centrés sur le patient, cliquer ici.

Prise de décision partagée ( edit | edit source )

La prise de décision éclairée est définie comme « des décisions prises conjointement par le clinicien et le patient et fondées sur les meilleures données probantes. Cela ne concerne pas seulement les risques et les avantages d’une intervention, mais aussi les caractéristiques et les valeurs propres au patient. Il s’agit d’un partenariat qui repose sur des droits et des devoirs explicitement reconnus et sur l’attente de bénéfice pour les deux parties. » (6)

Hoffman et al.(7) la définissent comme suit : « La prise de décision partagée est un processus de consultation dans lequel un professionnel de la santé et un patient participent conjointement à la prise d’une décision de santé, après avoir discuté des options, de leurs avantages et de leurs inconvénients, et en tenant compte des valeurs, des préférences et des circonstances du patient. » (7)

Prise de décision partagée et pratique fondée sur des données probantes ( edit | edit source )

Le patient est au cœur de la pratique fondée sur des données probantes, et il est essentiel de tenir compte de ses valeurs, de ses préférences, de ses croyances et de sa situation. C’est là qu’intervient la prise de décision partagée. La prise de décision partagée permet au professionnel de santé de présenter les données probantes lors d’une consultation et d’en discuter ensuite avec le patient. Cela est nécessaire pour que le patient puisse exprimer ses préférences en toute connaissance de cause. Cela exige des professionnels de la santé qu’ils connaissent ou cherchent les meilleures données disponibles et qu’ils discutent des avantages et des inconvénients avec le patient.(2)

Qu’est-ce qui n’est PAS une prise de décision partagée ? ( edit | edit source )

La prise de décision partagée n’est PAS : (2)

  • une étape supplémentaire ou isolée à ajouter à une consultation;
  • le fait de fournir une éducation aux patients;
  • le fait de simplement fournir au patient une aide à la décision;
  • la présentation des conclusions et des recommandations du professionnel de santé et la demande au patient s’il est d’accord avec cela.

La prise de décision partagée est un processus qui peut parfois impliquer le partage de matériel éducatif pour le patient et d’aides à la décision, mais elle n’en dépend pas. (2) Elle implique un partenariat entre les professionnels de la santé et les patients et nécessite une communication réciproque. (2)

Éléments d’une prise de décision partagée ( edit | edit source )

Les éléments de la prise de décision partagée peuvent inclure : (2)

  • une explication du problème, de la condition et de la raison pour laquelle il est nécessaire de prendre une décision;
  • la possibilité pour le patient de s’impliquer et l’invitation à le faire;
  • une explication des options et des avantages et des inconvénients de chaque option;
  • l’exploration et la prise en compte des besoins, des circonstances, des valeurs et des préférences des patients;
  • le fait de s’assurer que les deux parties se comprennent et que les réponses aux questions sont suffisantes;
  • « l’engagement dans des délibérations collaboratives et le consensus »; (2)
  • la prise d’une décision ou son report.

« Il ne s’agit pas de savoir qui l’emporte dans la conversation, qui a raison ou qui a l’opinion qui sera choisie comme option gagnante à la fin. Nous devons rester professionnels et ne pas oublier de placer les valeurs, les préférences et les objectifs du patient au centre de la conversation ».(1)

Pour comprendre en quoi la prise de décision éclairée diffère selon les patients et les situations, lire When Shared Decision Making and Evidence-Based Practice Clash : Infant Sleep Practices(10) (un article en anglais original que l’on pourrait traduire par « Quand la prise de décision partagée et la pratique fondée sur des données probantes s’opposent : les pratiques de sommeil du nourrisson »).

Importance de la prise de décision partagée ( edit | edit source )
  • Une communication améliorée : la prise de décision partagée améliore la communication entre les professionnels de santé et les patients.(4)
  • L’application des connaissances: la prise de décision partagée est une étape utile de l’application des connaissances, car elle permet d’intégrer les meilleures preuves disponibles et les préférences du patient dans une décision concernant la santé. (4)
  • Les préférences du patient : malgré une analyse des preuves, il n’y a pas toujours d’option thérapeutique ou de test clair à réaliser. Par conséquent, les préférences du patient jouent un rôle important dans la prise de décision partagée, dans la mesure où ce sont les préférences du patient qui « devraient influencer la décision sur la manière de procéder ». (4)
  • Adhésion thérapeutique améliorée : la reconnaissance et la prise en compte des préférences des patients permettent souvent d’améliorer leur acceptation et leur adhésion thérapeutique, ce qui en améliore l’efficacité. (4)
  • Attentes satisfaites : la prise de décision partagée permet également de répondre aux attentes des patients concernant des traitements et des résultats spécifiques. (4)

Pour en savoir plus sur la prise de décision partagée et pour consulter un exemple de processus de prise de décision partagée, cliquer ici.

Formulation et mise en œuvre du plan de traitement ( edit | edit source )

La cinquième étape du modèle décisionnel de la pratique fondée sur des données probantes consiste à formuler un plan de traitement. La sixième étape consiste à mettre en œuvre ce plan de traitement. Ces étapes, y compris la quatrième, sont souvent entremêlées et il est possible d’avancer ou de reculer dans les étapes selon les besoins dans la prise en charge d’un patient.

Éléments à prendre en compte lors de la mise en œuvre du plan de traitement ( edit | edit source )

Le consentement du patient : (11) le consentement éclairé fait référence au droit du patient d’être informé sur son état de santé et sur les risques et les avantages des options thérapeutiques. Cela exige des professionnels de la santé qu’ils incluent leurs patients dans leur processus de raisonnement clinique afin de parvenir à une décision partagée.(11) Les rôles et les réglementations diffèrent d’un pays à l’autre et, dans certaines circonstances, vous serez confronté aux ressources disponibles, à la culture et à la capacité de votre patient à prendre ses propres décisions.

Pour en savoir plus sur le consentement éclairé, cliquer ici.

« Le consentement n’est pas quelque chose que l’on obtient, mais plutôt quelque chose que l’on reçoit d’un patient. »(1)

  • Documentation dans le dossier : (12)
    • il ne faut pas oublier que les notes des dossiers des patients peuvent être utilisées dans des situations juridiques;
    • il faut que les notes soient claires, précises et lisibles;
    • il faut que les résultats cliniques pertinents soient indiqués;
    • il faut consigner les décisions prises et les personnes qui les ont prises;
    • il faut consigner la décision du patient concernant le traitement;
    • il faut consigner les risques, les avantages et les alternatives discutés;
    • il faut consigner les informations données au patient;
    • il faut préciser si le patient n’est pas d’accord, et si des raisons ont été fournies, il faut également le préciser;
    • il faut noter le processus du modèle de pratique fondée sur des données probantes que vous avez utilisé pour prendre une décision;
    • il faut noter le traitement prescrit.

Évaluation(edit | edit source)

Réfléchir, réviser, corriger

L’évaluation continue (« Assess/Audit » ou « Analyse/Évaluer ») est importante tout au long de la phase de mise en œuvre. Il est nécessaire de : (13)

  • procéder à l’évaluation des résultats du traitement et du processus de traitement;
  • déterminer si le traitement et les objectifs du patient ont été atteints;
  • de procéder à l’évaluation du processus de pratique fondée sur des données probantes utilisé.

Les moyens d’évaluer ou d’analyser le processus de soins peuvent inclure : (14)

  • anlyse clinique : « une méthode permettant de comparer ce qui se passe dans la pratique clinique par rapport à des normes ou des lignes directrices convenues »; (14)
  • évaluation par les pairs : évaluation de la performance clinique par un pair;
  • pratique réflexive : réflexion critique sur sa pratique.

Le tableau 1 donne quelques exemples de questions à poser lors de l’évaluation des performances d’une pratique fondée sur des données probantes.

Tableau 1. Exemples de questions à utiliser pour évaluer les performances d’une pratique fondée sur des données probantes (adapté de Herbert et al. (14))
Pratique réflexive
  • Est-ce que je me demande pourquoi je fais les choses que je fais dans ma pratique clinique ?
  • Est-ce que je discute avec mes collègues des fondements de nos décisions cliniques ?
Identification des besoins du patient pour formuler une question clinique
  • Est-ce que je pose des questions cliniques ?
  • Mes questions cliniques sont-elles bien formulées ?
  • Est-ce que j’utilise des types de questions cliniques différents pour le diagnostic, les interventions, le pronostic, etc.
Localisation des sources d’informations
  • Suis-je à la recherche de preuves ?
  • Est-ce que je connais les meilleures sources de preuves actuelles pour ma discipline clinique ?
  • Ai-je accès aux sources d’informations ?
  • Mes stratégies de recherche deviennent-elles plus efficaces ?
Évaluation de la qualité des sources d’information
  • Est-ce que je lis des articles ?
  • Est-ce que j’utilise des listes de vérification d’analyse critique pour les différents plans d’étude ?
  • Est-ce que j’intègre mes analyses critiques dans ma pratique clinique ?
Discussion des options avec le patient, formulation du plan de traitement et mise en œuvre du plan de traitement
  • Est-ce que je discute de toutes les options avec mon patient sans aucun biais cognitif ?
  • Est-ce que j’utilise des preuves de haute qualité pour éclairer ma pratique clinique ?
Évaluation de l’efficacité du plan de traitement et du processus de pratique fondée sur des données probantes
  • Comment le patient a-t-il réagi au traitement ?
  • Le patient a-t-il réussi à adhérer au plan de traitement ?
  • Mes séances cliniques ont-elles été efficaces ou y a-t-il eu des modifications en cours de route ?
  • Est-ce que j’analyse mes performances en matière de pratiques fondées sur des données probantes ?
  • Où est-ce que je rencontre des difficultés dans le processus de pratique fondée sur des données probantes ?

Pour en savoir plus sur une série de questions destinées à faciliter l’auto-évaluation introspective du praticien utilisant la pratique fondée sur des données probantes, cliquer ici : Évaluation réflexive.

Références(edit | edit source)

  1. 1.0 1.1 1.2 Olivier, B. Formulating and Implementing the Treatment Plan and Evaluation Course. Plus. » 2023.
  2. 2.0 2.1 2.2 2.3 2.4 2.5 2.6 2.7 2.8 Hoffmann T, Bennett S, Del Mar C. Evidence-based practice across the health professions. Elsevier Health Sciences; 2023.
  3. Tringale M, Stephen G, Boylan AM, Heneghan C. Integrating patient values and preferences in healthcare: a systematic review of qualitative evidence. BMJ open. 2022 Nov 1;12(11):e067268.
  4. 4.0 4.1 4.2 4.3 4.4 4.5 Hoffmann TC, Lewis J, Maher CG. Shared decision-making should be an integral part of physiotherapy practice. Physiotherapy. 2020 Jun 1;107:43-9.
  5. Unsgaard-Tøndel M, Søderstrøm S. Therapeutic Alliance: Patients’ Expectations Before and Experiences After Physical Therapy for Low Back Pain—A Qualitative Study With 6-Month Follow-Up. Physical Therapy. 2021 Nov 1;101(11):pzab187.
  6. Towle A, Greenhalgh T, Gambrill J, Godolphin W. Framework for teaching and learning informed shared decision makingCommentary: Competencies for informed shared decision makingCommentary: Proposals based on too many assumptions. Bmj. 1999 Sep 18;319(7212):766-71.
  7. 7.0 7.1 Hoffmann TC, Legare F, Simmons MB, McNamara K, McCaffery K, Trevena LJ, Hudson B, Glasziou PP, Del Mar CB. Shared decision making: what do clinicians need to know and why should they bother?. Medical Journal of Australia. 2014 Jul;201(1):35-9.
  8. Osmosis from Elsevier. Shared decision making. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=4ueDJEFytMI (last accessed 3/12/2023)
  9. ACSQHC. Shared decision making: an overview. Available from: https://www.youtube.com/watch?v=kKn4TOAqQfY (last accessed 3/12/2023)
  10. Gray B, Coker TR. When shared decision‐making and evidence based practice clash: Infant sleep practices. Journal of Paediatrics and Child Health. 2019 Sep;55(9):1009-12.
  11. 11.0 11.1 Pietrzykowski T, Smilowska K. The reality of informed consent: empirical studies on patient comprehension—systematic review. Trials. 2021 Dec;22:1-8.
  12. Glen P, Earl N, Gooding F, Lucas E, Sangha N, Ramcharitar S. Simple interventions can greatly improve clinical documentation: a quality improvement project of record keeping on the surgical wards at a district general hospital. BMJ Open Quality. 2015 Jan 1;4(1):u208191-w3260.
  13. Drisko JW, Grady MD. Evidence-based practice in clinical social work. Springer; 2019.
  14. 14.0 14.1 14.2 Herbert R, Jamtvedt G, Hagen KB, Elkins MR. Practical Evidence-Based Physiotherapy. Elsevier Health Sciences; 2022 Jul 18.


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