Rédacteur original – Mariam Hashem
Principaux collaborateurs – Mariam Hashem, Kim Jackson, Tarina van der Stockt, Robin Tacchetti et Tony Lowe
La prise en charge du « tennis elbow », également connu sous le nom de tendinopathie latérale du coude, est adaptée des principes généraux de la réadaptation des tendinopathies. Pour atteindre les objectifs à long terme et répondre aux besoins des individus, la réadaptation doit être abordée de manière multimodale. Nous avons exploré les différentes causes et conséquences de la tendinopathie latérale du coude dans le cours portant sur l’évaluation, y compris la sensibilisation centrale, les changements structurels des muscles et des tendons et les anomalies mécaniques. Il est donc nécessaire d’investiguer tous ces aspects lors de l’anamnèse et de l’examen objectif et d’en tenir compte lors de l’élaboration d’un programme de réadaptation.
Le recours à des soins multimodaux s’est avéré efficace dans la prise en charge de la tendinopathie latérale du coude(1). Cela comprend l’éducation, les exercices, la gestion du stress mécanique, la thérapie manuelle, l’injection de stéroïdes et le bandage neuroproprioceptif (taping). Toutes ces modalités de prise en charge peuvent être utilisées et adaptées en fonction des besoins du patient, du raisonnement clinique du clinicien et de la décision commune prise entre le patient et le clinicien. Les exercices étant la meilleure option de traitement dont nous disposons à l’heure actuelle, le traitement de la tendinopathie latérale du coude devrait être centré sur les exercices.(2).
L’éducation des patients sur leur condition, pronostic, options de traitement et autogestion peut ne pas être efficace à court terme et ne peut pas être utilisée comme seule mesure. Cependant, l’éducation a de bons effets à long terme si elle est utilisée en combinaison avec d’autres modalités pour la prise en charge de la tendinopathie latérale du coude (3).
L’éducation des patients est définie comme « une expérience d’apprentissage planifiée utilisant une combinaison de méthodes telles que l’enseignement, le conseil et les techniques de modification du comportement qui influencent les connaissances et comportement des patients en matière de santé »(4). Éduquer les patients sur leurs besoins en matière de prise en charge permet de parvenir à une décision commune, qui favorise l’adhésion du patient au traitement et améliore son sentiment d’auto-efficacité(5).
La tendinopathie étant une maladie dégénérative et les premiers stades étant considérés comme inflammatoires, la guérison et le traitement dépendent de l’état de santé général des individus. Le tabagisme, la consommation élevée d’aliments transformés et gras ainsi que l’obésité peuvent retarder la guérison. Ces facteurs devraient être discutés avec les patients afin d’assurer une prise en charge optimale.
Selon Buchanan et al. 2022, l’éducation des patients devrait inclure les recommandations suivantes :
La tendinopathie latérale du coude est une condition dégénérative caractérisée par une augmentation de l’épaisseur du tendon extenseur commun (7) et la présence de différentes stratégies neuromusculaires dans la fonction du poignet, en particulier lors de la préhension (8). La douleur lors la préhension est la manifestation la plus fréquente de la tendinopathie latérale du coude et, par conséquent, les personnes atteintes ont démontré leur préhension la plus forte à un angle d’extension du poignet réduit par rapport aux personnes qui ne présentent pas cette condition (8) et un temps de réaction plus court dans l’activité musculaire du poignet (7) , en particulier le muscle court extenseur radial du carpe (9).
La réduction du stress mécanique sur le tendon est une stratégie de gestion efficace qui doit aller de pair avec le développement de la tolérance tissulaire pour permettre une progression graduelle vers la charge cible en entraînant les propriétés mécaniques du tendon. Un bon moyen de moduler le stress mécanique est de demander aux patients de travailler en dessous de leur seuil de douleur et de les engager dans des exercices qui sollicitent le tendon en dessous du niveau de la douleur exagérée (10).
La douleur et l’oedème surviennent en réponse à une charge accrue, ce qui est connu sous le nom de « tendinopathie réactive » . Durant cette phase, il est essentiel de réduire la douleur grâce à des modalités de gestion de la douleur et de réduction du stress mécanique. L’identification des facteurs contribuant à la douleur et à la tendinopathie peut aider à modifier le stress mécanique sur le tendon. Une augmentation soudaine du stress par des mouvements impliquant une extension répétitive du poignet avec l’avant-bras en pronation et le coude en extension peut provoquer de la douleur et inflammation à l’origine de l’extenseur commun. Pour réduire le stress mécanique sur un tendon enflammé, apprenez à vos patient à soulever des objets avec le coude fléchi et l’avant-bras en supination.
Le modèle classique d’exercices pour la réadaptation des tendinopathies est le reforcement excentrique comme protocole d’usage, en particulier pour les tendinopathies achilléennes et patellaires (2). Les exercices excentriques sont considérés comme une modalité efficace pour les blessures de surutilisation des tendons et la prévention des récidives (11). Ils préparent également mieux les patients/athlètes à la reprise de leurs fonctions ou de leurs activités sportives que les exercices concentriques (12). La réponse des tendons aux exercices excentriques dans la tendinopathie d’Achille a été observée après douze semaines d’entraînement (13). Cependant, d’autres études n’ont pas trouvé de différence sur la réponse du tendon en comparant les exercices concentriques et excentriques (14). Les données probantes relatives à la charge, à la vitesse du mouvement, au nombre de répétitions, à la durée de la contraction et au type d’exercice ne sont pas concluantes (14).
** La recherche a montré que les exercices excentriques pour le traitement de l’épicondylite latérale ont une efficacité supérieure au traitement avec attelle, ultrasons et une combinaison d’interventions multiples.(15)
Le muscle court extenseur radial du carpe est le principal tendon affecté dans la tendinopathie latérale du coude. Il a pour rôle de stabiliser le poignet de manière statique. Cela justifie l’utilisation d’exercices isométriques dans le traitement des tendinopathies latérales du coude. On a constaté que les exercices isométriques avaient un effet hypoalgésique à la fois localement et dans des sites éloignés de la partie sollicitée, et ce, pendant et après la contraction (16) .
Coombes et al (17) ont comparé les effets immédiats d’exercices isométriques effectués à différentes intensités (au-dessus et au-dessous du seuil de la douleur) sur la perception de la douleur chez des patients souffrant de tendinopathie latérale du coude chronique. Leurs conclusions supportent l’utilisation d’exercices au-dessus du seuil de la douleur pour réduire l’intensité de la douleur au repos immédiatement après les exercices, en comparaison avec l’autre groupe. Un autre résultat intéressant de cette étude est qu’une plus grande peur du mouvement entraînait une plus grande intensité de la douleur pendant les exercices au-dessus du seuil de la douleur.
Une progression graduelle des exercices est essentielle pour augmenter la tolérance des tendons au stress mécanique. Voici différentes façons de progresser vos exercices :
Faire des exercices dans la zone non douloureuse et s’abstenir de performer les exercices qui aggravent la douleur sont les conseils habituels donnés dans le cadre de la prise en charge des lésions musculo-squelettiques. Cependant, les bénéfices à long terme des exercices qui exercent un stress mécanique adéquat sur le tendon et le développement de la tolérance tissulaire peuvent nécessiter une certaine douleur au départ (20).
La thérapie manuelle mobilization with movement (MWM, une technique combinant une mobilisation passive/accessoire d’une articulation maintenue par le thérapeute et un mouvement actif du patient) peut être utilisée avec d’autres modalités pour réduire la douleur et faciliter les exercices. Rehay et al (21) ont étudié l’effet de la MWM de Mulligan pour le traitement de la tendinopathie latérale du coude et ont constaté une réduction significative de la douleur nocturne et de la douleur sur l’EVA jusqu’à 3 mois après l’administration du traitement, ainsi qu’une augmentation de la force de préhension sans douleur. Une autre étude a montré que cette même approche était supérieure à l’attentisme et à l’injection de corticostéroïdes (1).
L’injection de corticostéroïdes n’a de bons résultats qu’à court terme (jusqu’à six semaines). Les résultats à long terme sont médiocres et l’on a constaté qu’ils étaient liés à des taux de récurrence élevés. (1)(23) Une étude a constaté une augmentation de la douleur et une réduction de la force de préhension lors d’un suivi intermédiaire après l’injection de corticostéroïdes (24). Cependant, le bénéfice à court terme du soulagement de la douleur peut être recherché pour encourager les patients à s’engager dans leur programme d’exercices.
Le bandage neuroproprioceptif a un bon effet placebo sur le soulagement de la douleur et sur la force de préhension sans douleur chez les patients souffrant d’une tendinopathie latérale du coude chronique (25) . Une étude a comparé l’effet du bandage neuroproprioceptif (de type kinesio taping) en combinaison avec des exercices à l’effet d’un faux bandage en combinaison avec des exercices ainsi qu’à celui des groupes d’exercices seuls, avec les mesures suivantes : Échelle d’autoévaluation des patients souffrants d’une tendinopathie latérale du coude, échelle visuelle analogique (EVA), la force de préhension et l’échelle d’incapacité du bras, de l’épaule et de la main (QuickDASH). Les résultats de l’étude soutiennent la combinaison du bandage neuroproprioceptif (de type kinesio taping) et des exercices (26).