Rédacteur original – Thomas Longbottom d’après le cours de
Damien Howell
Principaux collaborateurs – Thomas Longbottom , Kim Jackson , Jess Bell et Tarina van der Stockt
L’observation, l’analyse et la gestion du mouvement sont des éléments nécessaires pour traiter les déficiences du système de mouvement. L’utilisation d’une vidéo au ralenti en 2D peut faciliter ce processus, mais cette technique est sous-utilisée.(1)(2) La décision de savoir si cette technique convient ou non à une pratique clinique individuelle peut être facilitée par une réflexion sur les avantages de cette technologie, ses indications pour son utilisation et les obstacles potentiels qui pourraient entraver son utilisation.
Conception par Freepik Vue de dos de la marche sur un tapis roulant
Les physiothérapeutes sont des spécialistes du mouvement. La capacité d’observer et d’analyser le mouvement est importante dans la gestion des syndromes de déficiences du système de mouvement. Des progrès ont été réalisés dans la définition d’un cadre permettant d’accomplir cette tâche de manière systématique, autour d’un ensemble de tâches essentielles liées au mouvement.(3) Un défi spécifique a été de maintenir une approche cohérente, en utilisant un langage commun autour des concepts de mouvement liés aux aspects du contrôle moteur tels que la symétrie, la vitesse, l’alignement et l’amplitude.(3) Les termes (« étiquettes ») diagnostiques et les classifications du système de mouvement continueront d’être développés. L’analyse des mouvements ralentis en vidéo 2D est une technique et une stratégie qui peut faciliter ce processus. Malgré l’utilité de cette forme d’analyse du mouvement, il s’agit d’une technique sous-utilisée : plus de la moitié des physiothérapeutes orthopédiques interrogés ne l’utilisant pas dans leur pratique clinique.(1) Une enquête menée auprès de 261 membres de l’American Academy of Sport Physical Therapy (l’académie américaine de physiothérapie du sport) a révélé que si plus de 70 % d’entre eux utilisaient l’analyse du mouvement par vidéo dans leur pratique, 84 % de ces membres le faisaient avec 25 % ou moins de leurs patients.(2)
Johann Windt et al (4) proposent un cadre décisionnel pour la mise en œuvre d’une technologie telle que l’analyse du mouvement en 2D dans le domaine du sport. Ce cadre s’articule autour de quatre questions, dont les deux premières seront abordées dans ce module :
L’utilisation de la vidéo au ralenti peut améliorer la précision de l’analyse du mouvement par le physiothérapeute. L’analyse du mouvement ralenti, image par image, augmente considérablement la capacité à observer les détails du mouvement. La possibilité de ralentir le mouvement et même de l’arrêter à des moments clés accroît le pouvoir d’observation, ce qui améliore la précision et la validité des observations du physiothérapeute.(5)
L’intégration de l’analyse du mouvement en 2D dans la pratique clinique peut également améliorer l’engagement du patient. Un degré élevé d’engagement entre le prestataire de soins et le patient peut conduire à de meilleurs résultats, à une réduction des coûts et à une plus grande satisfaction du patient et du clinicien. Une meilleure conscience de soi peut faciliter l’engagement, stimuler l’acceptation et aider le patient à voir une perspective différente. Cela peut ensuite faciliter les processus de décision et la communication. Le patient et le prestataire de soins peuvent voir quels sont les mouvements et plus particulièrement la direction des mouvements qui provoquent les symptômes, ce qui permet de comprendre comment la modification de ces mouvements peut réduire, voire éliminer, ces symptômes.(5)
L’analyse de vidéos et d’images peut améliorer la communication, en facilitant la transmission de concepts et d’informations complexes, non seulement au patient, mais aussi aux tierces parties. La compréhension peut être améliorée par le renforcement de l’information, en aidant le clinicien et le patient à s’engager dans un apprentissage réflexif. Les vidéos et les images peuvent attirer l’attention et donner de l’inspiration, et elles peuvent aider à surmonter les barrières linguistiques. Les preuves visuelles et la validation qui en résulte peuvent être fournies aux patients, aux personnes qui les réfèrent et aux tierces parties. Lorsqu’un patient est sceptique et n’a pas atteint le stade de la contemplation du changement, l’utilisation de vidéos et d’images peut l’aider à comprendre ce qui se passe avec le mouvement et comment cela est lié à ses symptômes. Dans les cas où le patient amplifie ses symptômes, l’analyse vidéo peut être utilisée pour confirmer le jugement du clinicien. En d’autres termes, lorsque le clinicien doute de la crédibilité des déclarations du patient, la vidéo peut l’aider à faire la distinction entre l’amplification des symptômes et les plaintes crédibles.(5)
Comme le notent Windt et al, (4) un praticien qui envisage d’investir dans une nouvelle technologie doit se poser certaines questions importantes, notamment celle de savoir si les informations obtenues avec cette technologie sont utiles ou non, mais aussi si cela est digne de confiance. En d’autres termes, les informations obtenues par l’analyse des mouvements en 2D seront-elles fiables et valides ? Les erreurs de mesure sont-elles acceptables ? Le clinicien peut-il avoir confiance dans les décisions prises sur la base de ces informations ? Il faut considérer les éléments suivants :
La vidéo au ralenti et l’analyse des images peuvent aider à passer de l’ambiguïté à la précision et à la compréhension. Cette technique peut être utile au clinicien qui peut être déconcerté ou confus lorsqu’il essaie de comprendre la situation complexe ou inhabituelle d’un patient. Si le clinicien pense qu’un mouvement dévié se produit mais qu’il n’en est pas certain, ou si plus de temps et de données sont nécessaires pour observer le mouvement en l’absence d’un diagnostic ou d’une classification clairs, l’analyse du mouvement en 2D peut être indiquée. Dans les cas où le patient ou même le clinicien est sceptique quant à la déviance d’un mouvement, ou dans les cas juridiques où une documentation plus rigoureuse du mouvement est nécessaire, le clinicien peut choisir d’utiliser cette technique. Le clinicien peut également vouloir utiliser cette méthode lorsqu’il réalise des études de cas ou d’autres travaux de recherche en vue d’une publication ou d’un autre type de diffusion. (5)
Conception par Freepik Instructions pour un exercice à l’aide de la vidéo d’un patient
D’un point de vue clinique, lorsque des ressources telles que des miroirs de plain-pied ne sont pas disponibles, peut-être parce que la rencontre avec le patient a lieu dans un contexte de soins à domicile plutôt que dans une clinique, l’utilisation de la vidéo peut être utile pour fournir une rétroaction visuelle lors de l’exécution des mouvements. La mise en évidence de mouvements déviés grâce à la vidéo peut contribuer à la prévention des blessures et à l’amélioration des performances. Le clinicien peut également juger utile de fournir au client une vidéo personnalisée, enregistrée sur l’appareil du client, montrant ce dernier en train d’effectuer les exercices conformément aux instructions, afin d’optimiser le programme d’exercices à domicile. Il peut s’agir d’instructions audio ainsi que des démonstrations vidéo.(5)
Enfin, le clinicien devrait réfléchir aux avantages de conserver les données visuelles d’une multitude d’expériences de patients, fournissant ainsi des éléments pour l’apprentissage réflexif et le développement professionnel. Dr Arlan Cohn, écrivant sous le pseudonyme d’Oscar London, s’est penché sur la question de l’expérience sans trace d’apprentissage. « Plus un médecin rencontre de patients, moins il a le temps de lire de revues scientifiques. S’il n’y prend pas garde, il peut se retrouver après quarante ans avec une grande expérience mais une pauvreté intellectuelle. » (12)
Il existe de nombreux obstacles potentiels à la mise en œuvre de l’analyse du mouvement en 2D dans la pratique clinique. Pour certains, la difficulté perçue de maîtriser une nouvelle technologie peut constituer un obstacle. Il existe plusieurs façons de surmonter cette difficulté, notamment en utilisant YouTube et d’autres sites où des vidéos « Comment faire » peuvent être publiées. Il n’est pas rare d’avoir un ami ou un collègue qui s’y connait en nouvelles technologies et sur lequel on peut compter pour obtenir de l’aide. Les entreprises technologiques disposent souvent d’un service d’assistance que l’on peut utiliser pendant le processus d’apprentissage.(5)
Le respect de la vie privée et de la confidentialité peut constituer un obstacle important. Les lois et réglementations relatives à la protection des renseignements concernant les patients doivent être respectées, et elles varient probablement selon l’endroit où l’on se trouve et les corps dirigeants associés au domaine d’activité.
Un autre obstacle à l’utilisation de l’analyse des mouvements en vidéo 2D dans la pratique clinique est lié aux difficultés potentielles d’intégration de la vidéo dans le dossier médical. Si le dossier médical est électronique, la transmission des fichiers vidéo doit se faire de manière sécurisée. Il existe des nouvelles applications qui facilitent ce processus, dont les coûts d’utilisation sont variables. En voici quelques exemples :