Figure 1. ATM – mâchoire fermée.
L’articulation temporomandibulaire (ATM) est une articulation synoviale qui se compose de la surface d’articulation de l’os temporal et de la tête de la mandibule (figures 1 et 2).(1) Le dysfonctionnement de l’ATM est considérée comme la cause la plus fréquente de douleur orofaciale.(2) L’articulation elle-même est également associée à un certain nombre de fonctions importantes, notamment l’alimentation(3), l’élocution,(4) la espiration(5) et le sommeil.(6)
Biomécanique de l’articulation temporomandibulaire (edit | edit source)
L’ATM est à la fois une articulation de type diarthrose trochléenne ainsi qu’une articulation double(7) permettant la rotation et la translation dans le plan sagittal(8)(9).
Elle possède quatre surfaces articulaires(8) :
- le condyle mandibulaire;
- la fosse mandibulaire de l’os temporal;
- les surfaces inférieure et supérieure du disque articulaire :
- la surface supérieure du disque est en contact avec la fosse mandibulaire de l’os temporal,
- la surface inférieure du disque est en contact avec le condyle mandibulaire.
La position du condyle dans l’articulation est un sujet controversé. La soi-disant « position centrale » est un concept théorique. La mâchoire est en suspension, soutenue par les muscles et d’autres structures stabilisatrices, tels que les ligaments et la capsule articulaire(8). Pour plus d’informations sur l’anatomie de l’ATM, cliquer ici.
Maintien du positionnement de la mâchoire (edit | edit source)
Figure 2. ATM – mâchoire ouverte.
Le maintien de la position de la mâchoire dépend des réflexes de la mâchoire et de l’effet de la gravité. Il est également influencé par la position et la posture d’un individu et par les variations spécifiques qui permettent les mouvements fonctionnels de la mâchoire.(8)
Lorsque la mandibule est au repos, la bouche est légèrement ouverte, de sorte que les dents ne sont pas en contact.(10) Cette position est la position de repos de l’articulation(8)(11) :
- Dans cette position, les lèvres ferment la cavité buccale sans pression – les dents restent à environ 2 mm l’une de l’autre – cette distance est mesurée entre les incisives supérieures et inférieures(8).
- Cette position de repos est maintenue par différents réflexes (par exemple, le réflexe masséter)(12) ainsi que par des mécanismes actifs et passifs.
- Mécanismes passifs(8) :
- Mécanismes actifs(8) :
- Les afférences périphériques, comprenant :
- Les récepteurs proprioceptifs des muscles et articulations
- Les mécanorécepteurs parodontaux et mécanorécepteurs des muqueuses (c’est-à-dire des gencives, lèvres, langue, palais)
- Les afférences centrales, comprenant :
- Le système corticovisuel
- Le système limbique
- Le système fusimoteur extrapyramidal
Les systèmes limbique et visuel ne sont pas seulement activement impliqués dans le maintien de la position de la mâchoire, ils ont également un impact sur le tonus des muscles masticateurs. Par exemple, les situations qui provoquent un stress émotionnel(13)(14) ou des changements visuels(15) peuvent modifier le tonus des muscles de la mâchoire et affecter sa position(8).
(16)
La mastication marque le début de la digestion. Il s’agit d’une étape essentielle de la transformation orale des aliments avant la déglutition (c’est-à-dire avant d’avaler)(8)(17).
Le processus de mastication et les phases de la déglutition sont contrôlés par les générateurs centraux (appelés « central pattern generator » en anglais) du tronc cérébral(18). La mastication a lieu dans la bouche à l’aide de la mandibulaire et des muscles associés(8).
La mastication nécessite un ensemble d’informations provenant des récepteurs sensoriels (odorat, goût et toucher)(3), ainsi que des informations provenant de la langue, du palais, des lèvres, des muscles masséters et des glandes salivaires(8).
Une altération d’un ou de plusieurs de ces éléments peut entraîner des problèmes de mastication.(8)
Huckabee et Daniels divisent la déglutition en quatre phases(3) :
- Phase de préparation orale :
- Cette phase « est l’interaction pré-orale des éléments moteurs, cognitifs, pyschosociaux et somesthésiques qui commencent le processus de déglutition »(3).
- Les informations sur la nourriture, obtenues par les nerfs optiques et olfactifs, sont interprétées par le système nerveux central et la déglutition est planifiée(3).
- Ces informations comprennent les odeurs et les routines spécifiques qui signalent que l’acte de se nourrir est imminent(8)(3).
- Les structures orofaciales commencent à se préparer à l’ingestion des aliments – par exemple, les glandes salivaires commencent à produire de la salive(8).
-
Phase orale :
- La phase orale commence lorsque la nourriture entre dans la bouche(8).
- Les lèvres se ferment et la langue se positionne de manière à empêcher la nourriture (qui se transforme en bol alimentaire) de sortir de la bouche.
- Le bol alimentaire est formé par le mouvement des lèvres, de la mâchoire, des joues et de la langue(3) – c’est-à-dire que les aliments sont coupés, scindés et broyés.
- La salive modifie la viscosité du bol alimentaire(8).
- Une fois que le bol alimentaire peut être avalé en toute sécurité, la langue le pousse vers l’arrière, dans le pharynx (la gorge)(3).
Il a été constaté que le processus de mastication et la formation du bol alimentaire sont influencés par les caractéristiques physiques de la nourriture(18)(19). Une étude menée par Mishellany et ses collègues a montré que les individus ont tendance à atteindre une taille de particules de bol alimentaire similaire, mais que le temps et le nombre de cycles pour y parvenir varient d’un individu à l’autre. Il semble donc que la taille et la répartition des particules de nourriture influencent le réflexe de déglutition.(20)
La phase orale peut être affectée par une pathologie de l’ATM. Certains patients souffrant d’un dysfonctionnement de l’ATM éprouvent des difficultés à ouvrir la bouche. Cela entraîne des problèmes de mastication et, par conséquent, de digestion.(8)
- Phase pharyngienne (voir figure 2)(3) :
- La phase pharyngienne fait référence au mouvement du bol alimentaire le long du pharynx.
- Pendant cette phase, les voies respiratoires sont également protégées du bol alimentaire.
- Le bol alimentaire passe de l’arrière du pharynx à l’œsophage.
- Phase œsophagienne :
- Cette phase commence lorsque le bol alimentaire traverse le sphincter supérieur de l’œsophage(8).
- Le péristaltisme pousse le bol alimentaire vers l’estomac via le sphincter inférieur de l’œsophage(3).
L’élocution est une activité sensorimotrice complexe et dynamique. On a constaté qu’il existe un lien entre les informations intra-orales et les muscles buccaux et cervicaux.(4)
- Torisu et ses collègues ont constaté, par exemple, que la stimulation intra-orale peut inhiber l’activité des muscles cervicaux(4).
- Cela indique qu’il existe une connexion neuronale entre la région trigéminale et la région cervicale.
- Bien que cette modulation puisse être largement due aux nerfs afférents nociceptifs, des fibres non nociceptives peuvent également être impliquées.
- Comme le soulignent les auteurs, ce lien est significatif car il peut suggérer que la douleur orofaciale peut affecter l’activité de la tête, du rachis cervical et des épaules(4).
Figure 3 Voies respiratoires supérieures.
Étant donné que la respiration se produit en même temps que toutes les autres activités orales, le patron respiratoire doit être coordonné avec les autres fonctions qui se déroulent dans la bouche/cavité buccale (par exemple, manger).
(8)
Les voies aériennes supérieures commencent avec la fosse nasale, se poursuivent avec le pharynx (nasopharynx et oropharynx), le larynx et finalement avec la trachée extra-thoracique (voir figure 3)(21). Lors de la respiration, l’air peut entrer par le nez ou par la bouche, mais il passe toujours par le pharynx(5). Lors de la déglutition, le pharynx sert de passage pour la nourriture. Chez les personnes en bonne santé, la déglutition est prioritaire par rapport à la respiration(5). La respiration s’arrête brièvement lorsqu’une personne déglutit. Ce phénomène est dû à(5) :
- La fermeture physique des voies respiratoires par le soulèvement du palais mou et au mouvement de l’épiglotte (voir figure 2).
- La suppression neuronale de la respiration par le tronc cérébral.
Dans la phase de repos, l’air peut entrer par la cavité nasale ou orale, ce qui donne lieu à deux patrons respiratoires différents. Ces patrons doivent être coordonnés avec le reste des fonctions physiologiques de la cavité buccale. Lorsque la respiration se produit dans la cavité buccale, un certain degré d’ouverture de la mâchoire est nécessaire. Pour ce faire, le tonus des muscles élévateurs de la mandibule diminue, ce qui permet à l’air de pénétrer.(8)
Mouvements de l’articulation temporomandibulaire (edit | edit source)
L’ouverture de la mâchoire est divisée en plusieurs phases(8)(22)(23) :
- La rotation pure des condyles autour de leur axe
- La plus grande partie de ce mouvement se produit dans l’espace articulaire inférieur du complexe condyle-disque (c’est-à-dire entre la face inférieure disque et la surface articulaire mandibulaire).
- Ce mouvement est effectuée grâce aux muscles ptérygoïdien latéral (partie inférieure), mylohyoïdien, géniohyoïdien et digastrique.
- Translation antérieure du complexe condyle-disque
- Ce mouvement se produit principalement dans l’espace articulaire supérieur du complexe disque-fosse (c’est-à-dire entre la face supérieure du disque et la fosse mandibulaire de l’os temporal) .
- La mâchoire a une ouverture d’environ 40 à 50 mm.
- Le ligament temporomandibulaire contribue à maintenir la stabilité afin d’éviter une luxation de la mâchoire vers l’avant.
- Le muscle ptérygoïdien latéral est également impliqué dans cette action.
- NB : Le muscles ptérygoïdien latéral a deux fonctions opposées – tandis que ses fibres supérieures se détend lors de l’ouverture, stabilisant le déplacement antérieur du disque, ses fibres inférieures se contractent, produisant le mouvement du condyle.
- Les ligaments assurent la stabilité à la fin du mouvement.
- Le disque et les condyles se déplacent médialement et les ligaments latéraux de chaque côté de l’articulation temporomandibulaire se tendent.
- À partir d’un certain point, le complexe condyle-disque ne peut plus se déplacer davantage en raison de la tension dans les ligaments et la capsule articulaire – à ce stade, il tourne sur son propre axe.
La fermeture de la mâchoire est associée à l’extension cervicale. Les muscles élévateurs de la mâchoire travaillent contre la gravité. La fermeture de la mâchoire est divisée en trois phases(8) :
- Rotation du condyle dans l’espace articulaire postérieur inférieur – similaire à l’ouverture de la mâchoire, mais dans la direction opposée
- Cette phase commence sans activité musculaire spécifique – elle résulte plutôt de la relaxation des muscles impliqués dans l’ouverture et du relâchement des ligaments
- Translation postérieure du complexe condyle-disque supérieur
- Le complexe condyle-disque se déplace vers la partie la plus postérieure et supérieure de la fosse mandibulaire
- Lorsque le condyle atteint ce point, il se produit une rotation postérieure du condyle dans l’espace articulaire inférieur, qui se termine par un contact occlusal (NB : l’occlusion est la relation entre les dents supérieures et inférieures lorsque la mâchoire est fermée(24))
Dans des conditions normales, on peut observer un léger déplacement latéral des condyles en vue sagittale.(8)
Protraction de la mâchoire(edit | edit source)
La protraction se produit lorsque la mâchoire se déplace vers l’avant(8) :
- La mâchoire est légèrement ouverte pour éviter toute obstruction par les dents (c’est-à-dire l’occlusion) – cette ouverture provoque une rotation antérieure dans le plan sagittal
- Le condyle se déplace vers l’avant et vers le bas – c’est forme de la fosse mandibulaire qui provoque ce mouvement vers le bas
L’action coordonnée des deux faisceaux du muscle ptérygoïdien latéral permet ce mouvement Comme l’ouverture de la mâchoire ne progresse pas pendant la protraction, la mâchoire est stabilisée par la contraction des muscles temporaux.(8)
La rétractation est l’inverse de la protraction(8) :
- Le condyle se déplace vers l’arrière et vers le haut dans la fosse mandibulaire – ce mouvement est effectué par le muscle temporal et le muscle digastrique (ventre postérieur)
- Enfin, il se produit une rotation postérieure du condyle dans l’espace articulaire inférieur du complexe condyle-disque(8)
(25)
Mouvements latéraux de la mâchoire (edit | edit source)
Les condyles travaillent ensemble pour réaliser les mouvements de latéralité de la mâchoire. Lors de l’évaluation des mouvements de latéralité, il est nécessaire de faire la distinction entre les deux condyles :
- Le « côté actif » est celui qui se déplace latéralement lorsque l’on prend le menton comme point de référence.
- Le « côté non actif » est celui qui se déplace vers la ligne médiane.
Du côté actif, on observe une rotation du condyle sur son axe vertical et un déplacement transversal d’environ 0,9 mm. Ce mouvement est produit par le faisceau profond du muscle masséter et les chefs moyen et postérieur du muscle temporal.(8)
Du côté non actif, le condyle se déplace vers la ligne médiane, en avançant et en se rapprochant de la ligne médiane. Il se déplace également transversalement d’environ 0,4 mm. Le faisceau inférieur du ptérygoïdien latéral et le ptérygoïdien médial effectuent ce mouvement.(8)
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